Tag: peinture

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Ingres efface et puis recrée Nicolas Poussin

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Ingres efface et puis recrée Nicolas Poussin

    C’est un tableau plein de grâce et de mystère. Intrigant, immédiatement envoûtant. Il est accroché dans une encoignure du second étage du musée, les visiteurs pourraient ne pas l’apercevoir. Voici trois jeunes femmes, des vases et des cruches, la margelle d’un puits. Celle qu’on aperçoit à gauche semble avoir oublié qu’elle verse de l’eau dans un récipient. Sa silhouette est en suspens, son corps est distrait. Ses gestes restent pertinents, ses yeux et sa mémoire sont exclusivement captés par la figure centrale, une autre jeune femme qui voudrait maîtriser son émotion. Sur la droite, une troisième personne affiche une attitude impérieuse et désinvolte, un regard distant. Elle n’ignore rien de ce qui se passe à côté d’elle, mais prétend pourtant ne pas être du tout concernée.

    L’auteur de cette toile s’appelle Jean-Dominique Ingres. Sur ce petit format de grande modestie, en dépit de l’harmonie des couleurs des vêtements et de la finesse des traits des visages de ces personnes, on ne trouve quasiment rien qui puisse être aisément rattaché à Madame de Senonnes, à Jupiter et Thétis, à l’Odalisque, ou bien au Bain Turc. Le cartel nous sauve de cette indécision, il s’agit d’un épisode de la Bible. Ce tableau, c’est son titre, retrace la « Rencontre d’Eliezer avec Rébecca ». Le patriarche Abraham décide d’envoyer en Chaldée la caravane d’un homme de confiance pour qu’il puisse trouver une épouse digne de son fils Isaac.

    On est à Paris entre 1801 et 1806, Ingres vient d’avoir 20 ans. Le natif de Montauban voudrait partir pour Rome, visite souvent le Louvre, songe énormément aux deux maîtres qu’il vénère, Raphaël et Nicolas Poussin. Il choisit de copier trois silhouettes qui figurent dans une vaste et beaucoup plus solennelle composition de Poussin où l’on découvre dans un décor urbain, au beau milieu de douze jeunes femmes, cette mission qu’Eliezer entreprend afin de convaincre Rébecca.

    Jeune apprenti à la fois fidèle et audacieux, Ingres supprime l’argument central et synthétise la composition de Poussin. Point de négociation, ni de demande en mariage. Eliezer, l’agitation des suivantes et les architectures du paysage n’existent pas. Rébecca accepte sobrement son destin de future compagne d’Isaac. À droite, une jeune femme déclare son indifférence en face de cette éventualité. À gauche, une troisième personne accompagne rêveusement le départ de la mariée.

  • Venez découvrir La Marseillaise et rencontrer ses Amis !

    Venez découvrir La Marseillaise et rencontrer ses Amis !

    C’est une idée qui a germé dans la tête des Amis de La Marseillaise, il y a quelque temps déjà. « On s’est battu pour garder ce siège historique, aujourd’hui il est rénové, on est fier du chemin parcouru », recontextualise Serge Baroni, président des Amis de La Marseillaise.

    Partant de ce constat, les membres de l’association ont décidé de convier tous les lecteurs et plus largement tous les curieux à venir les rencontrer « aux rotatives de La Marseillaise », l’espace qui accueille désormais de nombreux événements publics. L’occasion de dialoguer autour des activités des Amis de La Marseillaise mais aussi de jeter un œil aux nouveaux locaux et à la toile monumentale de Pierre Ambrogiani représentant les ouvriers du livre de La Marseillaise. Entièrement restaurée grâce à la générosité de notre association de lecteurs, l’œuvre trône désormais au cœur de la rédaction.

    Les Amis de La Marseillaise l’ont déclinée sous forme d’affiches, de cartes postales ou encore de sacs en toile pour soutenir le développement de notre journal.

    Ils vous donnent rendez-vous dans ces lieux chargés d’histoire, la semaine prochaine avant l’ouverture du bureau des inscriptions du Mondial La Marseillaise à pétanque.

    Mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 juin de 9h à 12h. Place du journal La Marseillaise, 15 cours d’Estienne d’Orves Marseille (1er).

