Tag: commemoration

  • Hommage à Mala Kriegel assassinée par les nazis

    Hommage à Mala Kriegel assassinée par les nazis

    Alors que la Libération de Marseille a commencé, que nos fondateurs ont pris d’assaut le siège du journal collaborationniste Le Petit Marseillais et que La Marseillaise paraît au grand jour depuis le 24 août, le destin de Mala Kriegel bascule boulevard Oddo dans le 15e arrondissement de Marseille alors qu’elle n’a pas encore 32 ans.

    Accompagnée de trois autres résistants, elle diffuse notre journal. Leur voiture ornée d’un drapeau tricolore est stoppée par une patrouille nazie en embuscade. Ils sont tirés du véhicule, plaqués au mur, traités de terroristes. Un coup de sifflet. Ils sont laissés pour morts.

    Tombée au sol, Mala Kriegel est très grièvement blessée. Elle touche ses blessures, perd beaucoup de sang, comprend qu’elle va mourir. Pour lui éviter de répéter son geste, les camarades qui lui portent secours lui couvrent le corps d’exemplaires de La Marseillaise.

    Une héroïne

    Première femme du résistant Maurice Kriegel-Valrimont, Mala Kriegel vivait à Marseille avec le résistant communiste allemand, Hermann Burkhardt.

    Elle était née Mala Ehrlischster le 15 septembre 1912 à Varsovie, en Pologne. Juive, communiste, résistante, elle était tout ce que les nazis haïssaient. Elle était une héroïne, notre sœur en humanité, elle est notre honneur.

  • Un devoir de mémoire tout en acrobaties pour le RN

    Un devoir de mémoire tout en acrobaties pour le RN

    « Se souvenir de la Libération, c’est aussi se souvenir de celles et ceux qui ont résisté », affirme avec force l’élu d’opposition du groupe Alternative Progressiste Cédric Turco (PCF), histoire de ne pas laisser la parole au seul maire d’extrême droite de la deuxième ville du Var Dorian Munoz (RN). Ce dernier dont le parti est l’héritier de celui fondé par d’anciens Waffen SS et Jean-Marie Le Pen, a sans scrupule évoqué le Conseil national de la Résistance, et dans sa lancée a salué, sans la nommer bien sûr, la résistance communiste et cégétiste et leurs héros seynois, en citant entre autres Louis Puccini et Marius Traversa ou encore Michel Garcia.

    « Des Seynoises et des Seynois ont refusé de se soumettre. Parmi eux, les ouvriers des Chantiers navals ont joué un rôle majeur. Dans une ville profondément ouvrière, ils ont résisté, par les grèves, les sabotages et leur refus de participer à l’effort de guerre allemand. Ils ont payé leur engagement au prix fort », rappelle l’élu d’opposition de gauche.

    Le groupe explique qu’une commémoration de la Libération ne peut se réduire à une prise de parole institutionnelle de la mairie. Et de préciser : « Le devoir de mémoire appartient à toutes et tous, et particulièrement à celles et ceux qui, depuis des décennies, œuvrent à faire vivre l’histoire de la Résistance et du combat contre le fascisme. »

    L’Anacr privée de micro

    Alternative progressiste déplore par conséquent que l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr) n’ait pas pu prendre la parole pendant la cérémonie alors qu’elle l’avait demandée – le maire ayant fallacieusement prétexté qu’il y avait déjà trop d’intervenants programmés.

    La gauche salue en revanche la participation des collégiens ainsi que celle des jeunes du Conseil municipal, « dont la présence et l’engagement sont essentiels pour transmettre cette mémoire ».

    À La Seyne, il est une réalité que même l’extrême droite ne peut dévoyer, et une mémoire indissociable de son histoire populaire et ouvrière, de l’histoire de ses Chantiers et de toutes celles et ceux qui, au péril de leur vie, ont contribué à combattre l’occupant. Qu’on se le dise.

