Tag: art urbain

  • Quand le plan de métro devient terrain de jeu pour l’art urbain

    Quand le plan de métro devient terrain de jeu pour l’art urbain

    Et si un plan de métro devenait une œuvre d’art ? C’est le pari de « Dans ses artères coule la vie », la nouvelle exposition proposée par le musée d’art urbain Parcelle 473, à Montpellier. Plus d’une centaine d’artistes y livrent leur interprétation d’un même support : une toile imprimée représentant un plan du métro parisien, au format identique pour chacun.

    « La seule contrainte, c’était le support : le plan de métro. Ensuite, chacun l’interprète à sa façon, avec son style », explique Laurent Rigail, fondateur de Parcelle 473 et galeriste à Paris. Lancée il y a quatre ou cinq ans par le collectionneur Jérôme Dauchez, cette « belle aventure » réunit aujourd’hui 120 créations. Pensée comme une exposition itinérante, la série a notamment été présentée près du Mans puis à Paris, sur la péniche Fluctu’art. Après Andrea Ravo Mattoni l’an dernier, Parcelle 473 accueille donc une nouvelle sélection issue de la collection de Jérôme Dauchez. « Ce qui m’intéresse dans la démarche de Jérôme, c’est qu’il ne collectionne pas simplement des œuvres : il collectionne des histoires, des rencontres, des artistes, des sensibilités. Sa collection s’est construite dans le temps avec la volonté de faire dialoguer des univers très différents », déclare Laurent Rigail.

    De Speedy Graphito à Bordalo II, Nasty, M. Chat, MonkeyBird, Popay ou Levalet, jusqu’aux Montpelliérains Fragments et Quentin DMR, les signatures et les générations se croisent. Peinture, collage, bombe aérosol, pochoir ou crayon : la diversité des techniques répond à celle des univers. « On a différents axes qui se dessinent : les portraits, le bestiaire, l’abstraction, le surréalisme, le très figuratif… », détaille Laurent Rigail.

    Au-delà du clin d’œil à la capitale, le plan devient ainsi un révélateur de la richesse de l’art urbain. « C’est aussi l’occasion de montrer la multiplicité des techniques et des rendus qu’on peut avoir dans l’univers du street art », souligne le galeriste. « À travers un même objet, à savoir un plan de métro, se confrontent générations, techniques et regards. Certains artistes interrogent la ville et ses règles ; d’autres ses marges, ses habitants ou ses fractures. D’autres encore font disparaître la carte presque entièrement derrière leur univers plastique. » Avec « Dans ses artères coule la vie », Parcelle 473 fait donc du musée un espace où la contrainte devient liberté : 120 plans identiques, mais autant de manières de tracer sa route.

    A.G.

    * 425 avenue des Frères Buhler. Un livre consacré à l’exposition sera disponible à l’achat.

  • [La Marseillaise Breaking Cup] Un final historique pourles danses urbaines à l’opéra

    [La Marseillaise Breaking Cup] Un final historique pourles danses urbaines à l’opéra

    Gravures, hauts plafonds et marbre contre pantalons larges, musiques rythmées et casquettes à l’envers. Deux mondes aux antipodes se découvraient, ce dimanche après-midi, à l’occasion de la 5e saison de La Marseillaise Breaking Cup. Le hip-hop faisait sa première entrée à l’opéra, avec une compétition de breakdance sur la scène principale de ce prestigieux lieu du centre-ville de Marseille.

    Les principaux concernés par cette venue exceptionnelle et inédite, c’étaient les danseurs eux-mêmes. Sorti des qualifications, comme bon nombre de ses camarades, Izzy était impatient de monter sur les planches. Habillé de la tête aux pieds par la marque aux trois bandes, le jeune homme se disait « excité et très content. J’aime beaucoup l’opéra, c’est très beau et c’est très différent des endroits dans lesquels on a l’habitude de danser ».