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À l’Alcazar, le bureau et les tableautins de Louis Brauquier

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] À l’Alcazar, le bureau et les tableautins de Louis Brauquier

    On lui préférera, tranquillement solaire, le miracle de la toile peinte au même endroit qui figure sur la lucarne de cette chronique. Ce qui se donne derrière les deux fenêtres, c’est presque un jeu d’enfant, un miséricordieux moment de passé-présent. Le dehors et le dedans ne s’interrompent pas. On retrouve immédiatement en deux miniatures, sans gel, sans mélancolie ni froidure, les petits pans de mur et les architectures du paysage de l’ancienne rive.

    Sur les notices de cette vue du second étage du 17, du quai Rive-Neuve, on apprend que ce tableau fut peint entre juin et octobre 1956 : commencé à Marseille depuis l’immeuble qui abrite aujourd’hui le Théâtre Badaboum, achevé pendant l’automne depuis Alexandrie. Dans cette occurrence, Brauquier dont le style exotique et minutieux avoue d’ordinaire son étroite connivence avec Gauguin ou bien avec le Douanier Rousseau, s’empare de références à la fois intimes et avant-gardistes. Les couleurs du carrelage et la géométrie de son tapis, la savoureuse sobriété du mobilier et du décor, le repos de son épouse Geotte qui lit un livre peuvent être rapprochés des bonheurs d’expression d’Henri Matisse, par exemple pendant sa période de l’Intérieur aux aubergines vécue à Collioure en 1911.

    Louis Brauquier (1900 – 1976) avait coutume de dire qu’il devint très tard « un jeune peintre ». Un courrier adressé à Gabriel Audisio date d’avril 1953 sa décision. Cet autodidacte, ce peintre du dimanche ne fit pas de grands progrès. Il ne s’acharna pas vraiment. Il comprit très vite que « c’était passionnant et difficile ».

    Au troisième étage de la Bibliothèque de l’Alcazar, on peut découvrir cette toile dans le vrac d’un petit sanctuaire aménagé selon les directives de sa sœur Eugénie Brauquier, décédée en octobre 2003, la reconstitution à la fois dérisoire et attachante du bureau-atelier de son dernier appartement, situable au 367, avenue du Prado. Louis Brauquier parlait de cet espace comme s’il s’agissait d’un grand musée d’Espagne.

  • À Marseille, les artistes invitent les élèves de maternelle à créer des œuvres

    À Marseille, les artistes invitent les élèves de maternelle à créer des œuvres

    Noelia, 4 ans, explique fièrement à ses camarades son œuvre : « On a mis de la peinture et on a fait » « Des impressions ! », sourit Manon Bellester, son enseignante. Présentée à PAC-le lieu, dans le Panier ce jeudi, cette exposition portée par la Ville de Marseille rassemble le travail des enfants qui ont exploré plusieurs univers artistiques : « Ils ont appris des techniques différentes, comme la sérigraphie. Je les ai vus se mettre dans une posture d’artiste », explique l’enseignante. L’artiste Fumika Sato a mené l’atelier Métamorphose, consacré à la création de livres avec de l’encre : « L’objectif était de raconter l’histoire du papier. Je voulais aussi faire découvrir qu’une chose peut se métamorphoser en plusieurs choses », raconte l’artiste. « Ils ne se sont pas seulement approprié des techniques, ils se sont eux-mêmes transformés », ajoute Manon Bellester. Arfata, maman de Nadjidine, rejoint cette idée : « Il me parlait beaucoup de ce qu’il avait fait à l’école », sourit-elle. De l’autre côté de la salle, une longue fresque est suspendue au plafond : « On a mis de la peinture sur les pieds et on a marché ! », retrace Zaina, en moyenne section. « L’objectif était d’expérimenter toutes les étapes de la création, de l’observation à la fabrication », précise Javiera Tejerina Risso, une autre artiste à avoir participé à ce projet.

    Démocratisation de l’art

    L’intention de l’exposition est de rendre l’art accessible : « Il n’y a pas de moyens mobiles depuis les quartiers Nord. Ils n’avaient jamais vu le Panier ou d’expositions », souligne Émilie Feys, responsable des actions culturelles à Fraeme. Une belle manière d’initier ces élèves au monde artistique.