    À La Garde, le RN tente de récupérer l’hommage aux libérateurs

    Ici, bien que la municipalité n’ait pas basculé dans le camp de l’extrême droite son candidat Nicolas Salsou est venu déposer une gerbe en compagnie du député RN lors de la commémoration de la libération de la ville. « La mémoire de la Libération doit rester une mémoire de combat contre le nazisme, le fascisme et la collaboration », s’indigne le conseiller municipal d’opposition Filippo Signorino Gelo (PCF). « Les commémorations doivent demeurer des moments de rassemblement républicain autour des valeurs de la République, de la liberté et de la démocratie », insiste-t-il en dénonçant la récupération politique et l’iniquité. Et de conclure : « À La Garde, comme partout en France, la Libération est aussi l’héritage de celles et ceux qui ont combattu dans la Résistance, souvent au péril de leur vie. Les communistes y ont pris toute leur part. Je refuse simplement que leur rôle soit effacé ». T.T.

  • Hiroshima – Nagasaki : une journée pour se souvenir

    Hiroshima – Nagasaki : une journée pour se souvenir

    Comme chaque été depuis l’an 2000, des personnes de tous les horizons se réunissent autour d’une journée de commémoration. L’objectif ? Se souvenir, tous ensemble, des bombardements qui ont frappé Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945.

    81 ans après, le collectif du Mouvement de la paix accueillera les participants au cœur du camping du Bousquet d’Orb, le 9 août prochain. Ce collectif, né en 1982 lutte contre la course à l’armement et s’engage en faveur du désarmement nucléaire.

    Un combat commun

    Dans une ambiance qui se veut festive, Raymond Cubells, l’un des organisateurs de l’événement, souhaite réunir petits et grands autour d’un combat unique : « Faire la promotion de la paix. » Stands d’associations et divers producteurs locaux présenteront également leurs produits à l’occasion de cet après-midi consacré au souvenir.

    « On ajoute toujours un côté culturel », explique l’organisateur. Dès 10h, le collectif proposera aux curieux une visite du Musée des lumières de la mine, fleuron culturel de la ville. Chaque année, de plus en plus de locaux participent à ce rassemblement itinérant. En 2025, à Joncels, 80 personnes avaient fait le déplacement. « Ça prouve que les gens se mobilisent », conclut Raymond Cubells.

    * Commémoration des bombardements sur Hiroshima et Nagasaki, camping du Bousquet d’Orb, le 9 août,
    à partir de 10h.

  • Cezanne et Monet : palette en main, ils ne concevaient la vie que devant une toile

    Cezanne et Monet : palette en main, ils ne concevaient la vie que devant une toile

    Il y a cent ans, Monet s’éteignait dans sa maison-jardin de Giverny. L’ancien journaliste, Philippe Simon, lui rend un hommage, ô combien mérité, dans Le miroir des eaux. Il y a cent vingt ans, Cezanne s’éteignait à Aix-en-Provence, sa ville natale. L’essayiste et romancier, Thierry Maugenest, fait apparaître son fantôme durant la Seconde Guerre mondiale, au sein de sa sublime fiction : Dans l’ombre de Cezanne. Autant dire que notre plume déborde de joie, puisque nous avons toujours mis la peinture au sommet de tous les arts – du naïf à l’expressionniste, en passant par le figuratif, l’abstrait, l’impressionniste, le symboliste, le cubiste, et le surréaliste. Un proverbe chinois ne dit-il pas que le pinceau laisse des traces, alors que les paroles sont vides ?… Surtout lorsqu’il est tenu par deux génies.

    Le miroir des eaux

    Qui dit Claude Monet, dit Octave Mirbeau, l’un des plus grands écrivains et critique d’art du XIXe siècle, amoureux, comme l’était le peintre, des arbres et des fleurs ; mais aussi Georges Clemenceau, ministre de l’Intérieur qui créa les Brigades mobiles, ancêtres de l’actuelle Police judiciaire. C’est à ce dernier, auteur d’un article sur les Nymphéas, que Philippe Simon donne une place de choix pour la collection : « Le roman d’un chef-d’œuvre ». Pourquoi ? Parce qu’une amitié, qui durera par-delà la mort de Monet, naquit entre l’artiste qui vivait loin des hommes, et un Tigre politique, passionné de culture. C’était en un temps où l’on croyait encore en la liberté de l’esprit, et au sentiment du beau. Merci à Clemenceau d’avoir retiré le voile noir qui recouvrait le cercueil de son ami, en disant « Jamais de noir pour Monet ! »

