Tag: bibliothèques

  • La colère couve dans les bibliothèques marseillaises

    La colère couve dans les bibliothèques marseillaises

    Après plusieurs journées de grève entamées le 12 septembre, le collectif CGT du pôle Lecture publique continue de rester dans l’action, ce samedi. Une mobilisation particulière puisqu’aucun piquet n’est prévu devant l’Alcazar en raison des manifestations annoncées. Comme le week-end dernier.

    Ce jour-là, plusieurs bibliothèques avaient même fermé leurs portes sur décision de la direction ravivant la colère : les agents et de nombreux vacataires mobilisés sur les vacances auraient été contraints de poser un jour de congé pour compenser la fermeture. Une décision « inadmissible » pour les représentants du personnel qui réclament l’octroi d’une autorisation spéciale d’absence pour circonstances exceptionnelles.

    Depuis des semaines, le collectif rappelle la faiblesse, la vétusté et la pauvreté de l’offre de lecture publique sur la deuxième ville de France. Une lourd héritage des décennies Jean-Claude Gaudin que le Printemps marseillais peine à redynamiser après six ans de gestion. La colère des bibliothécaires se crispe notamment sur la question des effectifs.

    Selon le collectif, le nombre d’agents est passé de 294 équivalents temps plein en 2016 à environ 204, malgré l’ouverture de la médiathèque Salim-Hatubou (15e) en 2021. Conséquences pour les usagers : horaires réduits, fermetures ponctuelles. En coulisse, la CGT pointe une fuite des agents liée aux conditions de travail et « l’absence de perspective ».

    La dégradation générale du service public s’accélère. D’autant que, pointe encore la CGT, les moyens alloués sont à la baisse. Le budget du Pôle Lecture publique a baissé de 35% depuis 2024 selon le syndicat qui évoque « 700 000 euros perdus depuis 2023 », dont 160 000 sur les acquisitions et 100 000 sur la programmation.

    Face l’absence de réponses et d’actions concrètes, le collectif réaffirme ses revendications : le recrutement de 50 agents qualifiés, la construction annoncée par le Printemps marseillais de sept bibliothèques, le déplacement de celles du Panier et des Cinq-Avenues, le lancement des travaux voté sur la précédente mandature au Merlan et à Saint-André, le rétablissement des budgets amputés et la mise en œuvre d’un plan de formation ambitieux.

  • À Avignon, l’opposition veut transformer la Maison de la tranquillité en poste de police

    À Avignon, l’opposition veut transformer la Maison de la tranquillité en poste de police

    En plein milieu de la rue de la République, les portes de la maison de la tranquillité publique n’auront pas été ouvertes longtemps. Lancée en juillet 2025 pour « lutter contre les incivilités », elle a été fermée par la nouvelle municipalité en ce début d’été 2026.

    Une fermeture que regrette l’élu municipal d’opposition Fabrice Tocabens (PS). Dans un communiqué de presse, il propose au maire « de faire le seul choix sensé en rouvrant au public cette structure et en la transformant en poste de police municipale », et ce, « pour mieux assurer la présence de nos forces de sécurité en cœur de ville ».

    Tandis que le credo du premier édile, Olivier Galzi, est plutôt de « remettre les agents de la police municipale sur le terrain ». Concernant le local de la rue de la République, fin août, il s’étranglait devant le coût de location : « Elle coûte 8 000 euros par mois de loyer alors qu’on a des locaux vacants qu’on est en train de laisser mourir. Or, on a un bail de 10 ans, soit presque un total d’un million d’euros. C’est d’un niveau de non-gestion et d’irresponsabilité totale. À quel moment, vous et moi, vous allez prendre un appartement ou un local et vous allez accepter qu’on vous dise, même si vous le quittez dans un an, pendant 10 ans, vous le paierez ? »

    Logique de proximité

    Une fermeture qui s’inscrit dans un contexte global de fermetures de points d’accueil des services publics à Avignon. Ce que dénonce également Fabrice Tocabens, qui était adjoint au maire en charge des mobilités sous Cécile Helle. « Il s’agit bien d’une volonté déterminée de M. Galzi de réduire les services publics dus aux habitants. C’est un choix catastrophique qui porte atteinte aux intérêts des habitants les plus fragiles, en particulier les personnes âgées », pointe-t-il. Avant d’estimer que cette « stratégie » doit « absolument s’interrompre », en demandant à « revenir à une logique de proximité et d’écoute ».

