Category: societe

  • Manosque tient tête à l’autoritarisme

    Manosque tient tête à l’autoritarisme

    Plus d’une centaine de manifestants se sont rassemblés samedi matin sur le rond-point de l’A51, à côté du péage de Manosque, avant que la préfecture ne prenne un arrêté d’interdiction de manifester. Alors qu’une chorale militante et itinérante à vélo apprenait des chants de lutte internationaux aux manifestants, les forces de l’ordre sont allées à leur rencontre sur le rond-point et leur ont demandé de se disperser, leur manifestation n’ayant pas été déclarée en préfecture. « La préfète est en train de prendre un arrêté d’interdiction de ce rassemblement illégal », leur a annoncé Jean-Luc Thaon, le chef de circonscription de Manosque au commissariat de police nationale. « Vous avez une obligation légale de déclaration », leur a-t-il expliqué. « Il n’y avait pas de demande d’autorisation la semaine dernière, et ça s’est très bien passé. C’est un État autoritaire ! », a réagi Éliane, gilet jaune historique dans le département, au mégaphone. Des manifestants ont suggéré de se rendre à Forcalquier, « capitale de la contestation dans le département », pour protester contre un événement organisé pour octobre rose.

    « Une casse systématique des services publics »

    « La CGT participe au mouvement parce qu’on est sur les mêmes axes de revendication par rapport à la vie chère, au prix de l’essence, à la jeunesse », a expliqué Olivier Ponce, professeur au lycée Beau de Rochas à Digne et représentant de la CGT éduc’action, espérant que le mouvement « monte crescendo », malgré la baisse de la mobilisation dans le département.

    Nadège Bonanno, secrétaire de la CGT de l’hôpital, a expliqué que le syndicat n’avait pas déclaré la manifestation en préfecture pour ne pas se faire accuser de récupération, mais soutenait le mouvement. « Il faudrait que les gilets jaunes déclarent, on peut les aider pour le faire. »

    « Il y a une casse systématique des services publics, de l’éducation, de la santé », déplore Jean Michel Münch. « Mon neveu a jeté des œufs sur les flics samedi à Marseille, il a pris 12 mois, 6 avec bracelet et 6 avec sursis, c’est disproportionné ! », regrette Érin*, professeure manosquine depuis 25 ans. « Parcoursup m’a envoyé mon fils à Briançon, alors j’ai un loyer à payer à Aix et un à Briançon. Je ne pourrais pas m’en sortir financièrement sans mon conjoint, avec deux enfants en études. »

    « On refait 1789 pour ne pas revivre 1939 », avait écrit une manifestante sur son tee-shirt.

    * Le prénom a été modifié

  • L’heure de la récolte pour la pomme Juliet, bio et locale

    L’heure de la récolte pour la pomme Juliet, bio et locale

    Autour de Gabriel Picca, exploitant agricole à Saint-Andiol, des vergers à perte de vue et, au milieu, quelques grands hangars dans lesquels flotte une douce odeur de pommes. Cette senteur aux « allures de bonbons », comme l’évoque l’agriculteur du mas Saint-Joseph, c’est celle de la Juliet, variété originaire du Vaucluse et du nord des Bouches-du-Rhône cultivée ici en bio.

    S’il ne cultive pas que des pommes, la seule Juliet, qui déboule dans les rayons des supermarchés depuis quelques jours, représente tout de même 40% du chiffre d’affaires de l’entreprise de Gabriel Picca. En tout et pour tout, 400 à 500 tonnes sont produites chaque année dans son exploitation. Une variété « très résistante, bien plus que d’autres », assure l’exploitant qui cultive une dizaine de pommes différentes, avec chacune une période de récolte spécifique. L’été caniculaire n’a pas tellement affecté le rendement. Le problème ne venant pas de l’eau, la zone étant bien irriguée, mais surtout des fortes chaleurs qui affectent directement le fruit. « Quelques coups de soleil, mais rien de particulier. Les dernières nuits fraîches ont même donné une belle coloration », glisse l’exploitant.