    Dans l’ombre de Cezanne

    Nous sommes en Provence, la Seconde Guerre mondiale fait rage, et des peintres, décidés à entrer en résistance contre le régime de Vichy, se retrouvent dans une bastide (Château Noir) où Cezanne travailla durant les quinze dernières années de sa vie. Comment alors ne pas être hantés par le spectre qui habita ce domaine posé au pied de la montagne Sainte-Victoire, et dont le maître des rouges, des jaunes, et des bleutés, aimait le silence si profond qu’il en devenait harmonie ? Aussi, malgré les bombardements, la Gestapo, les miliciens, et les blindés, trouvons-nous agréable de retrouver en cet inattendu revenant, le timide, l’indépendant, le solitaire, jamais satisfait de lui-même, et qu’une pneumonie terrassa, alors qu’il peignait sur le motif, sans lui laisser le temps de comprendre qu’il deviendrait un mythe.

    En guise de conclusion

    Que l’on s’appelle Claude Monet ou Paul Cezanne, les peintres ont vécu, vivent, et vivront pour le plaisir de nos yeux. Même les Anciens se plaisaient à dire que leurs divinités étaient mieux servies par eux que par les poètes. Nous ne craignons pas de l’écrire hautement, et les lecteurs de bonne foi se rangeront à notre avis, ces deux livres sont parmi les meilleurs de l’année 2026. Nous finirons par des citations. La première est de Monet, la seconde de Cezanne : « J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas… Je les cultivais sans songer à les peindre… Puis, tout d’un coup, j’ai pris ma palette. Depuis, je n’ai guère eu d’autre modèle. »… « Le Louvre est le livre où nous apprenons à lire. Nous ne devons pas nous contenter de retenir les belles formules de nos illustres devanciers. Sortons-en pour étudier la belle nature, tâchons d’en dégager l’esprit, cherchons à nous exprimer suivant notre tempérament personnel. »

  • Une plaque en mémoire de Margot et Lucien Vidal-Naquet

    Une plaque en mémoire de Margot et Lucien Vidal-Naquet

    C’est dans ce lieu symbolique que les époux, réfugiés durant la guerre, victimes de la barbarie nazie et de l’antisémitisme, ont été arrêtés le 15 mai 1944 par la Gestapo, puis déportés et assassinés à Auschwitz-Birkenau. En présence de Nicolas Vidal-Naquet, petit-fils du couple, et de sa famille, Olivia Fortin, maire des 6e et 8e arrondissements, a souligné que « la mémoire n’est pas un regard tourné vers le passé, elle est le fondement de notre engagement dans le présent ».

  • [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    Rémy Cougnenc : Quel est le sens de cette semaine de commémoration de l’abolition de l’esclavage (5 au 12 mai) à Montpellier ?

    Lise Simonetti : La semaine des libertés s’est construite assez récemment. Notre collectif du 10 mai pour la mémoire de l’esclavage existe depuis 2006 et tâche, chaque année, de transmettre l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière au public de Montpellier. On avait un programme autour des conséquences psychologiques. Notre envie c’était de dépoussiérer l’Histoire pour la replacer dans sa contemporanéité, pour faire réfléchir le public sur les conséquences aujourd’hui. Depuis les abolitions, l’histoire a été occultée en permanence. Elle est apprise à l’école de façon tronquée, les enseignants manquent de formation et elle est enseignée à un âge où on ne laisse pas aux enfants l’occasion de faire des liens avec des phénomènes plus récents comme la colonisation, le néo-colonialisme et l’économie actuelle, le libéralisme débridé… Or, l’histoire de l’esclavage est un bouleversement originel qui, par son idéologie, a conduit à l’économie telle qu’on la connaît. Elle a eu des conséquences graves : le racisme s’est construit durant ces périodes avec la « négrification » de l’esclavage, poursuivi par la pensée coloniale. La pensée de Patrice Lumumba [homme d’État congolais, figure des luttes pour l’indépendance et la dignité des peuples africains, Ndlr.], dont on fêtera le 100e anniversaire de la naissance, l’illustre bien. On souhaite faire prendre conscience aux gens que cette histoire est malheureusement encore bien vivante.

    Olivier Nottale : Ferdinand Fortes (Divergence), quelque chose à ajouter ?