    En effet, leur terrain de jeu d’une journée est majestueux. Des hautes colonnes, du marbre partout, des balcons offrant une vue panoramique, jamais le hip-hop n’était entré dans une dimension pareille. Pour animer et faire vivre l’après-midi, les MCs Kmeleon, lunettes pailletées sur le nez, et Tony Badman, veste vert kaki et barbe bien taillée, ont pris le micro. L’ambiance était posée, la salle s’était remplie à vue d’œil, il n’y avait plus qu’à démarrer les phases finales.

    Salle comble et danseurs ravis de la compétition

    Les jurés, tous avec une haute renommée dans leur discipline, sont aussi entrés en scène avec une démonstration chacun. Les huitièmes de finalistes zyeutaient au bout de la coulisse pour observer les cadors de leur discipline. Le programme était forcément important avec ces nombreuses battles, mais les deux MCs, en plus d’instaurer un environnement jovial, enchaînaient rapidement pour assurer une après-midi dynamique.

    Le planning se déroulait progressivement et les danseurs étaient peu à peu éliminés. Certains sont allés prendre l’air, pour s’évader de cette salle chauffée, dans les deux sens du terme. Aline, elle, s’est hissée dans le dernier carré. Avant son dernier passage, elle se disait « focus, je me concentre sur moi et sur la musique ». Polo blanc, pantalon ample et chapeau couleur ambre, la jeune femme adepte du popping racontait que « les styles vestimentaires pouvaient être spécifiques par discipline, mais maintenant tout le monde s’habille librement et a son propre style ». Lemzo était justement l’invité de la catégorie popping. Le Lillois a bien profité de l’événement. « C’est l’occasion de revoir beaucoup de connaissances, car on se connaît un peu tous. J’avais déjà dansé à l’opéra de Lille, c’est cool de voir que ça se répète dans d’autres villes. » Danseur depuis 2004, l’homme est un ami de Mofak et salue l’initiative. Il poursuit : « Ça permet de se découvrir mutuellement et c’est bien de pouvoir dire aux gens, “venez nous voir !“ » Leila fut la première danseuse à monter sur scène, dimanche après-midi. Elle s’est dite « reconnaissante » d’avoir pu vivre ça, alors qu’elle entrait à l’opéra pour la première fois. « C’était compliqué d’entrer dans le bain, car c’est un lieu magnifique. Le ressenti était étrange et la configuration a pu être difficile pour nous. Peut-être qu’il aurait fallu plus d’enceintes sur scène pour qu’on entende mieux la musique. » La prestation de Naestro, prodige du chant lyrique, a fait le trait d’union entre les deux univers, l’opéra et les danses urbaines. Rappelant que le bel canto est lui aussi profondément populaire.

    Sonya, « queen » du popping, faisait partie du jury. Venue de Seine-Saint-Denis, elle a apprécié les performances des uns et des autres, mettant en avant « la technique et la prise d’espace » des danseurs. Directeur artistique durant toute la Breaking Cup, Mofak a lui aussi apprécié de voir autant de monde à l’opéra. « Je suis content, il y a eu du monde dès le début, on a eu que des bons retours. »

    Il fut l’un des soutiens de l’événement, Jean-Marc Coppola, maire des 15/16, a eu cette phrase : « Nous cherchions une maison pour le hip-hop, je crois que nous l’avons trouvée ». En début de soirée, les danseurs ont quitté les lieux. La prochaine venue sera celle, début octobre, de Don Giovanni, l’opéra de Mozart. Aurait-il aimé le breaking ?

  • Le breaking est à la fête toute la semaine

    Le breaking est à la fête toute la semaine

    Sept jours de fête autour du breaking et de la culture urbaine avec de nombreux événements au programme dans la région phocéenne. Du 7 au 13 septembre, La Marseillaise enclenche le mode Breaking Cup avec une 5e édition riche en invités, mais pas seulement.

