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  • [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    [Quoi de neuf] Lise Simonetti : « L’histoire de l’esclavage est encore bien vivante »

    Rémy Cougnenc : Quel est le sens de cette semaine de commémoration de l’abolition de l’esclavage (5 au 12 mai) à Montpellier ?

    Lise Simonetti : La semaine des libertés s’est construite assez récemment. Notre collectif du 10 mai pour la mémoire de l’esclavage existe depuis 2006 et tâche, chaque année, de transmettre l’histoire de l’esclavage et de la traite négrière au public de Montpellier. On avait un programme autour des conséquences psychologiques. Notre envie c’était de dépoussiérer l’Histoire pour la replacer dans sa contemporanéité, pour faire réfléchir le public sur les conséquences aujourd’hui. Depuis les abolitions, l’histoire a été occultée en permanence. Elle est apprise à l’école de façon tronquée, les enseignants manquent de formation et elle est enseignée à un âge où on ne laisse pas aux enfants l’occasion de faire des liens avec des phénomènes plus récents comme la colonisation, le néo-colonialisme et l’économie actuelle, le libéralisme débridé… Or, l’histoire de l’esclavage est un bouleversement originel qui, par son idéologie, a conduit à l’économie telle qu’on la connaît. Elle a eu des conséquences graves : le racisme s’est construit durant ces périodes avec la « négrification » de l’esclavage, poursuivi par la pensée coloniale. La pensée de Patrice Lumumba [homme d’État congolais, figure des luttes pour l’indépendance et la dignité des peuples africains, Ndlr.], dont on fêtera le 100e anniversaire de la naissance, l’illustre bien. On souhaite faire prendre conscience aux gens que cette histoire est malheureusement encore bien vivante.

    Olivier Nottale : Ferdinand Fortes (Divergence), quelque chose à ajouter ?

    Ferdinand Fortès : Beaucoup de choses de notre histoire actuelle émanent des maux de l’esclavage. On gagnerait à l’enseigner à nos enfants pour arriver à dépasser cette vision qu’on peut avoir de l’Africain, du noir. En Afrique, on dit que l’esclavage ne s’est jamais vraiment arrêté, il a juste changé de visage, mis un autre masque. On a eu ensuite la colonisation puis le travail forcé, une sorte de retour de l’esclavage, les indépendances, puis à la sortie ce qu’on a appelé la « colonisation à la cuillère ». À la sortie de la colonisation, on a expliqué qu’elle leur avait beaucoup apporté et qu’ils devaient de l’argent ! Il fallait garder sous emprise ces peuples. On a eu la Françafrique…

    Rémy Cougnenc : Avez-vous le sentiment qu’il subsiste un tabou en France sur le sujet ?

    Ferdinand Fortès : Ce n’est pas un sentiment, il y a un tabou. On n’a qu’à voir ce qu’a voté la France aux Nations Unies. Quand il a fallu reconnaître l’esclavage comme plus grave crime contre l’humanité (résolution du Ghana à l’ONU le 25 mars dernier), la France, comme une bonne partie de l’Europe, s’est abstenue. Alors même que depuis 2001, la loi Taubira le reconnaît.

    Lise Simonetti : Heureusement 83 pays ont voté pour. Ce qui est important c’est que cela replace l’esclavage comme une bombe au niveau du commerce mondial. L’esclavage a transformé le commerce à l’international en mettant à jour les rapports de force entre les pays. L’esclavage, c’est 400 ans de déportation, avec la moitié des personnes raptées en Afrique qui meurent avant d’arriver de l’autre côté de l’océan. Des esclaves qui ont subi une maltraitance, une violence inouïe aux États-Unis et dans les colonies françaises (ou britanniques). À ce sujet, je vous conseille le film « Furcy, né libre », d’Abd Al Malik très bien documenté, pédagogique et visible par tous. La violence est suggérée. On voit que les esclaves étaient considérés comme des biens meubles : des tables et des chaises qui se transmettaient comme une armoire. C’est 400 ans de déshumanisation [près de 60 millions d’êtres humains, Ndlr.].

    Olivier Nottale : Ensuite il y a eu la transformation de l’esclavage…

    Lise Simonetti : Tout à fait. Il y a eu la transition entre l’esclavage et la colonisation. Avec le développement des industries, on avait besoin d’être indépendant énergétiquement. On est ainsi passé d’un besoin en force humaine à un besoin de ressources. C’est uniquement pour cela que l’esclavage a été aboli, ce n’est pas une entreprise philanthropique. On peut se demander s’il n’y avait pas eu la révolution industrielle si l’esclavage n’aurait pas perduré. C’est pourquoi le tronçonnement des événements historiques entre eux ne permet pas au public de s’en rendre compte. Il faut rétablir une continuité historique et l’enseigner aux enfants à un âge où ils sont capables de comprendre.