    Outre la maison de la tranquillité publique, il y a aussi la fermeture de l’épicerie étudiante l’Agoraé, de la mairie de quartier centre ou encore de la maison des Îles de la Barthelasse. Est aussi annoncée la fermeture de postes de police municipale. Tandis que les bibliothèques et les musées ont vu leurs horaires d’ouverture fortement se réduire, le tout sur fond d’économies.

  • Marseille : la Pop Philo tourne aux Rotatives

    Marseille : la Pop Philo tourne aux Rotatives

    Ce jeudi à 17h, rendez-vous aux Rotatives du journal La Marseillaise, Cours d’Estienne d’Orves, avec trois courtes conférences suivies d’une conversation. Ce plateau analysera le « tournant libidinal du capitalisme » avec les philosophes François L’Yvonnet et Françoise Gaillard et le journaliste Samuel Lacroix. Suite au Makeda (5e) à 20h pour voir Éros débarquer sur Mars. Une soirée en compagnie de quatre chercheuses : jouissance et ré-jouissances avec Laélia Véron, Myriam Bahaffou, Juliette Roguet et Raísa Inocêncio.

  • À Avignon, les nouveaux horaires de la bibliothèque Pierre-Boule ne font pas l’unanimité

    À Avignon, les nouveaux horaires de la bibliothèque Pierre-Boule ne font pas l’unanimité

    Peu de personnes ont bravé la pluie, ce mardi 20 octobre à 9 heures, pour la réouverture de la bibliothèque Pierre-Boulle, dans le quartier Reine-Jeanne à Avignon, après plusieurs mois de fermeture.

    L’équipement va désormais rouvrir un jour et demi par semaine, à savoir le mardi matin de 9h à midi et le mercredi de 10h à midi, puis de 13h à 18h. « Une bonne chose car ça manquait d’un lieu comme ça cet été », confie sur place Mathieu, étudiant en droit.

    Les horaires ne sont cependant pas forcément au goût de tout le monde. C’est le cas de Sanaa Tahiri, habitante du quartier, qui avait lancé une pétition pour une réouverture du lieu : « On ne se réjouit pas pour autant car ce n’est même pas la moitié de ce que l’on avait. » Elle explique le manque de fréquentation lors de cette réouverture par la météo, mais aussi par les horaires : « C’est les vacances, les enfants ne se réveillent pas à 8h pour aller à la bibliothèque. Et pendant le reste de l’année, ils auront école donc ils ne pourront pas y aller. »

    Sanaa Tahiri s’interroge également sur le choix de fermer cette bibliothèqueplutôt qu’une autre. « Cela bloque l’accès à la culture dans un quartier prioritaire de la ville. Fermer cette bibliothèque et pas les autres, on ne l’a pas digéré. Cet été, c’était très compliqué d’aller dans une autre bibliothèque, comme au Puzzle ou Renaud Barrault, en pleine canicule. Les économies ne doivent pas être faites au détriment de nos enfants », poursuit-elle. Des ateliers ont été annulés. Avec d’autres habitants du quartier, Sanaa Tahiri plaide pour un retour aux horaires précédents qui allaient au-delà de 16h30 : « Beaucoup de mamans disent qu’elles amenaient leurs enfants à la sortie de l’école pour faire leurs devoirs et rentrer à la maison après. C’est l’après-midi que commencent les activités ».

