Des échanges de plus de deux heures, « très positifs, constructifs, dans l’apaisement républicain pour une transition dans les meilleures conditions », nous confie-t-on dans l’entourage du futur premier édile. Samedi matin, les 38 élus de la nouvelle majorité devront s’engager sur une charte éthique autour de l’intégrité, lors d’une séance présidée par Claude Le Roy, ancien entraîneur de football, déjà élu entre 2001 et 2008 dans l’opposition de gauche de l’époque. Face à eux siégeront 10 élus issus de la liste de gauche de David Fournier et 5 élus de celle de la candidate RN Anne-Sophie Rigault. Comme ce fut le cas pour Marie-Josée Roig en 2014, Cécile Helle ne devrait pas assister au conseil d’installation, selon nos informations.
Tag: Municipales
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Le danger RN écarté de la Métropole toulonnaise
C’est un des effets des victoires du RN dans trois villes de la Métropole Toulon-Provence-Méditerranée (La Seyne-sur-Mer, Six-Fours, La Valette-du-Var) : de trois postes sous la précédente mandature, le RN va passer à 29 au conseil métropolitain. Mais la victoire de Josée Massi à Toulon, ville dotée du plus grand nombre de conseillers (35, contre 24, au total, sur les trois villes précédemment citées), va considérablement limiter son influence et son accès aux postes à responsabilité, déterminé par le vote d’un conseil métropolitain au sein duquel il n’est pas majoritaire.
Il est ainsi très peu probable de le voir accéder à la présidence, qui devrait être cédée par Jean-Pierre Giran (LR) après sa défaite à Hyères, et à laquelle Josée Massi s’est déjà portée candidate. Il devrait en être de même pour les postes de vice-présidents (au nombre de 15 dans le précédent mandat, qui peut monter à 20).
Sacco seul représentant de la gaucheIl ne devrait donc pas y avoir d’élu RN au sein du bureau métropolitain (composé du président et des vice-présidents), organe chargé du pilotage des dossiers, ni aucun à la tête d’une commission (dirigées par les vice-présidents). Si elle pourra toutefois peser sur la construction des politiques, l’extrême droite n’aura donc pas les clés du processus décisionnel, au sein d’une assemblée dont les compétences (énergies, transports, déchets, logement…) sont importantes dans de nombreux domaines.
Un conseil métropolitain au sein duquel Stéphane Sacco (GRS), tête de liste d’Uni.e.s à gauche pour La Seyne aux élections, sera le seul représentant de la gauche, alors qu’ils étaient trois entre 2020 et 2026. Une position difficile à tenir, qu’il devra toutefois usiter tant que faire se peut pour porter les voix progressistes de l’ensemble de la métropole.
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L’option de la Métropole des maires avance
Jouer le bras de fer politique au sein de l’hémicycle avec un clivage entre la gauche et la droite ou faire de la Métropole une instance dépolitisée, en visant le consensus entre les maires. Si les deux hypothèses sont encore aujourd’hui sur la table, alors que doit être désigné le 7 avril le successeur de son actuelle présidente Martine Vassal, la deuxième option prend au fil des jours de plus en plus de poids.
Après le courrier adressé le 25 février par le maire (DVD) de La Ciotat Alexandre Doriol réclamant une réforme de l’institution métropolitaine, après la campagne très active menée en coulisses par le maire (LR) de Salon-de-Provence Nicolas Isnard pour aller en ce sens, c’est le maire (PS) du Puy-Sainte-Réparade qui, dans un courrier ce mercredi, appelle à un « pacte de gouvernance autour des maires ». « La Métropole Aix-Marseille-Provence ne s’est pas construite avec les communes. Elle s’est décidée sans elles, souvent contre elles », y déplore-t-il. Et de poser une alternative entre « un fonctionnement centralisé, technocratique » et « un outil au service des communes et d’un développement territorial équilibré ».
