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  • [Rue de la République] Benoît Payan : « Aujourd’hui, c’est Marseille qui fait la richesse de la métropole »

    [Rue de la République] Benoît Payan : « Aujourd’hui, c’est Marseille qui fait la richesse de la métropole »

    Les 100 premiers jours

    Didier Gesualdi : Nous sommes à 100 jours de votre élection, vous êtes le maire le mieux élu par les Marseillais, ce qui vous oblige…
    Il faut prendre cela avec beaucoup d’humilité. Certains me disent : « C’est fantastique, tu es le maire le mieux élu de l’histoire et en plus tu as été le plus jeune… » Ce n’est pas comme cela qu’il faut penser la politique. Il faut juste penser que c’est une responsabilité et qu’il faut la prendre avec humilité. C’est sept ans au service des Marseillaises et des Marseillais dans des conditions qui ne sont pas faciles. On va vivre des moments peut-être très compliqués l’année prochaine pour les élections présidentielles. On vit actuellement des moments difficiles. Le rôle d’un maire est de protéger sa population, toute sa population. Marseille est une ville qui ne ressemble à aucune autre et a besoin d’être protégée car c’est une ville qui est merveilleuse, forte, fragile, jeune, qui a aussi besoin qu’on la ménage, qu’on pense à elle et qu’on soit là tous les jours.

    Léo Purguette : Vous avez fait le choix de rebattre toutes les délégations de vos adjoints. Est-ce que cela ne vous fait pas perdre un peu de temps dans la mise en œuvre de votre programme ?
    Au contraire ! Ça fait du bien. La monotonie, quand elle s’installe, que ce soit dans la vie, au travail, dans un couple ou dans une mairie, devient l’ennemie de ce qu’il y a de plus beau : l’exaltation. Aujourd’hui on a des adjoints qui hier s’occupaient des écoles et qui ont pris dès le lendemain leurs nouvelles délégations, à qui la sécurité, à qui la solidarité et qui le font avec un entrain absolument incroyable. Certains d’entre eux, ceux qui avaient déjà une délégation, ont cette habitude la gestion. Donc les tâtonnements qu’on pouvait avoir au début du premier mandat sont aujourd’hui derrière nous. Tout le monde m’a dit : ça va faire un chamboule-tout. C’est le contraire qui s’est passé. On a des services heureux, des élus heureux et des gens qui se sont mis au travail tout de suite. Et c’était cela : je ne voulais pas de rupture dans le temps de travail.

    Léo Purguette : Quels sont les premiers marqueurs de ces 100 jours, de quoi êtes-vous fiers ?
    On a passé des épisodes extrêmement difficiles et compliqués. Revoir toute la gouvernance de la métropole, insérer une ville qui ne l’a jamais été dans la Métropole, qui a toujours été rejetée par la gouvernance de la Métropole : j’en suis très fier. Se mettre au travail ne serait-ce que sur la question des transports, de la propreté où on voit de plus en plus de passages en centre-ville notamment. On continue à avancer dans les écoles. Vous allez voir de nouvelles écoles sortir de terre à partir de la rentrée… L’idée de se dire qu’après une élection tout est magique et merveilleux, je préfère la laisser aux démagogues et aux populistes.

    Léo Purguette : On vit un épisode caniculaire très dur. Quand on n’est pas un Marseillais qui a les moyens d’avoir la climatisation, c’est difficile. Que peut une municipalité face au changement climatique ?

    La municipalité se mobilise. On ouvre par exemple en centre-ville une plage 24h/24 en mettant de la police municipale, des maîtres-nageurs sauveteurs, une équipe de gardiennage, de l’éclairage… on ouvre les musées et les bibliothèques où il y a de la climatisation, on fait la gratuité des piscines, on étend les horaires… Quand on fait un bâtiment public, je ne le construis pas aux normes d’aujourd’hui. Je le construis pour que dans 50 ans il soit encore efficace, qu’il soit climatiquement responsable, avec des produits sourcés, que l’hiver comme l’été la température soit tempérée. Ça, c’est une nécessité. Si vous me demandez si je vais acheter des climatiseurs pour tous les Marseillais, certains vous auraient répondu : « Oui bien sûr. » Moi je dis non.

    Léo Purguette : Pourquoi ?
    Parce que financièrement ce n’est pas soutenable pour 900 000 habitants.

    Léo Purguette : C’est donc plus financier que philosophique ? On a entendu une partie de la gauche nous expliquer que la climatisation serait presque intrinsèquement d’extrême droite ? Ça a choqué.
    Je ne partage évidemment pas cela. On sait tous que la climatisation n’est pas la panacée et que ce n’est pas une réponse à long terme au changement climatique. C’est même quelque chose qui accélère quelque part le changement climatique. Quand on a un bébé de 6 mois ou comme moi une grand-mère de 95 ans… On sait qu’elle ne serait peut-être plus là si elle n’avait pas mis la climatisation.