    En point d’orgue se tiendra une compétition de breakdance dans le cadre majestueux de l’opéra de Marseille. La journée de dimanche sera ainsi consacrée à cette discipline qui aura connu un passage éclair dans le monde olympique (inscrite aux JO de Paris 2024, mais pas à ceux de Los Angeles 2028). Des qualifications auront lieu sur le parvis de l’opéra, le matin, avant une entrée sur la scène principale en début d’après-midi. Un jury international sera présent pour déterminer les vainqueurs de la phase finale.

    Les trois disciplines du breaking seront représentées avec le popping, le breakdance et le hip-hop. Trois catégories, pour les hommes et pour les femmes, donc six gagnants récompensés à l’issue de cette compétition. Le sport ne constitue qu’une facette de l’identité de l’événement, qui va bien au-delà. Tout au long de la semaine, des ateliers et initiations prendront place dans divers lieux de la ville, mais aussi en dehors. La Marseillaise Breaking Cup se lancera ce lundi 7 sur la place du Refuge, en plein cœur du quartier du Panier. Une première animation se tiendra autour du breakdance, sous la houlette du collectif 100% marseillais Original Rockerz et de l’ancien b-boy Mohand Zenasni. En fin d’après-midi, la salle des Rotatives de La Marseillaise accueillera la soirée de lancement, un moment convivial destiné à donner le coup d’envoi de cette édition 2026. Une fin de journée en présence des différents partenaires, avec un point presse au programme et même une démonstration de breakdance par l’association French Keyzz.

    L’événement s’invite

    en dehors de Marseille

    Le 14e arrondissement sera the place to be mardi et mercredi. La Busserine et la Paternelle seront les hôtes de nouveaux ateliers autour du breakdance, évidemment, mais aussi du graffiti et de la pratique de la musique électronique. Par ailleurs, un moment d’échanges autour de l’éducation aux médias est organisé par notre journal. Le même programme est prévu jeudi au Plan d’Aou, dans le 15e, avec la collaboration du centre social Grand Saint-Antoine.

    La Breaking Cup s’exporte également hors de Marseille. La Gavotte-Peyret, à Septèmes-les-Vallons, reçoit également quelques animations, vendredi 11 septembre. Samedi, Port-de-Bouc proposera un programme XXL et d’une grande variété. Pêle-mêle : scène rap, ateliers d’écriture, initiation BMX, projections gratuites de films, prévention addictions, promotion de la paix etc. Un large éventail de choix, tout au long de la journée, puisque le top départ est prévu sur les coups de 10h30.

    Un planning riche, sept jours intenses, afin de célébrer comme il se doit cette 5e année d’existence.

  • La Breaking Cup sur la scène de l’opéra

    La Breaking Cup sur la scène de l’opéra

    Le petit nouveau s’apprête à clore le programme des événements annuels du groupe La Marseillaise. La Breaking Cup revient pour une 5e saison, entre le 7 et le 13 septembre. Une semaine complète d’activités est prévue autour de la culture urbaine avec, en point d’orgue, une compétition de breaking qui se tiendra le dimanche 13, dans un cadre majestueux. Après le Palais du Pharo, celui de la Bourse ou encore l’espace Bargemon, ce tournoi réunira les participants sur le parvis et sur la scène de l’Opéra de Marseille. La Ville ouvre cet écrin d’exception pour l’occasion.

    Le hip-hop entre

    sur la scène de l’opéra

    « Ouvrir l’opéra pour un tel événement, ce n’est pas anodin. Nous voulons porter à Marseille la pratique du sport libre et que celui-ci ait accès à des lieux privilégiés », souffle Yahya Güngörmez, adjoint délégué aux équipements sportifs. Mardi matin, lors de la conférence de presse réalisée dans la salle des Rotatives de La Marseillaise, le programme de la semaine a été détaillé [voir ci-contre]. La place du refuge, au Panier, sera l’hôte de la première journée, puis la Breaking Cup se déplacera dans la ville et au-delà. La Busserine, le 15e arrondissement mais également Septèmes-les-Vallons et Port-de-Bouc seront aussi des terres d’accueil pour cette édition 2026.

