Dr Baro, d’Annecy, Dr Brissot, de Moselle, Dr De Mailloux, des Deux-Sèvres… Ces soignants sont tous venus passer une semaine au centre de santé Médecins Solidaires du Brusquet, village près de Digne-les-Bains où il n’y avait plus de médecin depuis 2016. L’association rassemblant plus de 1 000 médecins généralistes installe des centres de santé dans des zones rurales constituant des déserts médicaux, pour permettre aux habitants d’avoir un médecin traitant. Pour cela, elle reçoit des aides financières importantes des communes, très demandeuses de les recevoir. Au Brusquet, la municipalité a acheté le bâtiment, une ancienne maison dans laquelle les médecins se sont installés. « On a conventionné avec les communes alentour, et chacune participe aux frais de fonctionnement du cabinet », explique le maire.
« Beaucoup de patients nous disent : c’est la première fois que je me sens écouté et que je suis ausculté », relate Aline Hélène, coordinatrice du centre, qui joue à la fois un rôle de secrétaire, d’assistante médicale et de gestionnaire du budget et des stocks. « C’est très compliqué pour trouver un médecin ici », témoigne Julie Capello, patiente habitant Le Brusquet, touchée de voir autant de médecins venir des quatre coins de la France pour soigner les locaux.
Les habitants ont encore plus de mal à voir des spécialistes, et doivent très souvent aller à Aix, à Marseille ou à Gap. « Parfois, on appelle pour essayer d’avoir des rendez-vous plus rapidement, mais, même pour nous, c’est compliqué », atteste la coordinatrice. Beaucoup d’habitants se retrouvent sans médecin traitant lorsque le leur part à la retraite. De nombreux patients viennent même de Digne-les-Bains, pourtant ville préfecture, pour se soigner dans ce petit village. « Si vous aviez une carte de fidélité, je gagnerais des points ! », lance l’un d’entre eux. « À Digne, tout est plein, il n’y a plus de place chez aucun médecin », témoigne-t-il.
Cette semaine, c’est le Dr Yves Baro, venu d’Annecy, qui officie. « Je ne devais pas être là, mais le médecin qui devait venir s’est cassé le bras », explique-t-il. « Il y a plein de patients qui passent la porte et disent : Docteur, merci, vous êtes là ! », se réjouit le médecin. « Cela me permet de garder le contact avec la médecine. Je suis retraité depuis un peu plus d’un an, et j’ai beaucoup de mal à la quitter. » Un tiers des médecins solidaires sont retraités, tandis que les actifs posent des congés pour exercer dans ces centres en zones rurales. « Il y a aussi des jeunes médecins qui ont terminé leur cursus d’études, mais qui ne sont pas encore installés et qui décident de temps en temps de consacrer une semaine à Médecins Solidaires », relate Dr Baro. Au Brusquet, les médecins ont leur logement réservé juste au-dessus du cabinet médical, et peuvent même venir accompagnés de leur conjoint et de leurs enfants.
« Pour nous, ça a été vraiment un gros plus pour la commune. Du fait que ce cabinet se soit installé, on commence à avoir des demandes d’autres professions médicales. On a eu un psychologue, une prothésiste, des kinés qui veulent s’installer sur la commune », se réjouit le maire.
L’association Médecins Solidaires a lancé un appel aux généralistes, et espère ainsi créer « plus de 800 centres de santé sur tout le territoire ». Elle a été fondée par le Dr Martial Jardel, qui avait entrepris à la fin de son internat un « tour de France des déserts médicaux ». Il a ainsi constaté que certaines personnes n’avaient pas vu de médecin depuis des années, et a fondé l’association avec l’idée : « Plutôt que de demander beaucoup à peu de médecins, autant demander peu mais à beaucoup », alors que de nombreux généralistes en zone rurale sont en burnout.
Cagnotte lancée par l’association Médecins Solidaires : dift.com/leaderboard/medecinssolidaires-challenge

Leave a Reply