    Rémy Cougnenc : L’esclavage a été aboli en 1848 en France, en 1865 aux USA mais derrière a été suivi de lois ségrégationnistes, de violences de type Ku Klux Klan…

    Lise Simonetti : Oui c’est un ectoplasme qui se modifie, un kaléidoscope qui ne fait que tourner. On a les mêmes ingrédients agencés différemment mais toujours au détriment de l’Afrique avec des schémas de domination et d’exploitation. Quand on voit comment Areva au Niger extrait l’uranium, pollue l’air avec la poussière, utilise des milliers de litres d’eau issus de nappes et ne paye aucun impôt au Niger… Un rapport de l’Unesco de 2020 évoque les conséquences psychologiques et sociales de l’esclavage (…).

    * À Montpellier, une marche du souvenir est organisée le 10 mai à 15h au départ de la place Albert 1er.

    Retrouvez l’émission en cliquant sur le lien.

  • La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    La mémoire des déportés et l’appel à la paix

    Une semaine après le voyage du collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, à Berlin, pour commémorer le 81e anniversaire de la libération par l’Armée rouge du camp de Sachsenhausen, où furent déportés 250 Marseillais raflés lors de l’opération Sultan au début de l’année 1943 (notre édition du 18/04), c’est devant le mémorial de la déportation, à Marseille, qu’a été rendu un hommage, ce dimanche, aux déportés, à l’occasion de la journée nationale qui leur est dédiée.

    « La mort par le gaz, le travail forcé, la faim, la soif, les sévices de toutes sortes : tel était le traitement infligé à tous ceux que les nazis considéraient comme des ennemis du Reich en raison de leur engagement dans la Résistance, de leurs choix politiques, de leurs convictions religieuses, de leur mode de vie, ou même sans raison particulière pour toutes les victimes des rafles », a rappelé au micro la présidente départementale de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes, Jeannine Trucy. Et d’évoquer la découverte de l’horreur concentrationnaire par les armées alliées lors de la libération des camps, « une entreprise systématique de déshumanisation poussée à l’extrême », résume-t-elle, les dernières Marches de la mort avec l’évacuation des survivants, la difficulté du retour à la vie.

    « Mais, fidèles aux serments prêtés à leurs camarades disparus, les survivants ont, malgré leurs propres traumatismes ou la difficulté d’être crus, pris le chemin courageux du témoignage », lit Jeannine Trucy. Avant de souligner : « Au moment où les derniers déportés nous quittent, la remémoration de leurs engagements et de leurs sacrifices doit continuer d’être un rempart contre l’ignorance, l’oppression et l’antisémitisme ».

    Surtout, ce devoir de mémoire se trouve confronté à l’actualité internationale, face à la multiplication des conflits et leur cortège de crimes. « Aujourd’hui se jouent de nouveaux équilibres mondiaux dans des rapports de force anxiogènes, et le combat des déportés, attachés au respect du droit international porté par le tribunal de Nuremberg, ne doit pas rester vain », insiste la représentante de la Fédération nationale des déportés, appelant donc à poursuivre le travail de transmission, « un acte de confiance à l’égard des jeunes générations dont la conscience et la responsabilité doivent permettre de garantir les valeurs civilisatrices de paix, de liberté, de dignité pour tous ».

