Charlie-Camille Flores, directeur de la bibliothèque de l’Alcazar

Au risque de lasser, on mentionnera les rapides changements de braquet de ce jeune homme qui a vécu son adolescence dans un centre pénitentiaire dont son père était un officier. Il a travaillé à Toulon où il maraudait fréquemment avec la Fondation Agir contre l’exclusion (Face). Son premier poste de directeur de la Lecture publique l’envoya à Digne.

Dis-moi les livres que tu aimes, je comprendrai qui tu es. Pour mieux saisir les engagements et les curiosités de ce citoyen du XXIe siècle, son tropisme du côté de l’Asie et de la Chine dont il continue d’apprendre la langue et l’écriture, on citera dans le pêle-mêle de ses auteurs préférés Kafka, Le Clezio, Ivo Andric, Haruki Murakami, Sei Shonagon, Michel Foucault et Luc Boltanski. Brassens reste son auteur-compositeur préféré. Quand il fait retour pendant ses fins de semaine à Digne, il retrouve les pensées de deux écrivaines de cet endroit, l’avant-gardiste Nathalie Quintane et la voyageuse Alexandra David-Néel.

Un métier de contraintes et d’avancées

Charlie-Camille Flores ne rédigera jamais la thèse de sociologie qu’il avait vaguement rêvée pendant ses études à Strasbourg, une ville qu’il aime parce qu’il rencontrait chez ses bouquinistes de quoi attiser ses appétits de lecteur. Les piles de livres qui s’accumulent sur son bureau de l’Alcazar l’attestent, sa passion pour le support papier ne s’attiédit pas. Le choix qu’il a fait d’une carrière dans les bibliothèques se situe au croisement de plusieurs options : axés sur les services publics, ce sont des lieux où toutes les strates d’une société se croisent, des espaces qui favorisent frictions et remises en question. Digne-les-Bains fut un champ d’expériences bien différent de la BMVR de l’Alcazar qui depuis son premier constructeur-directeur François Larbre, a connu toutes sortes de réussites et de mésaventures. En 2024, dans les Alpes-de-Haute-Provence, il fallait consolider les réseaux de l’intercommunalité Provence-Alpes Agglo, redéfinir le chantier d’un centre culturel en fonction de la diversité de ses usagers et du voisinage d’une bibliothèque, susciter une exposition de photographies autogérée par des demandeurs d’asile, obtenir les validations des élus politiques. À Marseille aussi, Charlie-Camille Flores ne brûle pas les étapes, préfère affiner les rouages de son établissement, les grands événements ne figurent pas dans sa stratégie.

L’ouverture tellement souhaitable en soirée ou bien le dimanche de l’Alcazar n’est certes pas encore à l’ordre du jour. Du côté des effectifs du personnel, les progrès sont ténus. Les recrutements récents d’Anne-Sophie Lambert, responsable des Fonds patrimoniaux pour l’heure trop mal connus et peu visibles aux yeux du grand public, et de Marie-Noëlle Perrine à la tête du Département enfance et jeunesse, sont de bon augure. En contrepoint du fourmillement des ateliers, rencontres, débats ou projections de films (plus de 500 chaque année) on apprécie la récente rénovation des espaces Enfance et jeunesse : sans moyens nouveaux ni verticalité, l’équipe de ce département a fait preuve de rigueur et de créativité.

Des projets qui auront besoin de solides financements se dessinent, par exemple, le développement principalement à propos du bassin méditerranéen d’achats de livres en « langues étrangères », une exposition autour des Cahiers du Sud. Des liens renouvelés, des synergies ont développé la programmation avec le CIPM (conférences d’Yves Di Manno et de Marielle Macé) l’Atlas des traducteurs d’Arles, le Festival Allez Savoir de l’Ehess, le musée Cantini, les Philosophes publics, Coudes à Coudes, le Comité du Vieux Marseille (hommage à Henri-Frédéric Blanc) La Marelle (rencontre avec Camille de Toledo et Kourkov), l’Association des Usagers de l’Alcazar de José Rose, les ateliers de parler marseillais de Médéric Gasquet-Cyrus et les colloques d’histoire de l’art de Jean-Noël Bret.

Du côté des fonds de littérature contemporaine, on se réjouit de l’achat de la correspondance d’un ami de Pagnol, Marcel Gras et des donations effectuées autour de Claude Mc Kay, Jean de Maisonseul et Sébastien Japrisot. On saluera aussi une volonté d’accueil et de dialogue vis-à-vis des SDF qui dorment sous les arcades de l’Alcazar ainsi qu’un convivial couscous offert en soirée, le 1er septembre à 70 habitants de Belsunce. Dans ce registre, on retrouve l’inspiration de Livr’Exil dont Charlie-Camille Flores est l’un des animateurs, une association qui forme des migrants aux métiers d’un bibliothécaire français.

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