« La gestion des compétences de proximité doit être rendue aux maires, en dehors des clivages politiques », plaide-t-il, en réclamant aussi à travers son pacte en cinq points une décentralisation tant économique que dans les transports. « Une organisation en bloc, fondée sur les clivages partisans ferait basculer la Métropole d’un espace de coopération vers un lieu d’affrontement stérile », avertit-il encore.
Ce refus du clivage partisan est partagé du côté de la majorité marseillaise, qui apporte le plus gros contingent d’élus (67 conseillers sur 238). « Le total à gauche est plus fort que la dernière fois, mais pas assez pour arriver à la majorité, partage un élu influent. Si on présentait un candidat, rien n’exclut que le RN ne soutienne pas la droite. » Alors en attendant, le Printemps marseillais regarde le positionnement des candidats, décidé cette fois à participer à la gouvernance métropolitaine. « Celui qui nous fera les propositions les plus sérieuses concernant la ville de Marseille, on ira sur ce chemin-là », précise l’élu.
Soutiens à droitePour porter cette vision de ce que tous appellent la « Métropole des maires », « Nicolas Isnard ferait un très bon candidat » estimait le maire (LR) d’Allauch sur BFM Marseille, même s’il reconnaît que la maire (UDI) d’Aix-en-Provence Sophie Joissains « à toute sa légitimité ». « Nicolas Isnard est à l’instant où je vous parle le candidat qui semble convenir à l’ensemble des maires des Bouches-du-Rhône », défendait aussi leur président (SE) Georges Cristiani sur France 3 ce mardi soir, précisant lui-même ne pas être candidat. Le même jour selon nos informations, le groupe des maires de Provence et le groupe écologiste et centriste se sont chacun réunis, et apporté leur soutien au maire de Salon-de-Provence. La réunion lundi prochain à Saint-Victoret de l’ensemble des membres du collectif des Maires de Provence – ils étaient 100 à y adhérer dans le département en décembre – devrait permettre d’éclaircir les positionnements de chacun.
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![[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Hyères, la fusion de Giran-Cornileau a tourné au fiasco](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/03/600519fc12c7782066515afc46e02032.png)
[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Hyères, la fusion de Giran-Cornileau a tourné au fiasco
Lors de son entrée en campagne, en janvier, Jean-Pierre Giran apparaissait confiant. Mettant en avant les réalisations de ses douze années de mandat, le candidat LR ne manquait pas de critiquer ses adversaires. Au premier rang desquels son ancienne adjointe au commerce et à l’animation, Véronique Bernardini, passée dans l’opposition en 2023 : « J’ai failli l’appeler Martine, car sa campagne, c’est Véronique à la plage, Véronique au marché… La politique, ce sont des idées, pas des postures, ni des carnets avec une petite blonde magnifique qui fait toujours un sourire identique. »
Désaveu dès le 1er tourSe sentait-il en danger en passant sous silence les aspects moins reluisants de sa mandature avec notamment un rapport accablant de la Chambre régionale des comptes en 2024 ou la gestion calamiteuse de la villa Noailles, tandis que l’association Anticor multipliait les signalements à son encontre…
La claque du 1er tour, avec une décevante 2e place (21,31%), loin de Véronique Bernardini (26,94%), l’a poussé, après un refus de rapprochement de Nicolas Massuco (SE), à se tourner vers un autre ancien adjoint, François Cornileau. Ce dernier, membre de l’UDR mais non investi par le parti ciottiste – c’est le candidat RN Jean-Michel Eynard‑Tomatis qui l’a été – menait une liste classée à l’extrême droite.
Cette fusion, tentative de sauver les meubles et critiquée par certains colistiers de Cornileau, a sonné comme une débâcle. Au second tour, Jean-Pierre Giran perd près de 200 voix. Il arrive largement derrière Véronique Bernardini, qui s’impose avec 48,83% (20,82% pour le binôme Giran-Cornileau). Il perd ainsi son fauteuil de maire et la présidence de la Métropole TPM. Un désaveu et un déshonneur.