    Ferdinand Fortès : Beaucoup de choses de notre histoire actuelle émanent des maux de l’esclavage. On gagnerait à l’enseigner à nos enfants pour arriver à dépasser cette vision qu’on peut avoir de l’Africain, du noir. En Afrique, on dit que l’esclavage ne s’est jamais vraiment arrêté, il a juste changé de visage, mis un autre masque. On a eu ensuite la colonisation puis le travail forcé, une sorte de retour de l’esclavage, les indépendances, puis à la sortie ce qu’on a appelé la « colonisation à la cuillère ». À la sortie de la colonisation, on a expliqué qu’elle leur avait beaucoup apporté et qu’ils devaient de l’argent ! Il fallait garder sous emprise ces peuples. On a eu la Françafrique…

    Rémy Cougnenc : Avez-vous le sentiment qu’il subsiste un tabou en France sur le sujet ?

    Ferdinand Fortès : Ce n’est pas un sentiment, il y a un tabou. On n’a qu’à voir ce qu’a voté la France aux Nations Unies. Quand il a fallu reconnaître l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité (résolution du Ghana à l’ONU le 25 mars dernier), la France, comme une bonne partie de l’Europe, s’est abstenue. Alors même que depuis 2001, la loi Taubira le reconnaît.

    Lise Simonetti : Heureusement 83 pays ont voté pour. Ce qui est important c’est que cela replace l’esclavage comme une bombe au niveau du commerce mondial. L’esclavage a transformé le commerce à l’international en mettant à jour les rapports de force entre les pays. L’esclavage, c’est 400 ans de déportation, avec la moitié des personnes raptées en Afrique qui meurent avant d’arriver de l’autre côté de l’océan. Des esclaves qui ont subi une maltraitance, une violence inouïe aux États-Unis et dans les colonies françaises (ou britanniques). À ce sujet, je vous conseille le film « Furcy, né libre », d’Abd Al Malik très bien documenté, pédagogique et visible par tous. La violence est suggérée. On voit que les esclaves étaient considérés comme des biens meubles : des tables et des chaises qui se transmettaient comme une armoire. C’est 400 ans de déshumanisation [près de 60 millions d’êtres humains, Ndlr.].

    Olivier Nottale : Ensuite il y a eu la transformation de l’esclavage…

    Lise Simonetti : Tout à fait. Il y a eu la transition entre l’esclavage et la colonisation. Avec le développement des industries, on avait besoin d’être indépendant énergétiquement. On est ainsi passé d’un besoin en force humaine à un besoin de ressources. C’est uniquement pour cela que l’esclavage a été aboli, ce n’est pas une entreprise philanthropique. On peut se demander s’il n’y avait pas eu la révolution industrielle si l’esclavage n’aurait pas perduré. C’est pourquoi le tronçonnement des événements historiques entre eux ne permet pas au public de s’en rendre compte. Il faut rétablir une continuité historique et l’enseigner aux enfants à un âge où ils sont capables de comprendre.

    Rémy Cougnenc : L’esclavage a été aboli en 1848 en France, en 1865 aux USA mais derrière a été suivi de lois ségrégationnistes, de violences de type Ku Klux Klan…

    Lise Simonetti : Oui c’est un ectoplasme qui se modifie, un kaléidoscope qui ne fait que tourner. On a les mêmes ingrédients agencés différemment mais toujours au détriment de l’Afrique avec des schémas de domination et d’exploitation. Quand on voit comment Areva au Niger extrait l’uranium, pollue l’air avec la poussière, utilise des milliers de litres d’eau issus de nappes et ne paye aucun impôt au Niger… Un rapport de l’Unesco de 2020 évoque les conséquences psychologiques et sociales de l’esclavage (…).

    * À Montpellier, une marche du souvenir est organisée le 10 mai à 15h au départ de la place Albert 1er.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    Une semaine après le voyage du collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, à Berlin, pour commémorer le 81e anniversaire de la libération par l’Armée rouge du camp de Sachsenhausen, où furent déportés 250 Marseillais raflés lors de l’opération Sultan au début de l’année 1943 (notre édition du 18/04), c’est devant le mémorial de la déportation, à Marseille, qu’a été rendu un hommage, ce dimanche, aux déportés, à l’occasion de la journée nationale qui leur est dédiée.

    « La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : tel était le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leur engagement dans la Résistance, de leurs choix politiques, de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, ou même sans raison particulière pour toutes les victimes des rafles », a rappelé au micro la présidente départementale de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, Jeannine Trucy. Et d’évoquer la découverte de l’horreur concentrationnaire par les armées alliées lors de la libération des camps, « une entreprise systématique de déshumanisation poussée à l’extrême », résume-t-elle, les dernières Marches de la mort avec l’évacuation des survivants, la difficulté du retour à la vie.

