La Marseillaise : Vous vous apprêtez à faire votre grand retour au Vélodrome, six ans après avoir quitté l’OM. Comment vous sentez-vous actuellement avec le FC Metz et comment appréhendez-vous cette rencontre face aux Olympiens ?
Bouna Sarr : D’un point de vue personnel, je me sens bien physiquement. Je suis content d’avoir réussi à reprendre des sensations après une longue période où je n’avais pas joué. Bien évidemment, j’aurais aimé et préféré avoir de meilleurs résultats et une meilleure position au classement avec Metz. Après, jouer contre un club comme Marseille, dans un stade comme le Vélodrome, ça reste un grand rendez-vous. Je suis très content de revenir, parce que c’est un club dans lequel j’ai évolué pendant cinq ans mine de rien. J’ai connu énormément de choses et j’ai de très bons souvenirs. Je suis très heureux de pouvoir revoir certains visages, de retrouver les supporters avec qui je pense que j’étais parti avec des très bons rapports. C’est un club que j’ai continué à suivre, que je porte dans mon cœur. Forcément, ce sera un match avec une saveur particulière. J’espère quand même qu’on repartira avec un beau résultat.
Pourquoi avoir choisi de revenir en Ligue 1 avec votre club formateur ?
B.S. : Je voulais revenir dans un environnement que je connais. J’ai toujours eu de très bons rapports avec le président (Bernard) Serin. Je pense que ça s’est fait naturellement et ça a facilité mon retour ici. Je pense que c’était la meilleure chose à faire pour moi et le meilleur choix que je pouvais faire à ce moment de ma carrière.
Vous avez quitté le Bayern Munich il y a quelques mois. Que retenez-vous de ce passage dans
le plus grand club allemand ?
B.S. : Je n’ai pas connu l’aventure que je voulais connaître par rapport à mes pépins physiques. Là où c’est un peu dommage, c’est que jusqu’à ce que j’arrive là-bas, on a pu le voir sur mes années à Marseille, j’ai toujours eu cette capacité à répéter les matchs. Je n’ai pas spécialement eu de blessures ou été éloigné du terrain pendant de longues périodes. Maintenant, c’est la vie, c’est le football. On ne peut pas revenir en arrière. J’ai eu quand même une très belle expérience avec des très grands joueurs, des très grandes personnes, dans un club historique, une très grande institution. C’est une aventure unique.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en portant le maillot d’une institution comme
le Bayern Munich ?
B.S. : La rigueur et le professionnalisme. C’est une machine à gagner et qui ne va jamais se rassasier de victoire. Quand on voit leur façon de jouer, de fonctionner et de dominer, on sait très bien que c’est un club à part. Ça a été une très belle expérience pour moi à ce niveau-là, de créer de l’exigence et du professionnalisme dans ma carrière. C’est vraiment quelque chose qui m’a marqué et que je suis fier d’avoir connu.
La pression est un sujet constant, que ce soit au Bayern ou à l’OM. On a beaucoup dit cette saison que tout le monde n’est pas fait pour jouer à Marseille. Vous êtes d’accord avec cela ?
B.S. : Tout le monde ne peut supporter la pression de Marseille, c’est une certitude. Parce que la pression est plus grande dans ce club que dans beaucoup d’autres. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de grandir en tant que homme. J’ai eu des périodes où j’étais pas mal critiqué. Je sais qu’il y a pas mal de joueurs qui auraient baissé les bras, qui auraient été impactés par ça. Je ne peux pas dire non plus que j’étais indifférent. Mais à un moment donné, j’ai su passer au-dessus. Surtout en performant sur le terrain, malgré la pression et malgré les critiques.
Avant d’évoluer à l’OM, vous occupiez un poste offensif.
C’est Rudi Garcia qui vous repositionne comme latéral droit. Comment l’avez-vous vécu à cette époque ?
B.S. : Je vous avouerais qu’au début, je n’étais pas enchanté. Mais j’ai voulu lui faire confiance. Et petit à petit, j’ai compris ce qu’il attendait de moi et j’ai pris du plaisir dans ce changement de poste. Après, un des arguments qui a réussi à me convaincre, c’est qu’il avait fait la même chose avec Alessandro Florenzi à l’AS Rome. Je me suis dit pourquoi pas. Aujourd’hui, je pense que quand on voit le football moderne, on se rend compte que les latéraux sont de plus en plus offensifs. Davantage comme des « contre-attaquants ». Il y a pas mal de latéraux aujourd’hui qui ont ce profil à pouvoir se projeter vers l’avant tout en assurant ce qui se passe dans leur dos et en répétant les efforts. Je pense qu’il a pu voir en moi ces qualités.
Quel est l’entraîneur qui vous a le plus marqué à l’OM ?
B.S. : (André) Villas-Boas. De par sa personnalité, de par la relation qu’on avait, de par cette confiance qu’il m’a donnée, que ce soit envers moi-même mais aussi au sein du groupe. Il m’a donné des responsabilités en me nommant troisième capitaine derrière des leaders comme (Steve) Mandanda et (Dimitri) Payet. C’est une personne qui a beaucoup fait pour moi pendant mes années à Marseille. Il est à l’origine, je pense, de mon départ au Bayern. Parce que sous ces ordres, j’ai réussi à être vraiment à l’aise et vraiment performant. C’est ça qui m’a permis de franchir un cap dans ma carrière.
Les supporters olympiens retiennent particulièrement votre but contre le RB Leipzig, en quart de finale retour de la Ligue Europa 2018.
B.S. : C’était magnifique. En termes de décibel, je ne pense pas qu’il y ait eu autant de bruit sur un but. Mais c’est aussi l’action qui fait ça. Il y a eu une double tentative de Morgan Sanson. Et j’arrive un peu de nulle part, là où on peut penser que l’action est finie. J’ai mis ce but qui est très important. Il a permis de nous redonner la confiance pour atteindre la qualification. Et qui nous a permis surtout d’y croire. Il y a même eu un film sur ce match. Je pense que ça veut dire que ce n’était pas n’importe quel match. Que ce soit le contexte, l’ambiance, les buts qu’on a pu mettre. C’était vraiment une soirée inoubliable.
Vous avez eu la chance de jouer dans de nombreux grands stades européens durant votre carrière. Est-ce que le Vélodrome reste le plus impressionnant ?
B.S. : J’ai connu vraiment des très très belles ambiances. Mais forcément, j’ai plus été marqué par celle du Vélodrome. Quand tu portes ce maillot, quand tu es porté par les supporters. Je n’ai pas connu d’autres stades qui m’ont donné ces sensations-là. En tout cas, autant. Clairement, j’ai vécu les meilleurs moments de ma carrière à Marseille.
Vous disiez au début de l’entretien que vous gardez toujours un œil sur les performances de l’OM. Quel est votre regard sur leur saison ?
B.S. : Je pense que c’est un peu dommage par rapport à leur parcours en Ligue des Champions, parce que forcément, chaque année, tu commences la saison déjà pour te qualifier. Mais quand, en plus de ça, tu y es, t’aspires à faire le meilleur parcours possible, parce que c’est un peu l’attente des supporters. Après, en championnat, ils sont largement en capacité d’assurer leur place en Ligue des Champions. S’ils y vont, on ne peut pas dire que c’est une saison ratée. C’est sûr que tu peux mieux faire, mais il n’y aura pas tout à jeter.
Est-ce qu’un retour à l’OM serait un jour envisageable ?
B.S. : Tout le monde connaît mon attachement à l’OM. C’est un club que je ne serais jamais en mesure de refuser.

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