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![[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Cogolin, la fin de l’ère Lansade suscite un regain d’espoir](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/03/71450767b7cf0c7d392325356225f70a.jpg)
[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Cogolin, la fin de l’ère Lansade suscite un regain d’espoir
Attablé dans un café du centre-ville, Francis José-Maria, président de l’association Place publique Cogolin et opposant de longue date à la politique d’extrême droite menée par Marc-Etienne Lansade, savoure l’instant. Sa commune, qui affichait le record de France du nombre de listes d’extrême droite en lice aux municipales (officiellement quatre), va pouvoir tourner la page grâce à la victoire d’Isabelle Farnet-Risso (DVD) : « C’est un soulagement, après douze ans de mandat. Lansade et son équipe ont maltraité la commune, avec une approche très clientéliste. Ils ont monté les Cogolinois les uns contre les autres, en fonction de leurs origines et de leur religion, et porté atteinte aux libertés des associations et de la presse. »
La chute de l’édile aux onze mises en examen, condamné à 5 ans d’inéligibilité en juillet, « avec trois dossiers toujours en cours » précise-t-il, ainsi que celle de ses successeurs, est suivie d’une autre bonne nouvelle : l’effondrement de l’extrême droite, marqué par la défaite de Pierre-Yves Tierce (DVD), qui avait fusionné sa liste avec celle du RN Philippe Valet pour le second tour. « Lui qui se disait d’une droite présentable a, en plus, reçu le soutien de la plupart des autres listes d’extrême droite, et de Lansade. C’est la même stratégie que Ciotti ou que le maire de Sainte-Maxime, son mentor, qui l’a envoyé à Cogolin, et n’a pas hésité à prendre des membres du RN sur sa liste », explique celui qui a soutenu Isabelle Farnet-Risso, « qui était la plus proche de (ses) valeurs ». Un soutien dont Pierre-Yves Tierce a tenté de se servir : « Il a balancé des mensonges éhontés dans l’entre-deux-tours pour faire basculer une partie de l’électorat, disant que j’étais LFI, que j’avais un projet de camp pour migrants. Ce cocktail est un chiffon rouge ici. »
Francis José-Maria souhaite que Cogolin devienne un « cas d’école » : « A contrario de ce qu’on veut faire croire, on a déjà essayé le RN, à Cogolin, à Toulon, et ça s’est toujours mal terminé. Les gens s’en sont détournés, surtout pour le côté affairiste. »
Les habitants entre satisfaction et attentesChez de nombreux habitants rencontrés dans les rues, ce changement de municipalité est également bien perçu : « Le maire a laissé une commune surendettée. Certains pensent que le FN est une solution pour la France, mais rien qu’au niveau communal, ça a été une catastrophe. On imagine ce que ce serait avec 70 millions d’habitants en voyant ce que ça a donné sur une commune de 12 000 », dénonce Christian. « Toutes ces affaires, ce n’est pas top pour l’image de Cogolin, mais c’est du passé maintenant », positive Juliet, jeune adulte à la tête d’une friperie dans la commune. Elle espère un renouveau urbain et intergénérationnel : « Le centre-ville a été mis de côté, il fallait un changement. Il faut redynamiser la ville dans son ensemble, prendre en compte tous les âges. Il faut motiver la jeunesse à rester, lui donner des coups de pouce, ainsi qu’aux saisonniers et aux commerçants, car Cogolin n’a pas atteint le maximum de ses capacités. »
Un avis partagé par Vanessa, « contente de ce changement » pour l’avenir de ses enfants et qui espère « retrouver l’ancien Cogolin et la joie de vivre du village. On connaît Isabelle Farnet-Risso. C’est une Cogolinoise, elle est à l’écoute. Je crois que c’est ce qui a fait changer la donne, beaucoup de gens se disent qu’on va pouvoir prendre les choses en main avec elle ».
