En Vaucluse, cinq nouvelles villes conquises

L’histoire bégaye. En 1995, Jacques Bompard avait offert au FN d’alors une de ses premières mairies en France, à Orange, à la faveur d’une triangulaire. Une situation qui s’est reproduite en 2014, où Camaret et Le Pontet ont basculé à l’extrême droite lors d’un second tour à trois candidats. En 2020, la gauche avait été divisée lorsque Morières a viré brun. Ce dimanche, le scénario s’est reproduit à Carpentras, miné par la division à gauche de deux désormais ex-maires, et Monteux, où le RN s’est imposé en triangulaire.

Municipales après municipales, l’extrême droite glane ainsi des mairies sans en perdre. Le cas orangeois mis à part, où Jean-Dominique Artaud (RN) a fini par mettre fin à plus de 30 ans de Bompard, une autre extrême droite, le parti lepéniste, s’implante. Après Le Pontet et Camaret en 2014 (lire aussi ci-dessous), où leurs maires Joris Hébrard et Philippe de Beauregard entament une 3e mandat, puis Morières en 2020 – Grégoire Souque a été réélu dimanche dernier, le RN a conquis cinq communes : Orange par Jean-Dominique Artaud, Carpentras avec le député Hervé de Lépinau – qui devra être remplacé à l’Assemblée par sa suppléante -, Monteux qui a élu Patrice de Camaret, Bédarrides avec Guillaume Taddio et Aubignan, gagnée par la conseillère départementale Marie Thomas de Malleville.

Il s’en est fallu de très peu à Apt (16 voix) et Cavaillon (47 voix) pour que deux autres grandes communes ne basculent à l’extrême droite, mais finalement conservées par la droite (lire page suivante). En revanche, Louis Bonnet, maire sortant de Mazan, soutenu par le RN, a été battu par Stéphane Claudon (DVC). Pas de quoi consoler le camp progressiste qui a donc vu Carpentras, 2e ville la plus peuplée du département, s’offrir à Hervé de Lépinau. Contrairement à la gauche, l’extrême droite a su mettre de côté ses divisions dans l’entre-deux-tours pour unir ses trois listes. Sans cette fois trouver à redire au soutien de Christian Richaud-Simoni, le candidat initial du parti débranché suite à l’affaire des tweets racistes et injurieux. Ce dernier, bien que non-colistier, était présent dimanche en mairie, bras dessus-dessous avec Hervé de Lépinau. Bien moins radioactif que quand le RN l’avait désinvesti, pour des propos « en totale contradiction avec les valeurs et le projet portés par le RN », selon Thierry D’Aigremont, délégué du RN 84 et désormais conseiller municipal à Carpentras.

Sénat et intercommunalités en ligne de mire

« Ma ligne de conduite, c’est l’écoute, je ne ferai rien de violent », promet Hervé de Lépinau, qui devrait endosser l’habit de maire, ce vendredi soir, à l’issue du conseil municipal d’installation. Une réponse au sujet de sa future politique associative, dont les subventions et leurs orientations sont de véritables marqueurs (lire notre enquête du 13 février sur le sujet au sein des municipalités d’extrême droite du Sud-Est). « Plus que jamais, le RN est le premier parti de Vaucluse », s’enorgueillit le RN 84 dans un communiqué, se targuant d’obtenir 300 élus. Maire sortant et sorti, Serge Andrieu (DVG) redoute que « ce résultat, ce sont les plus faibles, les plus précaires, qui en paieront le prix pendant les prochaines années ». Dans un communiqué, relayé aussi par Julien Guérin, secrétaire de la section PCF et colistier de Serge Andrieu, celui-ci estime que « l’heure est donc désormais celle d’une nouvelle génération, qui doit organiser l’opposition à l’extrême droite ».

Du côté de Renaud Muselier, président (Ren.) de la Région, on a une tout autre lecture des chiffres du RN. « En Vaucluse, sur 151 communes, le RN a échoué dans sa conquête. Il dispose aujourd’hui de huit communes, soit moins de 6% des communes du département », préfère voir Renaud Muselier dans un communiqué, alors que Jacqueline Bouyac, une de ses vice-présidentes à la Région, est réélue de justesse, dans l’opposition cette fois, aux côtés de Serge Andrieu. En attendant certainement l’élection d’un sénateur en septembre, les hauts scores du RN pourraient aussi lui permettre de gérer des intercommunalités, comme c’était déjà le cas à Orange. La Cove à Carpentras, actuellement présidée par Jacqueline Bouyac, ou les Sorgues du Comtat (Monteux, Camaret) sont des cibles possibles.

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