  • À Port-de-Bouc, les œuvres fleurissent sur les murs

    À Port-de-Bouc, les œuvres fleurissent sur les murs

    En entrée de ville, à deux pas d’un feu tricolore, l’écriture de Christine Sejean annonce la couleur. « Tout commence ici », affirment ses lettres brutes carmin. « Cette phrase a plusieurs significations, explique l’artiste : c’est le premier mur que vous allez apercevoir sur le parcours des fresques, c’est aussi le plus grand mur sur lequel j’ai peint à ce jour, ça fait également écho à l’histoire de Port-de-Bouc, avec ses luttes et cet engagement pour que les habitants puissent vivre dignement. Et puis il y a aussi un pied de nez à Perpignan, dont Dali disait que c’était le centre du monde. Pourquoi pas ici. »

    Comme chaque année depuis sept ans, une dizaine de peintres se sont réunis cette semaine, à l’occasion du festival « Les Nouveaux Ateliers », pour réaliser des fresques monumentales disséminées dans les quartiers de Port-de-Bouc. À la fin de la semaine, la commune de 17 000 habitants en comptera 70. « Le Tassy est le plus dense », affirme Rémy Uno.

    Le directeur artistique de Lartmada, l’agence coorganisatrice de l’événement avec la Ville, explique : « J’ai donné des indications aux artistes sur Port-de-Bouc, son passé ouvrier, le taux de chômage élevé… en leur disant qu’ils et elles étaient parfois les premiers et derniers contacts des habitants avec la peinture. »

    Certains invités ont donc imaginé des œuvres sur-mesure, à l’instar de Spear. Le Belge a peint un buste surmonté d’une fleur en train de faire un nœud marin. « Ça fait écho à la culture portuaire mais aussi aux communautés différentes qui se sont amarrées à Port-de-Bouc, avec un visage universel qui représente l’espoir, la joie. » Tea Kvar, elle, termine une fresque représentant une joute provençale.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Musée Borély, Sans passion pendant l’heure du thé, revoici Gaby Deslys

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Musée Borély, Sans passion pendant l’heure du thé, revoici Gaby Deslys

    Les plus grandes étoiles du théâtre et du music-hall, Sarah Bernhard, Mistinguett qui fut sa rivale ou bien Joséphine Baker la supplantent largement. Le jazz-band et les comédies musicales de Gaby Deslys, sa carrière de meneuse de revue parmi les meilleures scènes de Paris, Londres et Broadway, ses aventures amoureuses avec un jeune roi du Portugal relatées par la presse internationale, les affiches, les films et les photographies où l’on découvre ses plumes, ses chapeaux, ses colliers de perles et son sourire, ne l’ont pas installée parmi les incontournables gloires de son siècle. Dans la mémoire collective, sa silhouette et son éventuel sex-appeal lorsqu’elle descendait promptement les marches du grand escalier du Casino ne sont pas vraiment fascinantes. À Marseille, on se souvient d’elle à cause de sa fortune personnelle et de la Villa Deslys, le somptueux bâtiment du numéro 285 de la Corniche qu’elle avait légué à la Ville. Cet acte de générosité suscite des confusions, on lui attribue quelquefois l’îlot Gaby qui fut habité par une autre actrice de la même époque.

    Mais voici qu’elle ressurgit en première ligne, dans le bel étage de l’escalier du musée Borély. Dans l’entrée de l’exposition Art Nouveau / Art Déco, elle est une preuve tangible de l’esprit d’ouverture de Marseille par rapport aux grands courants de la modernité. Exécuté en 1912 par le peintre William Malherbe (1884-1951) son portrait longtemps enseveli dans les réserves des musées vient d’être restauré. La jeune fille qui avait passé son enfance rue du Tapis Vert à Marseille avant de monter à Paris pour devenir une intrépide chanteuse de cabaret réapparaît sur ce tableau à l’âge de 31 ans. C’est déjà l’ultime séquence de sa vie, une violente affection pulmonaire la conduira en 1920 au cimetière Saint-Pierre.