Certains, comme Sébastien, qui a voté pour Pierre-Yves Tierce, se montrent plus dubitatifs : « On verra dans le futur si c’est positif », demande-t-il à voir. Comme Nicolas, qui a perdu foi en la politique : « Ils sont tous pareils. On verra bien ce qu’elle va faire, si elle suit son programme, c’est du lourd (sic). Cogolin n’est plus le Cogolin d’avant. Il n’y a plus de tourisme. Les voiries sont abîmées, il y a plus d’urgence à faire ça qu’à faire des bâtiments. »
Quoi qu’il en soit, pour Nathalie, la nouvelle maire et son équipe vont « avoir du boulot » pour effacer les traces de l’ère Lansade. « Il faut prendre conscience que les gens doivent s’unir plutôt que se tirer dans les pattes. C’est ça qui fait la force d’un village. Il faut créer une harmonie, c’est un grand travail et je souhaite bien du courage à la nouvelle maire. »
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![[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Carpentras, l’inquiétude après la victoire du RN](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/03/df97d096d311a74e4d1dd4d47e64941b.jpg)
[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Carpentras, l’inquiétude après la victoire du RN
Le sommet blanc de neige du mont Ventoux, qui scintille sous le soleil, à Carpentras, n’a pas fait oublier aux locaux la vague brune qui s’est abattue sur la ville dimanche, lorsque le candidat du Rassemblement national, Hervé de Lépinau, l’a emporté au second tour des élections municipales avec 50,78% des suffrages exprimés face à une gauche divisée.
La capitale du Comtat Venaissin a ainsi basculé, pour la première fois de son histoire, à l’extrême droite. Et dans les rues du centre-ville de la deuxième plus grande ville du département de Vaucluse, les avis divergent. Claude, retraitée, assure qu’il « fallait du changement » et que « tout le monde mérite sa chance », sans pouvoir en dire plus sur les motivations de son vote, tandis que son petit-fils, la vingtaine, acquiesce sans vouloir en rajouter non plus. « Le Rassemblement national n’a pas sa place à Carpentras, ce n’est pas une bonne chose. Cela risque d’être compliqué pour un bon nombre d’habitants, notamment ceux des quartiers », regrette de son côté Didier, qui a voté dimanche pour le maire sortant Serge Andrieu. Mohammed, maçon de métier, a de son côté voté pour Francis Adolphe, maire de 2008 à 2018 contraint de quitter ses fonctions après une condamnation pour violences conjugales, car il le « connaît personnellement ». « Je juge au résultat, donc je préfère ne pas me prononcer avant de voir ce que ça donne. Mais c’est sûr que, quand on voit ce qu’il se passe au niveau national, on peut être inquiet », glisse-t-il, tout en regrettant le « cirque » de l’entre-deux-tours entre les deux candidats de gauche lors des discussions pour une fusion, qui ont finalement échoué.
Un laboratoireAutre inquiétude majeure : la menace qui plane sur les structures associatives. À Carpentras, nombre d’entre elles vivent ou survivent au gré des subventions de la municipalité. Et l’éventualité d’un retrait de celles-ci, au bon vouloir d’une nouvelle politique plus austère, signifierait un arrêt de l’activité. Lors de son élection, Hervé de Lépinau apportait là-dessus une « réponse très juridique », de ses propres mots, tout en assurant qu’il ne ferait « rien de violent ». Ce, pour expliquer qu’il se fierait « aux contrats passés entre l’association et la commune et de voir si les objectifs sont remplis ». Et d’ajouter qu’il s’appuiera également sur la loi NOTRe de 2015 et que ce sera du cas par cas. « Soit on ne rentre pas dans le cadre réglementaire, ou l’équipe municipale considérera que ce n’est pas utile pour l’attractivité de la commune. »
Du côté d’un dirigeant d’une association locale, souhaitant rester anonyme « pour ne pas tendre le bâton pour se faire battre », on craint que le futur premier édile « fasse une application stricte de l’idéologie » de son parti. Ce qu’il souhaite éviter « pour ne pas finir comme à Orange, où Bompard a supprimé toutes les subventions du jour au lendemain et où il n’y a plus un arbre ni un banc dans les cités ». Concernant de potentiels objectifs, il nuance en expliquant qu’il existe déjà des conventions de travail, mais qu’une possible évolution de celles-ci peut changer la donne. D’autant que plusieurs structures utilisent des locaux municipaux.
