La Marseillaise : Quelle est votre analyse sur les résultats du premier tour des élections municipales à Marseille ?
Anthony Gonçalves : Première observation : le niveau inquiétant du Rassemblement national à l’échelle de la ville et tout particulièrement dans certains secteurs. C’est un score à mettre en relation avec l’effondrement de la droite conventionnelle. Il y a un quelque sorte un « grand remplacement », une vampirisation de l’une par l’autre. Deuxième observation : le Printemps marseillais se situe plutôt dans la fourchette haute de ce qui était annoncé dans les enquêtes d’opinion. Le total gauche est supérieur à celui de 2020. Le problème est donc avant tout le haut niveau du RN plutôt que la faiblesse de la gauche. Troisième observation : l’abstention est beaucoup trop importante, en particulier dans les quartiers populaires. Une seule liste est capable de battre le RN. C’est celle du Printemps marseillais, elle doit être le point de rassemblement de toutes celles et de tous ceux qui refusent la victoire de l’extrême droite.
Avez-vous été surpris par le souhait exprimé par Sébastien Delogu d’une fusion des listes ?
A.G. : Surpris et pas surpris. Surpris parce que depuis le début de la campagne, il n’a jamais été question de sa part, de discussions, de convergences, de co-construction de projets… Nous les communistes qui avons une vieille habitude de faire des unions avec des partenaires avec lesquels nous avons des désaccords, nous savons ce qu’est faire une campagne qui autorise des rassemblements ultérieurs. Ça n’a jamais été le cas pour cette campagne municipale menée par la France insoumise. Dès le départ cette candidature a été construite en opposition très violente avec le bilan et le programme du Printemps marseillais. La majorité a été taxée de corrompue, de clientéliste. Tout a été fait pour que cette campagne ne conduise en rien à une fusion des listes. Oui donc c’est assez surprenant que cette proposition de fusion technique surgisse quelques jours avant le premier tour. Ensuite je ne suis qu’à moitié surpris car je ne crois pas cette proposition tout à fait sincère. La phrase attribuée à Sébastien Delogu par le Canard enchaîné sur la quadrangulaire qui serait la chance de victoire du RN pour gagner a laissé des traces. Cette fusion n’est donc pas crédible. Le front antifasciste ce n’est pas se réveiller tous les six ans au lendemain d’une élection dont le résultat n’est pas à la hauteur des attentes pour construire de bric et de broc quelque chose qui ressemble à un arrangement électoral. La fusion technique c’est quoi ? Un groupe d’opposition élu sur la liste de la majorité. Ce n’est pas à la hauteur des enjeux. La FI a souhaité être présente au premier tour avec une liste autonome, le résultat n’est pas celui qu’elle espérait, elle a construit sa campagne en opposition totale avec la majorité. L’issue la plus simple et la plus raisonnable, serait de se retirer et d’appeler au rassemblement autour de la seule liste capable de battre le RN.
Il reste moins d’une semaine pour convaincre. La condamnation morale du RN suffit-elle ? À qui, selon vous, faut-il s’adresser
en priorité pour l’emporter dimanche ?
A.G. : D’abord, c’est une bataille historique. Selon son résultat, le futur des Marseillaises et des Marseillais ne sera pas le même. Et pas seulement puisque cela aura un retentissement national. On parle de la deuxième ville de France. Il n’existe pas une ville dans laquelle l’enjeu est plus important. Je crois qu’il faut aller chercher les près de 50% de gens qui se sont abstenus, les électeurs progressistes, ceux qui se sont portés sur la liste de la FI et qui, quels que soient leurs désaccords avec le Printemps marseillais, veulent barrer la route au RN. Mais aussi les électeurs qui ne se reconnaissent pas dans la gauche mais qui ont une conception de la démocratie et de la République qui ne peuvent pas imaginer vivre dans une ville gouvernée par l’extrême droite. Il faut passer en mode Conseil national de la Résistance, rassembler, face à ce futur terrible que représenterait une ville RN. Les classes populaires, le monde du travail doivent être à l’avant-garde de cette mobilisation car ils seraient les premières victimes de l’arrivée du RN que ce soit du fait de l’apartheid social annoncé par Allisio qui assume de ne s’intéresser qu’à une partie de la ville, ou du fait de son programme néolibéral. Allisio vote l’austérité à l’Assemblée nationale. Les Marseillaises et les Marseillais doivent voter pour leurs intérêts.

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