    « Mais, fidèles aux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage », lit Jeannine Trucy. Avant de souligner : « Au moment où les derniers déportés nous quittent, la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance, l’oppression et l’antisémitisme ».

    Surtout, ce devoir de mémoire se trouve confronté à l’actualité internationale, face à la multiplication des conflits et leur cortège de crimes. « Aujourd’hui se jouent de nouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de force anxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respect du droit international porté par le tribunal de Nuremberg, ne doit pas rester vain », insiste la représentante de la Fédération nationale des déportés, appelant donc à poursuivre le travail de transmission, « un acte de confiance à l’égard des jeunes générations dont la conscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous ».

    Reconnaissance tardive

    Mais, avant que ne résonne le chant des marais, sur la place du 24-Janvier 1943, pour la première fois à Marseille, le Mémorial de la déportation homosexuelle a pu déposer une gerbe lors de la cérémonie officielle, au pied du mémorial, au côté de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes. « Pour nous, c’est un grand événement, c’est trente ans d’obstination qui permettent d’aboutir à cela », partage Christian de Leusse, animateur de l’association Mémoire des sexualités. Depuis 1995, comme à Paris et Lille, la gerbe déposée en hommage à ces déportés portant le triangle rose était déposée en dehors de la cérémonie officielle. Il a fallu attendre 2010 pour que le Mémorial de la déportation homosexuelle soit convié, sur recommandation du défenseur des droits auprès du préfet. « Les membres de la communauté LGBT ont subi eux aussi, comme les autres, ils ont le droit d’être là », souligne Christian de Leusse, qui a porté ce combat pendant des années, après avoir rencontré dans les années 1980 Pierre Seel, le seul en France à avoir témoigné d’une déportation pour motif d’homosexualité. « En 1982, quand il a entendu l’évêque de Strasbourg traiter les homosexuels d’handicapés, lui qui était catholique, a envoyé un courrier à la presse », explique le militant marseillais. C’est le journaliste Jean le Bitoux qui a fait connaître ensuite son histoire et qui a proposé à Christian de Leusse, en 1995, de déposer cette première gerbe à Marseille. Un geste répété jusqu’à ce qu’il soit reconnu officiellement ce dimanche. « L’article 175 qui réprimait l’homosexualité en Allemagne n’a été aboli que dans les années 1980, en France, c’était en 1982… Les mentalités évoluent lentement », explique-t-il.

  • Contre le déni, 111 ans de lutte arménienne

    Contre le déni, 111 ans de lutte arménienne

    Le 24 avril 1915, le régime ottoman entamait son entreprise génocidaire contre le peuple arménien. Sur les 2,5 millions d’Arméniens qui vivaient dans l’Empire, 1 500 000 ont été exterminés. Depuis, la diaspora n’a eu de cesse de réclamer la reconnaissance du premier génocide du XXe siècle, en premier lieu par la Turquie.

    Il aura fallu attendre 2001 pour que la France promulgue une loi afin de reconnaître publiquement le génocide arménien. Ce mardi, une banderole commémorative a été dévoilée par la présidente du département des Bouches-du-Rhône Martine Vassal (DVD), en présence d’Ara Mkrtchian, consul général d’Arménie à Marseille et des représentants du CCAF Sud (Conseil de coordination des Arméniens de France). « Nous refusons le négationnisme » a lancé Martine Vassal, évoquant « un passé douloureux et une plaie qui n’est pas refermée », et voyant dans l’entêtement des gouvernements turcs successifs, « un échec de leur part, puisque nos générations continuent de commémorer le génocide ».

    « L’union des Arméniens n’est pas un choix, mais une condition de survie », a souligné Azad Balalas-Kazandjian, co-président du CCAF Sud. En plus de la reconnaissance du génocide par l’État turc, les Arméniens doivent encore « continuer le combat. L’Artsakh est victime d’une nouvelle épuration ethnique ». En dépit de pourparlers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la guerre dans le Haut-Karabakh reste d’une actualité brûlante. Le consul général a salué « l’amitié franco arménienne » dans cette volonté « de refuser l’oubli et l’indifférence », tout en regrettant que « l’histoire semble condamnée à répéter les erreurs du passé ». La guerre a en effet réactivé les démons négationnistes. Au-delà d’une banderole, le Département a édité et affiché les portraits des 19 prisonniers arméniens toujours détenus en Azerbaïdjan et condamnés « à y mourir », craint Aurore Bruna, co-présidente du CCAF (Conseil de coordination des Arméniens de France) Sud, si la communauté internationale « continue à détourner le regard ».