Les futurs élus de l’opposition ont également exprimé leurs craintes. Le maire sortant, qui aura quatre sièges au conseil municipal, craint que le parti à la flamme ne fasse de Carpentras « son laboratoire, y développe des politiques xénophobes, inégalitaires et profondément injustes ». Francis Adolphe, qui a devancé Serge Andrieu de 22 voix, aura, lui, cinq sièges au conseil municipal. « Il faudra défendre en priorité le personnel municipal et éviter toute souffrance au travail. Mais aussi, évidemment, le tissu associatif, qui est très fort avec de nombreux bénévoles et qu’il faut continuer à aider. Il faut tenir compte de toute la population. Cette diversité de culture doit rester forte », confie ce dernier.
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![[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Fos-sur-Mer, les résultats laissent les progressistes sonnés](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/03/df83f484db9d24b13dfc6999a78582af.jpg)
[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] À Fos-sur-Mer, les résultats laissent les progressistes sonnés
Dans la petite zone commerciale à proximité de l’école Joseph-d’Arbaud, les municipales sont dans toutes les bouches. En sortant du Vival, une habitante glisse à son ami : « Je suis allée au meeting de Maurizot. »
Dimanche, celui qui était conseiller municipal d’opposition depuis des décennies a remporté le scrutin municipal, avec 48,24% des suffrages exprimés. S’il se présentait comme candidat divers droite, il avait rallié le label La Provence qu’on aime créé par le RN. Jean-Philippe Murru, membre de l’Union locale CGT, n’est pas dupe : « Il est affilié à l’extrême droite, même si lui ne le présente pas comme ça. »
Élue communiste à la mairie pendant trois mandats avant de raccrocher en 2014, Rita Serafini est « furieuse » de ce résultat. « En 1995, j’ai monté le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples à Fos. On faisait la semaine de l’éducation. À l’époque, on pensait que ce n’était pas utile, tout le monde vivait en bonne harmonie. Je m’aperçois maintenant que ça a changé. C’est affolant comme ça a glissé vers le RN. L’entreprise de normalisation a bien fonctionné. »
La militante anti-raciste l’a vu venir : « Aux dernières législatives, on a perdu un super député en la personne de Pierre Dharréville. À Fos, l’extrême droite a fait 62%. Quand on a eu le résultat, on aurait pu faire des actions, dénoncer. On n’a rien fait et on en paie le prix fort. » Elle appelle désormais à un sursaut des forces progressistes : « On a perdu une ville de gauche quoi, j’ai l’impression qu’on ne se rend pas compte. »
Car les risques existent. « On a quand même des services publics développés, une solidarité envers la population, note Rita Serafini. Il ne faut pas qu’on y touche. » Jean-Philippe Murru s’inquiète aussi des rapports que la CGT pourra avoir avec la future majorité. « Jusqu’ici, on avait de bons rapports en termes de moyens, de relais d’information… qu’on risque de perdre. On aura probablement moins d’appui politique pour faire remonter les problèmes hors du giron de l’entreprise. Alors qu’on a de grosses batailles à mener. »
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Faire face aux mairies d’extrême droite
Souvenons-nous. En mars 2024, un conseiller municipal d’extrême droite RN de Toulon justifiait le refus de son parti de voter pour la construction de logements sociaux, en ces termes : « Nous voterons contre cette délibération, non pas que nous soyons contre la construction de logements sociaux, mais contre les gens qu’on y met dedans. » Fort heureusement, deux ans plus tard, la candidate d’extrême droite à la mairie a été sèchement battue, dimanche, par la maire de Toulon Josée Massi. Mais le RN s’est emparé de nombreuses communes, petites ou moyennes, notamment dans les Bouches-du-Rhône, le Var et le Vaucluse. Le parti à la flamme entend y mettre en œuvre sa politique de « préférence nationale », cette euphémisation de la ségrégation et du racisme. Comment y faire face ? En premier lieu en ne laissant pas tomber les habitants et en mettant à jour l’impasse que représentent les politiques d’extrême droite. Cette résistance doit aussi prendre le contre-pied du discours de division propre au RN.