    Reconnaissance tardive

    Mais, avant que ne résonne le chant des marais, sur la place du 24-Janvier 1943, pour la première fois à Marseille, le Mémorial de la déportation homosexuelle a pu déposer une gerbe lors de la cérémonie officielle, au pied du mémorial, au côté de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes. « Pour nous, c’est un grand événement, c’est trente ans d’obstination qui permettent d’aboutir à cela », partage Christian de Leusse, animateur de l’association Mémoire des sexualités. Depuis 1995, comme à Paris et Lille, la gerbe déposée en hommage à ces déportés portant le triangle rose était déposée en dehors de la cérémonie officielle. Il a fallu attendre 2010 pour que le Mémorial de la déportation homosexuelle soit convié, sur recommandation du défenseur des droits auprès du préfet. « Les membres de la communauté LGBT ont subi eux aussi, comme les autres, ils ont le droit d’être là », souligne Christian de Leusse, qui a porté ce combat pendant des années, après avoir rencontré dans les années 1980 Pierre Seel, le seul en France à avoir témoigné d’une déportation pour motif d’homosexualité. « En 1982, quand il a entendu l’évêque de Strasbourg traiter les homosexuels d’handicapés, lui qui était catholique, a envoyé un courrier à la presse », explique le militant marseillais. C’est le journaliste Jean le Bitoux qui a fait connaître ensuite son histoire et qui a proposé à Christian de Leusse, en 1995, de déposer cette première gerbe à Marseille. Un geste répété jusqu’à ce qu’il soit reconnu officiellement ce dimanche. « L’article 175 qui réprimait l’homosexualité en Allemagne n’a été aboli que dans les années 1980, en France, c’était en 1982… Les mentalités évoluent lentement », explique-t-il.

  • Contre le déni, 111 ans de lutte arménienne

    Contre le déni, 111 ans de lutte arménienne

    Le 24 avril 1915, le régime ottoman entamait son entreprise génocidaire contre le peuple arménien. Sur les 2,5 millions d’Arméniens qui vivaient dans l’Empire, 1 500 000 ont été exterminés. Depuis, la diaspora n’a eu de cesse de réclamer la reconnaissance du premier génocide du XXe siècle, en premier lieu par la Turquie.

    Il aura fallu attendre 2001 pour que la France promulgue une loi afin de reconnaître publiquement le génocide arménien. Ce mardi, une banderole commémorative a été dévoilée par la présidente du département des Bouches-du-Rhône Martine Vassal (DVD), en présence d’Ara Mkrtchian, consul général d’Arménie à Marseille et des représentants du CCAF Sud (Conseil de coordination des Arméniens de France). « Nous refusons le négationnisme » a lancé Martine Vassal, évoquant « un passé douloureux et une plaie qui n’est pas refermée », et voyant dans l’entêtement des gouvernements turcs successifs, « un échec de leur part, puisque nos générations continuent de commémorer le génocide ».

    « L’union des Arméniens n’est pas un choix, mais une condition de survie », a souligné Azad Balalas-Kazandjian, co-président du CCAF Sud. En plus de la reconnaissance du génocide par l’État turc, les Arméniens doivent encore « continuer le combat. L’Artsakh est victime d’une nouvelle épuration ethnique ». En dépit de pourparlers entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la guerre dans le Haut-Karabakh reste d’une actualité brûlante. Le consul général a salué « l’amitié franco arménienne » dans cette volonté « de refuser l’oubli et l’indifférence », tout en regrettant que « l’histoire semble condamnée à répéter les erreurs du passé ». La guerre a en effet réactivé les démons négationnistes. Au-delà d’une banderole, le Département a édité et affiché les portraits des 19 prisonniers arméniens toujours détenus en Azerbaïdjan et condamnés « à y mourir », craint Aurore Bruna, co-présidente du CCAF (Conseil de coordination des Arméniens de France) Sud, si la communauté internationale « continue à détourner le regard ».

    Le silence tue aussi

    « Le monde que nous voyons aujourd’hui nous fait peur, il n’a pas tiré de leçon des horreurs du XXe siècle », a encore estimé Aurore Bruna. Elle témoignait de la campagne de « déshumanisation, arménie-phobie et incitation à la haine » menée par le gouvernement de Bakou, d’un « musée de casques de soldats arméniens tués, de la rebaptisation par le président Ilham Alijyev de la rue principale de Stepanakert du nom d’Enver Pacha », en interrogeant le silence de la communauté internationale : « Que ferait le monde si une rue prenait le nom de Joseph Goebbels ? »

    Un devoir de mémoire essentiel jusqu’ici aussi. La mairie des 9e et 10e arrondissements de Marseille, qui a basculé dans les filets de l’extrême droite, organise un moment commémoratif. La mémoire et les idées courtes, le RN oublie qu’en 2012, le FN s’est inscrit contre la loi de pénalisation du négationnisme à l’égard des génocides et que Marine Le Pen, en 2019, s’est opposée à l’inscription officielle au calendrier républicain de la France du 24 avril comme journée officielle de commémoration du génocide. Les représentants du CCAF, Aurore Bruna et Azad Balalas-Kazandjian, également élu à la Ville de Marseille, ne participeront pas, cette année, à la cérémonie dans les 9-10.