    Le silence tue aussi

    « Le monde que nous voyons aujourd’hui nous fait peur, il n’a pas tiré de leçon des horreurs du XXe siècle », a encore estimé Aurore Bruna. Elle témoignait de la campagne de « déshumanisation, arménie-phobie et incitation à la haine » menée par le gouvernement de Bakou, d’un « musée de casques de soldats arméniens tués, de la rebaptisation par le président Ilham Alijyev de la rue principale de Stepanakert du nom d’Enver Pacha », en interrogeant le silence de la communauté internationale : « Que ferait le monde si une rue prenait le nom de Joseph Goebbels ? »

    Un devoir de mémoire essentiel jusqu’ici aussi. La mairie des 9e et 10e arrondissements de Marseille, qui a basculé dans les filets de l’extrême droite, organise un moment commémoratif. La mémoire et les idées courtes, le RN oublie qu’en 2012, le FN s’est inscrit contre la loi de pénalisation du négationnisme à l’égard des génocides et que Marine Le Pen, en 2019, s’est opposée à l’inscription officielle au calendrier républicain de la France du 24 avril comme journée officielle de commémoration du génocide. Les représentants du CCAF, Aurore Bruna et Azad Balalas-Kazandjian, également élu à la Ville de Marseille, ne participeront pas, cette année, à la cérémonie dans les 9-10.

    Ce sont près d’une centaine de communes, en France, qui organisent le 24 avril un moment républicain dédié à la mémoire du génocide arménien de 1915. En revanche, le CCAF n’organise plus le rassemblement marseillais qui a lieu chaque année devant le consulat de Turquie, dont un autre collectif d’associations s’est chargé . « Depuis quatre ans que le 24 avril est devenu journée nationale, cela permet à chacun de se rendre à la cérémonie dans son lieu de résidence et cette manifestation a de fait connu quelques déperditions de forces, explique Azad Balalas Kazandjian. Nous avons conservé le rendez-vous républicain du matin. » Aurore Bruna précise également qu’un colloque « réunissant plusieurs intellectuels sur la question du négationnisme était prévu, mais plusieurs de ces derniers s’étant désistés, nous avons reporté l’événement ».

    LES RENDEZ-VOUS COMMÉMORATIFS

    Marseille

    Ce mercredi 22 avril à partir de 19h30, une cérémonie d’illumination du Palais du Pharo aux couleurs du drapeau arménien est organisée en présence du maire, Benoît Payan.

    Un rassemblement est prévu le vendredi 24 avril à 17h aux abords du consulat de Turquie organisé par CPLM (Courir pour la Mémoire).

    Aubagne

    Une commémoration est organisée ce vendredi 24 avril au cimetière Fenestrelle, de 17h à 18h.

    Carry-le-Rouet

    Un hommage aux victimes du génocide arménien est organisé au Monument aux morts, le samedi 25 avril, de 11h à 12h.

    Simiane-Collongue

    Une commémoration du génocide arménien, suivie de l’inauguration du Square d’Arménie, aura lieu le vendredi 24 avril à 11h, en haut des Cours du Héros.

    Le Cannet

    Une cérémonie est organisée par la Ville, en coopération avec l’Union des Arméniens de Cannes et ses environs. L’événement se déroulera le vendredi 24 avril à 10h, devant le Monument aux Morts, Square Pietra-Santa.

    La Ciotat et Ceyreste

    Un hommage sera rendu le vendredi 24 avril à partir de 11h, avec un dépôt de gerbes suivi d’une prise de paroles des autorités, Avenue Louis-Crozet à La Ciotat, et face à l’école Jean-D’Ormesson, à Ceyreste.

    Cabriès-Calas

    Un hommage est organisé par la ville le dimanche 26 avril à partir de 11h30 sur la Place du 24-avril-1915, avec une cérémonie et un dépôt de gerbes.

  • Arménie, garder la mémoire vive !

    Arménie, garder la mémoire vive !