Ne pas banaliser
Il est en effet essentiel de ne pas banaliser l’arrivée de l’extrême droite à la tête de mairies, au prétexte que le suffrage universel a parlé. Les taux d’abstention, hélas désormais structurels, démontrent que c’est l’électorat le plus motivé qui se mobilise et que la démocratie et l’exercice de la citoyenneté doivent être approfondis.
Le dégagisme est un poison qui entretient le ressentiment. Ainsi, la seule ambition du nouveau maire RN de Carpentras, dans le Vaucluse, était de dégager la gauche (dont la faute a été de se diviser). La veille citoyenne est nécessaire face aux mairies RN.
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![[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] Les quartiers de La Seyne entrent en résistance](https://euapp01.newsmemory.com/lamarseillaise/news/wp-content/uploads/sites/2/2026/03/9cee02f3c3b9e5a734b1668bddd4e767.jpg)
[Ces villes face à l’emprise de l’extrême droite] Les quartiers de La Seyne entrent en résistance
Aux abords de la mairie de La Seyne-sur-Mer, on se méfie. Puis, avec l’assurance de l’anonymisation du témoignage, on se confie, non sans s’être retourné une ou deux fois, histoire de vérifier si personne n’assiste à l’entrevue. « Bien sûr qu’on a peur pour nos emplois, nos effectifs, nos acquis de longue date, comme le 13e mois, la suppression de services ou leur privatisation », confie d’un bloc Émilie, fonctionnaire territoriale. Sans compter, poursuit-elle, la mise à l’écart « d’un certain nombre d’employés » pour placer les leurs, comme l’avait d’ailleurs fait la droite en arrivant aux manettes, avec des mises au placard.
« Je suis très inquiet parce que si la nouvelle municipalité décidait une cure d’austérité en direction des associations, la jeunesse et la ville perdraient beaucoup », explique Samir Ben Myoub, président d’Univers-Cité. Une structure d’accompagnement socio-éducatif œuvrant dans les Quartiers prioritaires de la ville. Et il sait de quoi il parle, indiquant que la municipalité de droite lui a déjà supprimé toutes ses subventions, sous prétexte qu’il était un « opposant politique ». « Je pense qu’on a connu le RN avant l’heure », ajoute-t-il avec le sourire.
Mais il prévient : les conséquences d’une telle politique sur des populations déjà paupérisées seraient catastrophiques. Le revenu médian en centre-ville atteint à peine 800 euros, et seulement 844 euros à la cité Berthe.