    Ce sont près d’une centaine de communes, en France, qui organisent le 24 avril un moment républicain dédié à la mémoire du génocide arménien de 1915. En revanche, le CCAF n’organise plus le rassemblement marseillais qui a lieu chaque année devant le consulat de Turquie, dont un autre collectif d’associations s’est chargé . « Depuis quatre ans que le 24 avril est devenu journée nationale, cela permet à chacun de se rendre à la cérémonie dans son lieu de résidence et cette manifestation a de fait connu quelques déperditions de forces, explique Azad Balalas Kazandjian. Nous avons conservé le rendez-vous républicain du matin. » Aurore Bruna précise également qu’un colloque « réunissant plusieurs intellectuels sur la question du négationnisme était prévu, mais plusieurs de ces derniers s’étant désistés, nous avons reporté l’événement ».

    LES RENDEZ-VOUS COMMÉMORATIFS

    Marseille

    Ce mercredi 22 avril à partir de 19h30, une cérémonie d’illumination du Palais du Pharo aux couleurs du drapeau arménien est organisée en présence du maire, Benoît Payan.

    Un rassemblement est prévu le vendredi 24 avril à 17h aux abords du consulat de Turquie organisé par CPLM (Courir pour la Mémoire).

    Aubagne

    Une commémoration est organisée ce vendredi 24 avril au cimetière Fenestrelle, de 17h à 18h.

    Carry-le-Rouet

    Un hommage aux victimes du génocide arménien est organisé au Monument aux morts, le samedi 25 avril, de 11h à 12h.

    Simiane-Collongue

    Une commémoration du génocide arménien, suivie de l’inauguration du Square d’Arménie, aura lieu le vendredi 24 avril à 11h, en haut des Cours du Héros.

    Le Cannet

    Une cérémonie est organisée par la Ville, en coopération avec l’Union des Arméniens de Cannes et ses environs. L’événement se déroulera le vendredi 24 avril à 10h, devant le Monument aux Morts, Square Pietra-Santa.

    La Ciotat et Ceyreste

    Un hommage sera rendu le vendredi 24 avril à partir de 11h, avec un dépôt de gerbes suivi d’une prise de paroles des autorités, Avenue Louis-Crozet à La Ciotat, et face à l’école Jean-D’Ormesson, à Ceyreste.

    Cabriès-Calas

    Un hommage est organisé par la ville le dimanche 26 avril à partir de 11h30 sur la Place du 24-avril-1915, avec une cérémonie et un dépôt de gerbes.

  • Arménie, garder la mémoire vive !

    Arménie, garder la mémoire vive !

    Nous devrions tous clamer « nous sommes tous des Arméniens ! ». Peuple martyrisé, peuple génocidé, mais peuple qui a su survivre et transmettre, se relever, s’installer dans le monde, bâtir un pays, l’Arménie, et qui continue de se battre pour préserver l’intégrité de cette nation, cœur battant d’une culture, d’une langue.
    La commémoration du début du génocide arménien, le 24 avril 1915, doit rester un grand événement. Tout d’abord en mémoire des près de deux millions de victimes et, ensuite, parce que ce crime contre l’humanité n’a toujours pas été reconnu par le pays qui l’a perpétré, la Turquie. Un déni, un effacement qui tue une nouvelle fois les Arméniens. C’est aussi parce que l’Arménie se bat dans la quasi-indifférence générale de la communauté internationale pour préserver l’intégrité de son territoire.

    Nettoyage ethnique au Haut-Karabagh

    Les guerres menées dans le Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan contre la République d’Artsakh ont été meurtrières, poussant à l’exil quelque 140 000 Arméniens. Ce fut un véritable « nettoyage ethnique » mené un siècle après le génocide de 1915, preuve que le ventre de la bête est toujours fécond. Preuve, aussi, que l’indifférence tue puisque peu se sont émus de ce bégaiement de l’Histoire. Hier et aujourd’hui sont indissociables et on ne peut se recueillir en mémoire des Arméniens de 1915 sans être solidaires des Arméniens des années 2020. Les nombreuses cérémonies et manifestations se déroulant ces prochains jours, dans notre région, portent la mémoire vive de nos sœurs et frères arméniens.