    Plusieurs ateliers danse, écriture et graff rythmeront la semaine. Une exposition photo est également prévue « pour mettre en valeur des danseurs hip-hop d’exception ». Cette exposition a été concoctée par le photographe lillois Lamine Jammeh, de son nom d’artiste Lemz.O. Le clou du spectacle sera la journée de dimanche avec la compétition de breaking à l’opéra de Marseille. Pour cela, l’organisation a mis les bouchées doubles en accueillant un jury international composé de neuf personnes, ainsi que 3 disciplines différentes : le popping, le hip-hop et le breakdance.

    Le planning démarrera dès 10h avec des présélections sur le parvis de l’opéra. À partir de 14h30, les 8es de finale débuteront sur la scène principale et les différentes disciplines défileront au fur et à mesure. L’accès sera gratuit pour tous les spectateurs. « Je suis honoré d’être directeur artistique et d’être accueilli à l’opéra, c’est une première pour la culture hip-hop », expliquait Mofak, une nouvelle fois désigné directeur artistique.

    AU PROGRAMME

    7 septembre

    Ateliers sur la place du Refuge (2e arr.), de 16h30 à 19h30, suivis de la soirée de lancement dans la salle des rotatives de La Marseillaise, de 18h30 à 21h.

    8 septembre

    Ateliers sur la plaine des Sports à la Busserine (14e arr), de 16h30 à 19h30.

    9 septembre

    Ateliers à La Paternelle (14e arr.), de 16h30 à 19h30.

    10 septembre

    Ateliers dans le 15e arr. (le lieu n’est pas encore fixé), de 16h30 à 19h30.

    11 septembre

    Ateliers à la Gavotte Peyret à Septèmes-les-Vallons suivi d’un repas partagé et d’un ciné plein air. De 16h30 à 22h30.

    12 septembre

    Ateliers à Cours Landrivon à Port-de-Bouc, suivi d’un repas partagé et d’un ciné en salle. De 10h30 à 18h.

    13 septembre

    De 10h à 19h, finale de La Marseillaise Breaking cup, sur le parvis de l’opéra (1er arrondissement) puis sur la scène de l’opéra pour les derniers danseurs sélectionnés.

    ILS ONT DIT

    Léo Purguette, président et directeur éditorial du groupe La Marseillaise

    « La Marseillaise Breaking Cup fait écho à nos valeurs et se trouve à l’intersection du sport, de la danse et de la culture. C’est un événement gratuit regroupant un public populaire. Nous sommes ravis de l’extension vers les villes de Septèmes-les-Vallons et Port-de-Bouc pour cette nouvelle édition. »

    Maryan Barthélémy, directeur des événements de La Marseillaise

    « La culture breakdance est tirée du mouvement culturel et sportif. C’est une discipline qui propage le goût de l’effort ainsi que la fraternité, une notion chère à notre journal. Cette 5e saison de La Marseillaise Breaking Cup s’annonce remplie de surprises et de nouveautés. Nous remercions la Ville pour la mise à disposition de l’opéra. »

    Yahya Güngörmez, élu de Marseille délégué à la pratique sportive libre

    « Tout d’abord, La Marseillaise est un journal qui m’est cher, c’est le journal de la Résistance et je voulais lui souhaiter un bon anniversaire. C’est important. Le breakdance est un art qui se fait sans club, sans licence, au sein même des quartiers. La discipline s’inscrit pleinement dans les idées de la Ville. »

