L’hommage sans discours est ponctué d’une minute de silence et d’un dépôt de gerbes au pied d’une plaque commémorative, accrochée par le collectif Tivoli-9 avril, où figurent les prénoms des victimes. Huit bougies sont allumées. « On a décidé d’un recueillement intime et de cette plaque pour interpeller parce qu’on se sent oublié et envahi par les tagueurs. On commence à ne plus y croire, chaque victime se sent abandonnée à ses contrats privés en l’absence d’un accord-cadre », explique Johanne Raimbault, membre du collectif.
Le 9 avril 2023. Une explosion au gaz provoque l’effondrement de deux immeubles, faisant huit morts et entraînant l’évacuation d’environ 350 personnes au Camas. Trois ans plus tard, six immeubles toujours inhabités, les murs de la dent creuse couverts de tags et un permis de construire décrépi, traduisent une situation au point mort. Dans la foule, Didier Jau, le maire (EELV) du secteur ne cache pas son « émotion » avec en tête les images de la nuit du 9 avril. Plusieurs adjoints du Printemps marseillais sont présents. Avec eux, le vice-amiral, Lionel Mathieu, du Bataillon des marins pompiers et Céline Lefléfian, la directrice de la police municipale.
« La Direction interministérielle d’aide aux victimes a envoyé un mauvais message », poursuit Johanne Raimbault. Les deux ministres nommés à l’époque ont été démis sans explication en décembre. Le nouveau préfet ne répond pas. « Je pense qu’ils n’y croient plus… Le dernier Comité local d’aide aux victimes pour monter accord-cadre a eu lieu en mai sans résultat. » Celui de décembre a été annulé. Ce long bras de fer avec les assurances et la disparition de dispositifs d’aide aux victimes alimentent le sentiment d’oubli. « Seul un accord-cadre permettrait une indemnisation groupée et le maire Benoît Payan a de nouveau écrit au Préfet pour demander avec toute la force de la ville qu’il puisse intervenir », reprend Didier Jau.
L’information judiciaire se poursuit. L’enquête vise à déterminer le mécanisme ayant conduit à l’écoulement du gaz et l’explosion. Elle pourrait être clôturée dans l’année à l’issue d’une contre-expertise toujours en cours. Aucune mise en examen n’a été prononcée.
« On continue à se battre puisqu’on est renvoyé à notre assurance privée », reprend Johanne Raimbault. « Notre combat maintenant sera aussi de faire évoluer la loi car il y aura d’autres accidents collectifs de ce genre, pour que les prochaines victimes ne subissent pas la double peine qu’on vit. »

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