  • Rue de Tivoli, l’hommage et le sentiment d’abandon

    Rue de Tivoli, l’hommage et le sentiment d’abandon

    L’hommage sans discours est ponctué d’une minute de silence et d’un dépôt de gerbes au pied d’une plaque commémorative, accrochée par le collectif Tivoli-9 avril, où figurent les prénoms des victimes. Huit bougies sont allumées. « On a décidé d’un recueillement intime et de cette plaque pour interpeller parce qu’on se sent oublié et envahi par les tagueurs. On commence à ne plus y croire, chaque victime se sent abandonnée à ses contrats privés en l’absence d’un accord-cadre », explique Johanne Raimbault, membre du collectif.

    Lettres au Préfet

    Le 9 avril 2023. Une explosion au gaz provoque l’effondrement de deux immeubles, faisant huit morts et entraînant l’évacuation d’environ 350 personnes au Camas. Trois ans plus tard, six immeubles toujours inhabités, les murs de la dent creuse couverts de tags et un permis de construire décrépi, traduisent une situation au point mort. Dans la foule, Didier Jau, le maire (EELV) du secteur ne cache pas son « émotion » avec en tête les images de la nuit du 9 avril. Plusieurs adjoints du Printemps marseillais sont présents. Avec eux, le vice-amiral, Lionel Mathieu, du Bataillon des marins pompiers et Céline Lefléfian, la directrice de la police municipale.

    « La Direction interministérielle d’aide aux victimes a envoyé un mauvais message », poursuit Johanne Raimbault. Les deux ministres nommés à l’époque ont été démis sans explication en décembre. Le nouveau préfet ne répond pas. « Je pense qu’ils n’y croient plus… Le dernier Comité local d’aide aux victimes pour monter accord-cadre a eu lieu en mai sans résultat. » Celui de décembre a été annulé. Ce long bras de fer avec les assurances et la disparition de dispositifs d’aide aux victimes alimentent le sentiment d’oubli. « Seul un accord-cadre permettrait une indemnisation groupée et le maire Benoît Payan a de nouveau écrit au Préfet pour demander avec toute la force de la ville qu’il puisse intervenir », reprend Didier Jau.

    L’information judiciaire se poursuit. L’enquête vise à déterminer le mécanisme ayant conduit à l’écoulement du gaz et l’explosion. Elle pourrait être clôturée dans l’année à l’issue d’une contre-expertise toujours en cours. Aucune mise en examen n’a été prononcée.

    « On continue à se battre puisqu’on est renvoyé à notre assurance privée », reprend Johanne Raimbault. « Notre combat maintenant sera aussi de faire évoluer la loi car il y aura d’autres accidents collectifs de ce genre, pour que les prochaines victimes ne subissent pas la double peine qu’on vit. »

  • Au Camp des Milles, la mémoire comme rempart à la haine

    Au Camp des Milles, la mémoire comme rempart à la haine

    C’est devant le Wagon du Souvenir, dans le seul grand camp d’internement et de déportation français encore intact, que les représentants des autorités civiles et militaires régionales étaient invités à rendre hommage aux plus de six millions de victimes de la Shoah. Un devoir de mémoire singulièrement vibrant, et une alerte réactivée à l’heure où les derniers témoins de la barbarie humaine disparaissent, et alors que « le ciel s’assombrit », a souligné le président-fondateur de la Fondation du Camp des Milles-Mémoire et Éducation, Alain Chouraqui.

    Dans de longues listes qui glacent le sang, les élèves de l’École militaire ou de l’école Auguste-Boyer des Milles ont égrené les noms de centaines de victimes internées au camp, puis déportées. Les noms des 97 enfants retrouvés, dont le plus jeune était un bébé d’un an, les noms d’artistes et d’intellectuels, mais aussi ceux de Justes. Ils ne sont que 4 250 à avoir été honorés de ce titre en France.

    Vigilance et courage

    Puis est venue une autre lecture, celle d’un testament adressé à l’humanité tout entière : celui écrit par l’ancienne déportée et infatigable militante contre le négationnisme et l’antisémitisme, Denise Toros-Marter, soucieuse d’éviter un « nouvel Auschwitz ». Avec cette dimension pédagogique pour faire « barrage à la haine ».

    Au-delà de l’hommage, le devoir de mémoire est un devoir de conscience. Se souvenir oblige à regarder le présent avec acuité. « Aujourd’hui, notre France est sur une ligne de crête. Le risque pour la démocratie a été multiplié par six en 35 ans », a rappelé Alain Chouraqui en référence à la montée du racisme et à l’explosion des actes antisémites. Réaffirmant le rôle de vigie de la Fondation : « Ces dynamiques, qui viennent de loin, peuvent faire basculer notre société si elle succombe à un “vertige identitaire” mortifère ou se laisse bousculer par des provocations des porteurs de haine. »

    Maire d’Aix-en-Provence, Sophie Joissains (UDI), a appuyé sur « la cicatrice indélébile » laissée par le concours apporté par le régime de Vichy à la déportation, interrogeant la conscience de chacun. « Le jour où les derniers survivants vont s’éteindre, il faudra avoir le courage de se souvenir », a encore préconisé le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, citant Paul Éluard, « sans quoi nous disparaîtrons en tant qu’humanité ».

  • Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Les enfants de Saint-Jean et les rafles oubliées à Berlin

    Ils ont pris l’avion dimanche en direction de Berlin pour un rendez-vous qui fera date. Ce lundi une délégation du « Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943 » est l’invitée de l’ambassade de France, pour une table ronde intitulée : « Marseille 1943, les rafles oubliées ».

    Face à eux, un auditoire constitué de quelque 120 élèves allemands qui viendront écouter leur histoire d’enfant et celle de leurs familles qui, entre le 22 et le 24 janvier 1943, comptèrent parmi les 20 000 Marseillais raflés, internés au camp de Fréjus puis déportés par centaines dans les camps nazis parce qu’ils étaient juifs, résistants ou habitants d’un lieu jugé « criminogène ».

    « C’est Marseille qui est mise à l’honneur. Se retrouver 80 ans plus tard à l’ambassade de France en Allemagne pour témoigner comme survivant, est un symbole pour les enfants du quartier Saint-Jean », explique l’avocat Pascal Luongo, porte-parole du collectif. « Que les anciens qui sont les enfants d’hier, viennent raconter à ceux d’aujourd’hui, en Allemagne, dans une transmission directe, cette histoire restée longtemps effacée des mémoires, c’est très fort. »

    à ses côtés, ils seront quatre témoins : Antoine Mignemi, président du collectif qui milite pour faire reconnaître les rafles de Marseille et la destruction des quartiers du Vieux-Port comme crime contre l’humanité, Suzanne Fritz, Gérard Agresti dont le père a été déporté à Sachsenhausen d’où il a pu revenir et témoigner, et Claude Arovas dont la famille a été déportée et exterminée à Sobibor.

    Les héritiers retapent

    à la porte du pouvoir

    L’invitation a été lancée par la Commission pour la restitution des biens et l’indemnisation des victimes de spoliations antisémites dont une antenne est rattachée à l’ambassade. Le contact s’est noué en 2024 à Berlin où Pascal Luongo était invité par le Mémorial des juifs assassinés d’Europe, pour l’exposition « Les Indésirables » dans laquelle les rafles de 1943 étaient traitées.

    « Les Allemands travaillent la question de cette catégorie de déportés dans les camps qui n’a pas été jusqu’ici l’objet de nombreux travaux. Ils avaient appris notre existence lors du procès du nazi Schütz, gardien du camp de Sachsenhausen, deux ans auparavant », raconte Me Luongo.

    Cette table ronde sur les rafles oubliées à Marseille sera le point d’orgues du cycle mémoriel des 80 ans de la libération des camps nazis qui a marqué l’année 2025 en Allemagne. Un nouveau cycle s’ouvrira en 2026. Et Marseille y trouvera encore sa place, puisque l’expo « Marseille se souvient » présentée sur le Vieux-Port en 2023, sera montée à Hambourg dans le cadre du jumelage entre les deux villes.

    « Ce symbole très fort d’union des mémoires de nos deux pays, prend tout son sens dans un moment particulièrement troublé où les héritiers de ce qui s’est passé à Marseille, l’extrême droite nazie et l’extrême droite française de Vichy, retapent à la porte du pouvoir », insiste Pascal Luongo. « Ce temps très républicain est aussi important dans notre combat pour la reconnaissance des crimes contre l’humanité commis à Marseille ». La procédure est d’ailleurs observée de près outre-Rhin, et l’enquête du parquet national ouverte en 2019 est sur le point d’aboutir selon l’avocat marseillais qui a bon espoir pour 2026.

    En attendant, le collectif poursuit à Marseille ses conférences auprès des lycéens, collégiens et écoliers, avec la volonté que la Ville inscrive cette mémoire dans l’espace public à travers des lieux de commémoration. « Le quartier Saint-Jean disparu, la gare d’Arenc… Il y a un besoin de faire vivre cette mémoire. On a reçu des signaux très positifs de la municipalité sur un changement de nom de place, un travail sur des lieux de commémoration. Tout le monde doit jouer le jeu. On construit patiemment mais vaillamment », reprend l’avocat qui espère s’appuyer sur ce qui est fait avec les Allemands pour faire avancer les choses.