    La polarisation politique

    Didier Gesualdi : La nouvelle donne politique au conseil municipal est marquée par une forte extrême droite dont on va reparler aux élections nationales.
    Les Marseillais ont dit ce qu’ils avaient à dire aux élections du mois de mars. Je suis évidemment très inquiet de voir que la droite traditionnelle a disparu, ce n’est pas à moi de m’inquiéter mais quand la droite disparaît c’est l’extrême droite qui fait son lit. Aujourd’hui quand on écoute des gens comme Éric Ciotti dire « je vais grand-remplacer la droite », quand on écoute des gens comme Jordan Bardella ou Marine Le Pen dire « la droite, c’est nous », et voir la droite républicaine, gaulliste avec qui on a partagé une certaine idée de la France et notamment au moment de la Résistance, disparaître, je ne m’en réjouis pas. Il y a des différences fondamentales entre la droite et nous, on avait quelque chose en commun. Avec l’extrême droite, on n’a rien en commun. Quand on utilise les mots de quelqu’un, les gens préfèrent toujours l’original à la copie. Et c’est exactement ce qui s’est passé.

    Léo Purguette : Est-ce qu’il n’y a quand même pas un problème du côté des catégories populaires qui ne se mobilisent pas sur la gauche ?
    Ce n’est pas ce qu’on a vu à Marseille. On a vu remonter comme on ne l’avait pas vu monter depuis longtemps, le vote des classes populaires. Ça a été très net dans les 13-14, dans les 2-3 aussi où je m’étais présenté en 2020 et je peux vous dire que ce n’est pas encore la panacée mais on voit de l’effet quand les politiques tiennent leurs engagements. Les gens sont intelligents, ce ne sont pas des clients. Il ne faut pas leur mentir. Je prends des coups pour ceux qui pendant 30 ans on dit « vous allez voir avec moi, tout sera formidable ». C’est pour cela que j’ai essayé d’être sur une ligne la plus juste possible.

    La rentrée scolaire

    Léo Purguette : Qu’est-ce qui va changer à la rentrée pour les petits Marseillais ?
    Je me suis engagé pendant la campagne à faire un kit scolaire de meilleure qualité. Il y aura donc un kit scolaire plus fourni, plus beau, toujours en concertation avec les parents et les enfants, pour qu’on puisse être au rendez-vous sur la question du pouvoir d’achat quand on voit que les prix des fournitures scolaires sont en train d’exploser. Préparez-vous à aller dans les grandes surfaces à partir du 15 août, et vous verrez qu’une gomme qui valait 1,10 euro, vaut 1,80 euro. Mis bout à bout, le panier à la fin, au lieu d’être à 120 ou 130 euros il va passer à 170 euros. Et quand on a deux ou trois enfants, ce n’est pas supportable. C’est pour ça qu’on a décidé de faire cette mesure – la seule grande ville en France à le faire – pour tous les élèves. C’est notre choix, car la question du pouvoir d’achat concerne tout le monde, comme celle de la dignité car quand on est petit, qu’on arrive dans une classe et qu’on n’a pas toutes ses affaires scolaires, on a honte. Tout ça, c’est fini et j’en suis très fier.

    La Métropole

    Léo Purguette : Marseille est désormais dans la gouvernance de la Métropole. Elle a été un gros caillou dans votre chaussure durant le premier mandat. Mais aujourd’hui on a l’impression qu’elle ne fonctionne pas vraiment : elle est sous tutelle, elle n’a pas de moyens…
    Je comprends la question et vous avez raison. Cela a été six années difficiles et compliquées. Aujourd’hui, le choix qui a été fait d’accepter les coupes sombres par le président et par d’autres en expliquant que c’était des économies n’est pas mon choix. Moi je considère que la politique de la Ville, que s’occuper des plus fragiles, que la culture, que le sport ne sont pas des endroits où on fait des économies. Ce n’est pas un sujet qui devrait normalement être mis sur la table car on sait que derrière cela, quand on ferme une association, 2, 10, 20… 100 associations sont concernées. Ce sont des plans sociaux que l’on fait et ce n’est pas acceptable. Bien sûr que j’ai accepté d’entrer dans la gouvernance pour les Marseillais…

    Léo Purguette : … Mais vous n’avez pas accepté d’être vice-président.
    Car je suis maire de Marseille et je ne suis pas friand de mandats, de postes, d’indemnités… Ça ne m’intéresse pas. Je suis et je reste maire de Marseille et je m’occupe des Marseillais. Pourquoi j’accepte d’aller dans une gouvernance partagée ? Parce que je pense qu’à ma ville, au développement métropolitain, à ce qui peut aider les communes autour à se développer pour que Marseille rayonne, pour que les autres communes puissent exister… Marseille a toujours été vue comme le vilain petit canard, sauf que les gens ont oublié que c’est Marseille qui a fait la richesse de la métropole. Vous pensez que des zones d’activité comme on en a à Géménos existeraient sans les Marseillais ? Vous pensez que les milliers d’habitants de Mimet travaillent à Mimet ? Ils travaillent à Aix. Ceux de Gémenos travaillent à Aubagne, à Marseille. J’entends le maire de Gémenos dire qu’il a créé la zone d’activité de Gémenos. Non, c’est un maire communiste qui l’a créé et créé des emplois. Donc il faut revenir à la réalité. Les Marseillais ne sont pas là pour payer, payer, payer. On paye la taxe foncière métropolitaine la plus importante, pourquoi ? En fait, les Marseillais payent deux fois plus que les autres pour un service qui est deux fois moins important. J’ai voulu entrer dans la gouvernance pour réparer cette injustice.

    Didier Gesualdi : On est bien loin du discours œcuménique de Nicolas Isnard. Vous n’avez pas peur d’opposer les territoires en disant cela ? Les pays aixois, martégal, salonnais… Pensent aussi à défendre leurs intérêts et ils sont tous légitimes.
    Ils sont tous légitimes bien sûr à partir du moment où on regarde la réalité en face.

