Tag: Municipales

  • La gauche alésienne face au défi de la reconstruction

    La gauche alésienne face au défi de la reconstruction

    25,85%. C’est ce que pèse aujourd’hui la gauche à Alès lorsqu’on additionne les scores de la liste PS-Écologistes (10,79%) et celle du PCF-LFI (15,06%) au premier tour des municipales avant qu’elles ne décident de se retirer pour faire barrage au RN. À peine un électeur sur quatre donc, chiffre d’autant plus inquiétant que la participation n’a pas dépassé les 50 %.

    Pour savoir comment réagir, les forces de gauche tentent déjà d’établir une analyse de l’échec. Si la désunion à gauche a forcément pesé dans leur faible score, le communiste Giovanni Di Francesco regrette aussi l’incapacité des deux listes à mobiliser l’électorat populaire : « Quand on fait de certains quartiers d’Alès des secondes zones, les gens finissent par penser qu’ils vivent ailleurs et ne s’intéressent plus à cette société donc ils ne votent pas. Le vote dans les quartiers est intéressant mais faire 40 % avec une participation inférieure à 30 %, ça ne pèse pas dans la balance ». Béatrice Ladrange, citoyenne non encartée élue dans le précédent mandat dans l’opposition avance un autre argument : « Il y a un changement de sociologie à Alès. Des tours ont été détruites dans le mandat précédent et cette population est partie dans des villages autour d’Alès qui construisent des logements sociaux. Dans le même temps, beaucoup de retraités sont arrivés à Alès ces dernières années ».

    Une fois ces premiers éléments relevés qui vont demander une analyse plus affinée dans les prochaines semaines, la gauche veut rapidement se remettre au travail pour construire une alternative crédible à la fois à la droite municipale de Christophe Rivenq mais aussi à la montée de l’extrême droite. « Il faut continuer le travail réalisé durant la campagne c’est-à-dire de continuer d’aller à la rencontre de la population, ne pas la laisser tomber. Nous avons six ans pour tout construire. Il faut donc faire de la pédagogie, de l’information. Nous n’avons pas de médias pour nous, il faut donc se déployer, écouter les problèmes des gens et voir les solutions que l’on peut leur apporter à notre niveau », explique Martine Sagit, secrétaire de l’union locale CGT qui était présente sur la liste de Paul Planque.

    Multiplier les réunions publiques, assister au conseil municipal, informer la population, échanger avec les habitants sur les moyens d’actions, c’est aussi l’avis de l’Insoumis Armand Crépin : « Cela passe par les mobilisations sociales mais aussi en soutenant le travail des associations contre la rupture du lien social. Il n’y a que la présence sur le terrain qui marche parce que les discours ne fonctionnent plus ». Pour Béatrice Ladrange aussi la gauche doit se « mobiliser dans des collectifs citoyens qui se battent sur certaines thématiques comme l’eau, la pollution ou le mal-logement ».

    « Il faut reprendre le travail à la base. Il faut qu’on mène les combats du quotidien. Mais il faut surtout travailler à l’unité de la gauche », conclut Bernard Motto-Ros de L’Après.

  • Bagnols-sur-Cèze, 3e ville du Gard, bascule au RN

    Bagnols-sur-Cèze, 3e ville du Gard, bascule au RN

    Après Beaucaire, 4e ville du Gard il y a douze ans, c’est au tour de Bagnols-sur-Cèze de tomber. Si la vague brune a été contenue de justesse à Nîmes et Alès, elle a emporté une terre labourée depuis des décennies par le Parti socialiste, qui s’est totalement retiré du scrutin municipal cette année.

    Cette « défaite annoncée » comme le dit le communiste local Elian Cellier, n’était pas inéluctable. Bien sûr, la députée de la circonscription Pascale Bordes, réélue en 2024, partait favorite. Mais un scrutin local n’est pas un scrutin national. Si la députée est parvenue à lisser l’image du parti d’extrême droite sur son territoire, elle comptait aussi de nombreuses faiblesses : une liste familiale inexpérimentée composée de nombreux couples, un programme uniquement axé sur la sécurité et une absence assumée dans l’opposition au conseil municipal depuis cinq ans signe que ses priorités n’étaient pas vraiment les sujets locaux. Mais en face, l’irresponsabilité de la désunion l’a emporté et avec elle, la menace d’une implantation durable de l’extrême droite sur le territoire bagnolais.