    Dans cette toile Gaby Deslys ne correspond pas aux images émancipées que lui donne son statut de vedette de music-hall. Demi-mondaine invitante ou bien boudeuse, elle sait que faire de ses hanches, de ses épaules et de ses mains. Ses yeux sont sans manque ni passion : « prends-moi comme je suis ! » On relit Proust, l’Odette de Swann déçoit cruellement. Ce serait l’heure du thé, elle reçoit des admirateurs, un éventuel soupirant. Avec des cheveux crantés, des escarpins et les couleurs d’une robe fourreau superbement décorée : des lianes vert et noir, des feuilles et des motifs floraux.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, Via le Cirva, Caccavale transcrit Christian Guez

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au musée Cantini, Via le Cirva, Caccavale transcrit Christian Guez

    On admet les colonnes néoclassiques, les vitres qui donnent sur l’extérieur ne sont plus sottement bouchées : en premier plan devant les buissons, on aperçoit une stèle en acier, forgée par Chillida.

    L’été dernier, dans cet espace, il y avait des œuvres de Giacometti. Auparavant, sur une table, des céramiques de Baya. Les conservatrices de Cantini, Amélie Lavin et Louise Madinier, le directeur du Cirva Stanislas Collodiet proposent une installation de Guiseppe Caccavale. Sur un socle légèrement surélevé, on est confronté à trois séries de trois vers de Christian G. Guez Ricord, des tercets de taille inégale. Le dernier vers dit qu’« Un feu ancien disperse le carré qu’il trace ».

    « Des gongs d’éveil » qu’on lit ou bien qu’on murmure. On contemple, on épelle des lettres blanches. Ce ne sont pas les messages du feu de la Pentecôte, leurs apparences grisées évoquent des morceaux de givre, des fragments de glacier. Une par une, ces lettres furent réalisées par les ouvriers-souffleurs du Cirva, leurs noms sont rappelés. Il s’agit de la première page de Neumes, un recueil de Christian Guez : en vitrine voici sa couverture pensée par Jean Degottex et sa première page, du Garamond sur papier centaure ivoire édité en mars 1983 par André Dimanche. Dans la première salle, on imagine le travail d’imprégnation, de rythmique et d’incorporation conduit par Caccavale, des aquarelles bleues reproduisent les pages de Neumes. Une chose manque, la diction de Christian, le tremblement de sa voix, un enregistrement quand il lisait en public.

    Ces lettres procèdent pourtant d’une intense écoute au cœur d’une ville-monde. Caccavale est arrivé à Marseille à la faveur d’une exposition collective, cet artiste formé à Naples avait 25 ans ; ses dessins et ses collages furent adoptés par Jean-Pierre Alis de la galerie Athanor en 1986. Il décida de vivre à Marseille pendant 20 ans, rue des Bons-Enfants. Giuseppe n’a jamais croisé Christian Guez, décédé en juin 1988. Au début des années 1990, un ami de Christian, Jean-Jacques Ceccarelli lui offrit Neumes : Caccavale et l’alchimie du Cirva en sont les témoins et les traducteurs.

    Jeudi 19 juin, 16h, rue Grignan, Caccavale et Michaël Battala évoquent Ch.Guez.

  • L’Estaque inspire une exposition collective

    L’Estaque inspire une exposition collective

    Le littoral en trois façons. Depuis mercredi 14 mai, les artistes Benjamin Bloch, Aurélie Jourdain et Romus exposent des œuvres inspirées par l’Estaque et ses environs. En alliant peinture, installations et bas reliefs, l’exposition célèbre la mer, d’abord, avec la série de dessins « Vue mer », réalisés au graphite par Aurélie Jourdain. Une série qui invite à la contemplation, comme autant de fenêtres sur un monde en mouvement. L’artiste expose également une série d’œuvres réalisée à partir d’algues récupérées sur les côtes, tout en finesse.

    L’artiste Romus, originaire du Var, cherche, grâce à ses paysages côtiers et urbains à l’acrylique, à créer de l’interaction avec les spectateurs. « Je n’ai volontairement pas mis de cartels sous mes peintures. J’aime que les spectateurs cherchent à reconnaître les endroits que j’ai peints, je vois que ça les touche » raconte le peintre.