    La commémoration du 83e anniversaire de ces rafles aura lieu le 24 janvier, une semaine avant les « officielles ». En février, un moment autour de la paix est prévu par le collectif avec la communauté de Sant’Egidio, un mouvement d’éducation populaire italien.

  • Marchais, l’ouvrier devenu patron des communistes

    Marchais, l’ouvrier devenu patron des communistes

    Rien ne prédestinait ce fils d’agriculteurs, enfant de chœur, rêvant de devenir ouvrier, à être l’une des principales figure du communisme européen de la fin du XXe siècle. Accéder au poste de secrétaire général en 1972, ce n’était pas rien, du temps où le PCF, le plus puissant à gauche, très loin devant le PS revendiquait près d’un million de militants et avait la CGT dans sa poche. Il rendit possible le programme commun et la victoire de l’union de la gauche aux municipales de 1977 et ensuite en 1981.

    « Georges » à la stature imposante et au large sourire était un séducteur avec un côté foncièrement attachant pour l’avoir rencontré en août 1985 à Moscou lors du festival mondial des jeunes et des étudiants. Il avait aussi le cuir épais et il le fallait car, réquisitionné à 22 ans pour aller travailler au STO en Allemagne en 1942 ce lui fût reproché « de façon dégueulasse » par ses adversaires quarante ans plus tard comme si cela faisait du jeune Marchais victime des lois scélérates de Vichy un collabo ! Reproches lui furent fait aussi de se rapprocher du « grand frère » soviétique, allant jusqu’à juger son bilan « globalement positif » et justifier l’invasion de l’Afghanistan.

    Au final, il était un homme tout aussi charismatique que passionnant, tout en nuances, un dirigeant politique bien plus complexe qu’il n’y paraissait. Sincère et loyal dans ses combats, celui qui fut ouvrier ajusteur et qui défendait l’idée que le pouvoir ne devait pas appartenir à ceux qui se prétendent faits pour l’exercer. Ce que l’on sait moins c’est que cultivé, il était notamment fou de jazz, qu’il ne se lassait d’écouter et sur lequel il était intarissable.

    Et puis dans les années 70 les médias ne concevaient pas un débat politique sans lui et son sens de ce que l’on appelle aujourd’hui « la punchline ». Il avait le sens du spectacle et ses joutes avec les journalistes politiques restent gravées dans les mémoires notamment en 1980 alors en vacances lorsqu’il déclare à l’antenne : « J’ai dit à ma femme, François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun, Liliane fait les valises, on rentre à Paris. »

  • 13 novembre : dix ans après, l’Occitanie se souvient

    13 novembre : dix ans après, l’Occitanie se souvient

    Dix ans se sont écoulés, mais l’émotion demeure intacte. Ce jeudi 13 novembre, à midi, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées devant l’Hôtel de Ville de Nîmes pour honorer la mémoire des victimes des attentats de Paris et Saint-Denis. Autour du maire Jean-Paul Fournier, des élus et du préfet, une minute de silence a d’abord été observée, « un silence où se mêlent la peine et l’espérance », a-t-il déclaré, rappelant la gravité de ces attentats qui ont « fait vaciller tout un pays », marqué une génération entière et transformé durablement l’approche nationale face au terrorisme. S’en est suivi l’hymne national, en mémoire des 132 morts et des centaines de blessés.

    Le maire a insisté sur la nécessité de transmettre cette mémoire collective : « Dix ans ont passé, mais la France n’oublie pas. Elle se recueille et elle tient debout. Et ici comme ailleurs, nous faisons vivre ce qui a été attaqué : la liberté, la fraternité, la laïcité. » Le préfet Jérôme Bonet, présent à ses côtés, a salué l’engagement des forces de secours mobilisées en 2015 et la responsabilité de chacun dans la défense des valeurs républicaines.