    Stable et durable

    Dans un communiqué diffusé il y a une douzaine de jours, la municipalité d’Avignon rappelait que la fermeture était due à des postes qui n’étaient plus pourvus et que le fonctionnement était possible « grâce à la mobilisation constante des agents des autres bibliothèques municipales ». Et que face à la situation, « la Ville fait le choix de privilégier une organisation pérenne du service public plutôt que de multiplier les fermetures ponctuelles et imprévisibles ». Une démarche pour « permettre de concilier les attentes des habitants, les moyens humains disponibles et la continuité de l’offre culturelle dans tous les quartiers ». La municipalité assurait avoir comme objectif de « retrouver rapidement, pour Pierre-Boulle comme pour l’ensemble du réseau, des conditions d’ouverture durables, adaptées aux besoins des Avignonnaises et des Avignonnais ».

    Corinne Moulin, conseillère municipale déléguée aux bibliothèques, assure de son côté partager « l’attachement des habitants à cette bibliothèque de proximité ».

  • Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    À la caisse du supermarché, les maires ne peuvent pas faire baisser l’addition. Mais sur celle de la cantine, du bus ou de la médiathèque, ils peuvent agir. Face à la vie chère et à l’austérité, les collectivités tentent d’alléger les dépenses contraintes. Une autre manière de défendre le pouvoir d’achat, sans avoir la main sur les salaires.

    À Montpellier, Michaël Delafosse a baptisé cette politique « bouclier social ». Depuis décembre 2023, tramways et bus sont gratuits pour les habitants de la métropole, munis du Pass gratuité. Une frontière tarifaire demeure : les non-résidents continuent de payer. Côté alimentation, à la cantine, les repas coûtent 50 centimes pour certaines familles en grande précarité. Plus original : une Caisse alimentaire commune, soutenue par les pouvoirs publics, réunit 600 foyers qui cotisent selon leurs moyens et reçoivent chaque mois de 100 à 220 euros en monnaie alimentaire à dépenser dans des commerces conventionnés. Le CCAS propose aussi des paniers de légumes à 3 ou 5 euros. Enfin, dans 14 communes, les 15 premiers mètres cubes d’eau sont gratuits pour les abonnés disposant d’un compteur individuel. S’y ajoutent une mutuelle communale et, pour les locataires montpelliérains, l’encadrement des loyers. L’enjeu est de rendre ces dispositifs accessibles sans multiplier les démarches pour les familles.

    À Nîmes, la nouvelle majorité de Vincent Bouget a avancé ses premières mesures dès la rentrée, et a distribué des kits de fournitures scolaires aux élèves du CP au CM2, avec une dotation portée à 60 euros par enfant. Depuis le 1er septembre, les bibliothèques sont gratuites pour tous : près de 1 000 inscriptions ont été enregistrées à la mi-septembre, trois fois plus qu’un an auparavant à la même période. La Ville a également consacré 100 000 euros aux vacances de plus de 1 000 jeunes. Une mutuelle municipale reste à l’étude et un centre de santé est annoncé au Mas de Mingue en 2027.

    Le prix de la gratuité

    Les Départements disposent aussi de leviers. Le Gard plafonne à 3,50 euros le repas dans ses collèges publics. Dans l’Hérault, les aides permettent à certaines familles de payer un euro ; le Département soutient également deux épiceries solidaires itinérantes et met en avant la distribution de 16 tonnes de produits frais et la transformation d’invendus en 20 000 bocaux. La Région revendique, elle, 74 millions d’euros pour la rentrée des lycéens : ordinateurs, manuels, premiers équipements et transports scolaires gratuits pour les ayants droit. Carole Delga assure vouloir « protéger plutôt que de laisser faire ».