    Protéger le littoral

    L’exposition, sur deux étages, retrace la vie de la côte, au travers des tableaux réalisés in situ par Romus. « Ma pratique en extérieur est concentrée sur l’interaction entre la matière et ce qui m’entoure » explique-t-il. Une œuvre composite de sa série « Recyclage de paysage » en est le symbole. Il raconte : « Pour ce travail, j’ai récupéré des déchets sur la plage du Jonquet, à la Seyne-Sur-Mer. Puis je les ai assemblés pour reproduire le paysage devant mes yeux. » Une série qui, à l’image de l’exposition, sensibilise à la protection du littoral. Le travail de l’artiste Benjamin Bloch nous plonge dans les terres calcaires de l’Estaque, sensibles aux aléas climatiques. À la fois dessinateur et maçon spécialisé dans la terre crue, ses œuvres décodent le paysage minéral, grâce à des cartographies, des schémas, des empreintes. Son œuvre « Chemins de terre », bas relief réalisé en terre crue, fait partie de son travail de recherche. « Ma pratique de la maçonnerie est étroitement liée à ma pratique artistique. Mes œuvres sont comme des tests pour de nouvelles techniques de construction écologique » continue Benjamin Bloch. Une exposition entre matières minérales, végétales et plastique, retraçant sensiblement un environnement fragile, invitant à le préserver collectivement.

    Exposition « Territoire littoral », du 14 au 25 mai au Pôle des Arts Visuels de l’Estaque. Entrée libre, 10h-12h, 13h-18h, fermé le mercredi.

  • Le collectif MAAN for Gaza Artists refuse l’effacement

    Le collectif MAAN for Gaza Artists refuse l’effacement

    Pensée par la curatrice Rasha Salti, Déplacer le silence, Artistes et poète·sses de Gaza réunit une quarantaine d’artistes soutenus par le collectif MAAN for Gaza Artists. « L’idée est de créer une exposition avec des artistes qui ont pu arriver [en France] et des artistes qui sont encore bloqués à Gaza », précise Anna Breton, assistante de la commissaire Rasha Salti.

    L’exposition se structure autour de reproductions, de manière à montrer des œuvres qui n’ont plus de matérialité physique – détruites, réimprimées ou devenues inaccessibles en raison de la fermeture des frontières à Gaza. Déplacer le silence exploite de multiples médiums, faisant dialoguer poésie et arts visuels à travers la sculpture, la peinture, le dessin ou encore la vidéo. L’objectif est de « montrer qu’il y a une résistance à la déshumanisation, qu’il y a profondément de la vie et de la poésie qui persistent malgré l’anéantissement », explique Anna Breton, également membre du collectif MAAN.

    « Une réponse au culturicide »

    Le collectif MAAN for Gaza Artists « c’est une réponse au culturicide », atteste Anna Breton. Fondé en 2023 par un ensemble de chercheurs et chercheuses et travailleurs de l’art et la culture, aujourd’hui le collectif rassemble près de 25 bénévoles entre Paris et Marseille. Soutenus financièrement grâce au crowfunding, ils sont marrainés par Agnès B. un soutien « à la fois économique, symbolique et en accueillant des expositions à la Fondation Agnès B. », précise la coordinatrice.

    Elle poursuit : « MAAN existe aussi pour pallier une absence institutionnelle concernant l’accueil des personnes gazaouies qui demandent à quitter le territoire. » La démarche se fait grâce à la constitution de dossiers, ou de portfolios, que le collectif transmet à différentes institutions culturelles qui peuvent accueillir ces artistes ou leur permettent d’intégrer divers programmes, comme le programme Pause du Collège de France. Anna Breton précise : « Quand ils arrivent, le collectif aide aussi dans toute la vie quotidienne : scolarisation des enfants, logement, ouverture des droits sociaux, CAF, banque, etc. L’idée est de permettre une mise à l’abri temporaire dans des conditions dignes, pour qu’ils puissent reconstruire la Palestine demain. »

    Exposition visible jusqu’au 5 juin
    aux ateliers Jeanne Barret (15
    e).

  • [Entretien] Jean-Paul Delfino : « Suzanne Valadon était une femme qui a mis la liberté en action »

    [Entretien] Jean-Paul Delfino : « Suzanne Valadon était une femme qui a mis la liberté en action »

    Jean-Paul Delfino est un écrivain-voyageur passionné. D’abord par le Brésil et sa musique, ses premières amours après une interview de sept heures réalisée avec le guitariste Baden Powell. Mais surtout par la liberté. À travers ses romans, il raconte des vies passées. Sa conférence, donnée ce jeudi, portera sur la peintre Suzanne Valadon, figure malgré elle de la libération des femmes dans le Paris des Années folles. Rencontre avec un écrivain avide de voyages et de partage, citoyen du monde revendiqué.