    Lundi 19 octobre, la pluie a stoppé la récolte. « Ce n’est agréable pour personne et ça peut être dangereux et on n’est pas efficace » explique le patron. Mais ils ne restent pas inactifs pour autant. Car à quelques mètres des pommiers, dans un hangar, une dizaine de personnes s’affairent à mettre dans des caisses les pommes avant qu’elles ne soient expédiées. Le tri des fruits est fait, lui, par une machine qui trône derrière les saisonniers. Des caméras analysent la taille, la coloration et même la potentielle pourriture à l’intérieur du fruit.

    2 000 à 3 000 euros :

    le coût des contrôles

    Gabriel Picca a fait le pari du bio il y a plus de vingt ans. « Jamais on ne retournera au conventionnel », assure l’exploitant agricole. « J’ai vu la vie revenir dans nos terres. Des hérissons, des chouettes et toutes sortes d’animaux », poursuit son père, Jean-Claude. L’idée de cultiver la Juliet, lancée par un pépiniériste local, rentrait parfaitement dans cette volonté. Depuis 2001, la variété n’a cessé de prendre plus de place dans les vergers des Picca. Le mas Saint-Joseph fait partie de la quinzaine de premiers producteurs à avoir tenté l’aventure, sans lâcher la variété depuis. « Elle ne craint pas grand-chose, est bonne au goût et tient bien à la cuisson », assure Gabriel Picca, le fruit à la main.

    Seul bémol, les tâches administratives. Les différentes certifications demandent un cahier des charges exigeant. « C’est vraiment une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. D’autant que c’est nous qui payons les contrôles, ce qui représente entre 2 000 et 3 000 euros à notre charge », souffle Gabriel Picca.

  • Une détermination sans faille à manifester dans tout le pays

    Une détermination sans faille à manifester dans tout le pays

    Ce n’était pas le moment de manifester selon le monarque de l’Élysée. C’était sans compter sur la détermination des Français. Samedi, la CGT a compté 800 000 manifestants dans le pays, autant qu’une semaine plus tôt, dont 250 000 à Paris, en dépit de la recommandation du « méprisant de la République » de ne pas manifester et d’un temps pluvieux sur une grande partie de l’Hexagone. De son côté, le ministère de l’Intérieur a dénombré 410 000 manifestants samedi, contre 550 000 la semaine dernière. « Cette journée de mobilisation est une grande réussite », s’est félicitée l’Union étudiante.

    « Mariane, Mariane ! »

    Dans les cortèges, les slogans contre la vie chère ou la dégradation des services publics sont désormais accompagnés de revendications sur les interdictions de manifester, les périmètres interdits et les tracés révisés sur décision des préfectures. « Marianne ! Marianne ! », a par exemple crié une partie du cortège parisien, à la vue d’une jeune femme aux atours de l’allégorie de la République française, juchée sur les épaules d’un jeune manifestant.

    « On nous prive de la liberté de pouvoir disposer de l’espace comme on le souhaite » et, « globalement, c’est un ras-le-bol général. Ça n’atteint pas que notre liberté mais aussi notre fraternité », a lancé Léa Berthelot, comédienne de 26 ans en bonnet rouge et robe blanche, drapeau tricolore à la main. À travers la France, plusieurs cortèges initialement interdits ont finalement été validés par les tribunaux administratifs. Mais des interdictions ont persisté à Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre ou Toulon.

    « Une nouvelle réussite »

    « Ni le président, ni le temps, ne m’empêcheront de manifester », affirme Delphine, 47 ans, en tête de cortège à Lille pour aussi « représenter » ses trois enfants étudiants, « en train de travailler pour payer leurs études ». La secrétaire nationale des écologistes, Marine Tondelier, et le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, figuraient dans le défilé parisien. « Il est temps de céder », a lancé ce dernier à l’attention du chef de l’État. De son côté le Parti communiste français a salué « une nouvelle réussite contre un pouvoir méprisant et liberticide ». Le PCF « pleinement mobilisé partout en France avec ses organisations locales, salue la réussite de cette journée ainsi que le travail des organisations syndicales et de jeunesse qui l’ont rendue possible ». Dans un communiqué, samedi, le Parti communiste rappelle que jeudi dernier, « Fabien Roussel, Stéphane Peu et Cécile Cukierman étaient venus à Matignon exiger des réponses sur les salaires et les prix de l’énergie. Le pouvoir a une nouvelle fois refusé de répondre aux immenses attentes que la mobilisation exprime ». Or si les revendications des manifestants sont diverses elles convergent toutes autour du pouvoir d’achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale. Les organisations étudiantes et lycéennes espèrent des annonces concrètes aujourd’hui après une rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, tandis que les syndicats de salariés se mobilisent en vue d’une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre. De leur côté, les gilets jaunes ont déjà annoncé une nouvelle journée d’action le 31 octobre.

