C’est une belle histoire qui commençait pourtant mal. Au printemps dernier, les jeunes du centre social Jacques-Méli assistent à un accident. « Un chat errant s’est fait écraser devant nos yeux », raconte Moustapha. Dans les quartiers de Mas de Pouane et de Croix-Sainte, à l’ouest de Martigues, ils prolifèrent. « Impossible de les compter précisément, mais il y en a au moins une cinquantaine », affirme son ami d’enfance Ayoub. Rémi Berlier, chargé du développement urbain et social des quartiers, glisse : « Les jeunes y sont attachés, ils leur ont même donné des noms. » C’est alors qu’une idée germe dans l’esprit des garçons : mettre ces animaux à l’abri en construisant des cabanes.
Après avoir réalisé un suivi sur plusieurs jours pour localiser les principaux points de passage en partenariat avec Mélanie, agente de la ferme pédagogique de Figuerolles, ils organisent des friperies et se relaient aux stands de merguez lors des fêtes de quartiers pour financer leur projet. « Le bois, c’est de la récup sur des palettes, mais il fallait acheter la calandrite pour imperméabiliser les cabanes et ça coûte jusqu’à 105 euros le rouleau », détaille Tonino. S’ensuivent des journées de bricolage au centre social. « C’était trop beau, on était entre copains à construire et à rigoler avec de la musique », se remémore Moustapha.
C’est comme ça que les huit adolescents se retrouvent un jeudi matin d’avril, en costard, à porter deux de leurs sept cabanes pour les installer à proximité de l’autoroute A55. « On dirait un cortège funèbre », lâche, hilare, leur éducatrice de proximité Laureen. Rémi Berlier précise : « S’il y a un message à passer aux habitants, c’est d’aller nourrir les chats errants dans ces abris. Souvent, ils les nourrissent au pied des immeubles par compassion. Il vaut mieux le faire dans un endroit précis et adapté, pour la propreté du quartier mais aussi pour que des associations comme l’École du chat libre puisse les attraper pour les faire stériliser. »
La présidente de la structure, Josette Masson, en opère environ 200 chaque année. « C’est le minimum », assure-t-elle. La Ville, qui subventionne l’association pour financer plus de 80 stérilisations, a récemment construit le Chabanon, un refuge pour les animaux en convalescence.
Désormais, la retraitée souhaiterait que ces cabanes se multiplient dans les zones les plus touchées, comme Notre-Dame des Marins ou Saint-Pierre. Les jeunes approuvent : « On voudrait continuer et devenir un quartier pilote. » Neuf abris sont déjà dans l’attente de financements publics.

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