Le génocide des Tsiganes aura sa stèle à Saint-Pierre

Considérés comme « racialement inférieurs », 500 000 Tsiganes ont été assassinés sous le IIIe Reich. Berlin a son mémorial depuis 2012. La Hongrie depuis 2014. En France, en dehors de quelques plaques sur certains camps, seul un monument, œuvre du sculpteur Serge Carvalho installée en 2016 à Saint-Sixte dans le Lot-et-Garonne, commémore ces victimes de la barbarie nazie. Mais « il n’existe aucune stèle spécifiquement dédiée au génocide », déplore Sacha Zanko, délégué national au Forum européen des Roms et des Gens du voyage.

Samudaripen ou Porajmos, en langue rom. Resté dans les oubliettes de l’Histoire durant 80 ans, le fait historique est désormais établi : il y a eu un génocide perpétré par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. « Rom, Gitan, Manouche, Sinti, Yéniche, Bohémien, Gens du voyage, quel que soit son nom », c’est tout un peuple qui a été ciblé qualifié de « nomade, vagabond, asocial », rappelle Sacha Zanko. « Il y a 15 ans, le 2 février 2011, précisément, le Parlement européen officialisait enfin cette reconnaissance », complète Michel Ficetola, président de Massaliote Culture. Mais pour les deux associatifs, il manque une pierre à l’édifice.

Une histoire marseillaise

De 1933 à 1936, des Roms sont internés dans les camps de concentration de Dachau et Buchenwald pour « insociabilité ». Au total, ils seront 500 000 à être exterminés, « dont 150 000 à 200 000 enfants », souligne Michel Ficetola. « Plus que n’importe quel autre peuple, ils ont dû servir de cobayes pour les expérimentations scientifiques », témoigne, dans Les Cahiers du Rhône de 1946, la résistante Germaine Tillion. Déportée au camp de Ravensbrück, elle évoque sa « pitié profonde » pour les femmes : « À Ravensbrück, les stérilisations furent pratiquées sur les Tsiganes, y compris sur les petites filles. » Et on trouvera dans le procès de Nuremberg les plus abjectes et inhumaines descriptions des crimes médicaux que le SS Josef Mengele leur a réservé, dans le Zigeunelager d’Auschwitz-Birkenau, qu’il avait spécialement conçu pour les familles roms et sintés.

Une histoire dont un pan est aussi marseillais et que Michel Ficetola s’est évertué à faire émerger des archives et de l’oubli. Le régime de Vichy « interdit la circulation du Tsigane assimilé à un étranger, un ennemi, et en 1940 les camps d’internement commence à se remplir en France. Il y en aura 27. » L’Association nationale des Gens du voyage et citoyens en dénombre quant à elle une quarantaine. « La préfecture des Bouches-du-Rhône apporte sa contribution à la déportation des Tsiganes en Allemagne, en pointant les vagabonds », indique Michel Ficetola, un communiqué à l’appui. À Marseille, autour du Vieux-Port, la « Petite Naples », où les Tsiganes exercent toute sorte de petits métiers par intermittence, est la cible de la police de Vichy, qui y organise une rafle avant de dynamiter le quartier. « Parmi les 2 440 déportés à la suite de l’opération Sultan, les Juifs ont été acheminés via Drancy en Pologne, à Sobibor, et les chrétiens et les Tsiganes transportés via Compiègne en Allemagne, au camp de Sachsenhausen », relève Michel Ficetola.

« Une histoire méconnue », regrette Benoît Payan, le maire (DVG) de Marseille, qui a donné son aval le 22 août 2024, confirmé le 21 janvier 2026, aux deux associations pour l’installation d’une stèle commémorative au carré 8 du cimetière Saint-Pierre. La place est réservée, la stèle est taillée et gravée dans du marbre de comblanchien. Il ne reste qu’à prendre date pour son installation officielle et solennelle. Un geste important « pour fédérer ce peuple et lutter contre les discriminations, qui persistent, comme la proposition de loi contre les installations illicites », soulignent les deux militants.

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