  • [C’est l’été] Trois jours de création dans l’espace public à La Ciotat

    [C’est l’été] Trois jours de création dans l’espace public à La Ciotat

    Alors on danse. Les rencontres chorégraphiques urbaines de La Ciotat reviennent pour la quatorzième édition, du 21 au 23 août. « Le concept est de créer un spectacle de vingt à trente minutes en seize heures, dans un environnement urbain, et de le jouer dans le lieu choisi », explique Guy Trinchero, danseur et chorégraphe ciotaden à l’origine de cette initiative. La création de la pièce, composée en direct et publiquement, se déroule cette année au Jardin de la ville. Le chorégraphe a fait appel à la compagnie de danse marseillaise Cie Chrysomèle, spécialisée dans la danse en suspension. Les danseuses Sandra Beaubatier et Mariner Romano seront accompagnées par un couple de musiciens ciotaden, Cassandra Felgueiras et David Benzazon.

    La création de ce concept remonte à 2013, à l’occasion de Marseille Provence, Capitale européenne de la culture. « Je souhaitais délocaliser la création des scènes de théâtre. Elles ont tendance à limiter le public. Des personnes de certains milieux sociaux disent qu’ils ne peuvent pas rentrer dans un théâtre parce que ce n’est pas fait pour eux. Or, l’art est né dans la rue », raconte le chorégraphe, formé à l’Opéra et à l’école nationale supérieure de danse de Marseille. D’année en année, cette manifestation culturelle rassemble des personnes de différents milieux sociaux. « Une année, j’ai travaillé sur la place de la médiathèque, qui est entourée de logements sociaux. Les gens étaient ravis, ils étaient au balcon. Ils sont mêmes venus nous descendre de l’eau fraîche et des glaces. Ce concept montre que l’art est unificateur et qu’il est fait pour réunir et dépasser toutes les frontières sociales. C’est très important pour moi de casser cette histoire de lieu privilégié et de ramener l’art où il est né, dans la rue », confie celui qui est aussi fils d’ouvriers et petit-fils d’agriculteurs.

  • Mahn Kloix signe une fresque à Belsunce

    Mahn Kloix signe une fresque à Belsunce

    C’est un quartier très pauvre, l’idée est de dire qu’il n’est pas abandonné. Qu’il y a toujours des gens qui sont là et qui prennent soin les uns des autres. Faire une fresque de 50m2, c’est aussi mettre en lumière ceux qui y restent », explique l’artiste Mahn Kloix. Et de poursuivre « c’est un quartier dominé par la présence des hommes dans la rue. J’ai choisi de faire un portrait d’une jeune fille, et de fait, de remettre une présence féminine dans la rue ».

    « Qu’est-ce que c’est ? », interroge Zina à haute voix. « J’habite là depuis 30 ans, j’aimerais trop déménager. Les habitants sont sympas mais les rues… », poursuit-elle. Sous un soleil de plomb, des jeunes torse nu assis çà et là, sont accrochés à leur téléphone. La fresque est dessinée au trait noir sur la façade de la Soliha, foyer pour jeunes mineurs isolés. « Depuis le meurtre survenu en janvier 2026, mairie, préfecture et associations de quartier se réunissent régulièrement pour travailler. L’idée est d’arriver à se réapproprier l’espace », détaille Christèle Grandpaul, une des responsables du foyer Soliha. Aucun des jeunes du foyer n’a souhaité connaître le motif en amont. Sur le canapé, Mamadou s’interroge : « Le dessin, je sais pas ce que c’est. J’attends de voir fini. Au début, j’ai cru une rénovation. » Tandis qu’Abou s’interroge plutôt sur l’origine du nom de l’artiste. « Quand tu mets une image en grand format dans un espace urbain, c’est assez imposant et impactant visuellement », reconnaît-il. Mais pas que… « À chaque fois, c’est un défi. Sur corde, il y a l’aspect physique engageant. C’est quelque chose de rude, mais qui me plaît. »

    Né au XXe siècle, l’art urbain ou Street art est un art très populaire. « On dit aux gens : non, tu n’es pas obligé d’aller dans une galerie. L’art est devant toi dans ta rue », analyse Mahn Kloix. Poursuivant : « C’est ce que j’aime dans ce mouvement. À l’international, c’est le premier qui vient d’une base populaire et qui s’adresse à tous. Pour moi, c’est une énorme révolution dans le monde de l’art. »

  • [Grand Entretien] Ernest Pignon-ernest : « L’amnésie,c’est la barbarie »

    [Grand Entretien] Ernest Pignon-ernest : « L’amnésie,c’est la barbarie »

    La Marseillaise : Vous avez laissé
    votre trace à Martigues plusieurs fois, notamment dans les années 1980. Quelles images en gardez-vous
     ?