    « Ils sont complices »

    Élu sur une liste de gauche en 2008, le maire sortant Jean-Yves Chapelet n’a cessé de glisser vers la droite. Puis, les dossiers de l’imam Mahjoubi et la prolifération du trafic de drogue ont fini de le décrédibiliser. Incapable de s’en rendre compte avant le scrutin, Jean-Yves Chapelet est arrivé deuxième du premier tour mais avec un score historiquement bas (18,25%) qui montrait son incapacité à rassembler (25,02% au second tour). Il n’a d’ailleurs même pas tenté une alliance avec Philippe Broche arrivé 4e avec 14,43%. Incapable non plus de s’entendre avec les autres forces de gauche, Jérôme Jackel (Debout!) n’a jamais envisagé de se retirer et termine dernier de la triangulaire (22,10%).

    Après la victoire du RN, Elian Cellier s’en est pris aux auteurs de la désunion : « On ne peut rien contre la bêtise des hommes. Chapelet élu en 2008 sur une liste de gauche aura mandat après mandat exclu les communistes, les socialistes pour rejoindre le centre droit. Les idiots-utiles que sont les Jackel, Michel Cegielski (éliminé au 1er tour), Sylvain Hille (PS), Alain David (SE) et Christophe Prévost (ancien gilet jaune, plusieurs fois candidats) portent une lourde responsabilité dans la prise de la ville par le RN. Cette situation était pourtant prévisible. À croire qu’ils sont complices ».

  • Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Vincent Bouget, l’épopée d’une victoire populaire

    Au Prolé, dans la soirée du dimanche 22 mars, la pluie n’a pas éteint la braise. Elle l’a attisée. Dans la cour et sous les néons, on lisait sur les visages la même fatigue joyeuse : celle des campagnes qu’on mène au corps à corps, à force de tracts, de portes frappées, de réunions qui finissent tard, de doutes avalés sans jamais baisser les yeux. Et puis, d’un coup, l’annonce : Vincent Bouget est élu maire de Nîmes avec 40,97% des voix, devant Julien Sanchez (RN) à 37,52% et Franck Proust (LR-Horizons) à 21,51%. La ville venait de basculer. La droite clanique, au pouvoir depuis vingt-cinq ans, venait de tomber. L’extrême droite du RN, qui rêvait de s’offrir la « Rome française » comme un trophée, venait d’être repoussée.

    Dans ce bar-phare de la gauche nîmoise, institution plus que QG, on ne célébrait pas seulement un score. On célébrait une revanche sociale, une dignité retrouvée, une mémoire transmise. Les bras se lèvent, les mains tremblent, les larmes montent sans prévenir. On s’étreint comme après une délivrance. Vincent Bouget apparaît, happé par les accolades, le regard humide. Il serre sa famille, embrasse sa mère, cherche sa fille en visio, et déjà la foule scande son prénom comme on scande une promesse : celle que la ville cesse d’être un décor pour les puissants, et redevienne un foyer pour celles et ceux qui la font vivre.

    Une victoire, une méthode : écouter puis construire

    Ce soir-là, l’émotion avait la densité d’une histoire longue. Car ce n’est pas une victoire « tombée du ciel ». C’est une victoire labourée. Deux ans de construction, de discussions, de désaccords surmontés. Deux ans à aller dans les quartiers populaires comme dans les rues du centre, à écouter la colère, les peurs, la lassitude. Deux ans à construire un programme avec les habitants au travers d’un questionnaire rempli à 3 000 reprises, à multiplier les réunions, à sonder, à recueillir, à recommencer. Cette liste qui porte le nom de sa méthode, « Nîmes en commun », n’a rien d’un slogan : c’est un fil tendu entre la politique et le quotidien, entre la mairie et la ville réelle.

    À peine le résultat digéré, une idée s’impose : aller à la mairie. Comme une évidence. Comme un rite. Le cortège s’organise, grossit à vue d’œil, envahit les ruelles. Et la marche devient un récit en mouvement : on reconnaît des visages croisés pendant deux ans, des militants de l’ombre, des habitants des quartiers populaires, des jeunes qui votent pour la première fois, des anciens qui n’y croyaient plus. Bouget avance lentement, arrêté tous les deux mètres par une main posée sur son épaule, une embrassade, un « merci », un « on l’a fait », des milliers de « on a gagné. »

    La droite fracturée,

    la gauche rassemblée

    Dans cette procession, il y a une chose qu’aucun bulletin ne mesure : le lien. Celui de l’implantation. Celui d’un travail patient, à rebours des campagnes hors-sol. Face à un candidat RN, Julien Sanchez, parachuté en janvier par le parti, quasi absent du terrain, préférant vanter les méthodes brutales et unilatérales de Donald Trump en conférence, porté par une stratégie nationale et un programme lacunaire, la gauche nîmoise opposait une force simple : connaître la ville, ses fractures, ses noms, ses douleurs, ses solidarités.

