Dans un monde de camping ou chalets, mobile homes et gestionnaires, dessinent peu à peu le paysage des vacances en plein air ici, on arrive en plantant les piquets de sa tente dans les sols, ou sa caravane, devant laquelle on détend les stores banne, au-dessus d’une table en plastique posée pour le mois. Au Camping Arc-en-ciel, « ce qu’on a gardé, c’est l’authenticité du camping, comme il a commencé dans les années 1950 », résume Cécile. Ici, cinquante-cinq terrains nus composent ce lieu de vacances familial, dont la gérance est passée de génération en génération. Avant elle, sa mère, Corinne, toujours occupée à la maintenance dans les allées du camping, en était à la tête.
Pour Cécile : « On résiste, en quelque sorte. » Notamment aux spéculations de promoteurs, gourmands d’un terrain situé aux portes de la ville : le centre, est accessible à pied. Derrière le bureau de l’accueil, l’actuelle gérante des lieux jongle entre accueil, administration, réservations par téléphone. « Je travaille encore un peu à l’ancienne, je n’ai pas de centrale de réservation, j’ai mon site internet et les gens me font leur demande par mail. Obligé. J’ai un camping atypique, avec des coins des recoins, des emplacements qui ne sont pas de la même superficie… »
« On se charge de tout »
La saison a démarré dès la mi-mai. Au mois de juillet, les journées battent déjà leur plein, démarrées à sept heures, pour Cécile, et sans horaire de fin. Il faut répondre aux diverses demandes, accueillir, gérer les « imprévus ». « Qui ne sont pas toujours mauvais ! Comme on est un camping familial, on est donc régulièrement invités à manger, boire l’apéro… C’est du relationnel, ça fait partie du travail », précise-t-elle.
Pour preuve, à l’accueil, des photos de vacanciers fidèles
– « on n’a quasiment que ça » – trônent de partout. Certaines, abîmées par le temps, capturent les années 1960, 1970. Idem, dans la salle des fêtes ouverte aux jeunes « pour qu’ils puissent faire la fête », indique Corinne qui, entre deux tâches, désignera plusieurs tuiles accrochées au mur, peintes par des habitués. Parmi les centaines d’anecdotes que racontent mère et fille – sur chacun des vacanciers croisés, sur les lieux – il y a ce pont des Trois Sautets, qui enjambe le fleuve de l’Arc et fait le lien entre les communes de Meyreuil et d’Aix. « Quand mon père a racheté dans les années 1950, il a eu l’honneur de recevoir Churchill, qui était un peintre magnifique. Il venait là, il mettait sa voiture à gauche… », pointe Corinne. « À la fin de sa vie, il avait suivi les pas de Cézanne. Il est venu deux années de suite ici », complète Cécile. Le temps d’un tour du camping, on prend des nouvelles de l’un, on s’arrête boire un verre chez cette famille… Ce qu’elles préfèrent dans cette vie-là ? « Le contact avec les gens », répond, sans hésiter, Corinne. « Sinon, on prendrait du personnel ! C’est un challenge avec chaque client », poursuit Cécile. Qui, malgré, l’aspect bon enfant des vacances, rappelle : c’est « du travail toute l’année », pointe la gérante, qui ouvre les portes d’un atelier dont les murs sont emplis d’outils de jardinage, de mécanique… Les mois de fermeture sont, entre autres, rythmés de journées entières dédiées à l’administratif, toujours plus exigeant. Un salarié à l’année les aide. « Autrement, on se charge de tout. »

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