« Je te le dis mais tu le dis à personne, d’accord ? », « Je te fais confiance, t’es mon meilleur pote. Tu me jures que tu diras pas ? ». Comment réagir face aux premières confidences d’un jeune harcelé, souvent encore marqué par la honte ? C’est ce qu’a tenté d’expliquer Alexander Chaneac, jeudi, aux élèves du lycée Marcel-Pagnol (10e). Intervenant Paca-Corse pour Colosse aux pieds d’argile, association de lutte contre les violences sexuelles et le bizutage, Alexandre appartient à l’une des trois structures, mandatée par la Région Sud, venues intervenir dans l’établissement ce jeudi, journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire. « Qui est persuadé qu’il ne se laisserait jamais faire par un agresseur ? », lance l’animateur à l’assemblée de jeunes gens. Et de répondre aux audacieuses mains levées : « C’est très bien si vous arrivez à vous défendre ou que vous pensez pouvoir le faire. Mais sachez que la violence peut parfois placer les victimes dans un état de sidération qui les empêche de réagir, et ce n’est pas une honte. »
Dans la salle, la majorité des élèves sont « ambassadeurs harcèlement scolaire ». Choisis par leurs professeurs après candidature, ils appartiennent à la cellule Phare, programme national de lutte contre le harcèlement. « L’idée de ce programme est de valoriser le dialogue et pas la sanction, car c’est souvent par peur de représailles que les jeunes ne parlent pas, détaille Laetitia Bouillon, professeure référente de l’équipe Phare au lycée Marcel-Pagnol. Les ambassadeurs sont essentiels car ils constatent beaucoup de situations ou discussions qui échappent aux adultes. »
Deux autres ateliers sont ce jour-là organisés dans l’établissement : le premier animé par Femmes en Défense, le second, qui prendra la forme d’une performance de danse, par la Cie Essevesse, deux associations elles aussi mandatées par la Région Sud. Au total dans la journée, 600 lycéens de Paca ont pu bénéficier de ce type d’animations préventives. « La région investit chaque année 1 million d’euros dans la lutte contre le harcèlement et ça ne bougera pas malgré les coupes budgétaires. Il s’agit pour nous d’une grande cause », souligne Ludovic Perney, vice-président de la Région en charge de la Jeunesse.
Entre mars 2022, date d’entrée en vigueur du délit de harcèlement scolaire, et fin 2024, 10 100 affaires relatives à cette infraction ont été enregistrées par les parquets, selon le ministère de la Justice. Le harcèlement scolaire est un délit pénal passible de 3 ans d’emprisonnement.

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