    La Ligue des droits de l’homme (LDH) a, elle, réclamé l’envoi en France d’une mission d’observation sous l’égide des Nations unies, jugeant le maintien de l’ordre de ces dernières semaines « particulièrement chaotique et incohérent ».

    Enquête ouverte

    sur des nervis à Nice

    À Montpellier, Rouen et Nice des membres de l’ultradroite ont voulu affronter des manifestants. À Lyon, un petit groupe d’une douzaine de jeunes hommes encagoulés ou visage caché scandant « la rue la France nous appartient » dans la presqu’île, interdite à tout cortège ou attroupement, a pu déambuler sans entrave. Autre fait : une enquête a été ouverte après des incidents au cours desquels des manifestants ont été agressés à Nice par des individus susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultra-droite, a indiqué dimanche le parquet. « Une enquête en flagrance confiée au SLPJ 06 [Service local de police judiciaire] est ouverte pour identifier et interpeller les membres de cette mouvance impliqués dans les violences aggravées qui se sont déroulées dans le centre-ville », a précisé le procureur de la République de Nice Damien Martinelli dans un communiqué transmis à la presse. Le magistrat a indiqué « vouloir apporter une réponse extrêmement ferme à ces faits de violence commis par ces individus », en précisant que des enquêtes sont en cours à partir des images captées samedi. Sur certaines d’entre elles diffusées par la presse locale, on voit des hommes en noir masqués se ruer sur des manifestants visiblement non-violents.

    Le maire de Montpellier dénonce une « milice d’extrême droite »

    Outre Nice, des agressions de manifestants par des membres d’ultra-droite ont également été recensées à Montpellier. Dénonçant cette « milice d’extrême droite », le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a lui estimé qu’en « République, personne ne peut faire usage de la violence contre autrui. Je condamne ces agissements avec force et demande à ce que la justice enquête et interpelle les auteurs. Il ne peut y avoir la moindre impunité ».

  • [Kallisté] Intempéries en Corse : après les pluies, le temps de la solidarité

    [Kallisté] Intempéries en Corse : après les pluies, le temps de la solidarité

    À Solenzara, plus de 640 millimètres de pluie sont tombés au cours de cet épisode, dont 538,5 millimètres en seulement six heures. Des précipitations historiques qui ont provoqué d’importantes inondations dans plusieurs communes.

    Malheureusement, ces intempéries ont également coûté la vie à un homme de 65 ans à Ghisonaccia, emporté par les eaux alors qu’il se trouvait dans son véhicule.

    Au-delà des dégâts matériels, on pense évidemment aux familles touchées, à celles qui ont vu leur maison inondée, leurs biens endommagés et qui vont devoir engager d’importants travaux pour retrouver une vie normale.

    Dans ces moments difficiles, la solidarité prend tout son sens. Les pompiers, les agents des collectivités, les services de secours et de nombreux habitants se sont mobilisés pour venir en aide aux sinistrés.

    Un engagement qu’il faut saluer

    Ces événements nous rappellent aussi les conséquences du dérèglement climatique. Si l’on ne peut pas attribuer un épisode météorologique isolé au changement climatique sans étude spécifique, on sait que le réchauffement favorise des pluies extrêmes plus intenses. Espérons que de telles catastrophes ne deviennent pas une habitude pour la Corse et ses habitants.

    Mais face à cette menace, il est indispensable de renforcer les moyens consacrés à la prévention des risques, à l’entretien des infrastructures et à la protection des populations. Car au-delà de l’urgence, c’est aussi notre capacité à anticiper et à protéger les habitants qui est en jeu.

    Aujourd’hui, il faut espérer que les communes et les habitants touchés pourront bénéficier rapidement de tout l’accompagnement nécessaire pour faire face aux conséquences de ces intempéries.

    Une pensée particulière pour la famille de la victime et pour toutes celles et ceux qui traversent cette épreuve.

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    Au lycée Montgrand, on nous fait bientôt apprendre et chanter « Maréchal, nous voilà ! », et lors du passage à Marseille du vieux monsieur de qui la France attend beaucoup, les lycéens vont l’acclamer sur le cours Pierre-Puget.