    En face, la droite nîmoise aura offert le spectacle d’une succession ratée, d’une guerre de chefs entre Franck Proust et Julien Plantier, héritiers proclamés de Jean-Paul Fournier, frères ennemis pendant des mois, avant une fusion forcée au soir de leur débâcle du premier tour. Une addition de logos, tardive, sans souffle, sans vérité. Nîmes a sanctionné ce manège. Et la leçon est brutale : on ne gouverne pas une ville comme un patrimoine à transmettre, ni comme une vitrine à vendre.

    Car l’autre leçon, plus grande encore, vient de la gauche. À Nîmes, l’union n’a pas été un mot d’ordre plaqué : elle a été un travail. Une preuve. Une discipline. Ici, communistes, socialistes, écologistes, militants de Génération.s, de Place publique, de L’Après, et une large part de la société civile ont choisi de se compter ensemble plutôt que séparément. Non pas au dernier moment, dans l’urgence d’un second tour, mais dans la durée, à force de rencontres, de débats, de concessions, de respect des désaccords. Et quand certains, au niveau national, s’épuisent à la division, Nîmes rappelle que l’unité n’est pas une posture : c’est une stratégie pour gagner, mais surtout une condition pour gouverner.

    Quartiers populaires :

    le sursaut qui change tout

    Entre les deux tours, quelque chose s’est levé. Dans les quartiers populaires, là où l’abstention est souvent le premier parti, on a vu un sursaut : une mobilisation décisive, avec une hausse moyenne de participation de 11% pouvant monter jusqu’à 17%. Pas un miracle : des discussions partout, des voisins qui se convainquent, des familles qui se parlent, des jeunes motivés à voter parce que l’enjeu dépassait les querelles politiciennes. Et dans les urnes, la vague est nette : Bouget fait carton plein à Valdegour (jusqu’à 76%, école Gustave-Courbet), au Chemin-Bas d’Avignon (79%, Jean-Zay), au Mas de Mingue (74%, Jean-d’Ormesson) et à Pissevin (84%, Henri-Wallon/Paul-Langevin). À l’inverse, Julien Sanchez s’effondre dans ces secteurs (de 6 à 15%), quand il est surtout en tête dans des quartiers plus « ville active » et pavillonnaires (René-Char, Mas de Ville, Vacquerolles). La droite, elle, ne conserve qu’un îlot : Castanet, où Franck Proust arrive en tête avec 36% (Combe des Oiseaux).

    Bouget le dit avec gravité : « Il y a eu un sursaut citoyen. Dans les quartiers populaires comme partout dans la ville. » Et il ajoute : « Je veux saluer celles et ceux qui l’ont fait pour faire barrage. Cela nous oblige. » Oui : cette victoire oblige. Elle oblige à réparer, à rassembler, à tenir la promesse d’une mairie qui regarde enfin vers Pissevin, Valdegour, le Chemin-Bas, Richelieu, La Gazelle, et pas seulement vers les cartes postales.

    Du balcon, une nouvelle ère

    Arrivé à l’Hôtel de Ville, Bouget prend la parole au balcon devant près de 2 500 Nîmois. Derrière lui, des figures de la gauche locale, mais aussi des visages qui disent la portée de l’instant. On voit Alain Clary, dernier maire communiste de Nîmes de 1995 à 2001, ému aux larmes comme un témoin qui voit l’histoire reprendre son cours. À ses côtés, Françoise Laurent-Perrigot, présidente (PS) du Département et Carole Delga, présidente (PS) de Région, venues saluer une victoire qui dépasse les frontières de la cité romaine. Clary parle d’« une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir ». Et la ville comprend que ce soir ne referme pas une parenthèse : il ouvre un chapitre.

    Bouget, lui, refuse l’ivresse personnelle. « Je ne suis pas dans une logique personnelle. Nous sommes au début de l’histoire. Dès demain, nous allons nous mettre au travail », promet-il. Puis il dédie : à sa famille, à sa grand-mère résistante récemment disparue, à celles et ceux qui ont porté la flamme quand la ville semblait promise à la résignation.

    Ce dimanche de mars, Nîmes a vécu plus qu’une alternance. Elle a vécu un moment de vérité : celui d’une ville qui choisit l’ancrage contre le parachutage, la solidarité contre la peur, l’union contre les egos. Dans vingt ans, on lira peut-être ce soir comme une date. Les Nîmois l’ont vu comme une scène : du Prolé au balcon, la ville marchait. Et elle se retrouvait.

    « Voir qu’il y a une nouvelle génération, une nouvelle façon de faire de la politique, un nouvel espoir, c’est formidable »

  • Toulon, îlot debout et combatif dans une Métropole recomposée

    Toulon, îlot debout et combatif dans une Métropole recomposée

    Toulon est une résistante », a déclaré, dimanche soir, la maire réélue de Toulon sans étiquette, Josée Massi. Et il est vrai que la population a su, une fois encore – le peuple de gauche en tête – se rassembler pour barrer la route à l’extrême droite, comme elle l’avait déjà fait en 2024 lors des législatives, en envoyant à l’Assemblée nationale le seul député non RN du département.