    Reste la question de la facture. À Montpellier, la Métropole a relevé en 2026 son taux de taxe foncière sur le bâti de 0,16% à 5,8%. « L’impôt n’est jamais agréable, mais c’est ce qui finance le commun et la qualité de vie », défend Michaël Delafosse. Des choix de redistribution, donc, mais des boucliers inégaux selon les territoires et les publics. Et aucun tarif social, aussi utile soit-il, ne remplace une hausse des salaires ou des pensions.

  • Maurras passe finalement à l’as de la Semaine provençale d’Avignon

    Maurras passe finalement à l’as de la Semaine provençale d’Avignon

    La polémique était trop forte. L’association organisatrice de la Semaine provençale a décidé, mardi, de déprogrammer la lecture d’un texte de Charles Maurras, initialement prévue ce vendredi à la bibliothèque Ceccano. Une décision directement prise à la demande du maire Olivier Galzi (DVD) qui s’est dit « favorable au retrait » de l’auteur, « compte tenu de son profil ». « L’évocation de son seul nom a suscité tant de remous qu’on préfère avoir une conférence sereine », précise Bernard Deschamps, secrétaire de l’Oustau de la culturo provençalo, à Vaucluse Matin.

    Depuis plus d’une semaine, plusieurs associations (LDH, Libre pensée) ou partis politiques de gauche étaient montés au créneau pour s’opposer à cette séquence, en rappelant le parcours antisémite, nationaliste et xénophobe de l’auteur qui a fondé l’Action française. Une pétition soutenue par des universitaires avait aussi été lancée.

    Il y a une semaine, la Ville avait plaidé pour « une contextualisation claire et indispensable de cette lecture ». Précisons que la conférence incriminée n’est pas annulée en soi. Baptisée « Ils ont aussi écrit en provençal, le saviez-vous ? », elle est maintenue ce vendredi (14h), mais sans lecture de Maurras, donc. « On s’en félicite, la voix de la raison a été entendue », réagit Fabienne Haloui, présidente de la section Avignon-Carpentras-Orange de la Ligue des droits de l’homme. Ce qui n’empêche pas l’association, aux côtés du Mrap, de la CGT spectacle et d’Avignon collectif, de maintenir vendredi (19h, place Pie) une célébration populaire alternative pour rappeler qui était Maurras et lire des textes de poètes provençaux progressistes.

  • Un auteur nationaliste pour la Semaine provençale d’Avignon

    Un auteur nationaliste pour la Semaine provençale d’Avignon

    La lecture d’un texte de Charles Maurras, auteur d’extrême droite nationaliste, xénophobe et antisémite du XXe siècle, lors d’une conférence organisée ce vendredi 2 octobre à la bibliothèque municipale Ceccano d’Avignon, en collaboration avec l’association l’Oustau de la Culturo Prouvençalo d’Avignoun, interroge.

    Un nom que la librairie avignonnaise Youpi n’a pas manqué de noter. « Il nous paraît opportun de rappeler que Charles Maurras, antisémite antidreyfusard et xénophobe notoire, est à l’origine du mouvement politique français d’extrême droite nationaliste et royaliste qu’est l’action française », rappelle-t-elle dans un mail adressé à la direction des bibliothèques. Et insiste que « l’étude de ses écrits, dont certains sont certes rédigés en provençal, mérite sans doute un petit peu de précautions dans le cadre d’un événement grand public dans un établissement municipal ».

    Contactée, la municipalité affirme qu’elle « n’a pas vocation à censurer les œuvres ni les auteurs présentés dans le cadre d’une programmation culturelle ». Mais que « compte tenu de la nature » des positions de Charles Maurras, « une contextualisation claire de cette lecture nous paraît en revanche indispensable ». Et que l’association en charge de la programmation « indique elle-même vouloir garantir le pluralisme des œuvres présentées et s’est engagée à contextualiser l’œuvre auprès du public présent ».

    Vive réaction chez la section locale de la France insoumise qui estime que « présenter Maurras par sa seule prose provençale, sans contextualiser ce qu’il fut politiquement, ce n’est pas faire œuvre de pluralisme ».