    Nous ne doutions pas que le « vainqueur de Verdun* », ainsi qu’on le vénérait, allait servir sur un plateau 76 000 Juifs à Hitler pour les faire massacrer dans des conditions jamais égalées à ce jour, en même temps que les Tziganes, les opposants au régime hitlérien (socialistes, communistes, gaullistes) ou tout simplement les jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire**.

    Les nazis avaient commencé par éradiquer, en utilisant les gaz d’échappement ou les piqûres***, les jeunes allemands arriérés mentaux ainsi que les « mongoliens » ne jouissant pas de toutes leurs facultés. C’est ainsi que débuta la première partie de leur projet de voir un peuple allemand pur et sain, exempt de toute « tare raciale ».

    Commença aussi en Allemagne l’aryanisation des jeunes populations : ceux qui présentaient une « dégénérescence » aux yeux des spécialistes de la « race supérieure » devaient être supprimés pour ne laisser place qu’aux races dites « supérieures ».

    À Marseille, l’approvisionnement commence à se faire rare. Apparaissent alors les premières opérations de troc pour se nourrir : « Je te donne des chaussures, apporte-moi des pommes de terre », « Je te passe un peu d’essence pour ta voiture, fais-moi livrer du charbon. » Débute, hélas, le système de la débrouille, oui, mais nous, c’est pour subvenir aux besoins de notre famille, ce n’est pas pour faire de l’argent sur le dos des autres… comme certains qui font du « marché noir**** ».

    * Philippe Pétain (1856-1951), maréchal de France au lendemain de la Première Guerre mondiale, où il s’illustra comme le vainqueur de la bataille de Verdun (1916) et chef des armées (1917). Après la débâcle française de 1940, Pétain est appelé à la présidence du Conseil le 16 juin 1940. Il demande l’armistice et, le 10 juillet 1940, obtient du Parlement, réuni à Vichy, les pleins pouvoirs.

    ** Il est instauré par le régime de Vichy par la loi du 16 février 1943 pour fournir de la main-d’œuvre aux usines du IIIe Reich, dans le cadre de la politique de collaboration de l’État français avec l’Allemagne nazie.

    *** Avant l’utilisation du Zyklon B (puissant insecticide composé d’acide cyanhydrique) dans les chambres à gaz, les nazis ont employé le monoxyde de carbone émis par des moteurs diesel pour les destructions de masse. Les piqûres auxquelles fait allusion Denise sont un moyen d’assassinat consistant en une injection de phénol directement dans le cœur des victimes.

    **** Désigne le commerce illicite pratiqué alors que les denrées sont rationnées et les prix contrôlés par les autorités afin de répartir plus équitablement les productions.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    Ainsi, tout convergeait pour mettre en échec les fauteurs de guerre et, de fait, une 3e guerre mondiale serait écartée, la paix reviendrait au Vietnam et en Corée.

    Ceux qui croyaient avoir réduit la classe ouvrière à l’impuissance après la scission, pensant qu’elle était incapable d’avoir des forces pour secouer la misère, et qui luttaient contre la paix, constatèrent que les travailleurs n’acceptaient plus de jeûner dans leur propre intérêt et ce que les gouvernements redoutaient le plus, ce n’était pas la misère des ouvriers, mais les manifestations de leur colère !

    Ce qui est certain, c’est que sans la lutte incessante et courageuse de la classe ouvrière, sans les progrès sensibles réalisés dans l’unité d’action, cette situation aurait été encore plus sombre. Pressés par leur maître américain, nos gouvernants recherchaient de nouvelles méthodes pour imposer leur politique impopulaire. Le seul moyen pour parvenir à leur fin, c’était les atteintes à la démocratie sociale. Ils s’orientaient de plus en plus vers un autoritarisme d’État. Le droit de grève était battu en brèche. De Gaulle proclamait dans chacun de ses discours sa prétention d’amoindrir le rôle des syndicats et de les remplacer par un système de cogestion et de participation… qu’il baptisa association Capital-Travail.