    Se souvenir ensemble

    À Montpellier, un hommage s’est tenu à 14h30 au Monument aux morts, sur l’Esplanade Charles-de-Gaulle. Élus, habitants et représentants des institutions y ont participé, dans la continuité des commémorations organisées dans tout le pays. Là aussi, la sobriété et le recueillement ont dominé. Le maire Michaël Delafosse a rappelé que « le 13 novembre 2015, le fanatisme islamiste arrache les vies humaines au Bataclan, sur les terrasses ». Pour lui, l’hommage est aussi un engagement : « Notre pays affronte l’épreuve, en se tenant debout pour protéger nos valeurs de liberté et de fraternité. Les victimes sont indéfectiblement dans nos mémoires. Elles nous obligent, Montpellier se souvient. »

    À Nîmes et à Montpellier comme partout dans l’Hexagone, l’émotion était la même : une douleur encore sensible, mais aussi la nécessité de rester vigilant face à la menace et la volonté de rester unis. Dix ans après le 13 novembre, la région a réaffirmé une certitude : la mémoire continue de rassembler.

  • La France reçoit l’Ukraine dans un contexte particulier

    La France reçoit l’Ukraine dans un contexte particulier

    Le dénouement est tout proche pour les Tricolores, qui vont tenter de terminer le travail à Paris et de ne pas étirer le suspense jusqu’à l’ultime rendez-vous du groupe D, dimanche, en Azerbaïdjan. Même si le sélectionneur Didier Deschamps doit composer de nouveau avec une infirmerie bien garnie (le Ballon d’Or Ousmane Dembélé, Désiré Doué, Randal Kolo Muani, Aurélien Tchouaméni, Adrien Rabiot), il possède assez d’arguments pour éviter une mauvaise surprise contre une formation que ses joueurs avaient facilement dominée en Pologne (2-0) le 5 septembre, et obtenir ainsi le précieux sésame pour l’événement organisé aux États-Unis, au Mexique et au Canada.

    Les Français ne sont absolument pas dos au mur et la perspective d’un déplacement en Azerbaïdjan, la nation la plus faible de la poule, pour conclure la campagne qualificative, les déleste forcément d’une trop grande pression.

    Un hommage prévu, 10 ans après les attentats

    Il faudra juste demander à la sono du Parc des Princes d’avoir le bon goût de ne pas diffuser L’Amérique de Joe Dassin avant le coup d’envoi, contrairement au match France-Israël du 13 octobre 1993 (défaite 3-2), prélude au crash monumental du 17 novembre 1993 face à la Bulgarie (2-1) qui avait privé les hommes de Gérard Houllier du Mondial-94, aux USA.

    Avec trois points d’avance sur l’Ukraine à deux journées de la fin, la France possède un matelas confortable en tête de son groupe pour ne pas revivre le même cauchemar. Nul doute que le sélectionneur, qui a connu le fiasco de 1993 sur le terrain, saura comment prémunir ses joueurs de tout excès de confiance.

    « On a conscience de l’importance du match. Mais la qualification dépend de nous », a déclaré le technicien jeudi. Le capitaine Kylian Mbappé a de son côté appelé ses coéquipiers à « être courageux ». « Il n’y a qu’une seule option, c’est la victoire », a-t-il ajouté.

    Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et aux abords du Stade de France qui avaient fait 132 morts et plus de 350 blessés, la soirée sera aussi l’occasion d’un hommage aux victimes. Une bâche avec la mention « Football for Peace » sera déployée dans le rond central et les joueurs et l’encadrement français porteront l’insigne de la Fondation du Bleuet de France, qui aide les anciens combattants, les victimes de guerre et leurs familles.

    FRANCE – UKRAINE

    Qualifications pour la Coupe du monde 2026

    Parc des Princes (20h45)

    Arbitre : Slavko Vincic (SVN)

    France : Maignan – Koundé, Saliba, Upamecano, Digne – Kanté, Koné – Olise, Cherki, Barcola – Mbappé

    Ukraine : Trubin – Mykolenko, Matviienko, Zabarnyi, Konoplya – Kaliuzhnyi, Sudakov, Malinovskyi, Shaparenko, Gutsulyak – Vanat

    Un dispositif de sécurité légèrement renforcé

    Les autorités françaises ont amélioré leur dispositif de sécurité pour l’accueil de la sélection ukrainienne, ce jeudi. Tout d’abord car c’est la norme depuis le début de l’invasion russe, chaque déplacement ukrainien est spécialement entouré.

    Ensuite, car les commémorations des attentats du 13 novembre 2015 se dérouleront toute la journée dans les rues de Paris. Un dispositif est en place pour sécuriser ces événements et contrer toutes attaques. 45 000 fans français, ainsi que quelques supporters ukrainiens se déplaceront au Parc des Princes pour cette match de qualification à la Coupe du monde. Un hommage aux victimes de ces attentats est prévue, à 20h45, juste avant le coup d’envoi prévu.