    Ernest Pignon-Ernest : Martigues avait l’image d’une cité culturelle riche et cosmopolite, où se ressentait une dynamique exceptionnelle. C’est par exemple la seule cité où j’avais vu des animateurs culturels scientifiques. J’avais notamment travaillé avec un biologiste qui était originaire de Martigues et nous avions réalisé des sculptures avec des cellules végétales [pour la série Les Arbrorigènes, Ndlr]

    Parmi vos œuvres à Martigues, « Prométhée et la Martégale » vous avait été inspirée par la pétrochimie…

    E.P.-E. : J’avais constaté ce bouleversement, presque anthropologique, amené par l’arrivée de la pétrochimie. On venait ici avec l’image de la Venise provençale en tête, avant de se prendre ces cheminées et l’industrie pétrochimique dans la gueule. Une transformation que j’ai essayé d’exprimer à partir d’un portrait de Martégale du Musée Ziem. J’ai pris cette image comme l’archétype de la Méditerranéenne. À cette époque, on assistait à des relents racistes avec l’élection des premiers élus d’extrême droite dans la région. Il fallait donc que je travaille le portrait de cette femme qui symbolisait la Méditerranée et qui pouvait aussi bien venir d’une rive que de l’autre.

    La rétrospective que le Musée Ziem vous consacre remonte jusqu’à vos premiers dessins sur papier journal
    en Algérie en 1962, lorsque vous avez fait partie du contingent des appelés. Quels souvenirs gardez-vous
    du cessez-le-feu ?

    E.P.-E. : Je n’avais même pas 20 ans quand je suis arrivé en Kabylie. Moi, je suis originaire d’un village de l’arrière-pays de Nice. Enfant, je ramassais des olives et pois chiches sous les oliviers. En Algérie, j’avais donc l’impression que les gens étaient mes frères. J’étais évidemment contre cette guerre que je trouvais monstrueuse. Ma compréhension du monde vient d’ailleurs de la situation dans laquelle je me trouvais là-bas. J’étais persuadé qu’il allait de soi que le peuple algérien obtienne son indépendance.

    C’est cet épisode
    qui a forgé votre engagement antimilitariste
     ?

    E.P.-E. : Dans l’exposition au Musée Ziem, il y aura des images que j’ai collées à Alger et qui sont comme un hommage à Maurice Audin [mathématicien et militant communiste pour l’indépendance de l’Algérie incarcéré et assassiné par l’armée française en 1957]. Pour nous, c’était une référence, au même titre qu’Henri Alleg [auteur du livre La question en 1958]. Ce sont eux qui nous ont révélé que l’armée française pratiquait la torture.

    Le Musée Ziem fera aussi référence
    à vos interventions sur le plateau d’Albion en 1966, inscrites dans
    le mouvement contre l’arrivée de «
     la force de dissuasion nucléaire » dans la région. Que vous évoque le retour et l’affirmation des discours bellicistes ?

    E.P.-E. : A l’aune de tout ce que les gens de ma génération ont pu espérer, je suis consterné.

    Parleriez-vous de désillusion ?