    Exploitation des travailleurs des pays d’outre-mer

    Les travailleurs savaient que le grand patronat finançait la propagande démagogique et mensongère des représentants des classes possédantes par les profits réalisés sur la misère. C’était bien évident, et personne ne peut rien contre cela, la classe ouvrière défendait son pain, ses libertés et la paix avec le même soin, la même ardeur qu’elle apportait dans ses luttes quotidiennes.

    Les délégués à ce congrès dirent de quelle façon s’était aggravée leur propre situation au fur et à mesure que les impérialistes français transformaient leur pays en base militaire. La politique de guerre développe la misère, comme le dénonçait le délégué de Conakry. Les délégués ouvriers CGT étaient chassés des administrations, comme Abdoulaye Dialo, parce qu’il était vice-président de la FSM, Sekouroum et tant d’autres.

    Nous recevions des appels pathétiques de nos camarades de la Martinique, de Madagascar, du Maroc, de l’Algérie, où les travailleurs réagissaient contre l’impérialisme. Leurs écrits, leurs déclarations montraient que tous ces pays accordaient une confiance absolue à la CGT et à la FSM.

    Dans le but de combattre cette influence et de duper les travailleurs de ces pays pour les entraîner dans une politique de guerre, les impérialistes usaient de leurs moyens habituels : la répression et la division.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    Émission exceptionnelle de « Quoi de neuf » qui est à écouter en intégralité en podcast sur Divergence. Au moment où le pays vit un mouvement social inédit, historique, trois témoins relatent comment ils vivent les manifestations. Une étudiante engagée dans un syndicat et deux journalistes.

    Françoise Verna : Comment envisagez-vous la suite de la mobilisation ? Je pense au 5 novembre, journée interprofessionnelle de grève et de mobilisation, dans lesquelles les revendications de la jeunesse seront centrales.

    Enola Kraemer : Avec le SCUM, nous participons à l’appel du 5 novembre, en tant que syndicat, parce qu’on n’a pas obtenu satisfaction. Quand Macron a pris la parole à 20h, sa seule réponse est d’appeler au calme. On ne peut pas dire qu’il ait compris que les étudiants et les lycéens se mobilisent, qu’on est en colère. Donc, c’est une mobilisation qui est vouée à continuer. Aujourd’hui, on a à nouveau bloqué l’université Paul-Valéry à l’initiative des étudiants et étudiantes. Il y a également la faculté des sciences qui continue son occupation depuis deux semaines. Et ce matin, on a également bloqué la faculté d’économie, mais le président de l’université de Montpellier a décidé d’envoyer les CRS, donc le site a été débloqué.

    Françoise Verna : Vous avez des points de convergence avec les lycéens ?

    Enola Kraemer : On doit permettre fin à la sélection, à Parcoursup, à Mon master, parce qu’on devrait tous pouvoir étudier dans les filières de son choix. C’est 250 000 places qui devraient être ouvertes dans l’enseignement supérieur pour pouvoir garantir une possibilité aux étudiants et étudiantes de pouvoir étudier dans les études de leur choix. L’université Paul-Valéry de Montpellier est assez emblématique des universités françaises les moins bien dotées. Comment on peut justifier cet état de fait ? Actuellement, à Paul-Valéry, il nous manque 17 millions d’euros pour fonctionner correctement. L’État ne nous donne pas assez d’argent pour fonctionner correctement. Il ne veut pas financer des sciences sociales, des sciences humaines.

    Françoise Verna : Yann Castanier, depuis 2016 jusqu’à aujourd’hui, vous avez été le témoin, en tant que photo-journaliste, des mouvements sociaux. Est-ce que vous avez pu constater une évolution de la réponse répressive policière ?

    Yann Castanier : Ce qui va advenir, c’est qu’au fur et à mesure il y a de plus en plus de revendications face à un État qui ne répond pas. Et ensuite, ce qui va arriver, c’est les gilets jaunes. Il va y avoir un glissement qui va mener à la répression de manifestations par le LBD. La BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée) est créée [unité spécialisée de la Police nationale. Créée en 2019, Ndlr.]. Du coup, ça fonce dans le tas, en permanence, pour pouvoir disperser, y compris quand il ne se passe rien. Je me rappelle les manifestations contre les retraites de 2022 ou 2023. Là, c’est l’incompréhension totale. On les voit charger même sur le cortège de la CGT et sur le service d’ordre de la CGT. Et puis, il va y avoir la logique des nasses qui se mettent en place, qui sont interdites, il faut préciser. Oui, elles sont interdites, mais elles sont utilisées en permanence. Cela consiste à isoler des personnes, à encercler des personnes par des CRS ou des gendarmes mobiles, et faire en sorte qu’elles ne puissent plus bouger, ni sortir pendant des heures.