    Une place forte aujourd’hui prise en étau par La Seyne-sur-Mer, deuxième ville du Var à l’est et au sud de la rade, et La Valette-du-Var, à l’ouest, qui s’est vendue à la girouette Julien Argento (UDR-RN), ancien responsable des Jeunes Républicains, mais aussi ex-colistier du maire sortant Thierry Albertini (DVD), qui n’est arrivé que troisième pour ce second tour.

    Aussi désespérantes que soient ces victoires en faveur du parti à la flamme, surtout concernant l’ex-cité des Chantiers très longtemps gérée par la gauche et le Parti communiste, et où la vacuité du programme du lepeniste Dorian Munoz a de quoi sérieusement inquiéter tous les habitants de La Seyne-sur-Mer, les équilibres de la Métropole, malgré aussi le dévissage à 21 voix près du maire (LR) de Six-Fours Jean-Sébastien Vialatte, ne devraient pas s’en retrouver bouleversés. La présidence, sans coups bas du patron LR du Département Jean-Louis Masson, devrait légitimement revenir à la maire du Port du Levant, Josée Massi. L’ex-maire de Hyères, Jean-Pierre Giran, qui avait pris les rênes de la collectivité après la condamnation d’Hubert Falco, est quant à lui tombé au champ du déshonneur après avoir fusionné sa liste avec l’extrême droite pour tenter de conserver sa place. Ce troisième tour va donc devoir être scruté avec une extrême attention.

    Dépasser les tensions

    « Sur les douze communes, il n’y en a que trois qui sont parties au RN », modère cependant la maire de Toulon. C’est vrai : même si c’est trois de trop, le résultat aurait pu être bien pire au regard de ce que certains avaient annoncé.

    Le camp progressiste, qui peut se féliciter d’avoir fait le job à Toulon en appelant à voter Josée Massi contre le RN, en cohérence avec ses valeurs, va devoir continuer à jouer autrement son rôle d’opposition. Puisque la gauche ne siégera plus au conseil municipal comme elle le faisait avec assiduité depuis 1981. éliminée au 1er tour, beaucoup ayant estimé moins risqué de voter d’emblée contre la menace, « Toulon en commun » va devoir poursuivre l’élaboration de propositions et remarques sur la politique communale en assemblées citoyennes, la presse se faisant alors le relais de ce travail. Libre ensuite à la majorité de s’en inspirer, le cas échéant.

    À La Seyne, les choses semblent d’emblée plus simples, avec ses quatre élus de gauche issus de ce dernier scrutin. Encore faut-il, pour cela, que cessent les règlements de compte stériles et que chacun dépasse les tensions nées de la campagne, en effectuant une analyse politique pertinente. Ainsi, lorsque le candidat socialiste Olivier Andrau, à qui certains reprochent d’avoir dynamité l’union et le rassemblement en voulant imposer sa liste, affirme sur les réseaux sociaux qu’« une frange de la gauche seynoise a préféré la politique de la terre brûlée à l’intérêt général », il pointe une responsabilité qu’une large partie des acteurs locaux ne partage pas. Des propos qui vont très peu servir à préparer une alternative humaniste à La Seyne.

    Rappelons donc que, face à la droite divisée, il n’y avait que le vote en faveur de la liste de rassemblement de la gauche conduite par Stéphane Sacco qui représentait un espoir, aussi mince fût-il, de victoire et d’espoir pour « les plus vulnérables » qu’Olivier Andrau prétend défendre. D’autant qu’il ne s’arrête pas là, en repprochant au candidat des progressistes, ingénieur de profession, « d’avoir fait le choix du pire, celui des places et des indemnités ». Des propos qui peuvent être jugés contestables, de la part d’un candidat perçu comme responsable de la débâcle par des acteurs de la vie politique locale.

    Pour reconstruire une alternative crédible face au RN, il sera nécessaire que les différents protagonistes apaisent les échanges et privilégient une analyse collective des résultats. Il s’agit d’éviter les divisions. À moins de vouloir conduire encore plus de monde à l’abstention.

  • En Vaucluse, la gauche recule, la droite engrange

    En Vaucluse, la gauche recule, la droite engrange

    Au-delà de l’extrême droite qui s’enracine (lire page précédente), la gauche et la droite ont connu des fortunes diverses.