  • Les bibliothécaires exigent plus de moyens à Marseille

    Les bibliothécaires exigent plus de moyens à Marseille

    Ce samedi, pas d’ouverture pour les bibliothèques d’Alcazar (1er), Salim-Hatubou (15e), Merlan (14e), la Grognarde (11e) le Panier (2e) et Cinq Avenues (4e).À l’appel du collectif CGT bibliothèques, de nombreux agents se sont mis en grève pour dénoncer la baisse de budget, réclamer de nouvelles embauches et la rénovation du bâti. « Depuis le mois d’août, on ne peut plus rien acheter [pour les collections des bibliothèques] », se désole Christiane* syndiquée à la CGT. Devant l’Alcazar, ils sont une trentaine à exiger plus de moyens pour le réseau des bibliothèques de Marseille. « Sans nouveaux documents, moins de nouveautés, moins de choix, moins de diversité », précise le tract distribué à tous les badauds. Une baisse de budget que reconnait à demi-mot Gwénaël Richerolle, adjoint au maire (les Ecologistes) en charge des équipements culturels. « Il y a eu des arbitrages au niveau du budget culturel mais nous allons veiller, sur le budget 2027, à financer les acquisitions d’ouvrages et la programmation », affirme l’élu.

    Une crainte des agents qui s’étend aux embauches. Louis*, employé à l’Alcazar s’inquiète du manque de recrutement et du non-remplacement des départs à la retraite. « Car si on veut vraiment étendre les horaires, il va falloir plus de personnel ». L’élu en charge des bibliothèques affirme cependant qu’il y aura des recrutements pour la nouvelle bibliothèque Loubon et que pour celles existantes, «il faudra faire quartier par quartier pour connaitre les besoins spécifiques».

    L’état du bâti des bibliothèques inquiète aussi après un été compliqué : panne d’ascenseur à Cinq Avenue, problème de climatiseurs au Merlan et à Bonneveine ou encore insalubrité à Salim-Hatubou. Sur ce point, Gwénaël Richerolle affirme que des rénovations sont prévues pour le Merlan et qu’une « étude est en cours » sans pour autant donner de date précise. Des réponses municipales déjà entendues par les syndicats lors d’une réunion avec l’élu la semaine dernière, mais qui n’ont pas convaincu. Le collectif CGT bibliothèques appelle à une nouvelle grève, samedi 19 septembre.

  • Charlie-Camille Flores, directeur de la bibliothèque de l’Alcazar

    Charlie-Camille Flores, directeur de la bibliothèque de l’Alcazar

    Au risque de lasser, on mentionnera les rapides changements de braquet de ce jeune homme qui a vécu son adolescence dans un centre pénitentiaire dont son père était un officier. Il a travaillé à Toulon où il maraudait fréquemment avec la Fondation Agir contre l’exclusion (Face). Son premier poste de directeur de la Lecture publique l’envoya à Digne.

    Dis-moi les livres que tu aimes, je comprendrai qui tu es. Pour mieux saisir les engagements et les curiosités de ce citoyen du XXIe siècle, son tropisme du côté de l’Asie et de la Chine dont il continue d’apprendre la langue et l’écriture, on citera dans le pêle-mêle de ses auteurs préférés Kafka, Le Clezio, Ivo Andric, Haruki Murakami, Sei Shonagon, Michel Foucault et Luc Boltanski. Brassens reste son auteur-compositeur préféré. Quand il fait retour pendant ses fins de semaine à Digne, il retrouve les pensées de deux écrivaines de cet endroit, l’avant-gardiste Nathalie Quintane et la voyageuse Alexandra David-Néel.