    Françoise Verna : Louis Laratte, vous avez couvert en tant que journaliste la manifestation parisienne, le 17 octobre. Avez-vous été surpris de la tournure de la journée ?

    Louis Laratte : Ce qui a été vraiment inédit, c’est ce qui s’est passé bien avant que le rassemblement ait lieu et que les gens convergent vers la place de la République. En fait, la répression était déjà en marche. Alors que les personnes n’avaient pas encore débuté leur manifestation. Je pense que cela a surpris beaucoup de gens et surtout, ça a énervé pas mal de gens parce que la répression en manifestation, c’est un fait avéré.

    Je pense que la majorité des gens qui viennent en manifestation sont au courant de comment ça se passe, que la répression, elle est là et que c’est quelque chose avec lequel il faut faire.

    Là, je pense que beaucoup de gens étaient pris au dépourvu et ça a énervé beaucoup parce qu’au-delà de cette répression, c’est vraiment le droit de rassemblement et le droit de manifestation qui ont été entravés avant même que la manifestation ait lieu.

    Françoise Verna : Peut-on dire que les manifestants étaient sidérés ?

    Louis Laratte : Il y a beaucoup d’incompréhension, je pense, par rapport à la stratégie qui a été adoptée. Et en fait, la situation s’est tendue à un tel point qu’en fait, les CRS se sont eux-mêmes embourbés sur la place de la République, parce que les gens n’ont pas spécialement voulu en partir.

    Les affrontements ont duré assez longtemps. Ça a commencé sur la place à peu près à midi et ça a duré avec une vraie intensité jusqu’à, je pense, 16-17 heures. C’était vraiment très, très violent. Ensuite jusqu’à tard dans la nuit, en parallèle, pas de police pour empêcher les magasins d’être pillés. Et j’en ai fait des kilomètres dans Paris.

  • La Marseillaise et Divergence, un bouquet de bonnes ondes

    La Marseillaise et Divergence, un bouquet de bonnes ondes

    Quatre ans d’un partenariat riche en émissions « Quoi de neuf », commencé en septembre 2022 et devenu depuis une aventure collective, dans un nouveau lieu pour un nouveau projet. Nous pouvons résumer en ces termes le compagnonnage de La Marseillaise avec radio Divergence, une des plus anciennes radios associatives de Montpellier et de sa région.

    Avec sa signature sonore inimitable (à la pointe des musiques actuelles) et une grille d’émissions aussi variée qu’instructives et ludiques, Divergence s’est développée sans renier ses origines historiques, celles des radios libres, citoyennes et impertinentes. Une « ligne éditoriale » en phase avec les valeurs de La Marseillaise, née dans la Résistance en décembre 1943 et toujours animée, en 2026, par l’exigence de l’information juste et des combats progressistes du mouvement social et politique. Pour Divergence, la question sociale est aussi au cœur de la plupart de ses émissions. « Nous sommes en train de travailler à un partenariat avec la CGT de l’Hérault », précise Bruno Bertrand, le directeur des programmes.

    Football féminin et LineUp

    Cette dimension sociale se traduit également par le choix de confier des émissions à des associations telles que la Fédération des aveugles de France. Autre projet en cours de construction « un partenariat avec le Montpellier Football Club, 100% féminin, auquel La Marseillaise sera partie prenante », ajoute Bruno Bertrand. Ce sera une façon différente de raconter le sport et d’accompagner la croissance à échelle humaine de ce club qui évolue dans l’élite. La dimension culturelle, dans l’ADN de Divergence, prend également un nouvel élan puisque la radio travaille avec le tiers lieu « Restanque » géré par LineUP, fabrique culturelle et artistique. Le site est à proximité du pôle médias composé de radio Divergence, radio Clapas, autre grand média associatif de Montpellier, et de La Marseillaise. Un quartier en pleine transformation, baptisé Montpellier Sud où le pôle médias entend jouer un rôle citoyen. Aux côtés de Bruno Bertrand, pour mettre en ondes la grille des programmes de Divergence, diffusés sept jours sur sept, la réalisatrice Alice Rollet est aux manettes de la console à raison de « cinq à six enregistrements par jour » et d’« une dizaine de diffusions quotidiennes », explique la jeune femme. « La diversité des animateurs fait que chaque émission ne se ressemble pas. » Un métier où il faut conjuguer savoirs techniques et sens de l’humain puisqu’une trentaine de bénévoles assurent les émissions. Alice Rollet insiste aussi sur l’importance de la médiation, sa formation d’origine, avant de devenir une professionnelle de la radio. « Nous devons créer du lien avec le public », conclut Alice Rollet. Une ambition reçue cinq sur cinq.