    Didier Gesualdi : Il n’y a quand même pas d’argent volé dans les territoires.
    Si j’en crois ce qui est écrit dans tous les rapports de magistrats financiers, de tous les experts qui se sont mis sur cette question, il y a beaucoup d’argent indus. Indus, qu’est-ce que cela veut dire ? Je vais pas faire un cours de Français. Tout le monde sait ce que cela veut dire.

    Léo Purguette : Sur ce même fauteuil la semaine dernière, le vice-président aux Finances, David Ytier disait que, non, ça n’existait pas des sommes indues et que tout cela était l’héritage de la taxe professionnelle supprimée par l’État.
    On va revenir là-dessus mais je ne veux pas opposer les territoires. En 1999, on a arrêté ce qui était donné aux communes – les attributions de compensation – donc il y a 27 ans. La vie, la ville, ont changé en 27 ans. La Ville de Marseille il y a 27 ans était au bord du gouffre, elle ne créait plus d’emplois, elle en perdait, elle avait 50 000 touristes par an, la CMA-CGM, Onet, la Sodexo… perdaient de l’argent. Aujourd’hui, nous avons des multinationales qui rapportent des milliards d’euros à l’État. Aujourd’hui, nous créons des milliers d’emplois sur Marseille, nous avons des millions de touristes sur Marseille, nous avons une attractivité du territoire avec des gens de planète entière qui viennent à Marseille. Donc si on devait calculer aujourd’hui ces taxes-là, le fruit de l’histoire dont vous parlez, vous pensez que Marseille en serait là ? Qu’on aurait moins que les autres ? Qu’on payerait plus d’impôt que les autres ? Je ne crois pas. Mais c’est opposer qui de dire cela ?

    Les finances

    Léo Purguette : Vous espérez un Plan la Métropole en Grand ? Allez chercher de l’argent auprès de l’État ?
    Il faut avoir de l’ambition dans la vie. Qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis venu il y a 6 ans et je vous ai dit : il n’y a plus rien. Est-ce que je vous ai dit : je ferme boutique, je pleure et je dis que c’est la mort de la Ville de Marseille ? J’ai dit je vais me battre comme un lion, j’ai fait Marseille en grand et on a relevé les comptes de la Ville.

    Léo Purguette : Est-ce que Nicolas Isnard est sur cette ligne ?
    Je l’accompagne et je l’incite maintenant à se lever. Mais déjà quand on veut obtenir quelque chose de l’État on ne l’insulte pas. Je n’ai jamais été d’accord avec les gouvernements d’Emmanuel Macron et je ne m’en suis jamais caché. Mais je n’ai jamais insulté qui que ce soit, jamais dit d’un préfet que c’était un préfet stagiaire, jamais dit d’un État qu’il était complotiste. J’ai été opposé aux politiques d’austérité, libérales, de droite d’Emmanuel Macron mais on peut discuter avec eux et d’ailleurs, ça marche. Vous avez vu que le territoire a obtenu des centaines de millions d’euros pour pouvoir faire des projets. La condition, c’était quoi ? C’était de tout revoir. Ça n’a pas été fait, maintenant celles et ceux qui avaient cette responsabilité en payent les conséquences.

    La question des lecteurs

    Dominique : Bonjour M. Payan, est-ce que vous comptez un jour participer à La Marseillaise à pétanque ? Je suis bénévole.
    Est-ce que je compte un jour participer à La Marseillaise à pétanque ? D’abord j’y vais depuis que je suis petit en suivant mon père, mon grand-père. J’y vais chaque année mais cette fois c’est la première année où je m’inscris avec mon père et avec Romain Pastor [conseiller municipal délégué aux traditions, à la culture et aux pratiques sportives provençales, Ndlr.]. On attend un peu de voir où on va jouer la première partie. J’espère qu’on va passer la première pour pouvoir aller au Parc Borély. Je vais suivre tout ça avec grand intérêt. C’est une institution, La Marseillaise. C’est ce qu’on a de plus beau et de plus fort dans le monde de la pétanque.

    Léo Purguette : Vous avez le niveau ? C’est la première fois qu’un maire va participer à la compétition générale.
    Je vais être un poids mort pour les deux autres. Mon père fait ça depuis 70 ans, et Romain Pastor a été titré dans la discipline. Je serai premier pointeur et on verra bien jusqu’où on arrive !

  • L’été rime avec festivités dans la Venise provençale

    L’été rime avec festivités dans la Venise provençale

    Ces samedi et dimanche, c’est un programme riche qui vous attend dans le cadre des festivités organisées par la Ville et ses partenaires. Sur ces deux jours, l’un des temps forts est la fête de la mer et de la Saint-Pierre. « La fête de la mer aura lieu un peu partout dans le centre-ville et dans le quartier de l’île. Chacun trouvera de quoi se rafraîchir et s’amuser », poursuit l’élu. « Sans oublier les processions habituelles et traditionnelles dont font partie la bénédiction des bateaux ou encore l’hommage aux marins disparus. »

    Art, gastronomie et fête

    Au programme, dès 16h, vous pourrez assister à un challenge à la rame depuis le parvis de l’Hôtel de Ville, à des jeux d’antan « comme le mât de cocagne » sur le canal Saint-Sébastien entre 17h et 19h. « Nous aurons aussi des artistes qui vont exposer leur art sur le thème de la mer lors d’un petit marché sur le quai Brescon », ajoute Marc Troulier. Le soir, place aux sardinades de l’Île pour déguster les produits de la mer dans une ambiance musicale festive et chaleureuse, sur la place de la Libération, accessible à tous sans réservation.

