À Malaucène, l’agglo maintient sa volonté d’exproprier les papeteries

Depuis plus de deux ans et le rachat en coopérative des anciennes papeteries de Malaucène, le projet de reconversion va d’embûches en embûches. Pour rappel, ce site de 33 hectares est à l’abandon depuis 2009 et la fermeture des papeteries après cinq siècles d’activité. Après des projets contestés et avortés de villas de luxe, des citoyens réunis au sein de la Scic la Fabrique du Ventoux ont racheté le site. Avec la volonté d’y implanter de multiples activités (zone artisanale, tiers lieu, logements, salle de spectacles, gîtes, terrains sportifs).

Sauf que sur la partie dite haute du site, à la sortie de Malaucène sur la route du Ventoux, la Cove (communauté d’agglomération Ventoux Comtat Venaissin) a un tout autre dessein : l’implantation d’une zone artisanale, ardemment défendue par le maire, Frédéric Tenon. Lors de la mandature précédente, l’agglo avait engagé à marche forcée son projet, lançant concertation publique et dépôt de dossier auprès de l’autorité environnementale. En juillet dernier, la préfecture avait même pris un arrêté pour autoriser l’accès au site aux « agents de la Cove ainsi qu’aux entreprises mandatées par ses soins pour réaliser des études ».

La Cove augmente son offre d’achat

Quelques mois plus tôt, François Paillusseau, président de la Fabrique du Ventoux, dénonçait « une logique d’affrontement ». Des procédures judiciaires ont été engagées contre un arrêté municipal interdisant l’accès total aux papeteries ou l’impossibilité de se raccorder à l’eau ou l’électricité. « Il y a un deux poids deux mesures car dans le même temps, une compétition de trial est autorisée par la préfecture ou, pas plus tard que ce lundi, des militaires se sont présentés sur le site pour s’entraîner assurant avoir eu l’autorisation de la mairie », s’exaspère Alexandrine Meynaud, membre du conseil coopératif de la Fabrique du Ventoux, chargée des relations extérieures. Fin avril, un nouvel arrêté préfectoral vient suspendre le fonds de dotation pour la reconversion des papeteries, pour absence « de comptes annuels et de rapports d’activité ». « C’est rien de dramatique, on a entre-temps fourni les documents », démine Alexandrine Meynaud alors que l’État a, en parallèle, accordé 860 000 euros de fonds pour la relance de friche industrielle.

C’est dans ce contexte que lundi dernier, trois représentants de la Fabrique du Ventoux ont été reçus par Alain Constant, nouveau président (SE) de la Cove, en présence aussi du maire de Malaucène. « Cela faisait deux ans et demi qu’on demandait à être reçus », apprécie Alexandrine Meynaud. Le passé professionnel d’Alain Constant au sein des papeteries a sûrement compté. « J’y ai travaillé pendant 22 ans jusqu’à être responsable des services techniques, confirme-t-il. Mais les souvenirs et mon histoire personnelle, il faut savoir les mettre de côté et raisonner dans l’intérêt général. » Et dans l’esprit de celui qui est aussi maire de Bédoin, cela s’inscrit dans les pas du mandat précédent. « L’approche globale n’est pas la même mais le besoin concernant les artisans est partagé », campe Alain Constant.

Sauf que les propriétaires militent pour implanter cette zone sur la partie basse. « Les coopérateurs ne sont pas battus pendant dix ans contre des villas de luxe dans le vallon du Groseau pour se retrouver avec une zone artisanale et l’agrandissement des hangars de 40%, martèle Alexandrine Meynaud. On se fonde sur notre victoire à la cour administrative d’appel qui dit que le vallon est un paysage remarquable dans lequel on ne peut rien construire. C’est notre cheval de bataille. On veut bien travailler avec la Cove sur un projet de reconversion du vallon du Groseau dans la mesure où on ne construit pas de nouvelles structures. »

Lors de la réunion, une nouvelle proposition d’achat à l’amiable a été formulée à 310 000 euros contre 285 000 euros auparavant. « On va étudier l’offre mais on n’agit pas pour de la spéculation immobilière », prévient Alexandrine Meynaud. Mais la Cove reste bien décidée à avancer. « On est partis pour exproprier mais ce n’est pas parce que la procédure est engagée qu’un rapprochement est exclu, assure Alain Constant. On est à l’écoute pour améliorer notre projet qui est réaliste et financé, où la Cove restera propriétaire. » Le président reconnaît « l’ajout d’une construction à la marge, mais il n’y aura pas d’imperméabilisation supplémentaire ». Des géomètres doivent intervenir en juin pour du bornage, une enquête publique pourrait ensuite démarrer avant la fin de l’année.

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