Ce qui était anormal aujourd’hui, c’est que les personnes chargées de la liquidation ont refusé de se conformer à ce qui a été demandé et nous mettent dans une situation à rebours où je suis obligé de taper du poing sur la table pour exiger quelque chose d’une banalité absolue » a justifié Jacques Witkowski en marge de la visite ministérielle de Jean-Didier Berger. « J’ai pris cette mesure pour défendre santé humaine et l’environnement ».
La société Realtec missionnée par les administrateurs judiciaires pour procéder à la mise en sécurité du site Seveso sera-t-elle capable de réaliser la mise en sécurité du site ? « Cette décision de justice s’applique par elle-même et j’ai demandé une astreinte de 50 000 euros par jour pour non mise en œuvre des mesures demandées par les services experts », a-t-il précisé. Fort de la sanction financière, le préfet semblait ce 11 septembre plus confiant que les ingénieurs experts la veille devant tribunal administratif de Marseille.
Si Jacques Witkowski convenait d’un risque : « il est impératif que le site soit sécurisé. Nous avons eu une intrusion. Et il faut vérifier que les effluents soient traités pour ne pas avoir de rejets extérieurs », il rassurait quant à une pollution du Rhône : « avec toute la littérature dont je dispose sur cette question, à ma connaissance il n’y en a pas eu ». Or, lors de l’audience au tribunal administratif où Realtec contestait l’arrêté préfectoral de réquisition, Romain Delmon, secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône avait indiqué : « à la sortie de l’usine vers le Rhône, les sondes de conductibilité enregistrent des mesures en hausse depuis l’arrêt ». Les mesures de conductivité servent de base au calcul du degré de pollution des sites industriels. Il confirmait ce que le délégué CGT du site avait annoncé après avoir eu connaissance des courbes : « Nous rejetons 2 m3 par heure d’eau chargée en conductivité ». L’UD CGT 13 demande « une analyse pour déterminer de quels produits chimiques il s’agit ».
De même, Dan Meller, chef du service prévention des risques à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Paca, qui remerciait « les salariés de Fibre Excellence qui ont répondu à toutes nos questions », s’est montré explicite : « sur le site il va y avoir des opérations de vidange plus complexes les unes que les autres. Il y a d’ailleurs déjà eu un déversement ». Avec guère plus d’assurance sur le process proposé par Realtec : « On nous dit qu’il y a une fosse à la sortie de l’usine mais ses volumes sont largement insuffisants pour recevoir des milliers de m3 de produits divers ».
Le préfet appuie sur l’accélérateur : « si on suit une méthode fiable, nous aurons très rapidement un site inerté. Il reste à évacuer un certain nombre de matériaux dangereux. Dont 17 000 tonnes de bois ». Mais dès que le site sera dépollué, les offres pourront pleuvoir : « nous travaillons avec la région sur la reprise du site par un opérateur industriel ».
Quant à la réquisition, bien que la demande en annulation de Realtec a été rejetée par le juge des référés liberté, elle n’est plus à l’ordre du jour : « à date, je n’ai pas information que cela nécessiterait une intervention tierce, a-t-il indiqué, nous avions proposé une solution à l’époque mais le liquidateur a préféré une autre solution ». La question sociale est rapidement évacuée : « Tous les salariés de Fibre Excellence Provence ont reçu leur licenciement et ils sont en cours de percevoir leurs indemnités. Nous avons mis en place un dispositif avec France travail ». Un traitement d’une « banalité absolue » pour un site Seveso dont la fin d’activité compromet près de 5 000 emplois dans la filière.

Leave a Reply