    Une gauche quasi disparue

    Dimanche, à la nuit tombée, au QG d’un soir de la gauche avignonnaise, on se lamentait. « Il reste quoi comme ville chez nous dans le département ? », entendait-on. Silence gêné dans l’assistance, qui réalisait déjà mal la perte en cours de la ville préfecture, Avignon. La réélection, dimanche dernier, d’Anthony Zilio (SE mais issu de la gauche) à Bollène face à trois listes d’extrême droite, a vite été éclipsée. Ensuite, hormis Entraigues-sur-la-Sorgue, où William Bouquet (DVG) a pris la suite de Guy Moureau (PCF), voire le village de Velleron, dans le Grand Avignon, avec Philippe Armengol (DVG) seul candidat en lice dimanche dernier, et donc réélu maire, le bilan est famélique. Si, avant le scrutin, la gauche ne détenait déjà pas beaucoup de mairies, le faible nombre était compensé par l’importance des communes, les deux plus grandes étaient à gauche : Avignon avec Cécile Helle (PS) et Carpentras avec Serge Andrieu (DVG). Leurs pertes, au profit respectif d’Olivier Galzi (DVD) et d’Hervé de Lépinau (RN), laisse donc un grand vide. Dans une autre mesure, Monteux où Christian Gros, maire (DVG) depuis 1989, n’a pas préparé sa transition, a vu le RN largement s’imposer ce dimanche.

    La droite en regain avec Avignon

    À quelques courtes voix près à Apt et Cavaillon, la droite aurait pu perdre deux bastions au profit du RN, mais Jean Aillaud (DVD), 1er adjoint sortant d’Apt, et Gérard Daudet (DVD), maire depuis 2017 de Cavaillon, ont réussi à conserver, dimanche, dans leur giron, ces communes importantes. À voir si le résultat sera bien validé, les candidats RN battus ayant annoncé leurs intentions de déposer des recours. À l’Isle-sur-la-Sorgue, Pierre Gonzalvez (DVD) rempile, lui, pour un 4e mandat, même si sa victoire n’a pas été aisée face à Romain Dufaud (DVC), qu’il devance de 200 voix sur 9 600 exprimées. Mais c’est surtout la victoire à Avignon d’Olivier Galzi (DVD) qui permet à la droite de reprendre des couleurs, bien que l’ex-journaliste a mené campagne sans le soutien officiel des partis traditionnels, excepté UDI et Horizons. Dimanche dernier, Jean-François Périlhou, président des Républicains 84, et Patrick Adrien (DVD) avaient déjà été confortablement réélus à Vaison et Valréas.

  • Roger Didier, contesté mais toujours vainqueur à Gap

    Roger Didier, contesté mais toujours vainqueur à Gap

    Une bonne centaine de voix. 118, pour être exact. C’est la différence qui aura permis à Roger Didier de l’emporter et de repartir pour sept nouvelles années à la tête de la ville qu’il dirige depuis 2007. Les résultats définitifs donnent 47,51% des voix au sortant à l’issue du second tour, avec 8 584 voix exprimées en sa faveur contre 46,86% pour Elie Cordier et l’alliance de gauche qui en a rassemblé 8 466. Décroché, le candidat RN Raphael Leroux a récolté 5,62% des votes. Passant d’environ 7 114 voix à 8 584 au second tour, Roger Didier a su attirer plus de mille voix supplémentaires au second tour.

    L’opposition progresse

    D’un point de vue statistique, cette victoire peut s’expliquer par une meilleure participation, 60,32% au second tour contre 58,68% au premier : environ cinq cents électeurs de plus se sont mobilisés. Une participation qui semble avoir souri à Roger Didier, qui a certainement capté également une large part des voix du RN, puisque Raphael Leroux n’a récolté que 1 016 voix au second tour contre 1 917 au premier.

    Roger Didier avait déjà déclaré avoir confiance dans le soutien des Gapençais à son égard, prophétisant que son bilan pour la ville serait reconnu de ses pairs dans les urnes. Lancé très tard en campagne, le 26 février, le taulier de la droite locale a joué la carte de l’expérience, du désendettement financier, de la sécurité et de la préservation de la qualité du centre-ville. Des arguments qui ont visiblement fait mouche. Toutefois, l’opposition a rassemblé plus de 9 000 votes au second tour contre un peu plus de 7 000 en 2014 et 5 500 en 2020. Si son pari est réussi, l’heureux élu devra aussi tendre l’oreille à cette part de la population qui a voulu une alternative.