« Leur bête noire »« J’espère que l’État, la Métropole, le Département et la Région permettront aux associations, si cela devait se produire, de continuer leurs activités, qui sont la continuité du service public », ajoute-t-il. Et de conclure : « Ce qui me fait le plus peur, c’est que le racisme se décomplexe et se normalise dans l’une des villes les plus cosmopolites de la métropole. »
à la cité Berthe, c’est jour de marché, mais l’ambiance est tout autant plombée. « Déjà que la municipalité sortante a tout fait pour tuer certaines associations dans le quartier en les privant des subventions de droits communs… », tempête Céline Ivaldi, présidente de l’Amicale du Messidor. « On était déjà considérés comme des moins que rien », intervient Malika à ses côtés. Et de poursuivre : « On connaît déjà le délit de faciès, mais on n’acceptera pas que le racisme se développe. On ne se laissera pas faire. »
Plus loin, Radia, plus philosophe, propose d’attendre et d’observer. « Pour l’instant, on n’en pas vu un seul. Pas plus pendant la campagne que depuis dimanche dernier. On ne sait donc pas ce qu’ils sont en train de nous mijoter », glisse-t-elle. Même si elle n’appréhende rien de bon pour le quartier et ses habitants. Et de confier : « Je suis née à La Seyne, j’ai 63 ans, je n’aurais jamais cru que cela puisse nous arriver un jour, que La Seyne tombe dans les mains du Front national. Comment ? Oui, le Rassemblement national, c’est la même chose ! Notre crainte, c’est que le quartier Nord devienne leur bête noire. »
L’enseignant en retraite Guy Calmes estime que les effets de la victoire de l’extrême droite, menée par Dorian Munoz (RN), aurait déjà produit ses effets délétères : « Une pièce de théâtre antiraciste devait être jouée au centre Mandela. Elle a été annulée au dernier moment. Le directeur dit ne pas avoir reçu de pression, mais il s’est autocensuré pour préserver, dit-il, l’intérêt de ses salariés. » La menace de perdre des subventions, pour ceux qui passeraient au travers, risque en effet de réfréner bien des ardeurs. Et de conclure : « Certains vont y réfléchir à deux fois avant d’ouvrir leur gueule. »
Ce n’est pas le cas de Toussaint, grosse moustache et veste en bleu de Chine, déterminé à mettre les points sur les i : « Tu sais comment les camarades toulonnais appelaient La Seyne quand j’étais jeune ? C’était La Mecque. Notre Mecque à nous, les communistes. Alors ce n’est pas maintenant qu’on va se laisser faire. » Ni résignation, ni collaboration, donc. Mais résistance.
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Le Medef juge les résultats des municipales « apaisants »
« La séquence des municipales est enfin derrière nous ! Nous allons enfin pouvoir nous consacrer à l’essentiel : la gestion des territoires. »
Ce mardi, à Marseille, le président du Medef Sud, l’entrepreneur varois, Stéphane Benhamou, ne cache pas son soulagement quant à la fin des élections municipales. Et il semble plutôt satisfait des équilibres politiques qui en ressortent. « Les résultats sont apaisants pour les entrepreneurs dans la région. C’est une bonne chose que les extrêmes aient été évités à la tête des métropoles marseillaise, toulonnaise ou niçoise », juge-t-il. De quoi s’interroger sur sa notion des extrêmes, alors même que la liste victorieuse d’Éric Ciotti, à Nice, était catégorisée comme « union de l’extrême droite » par la préfecture, puisque soutenu par le Rassemblement national.
« Besoin d’entrepreneurs qui s’impliquent »Pas de quoi l’empêcher de faire l’éloge de l’artisan niçois de « l’union des droites ». « Je connais Éric Ciotti, c’est un libéral. Ses choix politiques sont les siens, je ne me prononcerai pas dessus. Mais il a dans son équipe des entrepreneurs d’un très grand niveau », explique-t-il. Avant de développer sans sourciller : « Si ces hommes-là ont fait le choix de travailler au sein de l’équipe, c’est qu’ils ont envie d’apporter leur contribution au développement économique de la métropole. Et c’est tant mieux, nous avons besoin d’hommes de cette envergure, d’entrepreneurs qui s’impliquent. »
Plus tôt dans son point presse, sur la question de la prise en compte des doléances des entrepreneurs, Stéphane Benhamou allait même plus loin : « Certains élus sont peut-être un peu plus mobilisés, je pense à Éric Ciotti ou Josée Massi. D’autres devront être acculturés. » Ambiance.