    Bien évidemment, le week-end sera aussi marqué par l’ouverture de la fête foraine de la Saint-Pierre, qui prendra ses quartiers sur le parking Francis Turcan dès samedi à 18h.

    Dimanche, les festivités se poursuivront dès 8 heures avec la deuxième manche du championnat de Provence dans le cadre du tournoi de la Saint-Pierre, toujours sur le quai de l’hôtel de ville.

    L’après-midi, dès 16h, une visite guidée de l’exposition « Carte blanche à Ernest Pignon-Ernest », vous ouvrira ses portes aux côtés d’un médiateur au sein du musée Ziem

  • OM, un documentaire met à l’honneur la saison des Marseillaises

    OM, un documentaire met à l’honneur la saison des Marseillaises

    De « Sans jamais rien lâcher » à « Nous sommes les Marseillaises », il n’y a finalement qu’un pas. L’Olympique de Marseille apprécie visiblement les documentaires en immersion au sein de ses équipes. Cette fois-ci, les féminines ont eu l’honneur des caméras avec une plongée complète dans leur exercice 2025-2026, celui du maintien en Arkema Première Ligue. Disponible sur YouTube depuis mercredi soir, le documentaire long de 2 heures et 24 minutes, a bénéficié d’une avant-première au cinéma.

    Aux 3 Palmes, à la Valentine, à Marseille, enfants, adultes, joueuses, staff technique et journalistes ont pu assister à une projection intégrale, en présence du réalisateur Guillaume Vittot, vidéaste du club depuis 2018 : « Ça tenait à cœur à tout le monde de faire ce film. On a remarqué que c’était plus qu’une simple équipe. On a de la chance d’avoir des filles qui sont tops, je n’ai jamais eu de problème. On est dans une philosophie de tout montrer et de promouvoir l’équipe féminine. Elles ont joué le jeu et je les remercie. »

    Prise du Vel’ et maintien

    Dans ce film XXL, Ninon Blanchard, Salomé Elisor, la meilleure buteuse Mathilde Bourdieu et la pure marseillaise Jenny Perret reviennent sur les nombreux événements au cours de la saison. Chaque match, chaque histoire est raconté à travers des images immersives et des anecdotes sur les rencontres, avec le retour des joueuses, mais aussi celui de l’entraîneur adjoint Dalin Anrifani et de la coach arrivée en septembre : Corinne Diacre. L’ex-sélectionneuse de l’équipe de France a été une figure centrale du documentaire. Sa prise de fonction, ses nombreuses causeries, ses coups de gueule – celui de la mi-temps du match au Vélodrome est mémorable – et sa place dans le groupe, entre sourires et tension permanente, rythment le récit.

    Comme leurs homologues masculins, les Marseillaises ont connu un psychodrame dès l’entame de la saison. Lors du stage en Catalogne, l’OM affronte un club local, le CE Europa. La partie, déjà agressive, dégoupille sur la fin avec une bagarre. Le film démarre sur cet événement où Guillaume Vittot capte un coup de poing d’une Espagnole portée à Mathilde Bourdieu. « Ça a traumatisé quelques joueuses, ce n’est pas quelque chose que l’on voit souvent », racontait après coup Salomé Elisor. Un moment qui a soudé l’équipe, mais qui a aussi conduit au départ de l’entraîneur de l’époque, Frédéric Gonçalves.

    Le documentaire propose des images en immersion lors des entraînements et jours de match, tout en s’attardant sur la personnalité des joueuses. Un point qui aurait pu être développé plus longuement, la partie consacrée à Jenny Perret étant rafraîchissante. « L’une de mes plus belles satisfactions », dira d’elle Corinne Diacre, dans « Nous sommes les Marseillaises ». La prise du Vel’ a aussi été évoquée avec cette désillusion face à Montpellier (1-2), le 28 mars, devant les 35 713 personnes, boulevard Michelet. Le directeur général Stefano Petruzzo parlait « du secret le moins bien gardé de la saison ».

    Le documentaire se boucle sur le maintien obtenu à Lens et la joie de tout un groupe, qui a vécu « 4 saisons en une ». En somme, c’était l’an I des Marseillaises.

  • Karim Bentahar : « On fait remonter les besoins des habitants d’Aubagne »

    Karim Bentahar : « On fait remonter les besoins des habitants d’Aubagne »

    La Marseillaise : Comment fonctionne le Contrat de Ville ?

    Karim Bentahar : C’est un dispositif de l’État, de travail entre plusieurs partenaires institutionnels : l’État, la préfète déléguée à l’égalité des chances, la Métropole, le Département et la Ville d’Aubagne. Il est basé sur trois piliers : la cohésion sociale, l’insertion socioprofessionnelle, et le cadre de vie. Nous travaillons dans le quartier prioritaire du Charrel, qui est le seul quartier prioritaire d’Aubagne, sur le quartier de la Tourtelle, qui rentre dans des poches de précarité, et sur le centre-ville.

    Quel est votre rôle dans cet appel à projets ?