  • À peine élu, un adjoint forcé de démissionner

    À peine élu, un adjoint forcé de démissionner

    Élu en conseil municipal vendredi, l’adjoint Marc Gras a été contraint de démissionner dès le lendemain, après la révélation de publications problématiques dont il était l’auteur. « Cette démission fait suite à la publication de contenus sur ses réseaux sociaux en contradiction avec les valeurs que nous défendons et avec les responsabilités liées à l’exercice d’un mandat d’élu », a écrit la nouvelle mairie de Château-Arnoux-Saint-Auban, dans un communiqué diffusé sur Facebook, samedi soir. La décision a été prise « à la suite d’une réunion de l’équipe municipale », ajoute-t-elle.

    Contacté, le nouveau maire, Philippe Bertrand (DVC), qui a battu le communiste René Villard de quatre voix au second tour, n’a pas souhaité répondre, ni détailler le contenu des publications en question. Selon l’équipe de René Villard, qui a déposé un recours, dénonçant des « irrégularités » dans le scrutin, il s’agirait de « publications racistes, sexistes et islamophobes ». « Il montrait une famille blanche en disant “bientôt, il n’y en aura plus” », explique le directeur de campagne de René Villard. « Ils ont adopté la méthode du Rassemblement national : écarter les brebis galeuses », selon lui.

    Des publications racistes

    Sur des captures d’écrans du profil Facebook de Marc Gras, on peut en effet voir des publications racistes, islamophobes et insultantes. L’élu partageait également de nombreuses publications du RN. Il a depuis restreint l’accès à son compte Facebook et supprimé les publications en question.

    « Philippe Bertrand a souhaité convaincre cet électorat et c’est comme ça qu’il s’est retrouvé avec des personnes proches du RN sur sa liste », avance Mehdi Rachid, colistier de René Villard. Le nouveau deuxième adjoint Romaric Giacomino a notamment été membre du RN, de LR et de Debout la France. « C’est une tactique du RN d’intégrer leurs représentants avec des indépendants pour ensuite se présenter sous l’étiquette RN », selon Mehdi Rachid. Philippe Bertrand avait revendiqué le soutien du RN, ce que le parti avait nié.

  • À Avignon, trois enseignements d’un scrutin inédit

    À Avignon, trois enseignements d’un scrutin inédit

    Olivier Galzi, la stratégie payante

    Quand, au cœur de l’été dernier, le nom d’Olivier Galzi a jailli comme possible candidat à la mairie, la circonspection dominait. Que vient faire cet ancien journaliste TV, passé ensuite dans le groupe d’ingénierie auprès de collectivités locales Edeis et qui possède aussi sa propre société de conseil en relations publiques ? S’il a passé une bonne partie de sa jeunesse à Avignon, Olivier Galzi ne s’était jusque-là jamais impliqué dans la vie locale au sens large. À l’instar de Patrick de Carolis à Arles, ex-PDG de France TV devenu maire en 2020, Olivier Galzi aura donc réussi son pari.

    Novice en politique, sans soutien officiel de partis politiques, il insistait quelques minutes après s’être annoncé vainqueur sur le volet historique de sa victoire. « Le défi continue », commente-t-il, regardant dans le rétroviseur d’une demi-année, « où on est arrivé face à des partis structurés là depuis longtemps, qui avaient cultivé leurs réseaux et qui étaient persuadés de n’être jamais délogés ». Tout de même bien marqué à droite, avec une équipe de campagne ayant œuvré dans ces cercles-là et quelques colistiers aussi, Olivier Galzi a aussi profité de la défection, en novembre, de Julien Aubert (LR). Il a donc su aimanter et mobiliser l’électorat qui avait le plus envie de changement après douze ans de gestion de Cécile Helle (PS).

    Après être arrivé en tête au 1er tour sans creuser de forts écarts, la différence s’est opérée dans l’entre-deux-tours, où il a clairement donné le tempo, invisibilisant Anne-Sophie Rigault (RN), en perdition de voix (-800 en une semaine), pour se poser en alternative la plus crédible à la liste d’union à gauche. À l’image de ce que sait faire la gauche quand elle appelle au vote utile et faire barrage à l’extrême droite, Olivier Galzi a utilisé la même recette en « jouant sur les peurs », selon Anne-Sophie Rigault, pour dénoncer « l’alliance PS-LFI de la honte ». Avec un rassemblement dit citoyen, jeudi dernier, dans la plus pure tradition de la gauche. Dimanche soir, au sein de la gauche candidate, bien qu’en déplorant « une campagne dégueulasse », on ne pouvait que s’incliner face à « une stratégie de com’ qui a bien fonctionné ».

    À gauche, une fusion utile, mais sans dynamique

    Comme à Toulouse ou Limoges, où les listes PS et LFI ont fusionné, l’alliance n’a pas été couronnée de succès non plus à Avignon. Quasiment à égalité au premier tour (234 voix d’écart), David Fournier (PS, 19,89%) et l’insoumise Mathilde Louvain (19,03%) se sont rapidement mis d’accord pour poursuivre la campagne ensemble. Sur le papier, le cumul des voix pouvait permettre de nourrir de sérieux espoirs de victoire.