    Nous devrions tous clamer « nous sommes tous des Arméniens ! ». Peuple martyrisé, peuple génocidé, mais peuple qui a su survivre et transmettre, se relever, s’installer dans le monde, bâtir un pays, l’Arménie, et qui continue de se battre pour préserver l’intégrité de cette nation, cœur battant d’une culture, d’une langue.
    La commémoration du début du génocide arménien, le 24 avril 1915, doit rester un grand événement. Tout d’abord en mémoire des près de deux millions de victimes et, ensuite, parce que ce crime contre l’humanité n’a toujours pas été reconnu par le pays qui l’a perpétré, la Turquie. Un déni, un effacement qui tue une nouvelle fois les Arméniens. C’est aussi parce que l’Arménie se bat dans la quasi-indifférence générale de la communauté internationale pour préserver l’intégrité de son territoire.

    Nettoyage ethnique au Haut-Karabagh

    Les guerres menées dans le Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan contre la République d’Artsakh ont été meurtrières, poussant à l’exil quelque 140 000 Arméniens. Ce fut un véritable « nettoyage ethnique » mené un siècle après le génocide de 1915, preuve que le ventre de la bête est toujours fécond. Preuve, aussi, que l’indifférence tue puisque peu se sont émus de ce bégaiement de l’Histoire. Hier et aujourd’hui sont indissociables et on ne peut se recueillir en mémoire des Arméniens de 1915 sans être solidaires des Arméniens des années 2020. Les nombreuses cérémonies et manifestations se déroulant ces prochains jours, dans notre région, portent la mémoire vive de nos sœurs et frères arméniens.

  • Rue de Tivoli, l’hommage et le sentiment d’abandon

    Rue de Tivoli, l’hommage et le sentiment d’abandon

    L’hommage sans discours est ponctué d’une minute de silence et d’un dépôt de gerbes au pied d’une plaque commémorative, accrochée par le collectif Tivoli-9 avril, où figurent les prénoms des victimes. Huit bougies sont allumées. « On a décidé d’un recueillement intime et de cette plaque pour interpeller parce qu’on se sent oublié et envahi par les tagueurs. On commence à ne plus y croire, chaque victime se sent abandonnée à ses contrats privés en l’absence d’un accord-cadre », explique Johanne Raimbault, membre du collectif.

    Lettres au Préfet

    Le 9 avril 2023. Une explosion au gaz provoque l’effondrement de deux immeubles, faisant huit morts et entraînant l’évacuation d’environ 350 personnes au Camas. Trois ans plus tard, six immeubles toujours inhabités, les murs de la dent creuse couverts de tags et un permis de construire décrépi, traduisent une situation au point mort. Dans la foule, Didier Jau, le maire (EELV) du secteur ne cache pas son « émotion » avec en tête les images de la nuit du 9 avril. Plusieurs adjoints du Printemps marseillais sont présents. Avec eux, le vice-amiral, Lionel Mathieu, du Bataillon des marins pompiers et Céline Lefléfian, la directrice de la police municipale.

    « La Direction interministérielle d’aide aux victimes a envoyé un mauvais message », poursuit Johanne Raimbault. Les deux ministres nommés à l’époque ont été démis sans explication en décembre. Le nouveau préfet ne répond pas. « Je pense qu’ils n’y croient plus… Le dernier Comité local d’aide aux victimes pour monter accord-cadre a eu lieu en mai sans résultat. » Celui de décembre a été annulé. Ce long bras de fer avec les assurances et la disparition de dispositifs d’aide aux victimes alimentent le sentiment d’oubli. « Seul un accord-cadre permettrait une indemnisation groupée et le maire Benoît Payan a de nouveau écrit au Préfet pour demander avec toute la force de la ville qu’il puisse intervenir », reprend Didier Jau.

    L’information judiciaire se poursuit. L’enquête vise à déterminer le mécanisme ayant conduit à l’écoulement du gaz et l’explosion. Elle pourrait être clôturée dans l’année à l’issue d’une contre-expertise toujours en cours. Aucune mise en examen n’a été prononcée.

    « On continue à se battre puisqu’on est renvoyé à notre assurance privée », reprend Johanne Raimbault. « Notre combat maintenant sera aussi de faire évoluer la loi car il y aura d’autres accidents collectifs de ce genre, pour que les prochaines victimes ne subissent pas la double peine qu’on vit. »