    K.B. : C’est de représenter la ville d’Aubagne dans le cadre de la Politique de la ville, de mettre en place les subventions pour les associations du quartier prioritaire du Charrel, de la Tourtelle et du centre-ville. C’est vraiment un rôle de technicien d’ingénierie sociale et de terrain auprès des habitants et des associations. C’est aussi un rôle de bilan pour savoir qui on va subventionner, qui on ne renouvellera pas.

    Comment se passe le lancement de l’appel à projets ?

    K.B. : On va dans les quartiers avec les partenaires, avec l’État, le Département, la Métropole, et le Conseil citoyen du Charrel. On invite les habitants et on travaille avec eux toute la matinée, on fait remonter leurs besoins. Ensuite, on propose des actions et on demande à des associations de répondre à cet appel à projet pour que ces besoins puissent aboutir pour les habitants.

    Quelle est la situation économique de ces quartiers ?

    K.B. : On a de moins en moins de subventions. Donc, ce n’est pas facile de pouvoir financer, parce que l’objectif du Contrat de Ville, c’est la réduction des inégalités sociales entre les territoires. Avec la nouvelle majorité municipale, l’objectif est d’augmenter ces subventions aux associations pour justement réussir à réduire les inégalités sociales.

    Quels sont les besoins que les habitants évoquent en priorité ?

    K.B. : La santé mentale, l’emploi aussi, qui est un objectif qui ne change pas. Ces quartiers sont très précaires sur la cohésion sociale, donc une des priorités, c’est de travailler sur les fêtes de quartier. On veut que les habitants puissent bien vivre ensemble. On veut aussi permettre aux habitants du Charrel, de la Tourtelle, d’utiliser le tramway le soir pendant l’été pour pouvoir aller en centre-ville et participer aux activités, parce que le tramway s’arrête à 21h.

  • A Miramas, les hommages affluent après la disparition de Georges Thorrand

    A Miramas, les hommages affluent après la disparition de Georges Thorrand

    Le 25 juin 2026 restera dans les mémoires de Miramas comme le jour de la disparition de l’une de ses grandes figures politiques, au sens propre comme au figuré. La voix posée de tribun de Georges Thorrand, façonnée par son métier d’instituteur, était bien connue des générations d’élèves miramasséens passés par l’école Jean-Macé, où il enseigna de nombreuses années. C’est en 1956, tout juste diplômé de l’École normale, que l’enseignant prend son poste après plus de trois ans d’études. Il est aussi membre du Syndicat national des instituteurs (SNI).

    Mais l’année précédente, en 1955, alors en études à Aix-en-Provence, une autre décision marque un tournant dans sa vie : son adhésion au Parti communiste français, où il militera pendant plusieurs décennies. « Georges, c’est aussi toute une génération d’élus, de la même génération d’instituteurs communistes, formés à l’école normale de la République et de l’éducation populaire, qui ont marqué leur ville de leur empreinte », analyse Patrick Magro, du collectif mémoire du PCF des Bouches-du-Rhône.

    Cette empreinte se traduit par 18 ans à la tête de la commune, lors de deux mandats : de 1977 à 1989, puis de 1995 à 2001, dans un chassé-croisé électoral avec le Pierre Carlin (UDF). Georges Thorrand a été vice-président du conseil régional Paca dès 1983, puis conseiller général et vice-président du conseil général des Bouches-du-Rhône de 1994 à 2001.

    Une empreinte qui existe dans les cœurs comme dans les pierres. « On s’appelait tous les deux jours. Jusqu’à la dernière minute, il me demandait mon point de vue sur ce qu’il écrivait, ses analyses, retrace Dominique Pédinielli, ancien secrétaire de la section PCF de Miramas et ami de Georges Thorrand. Pour lui, le Parti devait être à la hauteur des attentes des gens. Il m’a poussé à être secrétaire de section. Autour de lui, il y avait des résistants, des pointures, je n’étais pas à la hauteur. C’est une perte incommensurable. »

    « Un héritage important »

    Natacha Malet, récemment élue à la tête de la section locale du PCF, partage : « Je ne concevais pas de m’engager à la première responsabilité de la section des communistes de Miramas sans échanger avec lui. Georges était un homme de conviction qui détestait les opportunistes, les fascistes et toutes celles et ceux qui les banalisaient ou qui s’acoquinaient avec par intérêt. » Ce maire bâtisseur livre « un héritage important pour plusieurs générations », pour la responsable, avec la construction du lycée Cocteau, du théâtre de La Colonne et la MJC. Mais aussi « les écoles publiques pour tous, la culture pour l’émancipation et l’élévation des consciences pour gommer les inégalités. Un bel héritage à préserver et poursuivre », promet Natacha Malet.

    Le maire (DVG), Frédéric Vigouroux, garde « le souvenir d’un homme profondément attaché à sa ville, dont l’œuvre continuera d’inspirer celles et ceux qui œuvrent pour le bien commun ».

  • Logement et feux de forêts :la municipalité interpelle l’État

    Logement et feux de forêts :la municipalité interpelle l’État

    Six ans après, la municipalité ne baisse toujours pas les bras. Ce vendredi matin dès l’ouverture du conseil municipal de Marseille, l’adjointe (PCF) au logement Audrey Garino a profité d’une série de délibérations consacrées aux droits des locataires et à la participation de la Ville à l’observatoire local des loyers privés pour remettre sur la table la question de l’encadrement des loyers. L’expérimentation nationale en effet doit s’achever le 1er novembre prochain, sans que Marseille n’ait pu en bénéficier.