    À l’arrivée, le calcul était plutôt bon, puisqu’en une semaine, la gauche progresse de 450 voix et récolte 38,01% des suffrages. Bien, mais largement insuffisant face au boom dix fois plus important d’Olivier Galzi (+4 454 voix), alors que la participation a cru de 3,6 points. Dimanche soir, personne ne remettait en cause cette stratégie d’union, préalable indispensable pour espérer l’emporter à condition qu’une dynamique s’enclenche. « Il y a eu des réflexes réactionnaires à l’œuvre », analysait David Fournier à chaud, faisant un parallèle au national avec Toulouse, Limoges ou Poitiers. Mais au-delà de cet entre-deux-tours, une partie de la défaite réside aussi dans une ambiance fin de règne, où la course à la succession de Cécile Helle a laissé des traces, tandis que les insoumis et leurs partenaires gagnaient aussi du terrain. Durant de trop longs mois, les habitants ont assisté au bal des prétendants, la situation ne se décantant vraiment qu’un mois avant le 1er tour, avec le renoncement de Paul-Roger Gontard. Pendant ce temps-là, Olivier Galzi a pu imprimer auprès de la population.

    Une participation

    à revoir

    Avec 51,25% de participation dimanche, Avignon enregistre un léger mieux de 3,6 points, soit quelque 2 000 votants de plus. Mais on reste très loin de 65,4% des municipales de 2014 ou des 60,7% du second tour des législatives de juillet 2024. C’est là aussi que la gauche a joué une partie de sa défaite en ne mobilisant pas assez les quartiers dits populaires. Par exemple, au groupe scolaire Louis-Gros, bureau le plus faible en votants (32,53%), David Fournier réalise 58,39%. Son plus gros score est à Saint-Chamand (65,95%), là où seulement 33,15% des inscrits se sont déplacés. Lors des législatives, la participation était presque de 54% dans ce bureau, qui avait alors très massivement voté pour Raphaël Arnault. À l’inverse, Olivier Galzi fait le plein en centre-ville, comme à l’école Bouquerie, où il enregistre son meilleur score (63,29%) dans le bureau qui a le plus voté (68%).

  • Le RN s’ancre davantage dans la région avec 16 mairies remportées

    Le RN s’ancre davantage dans la région avec 16 mairies remportées

    Trois communes conquises dans les Bouches-du-Rhône, cinq dans le Var et huit dans le Vaucluse : le Rassemblement national progresse dangereusement dans la région Sud, tout en pérennisant son implantation dans les localités déjà obtenues en 2020. Dans le Var d’abord, David Rachline (RN) rempile pour un troisième mandat consécutif à Fréjus, grâce à une victoire dès le premier tour. Il a obtenu 51,01% des suffrages, devançant largement sa principale concurrente Emmanuelle Bonnemain (DVC) qui a cumulé, loin derrière, 29,94% des voix.

    Dans le Vaucluse, les quatre villes qui avaient opté pour l’extrême droite au précédent scrutin municipal reconduisent toutes le RN dès le premier tour. À Morières-lès-Avignon (moins de 9 000 habitants), Grégoire Souque (RN) est réélu pour un second mandat avec 66,66% des voix face à la seule autre candidate, Annick Dubois (DVG). Au Pontet, où vivent près de 18 000 âmes, le maire sortant Joris Hebrard (RN) conserve la ville et entame son troisième mandat (60,79% des suffrages). Philippe de Beauregard (RN), qui déjà en 2020 avait réussi une inquiétante percée en rassemblant 70,22% des voix, conserve lui son fauteuil à Camaret-sur-Aigues. Il l’emporte de nouveau dès le premier tour totalisant un score de 72,99%. À Orange, le scrutin marque la fin de la dynastie Bompard. Jacques Bompard, maire de 1995 à 2021, avait cédé son fauteuil à son fils Yann après avoir été condamné pour prise illégale d’intérêts et frappé d’inéligibilité. Yann Bompard, à son tour condamné en janvier 2026 à cinq ans d’inéligibilité pour une affaire d’emploi fictif, a été démis de ses fonctions quelques jours avant les élections, l’empêchant de se représenter. L’inéligibilité de Jacques Bompard ayant été levée en février 2026, celui-ci s’est finalement présenté à la mairie. Mais au second tour, il est battu par le candidat du RN, Jean‑Dominique Artaud, qui arrive en tête avec 35,76% des suffrages. En cumulant les voix de Jacques Bompard et de Jean-Dominique Artaud, les deux candidats classés à l’extrême droite totalisent 68,23% des suffrages exprimés.