  • [Chronique des invisibles] La lumière au cœur de la crue

    [Chronique des invisibles] La lumière au cœur de la crue

    L’inondation gagne la maison, centimètre par centimètre, envahissant le quotidien. Vous et votre famille luttiez à bras-le-corps contre les éléments déchaînés, impuissants face au niveau qui monte. C’est à ce moment précis qu’il se pointe, arborant un sourire chaleureux, plus large que le cadre de la porte. Sous son bras, il trimbale une pompe de relevage, des tuyaux, des seaux et avec eux, la solution miraculeuse pour éviter que la salle à manger ne se transforme définitivement en bac à poissons.

    Ces derniers jours, comme tant d’autres personnes, j’ai vécu de plein fouet la violence incontrôlable de ces crues. Mais alors que le désastre s’installait, la solidarité a surgi, lumineuse et spontanée. Des scènes d’un héroïsme ordinaire ont éclos à chaque coin de rue : ici, des jeunes ont bravé les courants furieux pour extraire une personne âgée prise au piège dans son véhicule, alors que l’eau dépassait déjà le sommet des roues. Là, des boulangers ont ouvert leurs fournils au milieu de la nuit pour distribuer du pain chaud aux sinistrés trempés.

    Dans ce paysage dévasté par le dérèglement climatique, il faut aussi rendre justice aux héros du quotidien que l’on oublie trop souvent dans le fracas du cataclysme. Les pompiers, bien sûr, épuisés mais intraitables face au danger. Mais aussi les agents municipaux de la voirie, les bras enfoncés jusqu’aux coudes dans la boue pour déboucher les canalisations sous des pluies battantes, et ces employés administratifs de l’ombre, restés éveillés toute la nuit en mairie pour organiser l’accueil d’urgence, orienter les familles et recenser les détresses. L’entraide, l’altruisme et la fraternité, ces valeurs fondamentales qu’on croyait parfois éteintes, sont réapparus comme par enchantement au moment le plus sombre.

    Dans une époque troublée où la société bascule trop facilement dans le repli, l’agressivité et jusqu’à la haine de sa propre jeunesse, ces élans du cœur ont fait flotter la raison au-dessus des flots. Constater que la bonté collective survit à la tempête est une immense promesse d’avenir. Et cela, au fond, est tout aussi réconfortant que d’en être sorti vivant.

    Né en 1973, Sébastien Gehan est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

  • L’appel à la prudence de Benoît Payan avant le couvre-feu

    L’appel à la prudence de Benoît Payan avant le couvre-feu

    Le maire de Marseille qui avait salué le «calme» et un dispositif policier «à la hauteur de l’enjeu» appelle les Marseillais à la prudence ce soir dans un post sur le réseau X : «À la fin de la journée, plusieurs groupes d’individus tentent de se livrer à des pillages dans différents secteurs de la ville. La Police Municipale et le Bataillon de Marins-Pompiers interviennent aux côtés de la Police Nationale. Je demande à l’ensemble des Marseillais de rester prudent et de faciliter le travail des forces de l’ordre et de secours.La priorité est de préserver la sécurité des habitants, des commerces et de ramener le calme dans la ville.»

    Le maire est actuellement au centre de supervision urbain avec la directrice de la police municipale pour suivre la situation avec attention et assister le commandement. Quelques commerces à ce stade ont été victimes de tentatives d’effraction. La police municipale est mobilisée aux côtés de la police nationale et du bataillon des marins pompiers qui fait preuve d’une grande réactivité pour intervenir dans le cadre de ses missions.

    Un couvre feu est instauré de 23h à 5h du matin dans le centre-ville et les principales zones commerciales de Marseille.