    «Depuis 2015, près de 70 communes ont pu expérimenter l’encadrement des loyers, une mesure dont toutes mesurent l’effet positif sur les prix, et dont toutes demandent la pérennisation », rappelle l’élue communiste. Si Marseille avait candidaté dès 2020 au dispositif, la Métropole n’avait donné son accord que deux ans plus tard. « Mais cette demande se heurte à une fin de non-recevoir du gouvernement », déplore Audrey Garino. Avant de rappeler les chiffres marseillais : en dix ans, les loyers y ont augmenté de 10%, et même de 14% lorsque le locataire a changé, des hausses qui s’accélèrent ces dernières années. Alors après la signature par le maire (DVG) Benoît Payan d’une tribune de la Fondation pour le logement des défavorisés (notre édition du 23/05), l’adjointe réitère : « Nous réclamons une nouvelle fois la prolongation de l’expérimentation et son extension aux villes, comme Marseille, qui en font la demande. »

    Souvenir du feu de l’Estaque

    L’interpellation se double d’une alerte, au moment d’approuver des subventions pour les associations hébergeant des personnes sans domicile fixe, face aux coupes budgétaires dans les crédits de l’hébergement d’urgence. « En quatre ans, le nombre d’appels au 115 [le numéro d’urgence dédié, Ndlr.] a augmenté de 50%», souligne Audrey Garino. Et d’appuyer : « Nous refusons d’accepter cette fatalité et appelons l’État à prendre enfin la mesure de l’urgence qui frappe les habitants de Marseille. »

    Après elle, c’est le maire (DVG) Benoît Payan qui monte au créneau, sur les délibérations ayant trait au bataillon des marins-pompiers. Une semaine après l’incendie de Marseilleveyre, éteint grâce à l’intervention de quatre Canadair sur un terrain difficile d’accès, il alerte : « Nous devons continuer à réclamer des moyens, parce que nous sommes en difficulté quand ils ne sont plus accordés. » Et de raviver la comparaison avec la gestion de l’incendie de l’Estaque, un an plus tôt. « Le choix avait été fait de sortir les Canadair en dehors de Marseille alors que des vies étaient en jeu », s’indigne-t-il. D’autant plus que les avions largueurs d’eau ont quitté depuis 2016 la base de Marignane, et sont désormais vieillissants. « Quand ils devaient partir, le vent s’est levé et ils ont dû faire machine arrière, ce ne serait pas arrivé s’ils étaient à Marignane », dénonce l’édile qui remercie les députés qui ont réclamé une commission d’enquête sur l’incendie, encore dans les tiroirs. Mais le maire cible aussi les assureurs qu’il appelle à faire leur travail, « parce qu’il y a toujours des assurés qui n’ont toujours pas reçu la moindre aide ». Et remet sur la table le financement insuffisant du bataillon par le conseil départemental, en appelant à l’État « pour qu’il corrige cette iniquité ».

  • La FSU dénonce les coupes budgétaires métropolitaines

    La FSU dénonce les coupes budgétaires métropolitaines

    Le conseil métropolitain s’est tenu il y a deux jours. On voit que l’irresponsabilité est toujours de rigueur et que les conséquences seront dramatiques pour les services publics », commence Virginie Akliouat, secrétaire départementale FSU 13. Ce vendredi 26 juin, la FSU s’est réunie à la Bourse du travail pour faire un point, suite aux discussions du budget de la Métropole d’Aix-Marseille et le recul du vote à l’automne prochain. Le syndicat fait part de ses inquiétudes concernant les conséquences des économies budgétaires proposées par la Chambre régionale des comptes (CRC) à la Métropole, à la fois sur les services publics et sur les moyens humains. Parmi les points évoqués ce vendredi figure celui de la baisse des subventions réservées aux communes sur le budget de la Métropole. « Ce budget de solidarité sert à garantir une égalité d’accès aux services publics partout sur le territoire. Vouloir le couper, c’est forcément détériorer les services publics sur certaines communes, notamment plus pauvres. Pour nous, ça fait partie des éléments qui sont indispensables au bon fonctionnement des services publics de proximité », précise Virginie Akliouat.

    Des conséquences directes

    La FSU Métropole parle d’une crise structurelle du financement des collectivités territoriales. « Le service public est attaqué, on touche véritablement aux services de demain », affirme Serge Tavano, secrétaire général de la FSU Métropole. Il s’inquiète pour les agents de la fonction publique, qui risquent d’être impactés par le gel des recrutements. « Cette crise budgétaire va mener à la destruction d’emplois publics », ajoute-t-il. De son côté, Charlotte Bourgougnon, co-secrétaire départementale FSU-SNUipp, évoque les conséquences directes sur les habitants du territoire. « Ces économies, qui ont été demandées à la Métropole, vont avoir des conséquences directes sur les écoles, les piscines et sur les équipements publics du quotidien. » Elle rappelle l’urgence à la fois climatique et sanitaire à laquelle font face les communes. « La question de l’amiante par exemple, est particulièrement prégnante dans les Bouches-du-Rhône. Ça fait des années qu’il y a des alertes sur un patrimoine scolaire vieillissant qui nécessite des opérations de désamiantage. C’est encore un exemple d’investissement qui ne peut pas être repoussé », dit-elle.

    « On tient à rappeler qu’il y a des services publics indispensables partout, à la fois à la métropole et dans les communes », conclut Virginie Akliouat. La FSU 13 a également annoncé qu’un mouvement de grève national de la fonction publique est prévu pour le 29 septembre prochain.

