Son auteur est un général – ou plutôt « le » général – qui, en l’espace de quelques jours, parvient à placer l’ouvrage chez un petit éditeur et frôle le cap des 700 000 exemplaires vendus, générant pour lui, en tant qu’auteur, des revenus supérieurs à 800 000 euros.
Mais que contient ce texte devenu l’Évangile de tant d’Italiens ? Il mondo al contrario (Le monde à l’envers) de Roberto Vannacci se veut l’éloge d’un certain bon sens populaire à travers l’analyse de plusieurs thèmes. L’ouvrage commence par contester les mouvements progressistes, féministes et de défense des minorités, que le général accuse d’imposer une pensée unique au mépris de la majorité. Viennent ensuite la réaffirmation de l’identité italienne – avec un refus catégorique de l’immigration et du multiculturalisme – et la défense de la famille traditionnelle : il y attaque la normalisation des modèles non traditionnels, qualifiant les homosexuels d’« anormaux ». Enfin, il aborde la question de la sécurité, prônant une justice plus sévère et le renforcement du droit à la légitime défense.
Fort de ce succès, le général publie un second livre, autobiographique cette fois, où il se dépeint comme un homme d’une droiture absolue et exalte la valeur d’une discipline de fer, tout en relatant ses missions.
Comme on pouvait s’y attendre, il se lance en politique sous les couleurs de la Ligue de Matteo Salvini. Il est élu député européen en tant qu’indépendant. Parallèlement, il élargit son champ d’intervention à d’autres sujets, notamment le handicap. Il propose ainsi de créer des classes séparées pour les élèves en situation de handicap, accusés de ralentir l’apprentissage des élèves « sains ».
Une déclaration qui a suscité l’indignation non seulement des associations œuvrant dans le domaine du handicap, mais aussi de la Conférence épiscopale italienne et du Vatican. Mais le général poursuit sur sa lancée ; mieux encore, Matteo Salvini le nomme secrétaire adjoint de la Ligue. Toutefois, « Roberto le Grand » ne s’en contente pas. Il lâche Salvini en février 2026 pour fonder son propre parti : Futuro Nazionale. Il se dote d’un manifeste programmatique dans lequel il s’en prend aux mouvements progressistes, à l’idéologie du genre et aux droits LGBTQ+, tout en réclamant des restrictions concernant la présence de certains sujets dans les médias et à la télévision publique. Et bien entendu, cela va sans dire, il prône l’expulsion de tous les immigrés qui ne s’assimilent pas à l’identité italienne.
Une épine dans le pied pour Giorgia Meloni et son entourage. Car Vannacci ne fait qu’exposer les principes fondamentaux de Fratelli d’Italia tels qu’ils sont réellement, sans le vernis démocratique que Meloni tente de leur donner. On imagine aisément la colère de Salvini et de la coalition, malgré le silence de Meloni.
Mais qui est Vannacci ? Walter Di Munzio, psychiatre et journaliste, tente de l’expliquer dans un article publié par L’Ora della sera : « Les informations concernant Vannacci sont étranges, à commencer par celles de Wikipédia. Alors qu’il était encore inconnu, sa biographie a été modifiée avec une précision chirurgicale, dans le but de créer un récit viral. L’auteur de ces modifications est un certain Hockler73, qui ne dispose d’aucune page de discussion active : il apparaît, modifie le contenu et disparaît. En l’espace de 24 heures, on a enregistré quelque 100 000 recherches Google et une véritable ruée sur le livre. Une trajectoire aussi parfaite ne peut être que l’œuvre d’une organisation puissante. »
Selon les derniers sondages, le général est d’ores et déjà crédité de 8% des intentions de vote, s’imposant ainsi comme la quatrième force politique nationale. Pauvre Italie !
Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome

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