    E.P.-E. : Oui. On assiste à un recul. Et pour revenir sur l’intervention du plateau d’Albion, c’est un tournant dans mon travail. Je suis allée m’installer dans la Vaucluse à l’époque car j’en avais une vision similaire à la Toscane, à cause de René Char et de la poésie. J’avais l’intention de faire de la peinture. Puis, à ce moment, il y a cet appel de René Char contre l’implantation de la force de frappe. Je pense faire des tableaux sur cette violence faite au territoire avec ces millions d’Hiroshima enkystés sous les oliviers. Et peu à peu, je me rends compte que moi, je ne peux pas représenter ça. L’idée s’impose alors qu’il faut intervenir directement sur les lieux au lieu de les figurer, de les stigmatiser. C’est l’histoire et la mémoire des lieux qui me guide.

    La mémoire des lieux mais aussi
    de ceux qui les habitent. Pionnière
    de l’art urbain en France, votre œuvre a entre autres été irriguée par la Commune de Paris ou ce qui touche
    à la condition ouvrière. Pour vous, c’était aussi un moyen de faire perdurer la trace de ceux qui ne possèdent rien mais ont pourtant fait l’histoire de ce pays
     ?

    E.P.-E. : Parfois, on peut se dire qu’on veut faire prendre conscience. Mais j’ai une plus grande humilité. Mes images apparaissent comme des interrogations. Elles font remonter des choses enfouies à la surface mais sont nourries de l’histoire des lieux. Or les villes sont faites de la vie des gens. Quand on intervient dans la ville, on partage de l’histoire, du symbolique. Et puisque vous parlez de l’image de la Commune, sachez que la première fois où je colle de grandes sérigraphies, elles sont entièrement faites avec du papier de La Marseillaise. Je suis allé le chercher à Marseille où on m’a donné des rouleaux des rotatives.

    Beaucoup de vos œuvres convoquent la mémoire comme « Les immigrés » ou « Les expulsés ». Quelles lueurs décelez-vous face à l’internationale réactionnaire qui ne cesse de gagner du terrain, y compris en France ?

    E.P.-E. : La culture, l’éducation, l’information. Le danger pour la démocratie, c’est la main mise sur l’information. Tous les journaux, à part deux ou trois, sont entre les mains de milliardaires. Et le danger, c’est aussi l’oubli. L’amnésie, c’est la barbarie. Au temps de Pinochet, j’ai travaillé avec des artistes chiliens. La vie y était impossible. C’est effrayant de voir que, 30 ans après, les gens revotent pour leurs héritiers. L’absence de mémoire conduit au pire. Moi, je travaille essentiellement sur ça en fait. Dans l’exposition à Ziem, il y aura aussi des images par rapport à Pasolini qui parlait dans ses Écrits corsaires [1973-75] de la force révolutionnaire du passé et de la nécessité d’être nourri par l’histoire.

  • JonOne de retour avec une expo-vente

    JonOne de retour avec une expo-vente

    JonOne a tissé un lien particulier avec la capitale héraultaise. De nombreux Montpelliérains se souviennent de la première très belle exposition qui lui a été consacrée en 2015 au Carré Sainte-Anne. Presque 10 ans plus tard, en juin 2024, l’artiste peintre américain d’origine dominicaine, maître dans l’art du graffiti expressionniste abstrait, a de nouveau posé ses pinceaux à Montpellier pour une nouvelle exposition présentée, cette fois, au musée d’art urbain et contemporain Parcelle473. La même année, JonOne a également parrainé Solid’Art Montpellier, le salon d’art contemporain du Secours populaire.

    « Le peintre de l’énergie et de la lumière »

    À partir du 2 avril, il sera de retour sous la forme inédite d’une expo-vente. Organisée par la galerie Laurent Rigail à Paris en partenariat avec Altémed – l’aménageur public de la Métropole de Montpellier – et le musée montpelliérain Parcelle473, elle sera accueillie dans un lieu éphémère, une ancienne pharmacie* située près de l’église Saint-Roch, en plein cœur de l’Ecusson, qui abrita un temps la librairie En traits libres.