  • En Vaucluse, cinq nouvelles villes conquises

    En Vaucluse, cinq nouvelles villes conquises

    L’histoire bégaye. En 1995, Jacques Bompard avait offert au FN d’alors une de ses premières mairies en France, à Orange, à la faveur d’une triangulaire. Une situation qui s’est reproduite en 2014, où Camaret et Le Pontet ont basculé à l’extrême droite lors d’un second tour à trois candidats. En 2020, la gauche avait été divisée lorsque Morières a viré brun. Ce dimanche, le scénario s’est reproduit à Carpentras, miné par la division à gauche de deux désormais ex-maires, et Monteux, où le RN s’est imposé en triangulaire.

    Municipales après municipales, l’extrême droite glane ainsi des mairies sans en perdre. Le cas orangeois mis à part, où Jean-Dominique Artaud (RN) a fini par mettre fin à plus de 30 ans de Bompard, une autre extrême droite, le parti lepéniste, s’implante. Après Le Pontet et Camaret en 2014 (lire aussi ci-dessous), où leurs maires Joris Hébrard et Philippe de Beauregard entament une 3e mandat, puis Morières en 2020 – Grégoire Souque a été réélu dimanche dernier, le RN a conquis cinq communes : Orange par Jean-Dominique Artaud, Carpentras avec le député Hervé de Lépinau – qui devra être remplacé à l’Assemblée par sa suppléante -, Monteux qui a élu Patrice de Camaret, Bédarrides avec Guillaume Taddio et Aubignan, gagnée par la conseillère départementale Marie Thomas de Malleville.

    Il s’en est fallu de très peu à Apt (16 voix) et Cavaillon (47 voix) pour que deux autres grandes communes ne basculent à l’extrême droite, mais finalement conservées par la droite (lire page suivante). En revanche, Louis Bonnet, maire sortant de Mazan, soutenu par le RN, a été battu par Stéphane Claudon (DVC). Pas de quoi consoler le camp progressiste qui a donc vu Carpentras, 2e ville la plus peuplée du département, s’offrir à Hervé de Lépinau. Contrairement à la gauche, l’extrême droite a su mettre de côté ses divisions dans l’entre-deux-tours pour unir ses trois listes. Sans cette fois trouver à redire au soutien de Christian Richaud-Simoni, le candidat initial du parti débranché suite à l’affaire des tweets racistes et injurieux. Ce dernier, bien que non-colistier, était présent dimanche en mairie, bras dessus-dessous avec Hervé de Lépinau. Bien moins radioactif que quand le RN l’avait désinvesti, pour des propos « en totale contradiction avec les valeurs et le projet portés par le RN », selon Thierry D’Aigremont, délégué du RN 84 et désormais conseiller municipal à Carpentras.

    Sénat et intercommunalités en ligne de mire

    « Ma ligne de conduite, c’est l’écoute, je ne ferai rien de violent », promet Hervé de Lépinau, qui devrait endosser l’habit de maire, ce vendredi soir, à l’issue du conseil municipal d’installation. Une réponse au sujet de sa future politique associative, dont les subventions et leurs orientations sont de véritables marqueurs (lire notre enquête du 13 février sur le sujet au sein des municipalités d’extrême droite du Sud-Est). « Plus que jamais, le RN est le premier parti de Vaucluse », s’enorgueillit le RN 84 dans un communiqué, se targuant d’obtenir 300 élus. Maire sortant et sorti, Serge Andrieu (DVG) redoute que « ce résultat, ce sont les plus faibles, les plus précaires, qui en paieront le prix pendant les prochaines années ». Dans un communiqué, relayé aussi par Julien Guérin, secrétaire de la section PCF et colistier de Serge Andrieu, celui-ci estime que « l’heure est donc désormais celle d’une nouvelle génération, qui doit organiser l’opposition à l’extrême droite ».

    Du côté de Renaud Muselier, président (Ren.) de la Région, on a une tout autre lecture des chiffres du RN. « En Vaucluse, sur 151 communes, le RN a échoué dans sa conquête. Il dispose aujourd’hui de huit communes, soit moins de 6% des communes du département », préfère voir Renaud Muselier dans un communiqué, alors que Jacqueline Bouyac, une de ses vice-présidentes à la Région, est réélue de justesse, dans l’opposition cette fois, aux côtés de Serge Andrieu. En attendant certainement l’élection d’un sénateur en septembre, les hauts scores du RN pourraient aussi lui permettre de gérer des intercommunalités, comme c’était déjà le cas à Orange. La Cove à Carpentras, actuellement présidée par Jacqueline Bouyac, ou les Sorgues du Comtat (Monteux, Camaret) sont des cibles possibles.