C’est une immersion dans une autre culture que propose le musée de Lodève, qui accueille jusqu’au 30 août une centaine d’œuvres, peintures et sculptures, issues des communautés aborigènes d’Australie, réalisées entre les années 1990 et 2000. Conçue en partenariat avec l’Institut pour les échanges culturels de Tübingen et la collection d’Alison et Peter W. Klein à Eberdingen (Allemagne), cette exposition est une rareté : « On a peu d’art aborigène en France, et il est surtout concentré dans deux grandes institutions : le musée des Confluences à Lyon et le Quai Branly à Paris. Ce n’est pas évident d’arriver à réunir une centaine d’œuvres, c’est une belle chance », souligne la directrice du musée de Lodève, Aurosi Moreno.
Bien plus qu’une simple tradition picturale, l’art aborigène constitue un système de connaissance et de croyances, un modèle de vie qui a guidé les communautés depuis 65 000 ans. « Cette pratique artistique est liée à une culture millénaire qui a un lien très fort à son territoire. Un territoire qu’elle préserve, dont elle est le gardien. Pour nous c’est de l’art, mais pour eux cela revêt une dimension à la fois culturelle et spirituelle, c’est un cérémonial, des récits englobés sous un concept appelé “Le temps du rêve” », détaille Aurosi Moreno. « Ce “temps du rêve”, c’est l’histoire mythologique des grands ancêtres totémiques australiens qui ont parcouru le pays, façonné le paysage mais aussi créé des lois, inscrites dans des rites, des chants, des danses. C’est tout ça que contiennent ces œuvres. Cette peinture si belle, si graphique, parle de leur terre car c’est un peuple nomade et la connaissance de ce territoire est un moyen de survie », poursuit la directrice. La diffusion de l’art aborigène s’est en effet imposée comme un moyen de préserver et transmettre des savoirs culturels menacés. « La vente de leurs œuvres constitue l’une des principales ressources économiques » des Aborigènes, complète Aurosi Moreno. Lesquels qui ne représentent plus que 3% de la population australienne (selon un recensement de 2011).
« Une cartographie sensible de leur territoire »
La grande diversité de ces œuvres provenant de régions différentes rappelle que l’Australie n’a jamais constitué un pays unique. « On devrait parler “d’arts aborigènes” au pluriel, car avant la colonisation [à partir du XVIIIe siècle, Ndlr], il y avait 250 communautés distinctes, donc autant de langues, de rêves, de récits, de motifs différents », souligne la directrice. Les artistes de cette exposition appartiennent ainsi à des groupes linguistiques et des identités claniques spécifiques (Pintupi, Pitjantjatjara, Warlpiri, Gija ou Yolngu), chacun avec son héritage créatif et ses responsabilités envers sa Terre.
« Les petits pointillés, c’est plutôt le centre de l’Australie, au niveau des déserts, du bush ; les motifs avec de fines rayures, c’est plutôt le nord : il y a aussi les traditions anciennes de peinture sur écorce de l’Arnhem Land », décrit la directrice. « C’est une véritable grammaire de symboles. Le cercle désigne un point d’eau, un ancrage, un lieu sacré. Les lignes sont des chemins codifiés. » Loin d’une représentation naturaliste et occidentale du monde, les artistes aborigènes « élaborent des cartes mêlant topographie et mythologie, espace et temps, dans une cartographie sensible et précise de leur territoire. (…) Cette exposition nous enseigne qu’une autre relation au territoire, à la Terre, est possible, où l’Homme ne possède pas la Terre, mais vit en symbiose avec elle. Une thématique qui vient faire écho au musée de Lodève, dont les collections témoignent d’un territoire, de son évolution et de l’impact de l’homme sur les paysages. »
* Du mardi au dimanche 10h30-13h, 14h-18h.
Fermé le lundi.

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