  • « On a imaginé des briques technologiques il y a des décennies »

    « On a imaginé des briques technologiques il y a des décennies »

    La Marseillaise : Comment fonctionne l’Onera ?

    Paolo Gomes : Aujourd’hui, l’Onera est le seul centre de recherche français qui dépend entièrement du ministère des Armées. C’est un établissement public industriel et commercial, dont le budget, qui s’élève à 332 millions d’euros, est financé à 41% par des subventions de l’État, et à 59% par des activités contractuelles au profit de la DGA pour une partie, mais aussi des gros de l’aéronautique : Safran, Airbus, MBDA, Dassault, l’ESA. C’est un budget qui augmente depuis les cinq dernières années. La part publique stagne, la part contractuelle croît.

    Ce modèle économique, qui repose majoritairement sur le privé, vous permet-il d’envisager l’avenir avec sérénité ?

    Jean-François Nouvel : Oui c’est assez variable, on a des années avec de grosses prises de commandes et d’autres plus creuses. On essaye d’avoir un matelas d’affaires en attente qui nous permette d’envisager l’avenir avec sérénité. L’an dernier on a eu pas mal de reports en raison du contexte budgétaire.

    Les leçons des conflits en Ukraine et au Moyen-Orient changent-elles les priorités de recherche ?

    J.-F.N. : La grosse nouveauté, liée au conflit ukrainien, c’est l’importance des drones. Aujourd’hui l’Ukraine en produit des centaines de milliers par mois. C’est leur utilisation qui leur permet de résister aux avancées russes, voire de reprendre du terrain en ce moment. C’est une nouvelle façon de faire la guerre. (…) Pour nous, ce sont des travaux sur le développement de nouveaux types de drones et sur la lutte anti-drone, puisqu’on travaille toujours sur l’épée et le bouclier.

    L’autre gros dossier, c’est le développement du nouveau missile nucléaire avec MBDA, qui est acté, pour le renouvellement de notre capacité de dissuasion nucléaire aéroportée, avec l’aspect motorisation sur lequel on travaille depuis longtemps. L’Onera est à la base du statoréacteur utilisé pour cette mission.

    Il y a des matériels qui rentrent aujourd’hui en opération pour lesquels on a imaginé des briques technologiques il y a des décennies. Un autre exemple me vient en tête : les pales recourbées “blue age” du dernier H160 d’Airbus Helicopters ont été imaginées ici il y a vingt ans pour avoir une meilleure capacité aérodynamique et un niveau acoustique réduit.

    Où en est la recherche aéronautique française ?

    J.-F.N. : On n’a pas à rougir, on est toujours très bons. La nouveauté, c’est tous les nouveaux acteurs qui émergent. Pour l’Europe et pour la France, qui réalise une grosse partie des travaux dessus, Ariane est une fierté. Ariane 6 est un super instrument. C’est une fusée à quatre moteurs au top de la technologie et qui fait envie à tous les acteurs du domaine. On a à la fois Kourou, qui est idéalement placé en Guyane proche de l’équateur, et une fusée puissante et fiable, ce qui est hyperimportant pour le domaine. Avec un coût inférieur à la précédente version Ariane 5.

    L’émergence de nouveaux mastodontes, comme Space X récemment entrée en bourse, est-elle une crainte ?

    J.-F.N. : Ça oblige à évoluer, c’est un challenge qui nous booste. On est obligés de faire avec, de proposer des idées et des solutions complémentaires à Space X. Le but du jeu n’est pas d’entrer en concurrence frontale.

    P.G. : D’ailleurs, l’Onera avait travaillé sur le sujet des fusées réutilisables dans les années 1980. C’est pas nouveau, nos équipes l’étudiaient déjà il y a 40 ans. On n’a simplement pas suivi cette vision-là.

    La fuite des cerveaux est-elle un problème dans le secteur ?

    J.-F.N. : On est plutôt contents, parce qu’aujourd’hui on arrive à récupérer des chercheurs et des ingénieurs américains un peu dégoûtés par l’administration Trump et sa politique de coupes budgétaires. En ce moment, ils arrivent surtout sur l’Université Aix-Marseille. La pompe est amorcée.

  • Le centre français de recherche aérospatiale fête ses 80 ans

    Le centre français de recherche aérospatiale fête ses 80 ans

    Pour entrer dans l’enceinte du bâtiment Onera, il faut passer plusieurs niveaux de sécurité. D’abord, les barrières la base aérienne 701 de Salon-de-Provence, qui abrite l’École de l’air et de l’espace. C’est dans les 450 hectares de ce terrain militaire, proche des pistes, que se situent les locaux bien gardés de ce que le directeur du centre Paolo Gomes appelle « la Nasa française ».

    Le département des Bouches-du-Rhône a beau avoir une culture aérospatiale profondément ancrée – tant par son histoire, avec le premier vol en hydravion d’Henri Fabre au-dessus de l’étang de Berre, que par la présence de l’armée ou son économie, avec une filière bien implantée et des locomotives telles qu’Airbus Helicopters ou Dassault -, la présence du centre de recherche n’est connue que des initiés. Pourtant, cette année, cette entité qui compte huit sites répartis dans l’Hexagone fête ses 80 ans.