    Une sélection des œuvres de JonOne y sera présentée et proposée à la vente : « une sérigraphie d’assez grand format, des œuvres sur papier, quelques petites toiles petit format, jusqu’à des toiles plus importantes », liste Laurent Rigail, responsable de la galerie organisatrice. « JonOne est le peintre de l’énergie et de la lumière. C’est également le maître de la couleur. Parmi ses influences, on peut citer la peinture de Jackson Pollock et des grands expressionnistes. C’est aussi un passionné de l’abstraction lyrique des années 50-60. Toutes ces influences se retrouvent dans son travail », décrit le galeriste. L’artiste sera présent jeudi 2 avril pour le vernissage, ouvert au public (à partir de 18h30). Il proposera également une séance de dédicaces samedi 4 avril, de 14h à 17h.

    De son côté le musée Parcelle473, engagé dans une démarche d’éducation artistique et d’accessibilité à l’art contemporain, organisera sur place des ateliers créatifs pour les enfants (à partir de 5 ans) tous les mercredis et samedis pendant la durée de l’exposition (2 avril-2 mai). « Une façon d’éveiller la créativité des plus jeunes et de les initier à l’univers coloré et expressif de JonOne », explique Laurent Rigail.

    * 1 rue Voltaire

  • 18 artistes invitent à une « immersion urbaine »

    18 artistes invitent à une « immersion urbaine »

    Après avoir fait découvrir les univers de street artistes de renommée internationale comme JonOne, Andrea Ravo Mattoni, M. Chat ou encore Miss Tic, Parcelles 473 s’apprête à accueillir, cette fois, une exposition collective qui réunira 18 artistes pour un voyage artistique inédit autour du recyclage et de la transformation des matériaux urbains. « Chacun aura un espace dédié à l’intérieur ou à l’extérieur du musée pour créer des œuvres qui lui sont propres. Une œuvre en commun sera également réalisée », explique la responsable médiation du lieu, Mary Laleu.

    Plusieurs phases rythmeront ce projet inédit baptisé « Immersion urbaine », à la fois immersif et évolutif. Du 15 au 30 octobre, les visiteurs pourront découvrir les artistes en plein travail, plonger dans les coulisses de la création. « Notre but est de rendre l’art accessible à tous et de créer un pont entre les artistes et les visiteurs. Le street art est un des arts qui s’y prêtent le plus », insiste Mary Laleu. Puis, à partir du 30 octobre à 18h (vernissage) et jusqu’au 1er mars 2026, le public pourra découvrir l’exposition, laquelle sera amenée à évoluer au fil du temps.

    Exposition en mouvement

    « Nous allons programmer des permanences le week-end avec les artistes pour qu’ils puissent poursuivre leur travail créatif. L’exposition ne sera donc pas la même en octobre qu’en décembre ou février. Elle sera toujours en mouvement  », explique Laurent Rigail, le fondateur du musée. « Ce sera un parcours à travers des installations complètement différentes mais avec un fil conducteur : le recyclage ».

    Pour rendre possible cette expérience, le musée met à disposition des artistes une collection de matériaux et objets récupérés : « Décors de théâtre, façades, murs, cabines téléphoniques, morceaux de voitures, pneus, valises, panneaux de signalisation… Autant de fragments de la ville qui serviront de base à des créations inédites, entre sculpture, installation, peinture et détournement ».

    Majoritairement montpelliérains, ces artistes mettront en lumière la diversité et la richesse de la scène street art locale. Certains se sont déjà fait un nom, d’autres pas encore. « On va avoir pas mal d’artistes émergents, dont quelques-uns, comme Bénédicte Voglio, dont c’est la première exposition. L’idée étant à la fois de perpétuer le travail de certains et d’offrir un tremplin à d’autres  », souligne Mary Laleu. À noter que les œuvres créées pour l’occasion ou réalisées sur place pourront être acquises tout au long de l’événement. Des animations seront également proposées, avec la complicité de certains artistes, autour du thème du recyclage et de la récupération.

    * 425 avenue des Frères Bühler