    Un métier de contraintes et d’avancées

    Charlie-Camille Flores ne rédigera jamais la thèse de sociologie qu’il avait vaguement rêvée pendant ses études à Strasbourg, une ville qu’il aime parce qu’il rencontrait chez ses bouquinistes de quoi attiser ses appétits de lecteur. Les piles de livres qui s’accumulent sur son bureau de l’Alcazar l’attestent, sa passion pour le support papier ne s’attiédit pas. Le choix qu’il a fait d’une carrière dans les bibliothèques se situe au croisement de plusieurs options : axés sur les services publics, ce sont des lieux où toutes les strates d’une société se croisent, des espaces qui favorisent frictions et remises en question. Digne-les-Bains fut un champ d’expériences bien différent de la BMVR de l’Alcazar qui depuis son premier constructeur-directeur François Larbre, a connu toutes sortes de réussites et de mésaventures. En 2024, dans les Alpes-de-Haute-Provence, il fallait consolider les réseaux de l’intercommunalité Provence-Alpes Agglo, redéfinir le chantier d’un centre culturel en fonction de la diversité de ses usagers et du voisinage d’une bibliothèque, susciter une exposition de photographies autogérée par des demandeurs d’asile, obtenir les validations des élus politiques. À Marseille aussi, Charlie-Camille Flores ne brûle pas les étapes, préfère affiner les rouages de son établissement, les grands événements ne figurent pas dans sa stratégie.

    L’ouverture tellement souhaitable en soirée ou bien le dimanche de l’Alcazar n’est certes pas encore à l’ordre du jour. Du côté des effectifs du personnel, les progrès sont ténus. Les recrutements récents d’Anne-Sophie Lambert, responsable des Fonds patrimoniaux pour l’heure trop mal connus et peu visibles aux yeux du grand public, et de Marie-Noëlle Perrine à la tête du Département enfance et jeunesse, sont de bon augure. En contrepoint du fourmillement des ateliers, rencontres, débats ou projections de films (plus de 500 chaque année) on apprécie la récente rénovation des espaces Enfance et jeunesse : sans moyens nouveaux ni verticalité, l’équipe de ce département a fait preuve de rigueur et de créativité.

    Des projets qui auront besoin de solides financements se dessinent, par exemple, le développement principalement à propos du bassin méditerranéen d’achats de livres en « langues étrangères », une exposition autour des Cahiers du Sud. Des liens renouvelés, des synergies ont développé la programmation avec le CIPM (conférences d’Yves Di Manno et de Marielle Macé) l’Atlas des traducteurs d’Arles, le Festival Allez Savoir de l’Ehess, le musée Cantini, les Philosophes publics, Coudes à Coudes, le Comité du Vieux Marseille (hommage à Henri-Frédéric Blanc) La Marelle (rencontre avec Camille de Toledo et Kourkov), l’Association des Usagers de l’Alcazar de José Rose, les ateliers de parler marseillais de Médéric Gasquet-Cyrus et les colloques d’histoire de l’art de Jean-Noël Bret.

    Du côté des fonds de littérature contemporaine, on se réjouit de l’achat de la correspondance d’un ami de Pagnol, Marcel Gras et des donations effectuées autour de Claude Mc Kay, Jean de Maisonseul et Sébastien Japrisot. On saluera aussi une volonté d’accueil et de dialogue vis-à-vis des SDF qui dorment sous les arcades de l’Alcazar ainsi qu’un convivial couscous offert en soirée, le 1er septembre à 70 habitants de Belsunce. Dans ce registre, on retrouve l’inspiration de Livr’Exil dont Charlie-Camille Flores est l’un des animateurs, une association qui forme des migrants aux métiers d’un bibliothécaire français.