    L’importance

    des souffleries

    En 1946, l’Onera « nait des cendres de la guerre », suite à la fusion de plusieurs petits laboratoires aéronautiques. L’idée, derrière cette mutualisation : organiser la recherche à l’échelle nationale. « On ne voulait pas prendre de retard par rapport à nos alliés, au premier rang desquels les États-Unis et la Russie », raconte Paolo Gomes. La découverte d’une soufflerie allemande en Savoie, véritable prise de guerre, est le second fait marquant de la création du centre français de recherche aérospatiale.

    Aujourd’hui encore, ces souffleries, au nombre de 12, sont primordiales pour sa bonne santé. « On dit que quand les souffleries vont mal, l’Onera tousse », confie le directeur du site. Son collègue Jean-François Nouvel, directeur du rayonnement scientifique pour la région Paca précise : « Actuellement, tous les avions en opération sont passés dans nos souffleries, du Concorde aux fusées en passant par les Airbus. On a l’avantage d’avoir des installations qui couvrent toutes les gammes de vitesses. » En 2025, les prises de commandes ont atteint 60 millions d’euros, un record. Dans les années 1940, « les premiers efforts de recherches concernaient l’aérodynamique, la définition du dessin des nouveaux avions pour gagner en robustesse, en performance et en autonomie », retrace Jean-François Nouvel.

    Depuis, l’Onera multiplie les faits d’armes. Ses scientifiques ont par exemple travaillé sur les propulseurs, le design, l’entrée dans l’atmosphère d’Ariane. « L’une de nos cartes de visite, c’est nos modélisations sur les risques de foudroiement des fusées. On travaille aussi sur le givrage pendant le vol des avions, ce qui est aussi une niche. »

    Les spécialités salonaises

    Le centre de Salon-de-Provence, le seul installé sur une base militaire, est le plus récent de l’Onera. « On y est installés depuis 1992 », précise Paolo Gomes. L’unité dédiée au « facteur humain », créée en 2018, y occupe une grande place et son activité est en plein essor. De 5 chercheurs il y a 8 ans, elle est passée à 33 scientifiques, avec des métiers allant de neurophysiologistes à des électroniciens en passant par des mathématiciens et des informaticiens. Le directeur régional du rayonnement scientifique résume ses missions : « C’est l’ergonomie, comment on passe l’information de la machine vers l’équipage et inversement. »

    À la tête de l’équipe majoritaire du site, Jean-Christophe Sarrazin. Le responsable explique : « Nous avons une démarche expérimentale, en particulier autour de la thématique de l’autonomisation des systèmes, qui repose sur un ensemble de moyens qui permettent de maquetter des interfaces et un environnement qui immergent l’opérateur dans un scénario réaliste. » Parmi ces moyens, des simulateurs dernier cri, faits maison sur-mesure, dont un poste de pilotage d’avion type Airbus financé en interne à hauteur de 2 millions d’euros en 2020.

    L’unité achèvera en juillet le projet « Medieval », démarré il y a quatre ans sous l’égide de la Direction générale de l’aviation (DGA), en partenariat avec les armées. L’objectif : permettre d’opérer des drones depuis le cockpit d’un hélicoptère en développant des fonctions d’autonomie décisionnelle. L’interface créée sera intégrée aux futurs engins industriels.

    L’autre spécialité du centre salonais sont les capteurs radars. Deux « pods » ultra-compacts y ont été développés. « On travaille avec des PME pour les faire voler sur des drones à voilure fixe avec une autonomie et capacité de déploiement plus intéressantes pour des opérations que ce qu’on fait ici, qu’on appelle des preuves de concept », apprend Jean-François Nouvel. À l’Onera, le prototype de radar permet de faire des mesures de signature des véhicules « qui intéressent beaucoup la DGA » puisqu’elles aident à la détection automatique par ordinateur. Autant d’applications concrètes issues d’une recherche discrète, mais décisive pour l’avenir de l’aérospatial.

  • Autonomie

    Autonomie

    Pas de programmes militaires ou civils sans technologie, ni de technologie sans recherche : c’est la philosophie qui, dans la France exsangue d’après-guerre, a motivé le ministre communiste de l’Armement Charles Tillon à créer par décret en mai 1946 l’Office national d’études et de recherches aérospatiales : l’ONERA, le bras armé technologique de l’État en matière aérospatial.

    Aujourd’hui, acteur incontournable de la décarbonation de l’aviation, il mêle une recherche à la fois civile et militaire et affiche des jolis succès dans de nombreux domaines et dispose de moyens d’essais uniques au monde qui lui ont permis d’être au cœur de la filière aéronautique française, européenne et internationale. Des succès reconnus qui lui valent régulièrement d’être qualifié de « pépite » même si ses laboratoires sont assez peu connus du grand public.

    Bataille pour les financements publics

    Et pourtant. Son quotidien est celui de bataille pour ses financements publics. Certes, son budget est élevé et dépasse les 330 millions d’euros mais pour moitié seulement de crédits publics. Crédits publics qui comme pour l’ensemble de la recherche sont passés sous les fourches caudines de la réforme générale des politiques publiques. D’autant que, domaine oblige où sévissent les industriels (Safran, Thales, Airbus), l’organisme public de recherche est incité à développer la recherche… de ressources propres via des contrats passés avec le privé. Ce en quoi il excelle. Une bonne nouvelle ? N’est-ce pas les fonds publics qui permettent de lancer des initiatives précieuses à l’heure où les menaces sur la paix invitent notre pays à s’assurer de capacité de protection et de décision en toute autonomie ?