« On n’en a récupéré que cinq, c’était le dernier soir. » Jeudi 12 mars marquait la fin de la saison pour Éliane Dupland et son petit groupe. Responsable de l’antenne locale de la LPO de Gap (Hautes-Alpes), elle se rend chaque soir au bord de la départementale 19 qui jouxte le lac de Pelleautier. À ses côtés, avec leurs seaux et leurs gants, des bénévoles, sympathisants ou personnes désireuses d’aider. Commence alors une drôle de cueillette : il ne s’agit pas de champignons ou de fruits, mais de batraciens. Lampe torche à la main et gilet jaune sur le dos, par petits groupes, ils ramassent les crapauds sur la route pour les déposer de l’autre côté. Ils leur évitent ainsi de se faire écraser par les automobilistes qui empruntent cette route fréquentée.
Des effectifs en chute
« On patrouille le long de la route, avec nos sceaux, on met les gilets, lampes frontales, torches, on enfile nos gants », explique Éliane. S’ils viennent par petits groupes de sept à quinze personnes, au total, ils sont 52 à avoir participé à la campagne de cette année. « On donne aussi aux voitures qui s’arrêtent une petite fiche qui les appelle à lever le pied pour les crapauds… Et pour ceux qui les ramassent », détaille Éliane. De son côté, la préfecture installe, à cette période, une limitation de vitesse à 50 km/h. « Et ils sont loin de tous la respecter, regrette Éliane. Au début, on a été victimes d’incivilités incroyables, voitures taguées, insultes, vol de notre matériel… Mais, au fil des ans, il y en a beaucoup plus qui ralentissent et qui comprennent. »
Chaque année, des centaines de crapauds rejoignent le lac de Pelleautier à la fin de l’hiver. En majorité de l’espèce du crapaud épineux (Bufo spinosus), ils traversent les champs et, malheureusement, les routes pour rejoindre le lieu de leur naissance afin d’y pondre à nouveau. Or la mortalité routière fait chuter les populations de cette espèce déjà menacée.
« En 2014, la première année où l’on a lancé ces opérations de sauvetage, on comptait 1 100 crapauds sauvés. Ça a diminué d’année en année. En 2021, on est tombés à 300 et même à 196 l’an dernier, alerte Éliane Dupland. Affolés, on a organisé une réunion technique le 24 février, à la veille de la campagne de cette année. » Plusieurs raisons à cette hécatombe ont été avancées : la circulation routière, bien évidemment, mais aussi les pratiques agricoles. Les intrants chimiques, les labours profonds ou encore la disparition des haies menacent les populations de crapauds qui vivent dans les champs et les bosquets. Il y a aussi les sécheresses causées par le changement climatique, qui affectent le lac de Pelleautier. En 2022, il était presque à sec. « Ça grouillait de têtards presque adultes. Ils étaient en train d’agoniser faute d’eau », se remémore Éliane.
Le groupe milite pour l’installation de crapauducs temporaires. Ce sont des filets installés le long des routes, qui redirigent les crapauds vers des seaux que les bénévoles vident ensuite. « On l’a demandé dès la première année, mais on nous a dit que c’était trop cher. Un crapauduc temporaire coûterait 20 à 30 000 euros, regrette Éliane. Mais ce serait quand même un comble qu’on ne protège pas les animaux dans ce département où la nature est reine. »

Leave a Reply