  • Nîmes veut rendre une nouvelle copie pour l’école publique

    Nîmes veut rendre une nouvelle copie pour l’école publique

    À Nîmes, la rentrée scolaire commence par un constat social. Vendredi 28 août, c’est à l’école Capouchiné, l’un des groupes scolaires les plus exposés aux fortes chaleurs, que Vincent Bouget, entouré de son adjoint à l’éducation Pierre-Édouard Détrez et de Fanny Daguenet, conseillère municipale déléguée au périscolaire et à la « Ville à hauteur d’enfant », a présenté la première rentrée de la nouvelle majorité. Un choix de décor loin d’être anodin : dans une ville où près de 42 000 habitants vivent dans la pauvreté et où un tiers des familles sont monoparentales, la municipalité veut faire de l’école publique l’un des premiers terrains de son changement de cap.

    Mardi 1er septembre, 11 000 enfants ont retrouvé les 83 écoles publiques de la ville. Parmi eux, les 7 650 élèves du CP au CM2 ont découvert sur leur table un kit de fournitures : crayons, stylos, colle, règle ou ardoise. Une dizaine d’euros de matériel par enfant, complétée par une hausse de 20% de la dotation versée aux écoles. « C’est une manière très tangible d’agir en faveur du pouvoir d’achat, tout en réaffirmant un principe : l’école publique doit rester un facteur d’égalité réelle pour tous les enfants », défend le maire.

    Des agents enfin

    sortis de la précarité

    Cette logique se poursuit avec la gratuité de l’ensemble des bibliothèques municipales et la remise d’une première carte à chaque enfant entrant au CP. Après l’enveloppe exceptionnelle de 100 000 euros débloquée cet été pour permettre à plus d’un millier de jeunes Nîmois de partir en séjour ou de participer à des activités, la nouvelle équipe tente ainsi de donner corps à son projet de « ville à hauteur d’enfant ».

    Mais le marqueur social le plus significatif se situe peut-être du côté de ceux qui font vivre l’école une fois la classe terminée. La municipalité annonce la titularisation de 90 agents du périscolaire, animateurs ou personnels d’Alaé (Accueil de loisirs associé à l’école). Sur les 822 agents municipaux mobilisés autour des écoles, 469 sont désormais titulaires. « Ils sont dans notre société invisibles socialement mais pourtant essentiels », insiste Vincent Bouget, citant également les Atsem, AESH ou personnels d’entretien, sans lesquels le service public d’éducation ne peut tout simplement pas fonctionner.

    Fanny Daguenet défend, elle, la nécessité de s’appuyer sur des équipes durables : « La sécurité repose avant tout sur la présence d’équipes fiables, formées et reconnues. » Une manière de rappeler que la qualité du service public passe aussi par les conditions d’emploi de celles et ceux qui accompagnent quotidiennement les enfants. La Ville promet en parallèle des recrutements plus encadrés, davantage de formation et un suivi renforcé des équipes.

    À la cantine, où 5 500 repas sont servis quotidiennement, les changements attendront encore quelques mois. La très critiquée plateforme de réservation doit être entièrement revue avec les parents d’élèves, tandis qu’un menu végétarien devra être proposé chaque jour à partir du premier semestre 2027 en complément des menus actuels.

    Faire face à l’urgence climatique

    Reste un chantier autrement plus lourd : celui des murs. Les épisodes de chaleur de juin ont transformé certaines salles de classe en étuves, avec près de 38 degrés relevés à Capouchiné. La mairie reconnaît elle-même le retard accumulé. « Nous ne sommes pas prêts », admet Vincent Bouget, qui promet un vaste « plan école » sur le mandat.

    Pour 2026, 5,4 millions d’euros ont déjà été engagés dans les établissements, dont 1,78 million pour l’isolation et le confort thermique, 826 700 euros pour les sanitaires et 431 700 euros pour l’accessibilité. Neuf classes supplémentaires ont également été aménagées dans des écoles récemment intégrées à l’éducation prioritaire. À Capouchiné, fenêtres et façades ont déjà été reprises ; à La Placette, une toile d’ombrage de 350 m² a remplacé celle installée il y a vingt-cinq ans. Autant de premières réponses, alors que la municipalité promet d’autres interventions avant les chaleurs de juin 2027.