    La Marseillaise : On vous surnomme « l’écrivain le plus Brésilien de France ». Quelle relation entretenez-vous avec ce pays ?

    Jean-Paul Delfino : Après ma rencontre avec Baden Powell, je suis allé une première fois à Rio de Janeiro. J’ai ressenti ce que j’appelle un « AVC amoureux » pour le pays. Difficile à croire, je sais, mais en une semaine, j’ai appris à parler la langue ! Le Brésil est un pays anthropophage : vous venez, il vous happe et vous en ressortez amoureux. C’était aussi une rencontre artistique avec la musique brésilienne. J’ai la chance d’avoir été ami, pendant trente ans, avec Pierre Barouh, grand musicien de bossa-nova. J’y ai aussi rencontré des artistes devenus des proches, comme João Gilberto ou Roberto Gil. Pierre avait une belle façon d’expliquer l’attachement que l’on peut ressentir instinctivement pour un endroit, une personne : les « rivières souterraines ». Elles nous lient ou nous éloignent de manière invisible, inexplicable.

    Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la vie de l’artiste et muse Suzanne Valadon (1865-1938) ?

    J.-P. D. : J’ai reçu il y a quelques années un appel de Chiara Parisi, historienne de l’art et directrice du Centre Pompidou de Metz. Elle m’a demandé un travail biographique sur Suzanne Valadon, qui fut une peintre et une personnalité majeure du milieu de l’art, à Paris, dans les années vingt.

    Qu’est-ce qui, dans son parcours, vous a touché au point d’en faire le personnage principal de votre roman « L’Affranchie de Montmartre » ?

    J.-P. D. : Suzanne Valadon était une femme qui a mis la liberté en action. Elle était analphabète, alcoolique, issue d’un milieu prolétaire. Dans les années 1910, elle est devenue la modèle de peintre la plus connue de Paris. Puis elle a décidé de devenir peintre à son tour, alors que ça ne se faisait pas à l’époque. Elle n’a demandé de conseil à personne, bien que proche d’artistes comme Toulouse-Lautrec, Renoir, Degas… Elle a cassé les codes de la féminité traditionnelle, en aimant des hommes beaucoup plus vieux ou beaucoup plus jeunes, en vivant sa sexualité librement. Je suis tombé amoureux de son parcours.

    Vos romans relatent les histoires de personnalités libres, artistes, voyageuses. Quelle est la quête de votre travail littéraire ?

    J.-P. D. : Ce qui m’intéresse, ce sont les moments de rupture. La vie ne vaut d’être vécue sans risque. C’est ce que l’on retrouve dans le parcours de Suzanne Valadon, mais aussi de Paul Gauguin, qui a quitté sa femme et ses enfants pour vivre en Nouvelle-Calédonie. À 11 ans, j’ai fait un rêve étrange : je me suis vu à 50 ans, malheureux, enfermé, avec une vie sans saveur. Je fuis cela, grâce à l’écriture, au voyage. Je pense que les voyages devraient être remboursés par la Sécu ! (rires). Je réalise aussi mon intérêt pour raconter des événements passés. Je suis assez inadapté au monde actuel je crois !

    Vous exposerez vos récents ouvrages lors du Salon du livre de Gémenos, aux côtés de jeunes auteurs. Quel regard portez-vous sur l’avenir du monde du littéraire ?

    J.-P. D. : La littérature, c’est la liberté absolue. Aujourd’hui, le rachat de maisons d’édition par Bolloré, Kretinsky, c’est la fin de cette liberté. Pour les jeunes auteurs, il faut retrouver du sens pour écrire, du courage aussi. Car, comme disait Raymond Devos : « La liberté s’use quand on ne l’utilise pas. »

    La 5e édition du Salon du livre de Gémenos se déroule samedi 9 et dimanche 10 mai, de 10 à 19h, à la salle municipale Jean-Jaurès, place de la mairie. Entrée gratuite.

    Jean-Paul Delfino sera présent pour échanger avec le public et dédicacer ses ouvrages. Sa conférence est prévue dès ce jeudi 7 mai, à 18h30, à la médiathèque.

    « Ce qui m’intéresse, ce sont les moments de rupture. La vie ne vaut d’être vécue sans risque »