La Marseillaise : Dimanche soir, dans quel état êtes-vous à l’annonce des résultats ?
Vincent Bouget : On réalise deux choses à la fois. D’abord qu’on fait le score important qu’on espérait : passer la barre des 30%. À Nîmes, au premier tour des municipales, c’est quand même formidable. Et en même temps, on prend en pleine figure la progression de l’extrême droite, accélérée sur la dernière semaine. Symboliquement, les voir passer devant, ça fait mal. Donc oui : une bonne nouvelle… un peu éclipsée par le risque RN. Et on comprend qu’on est entrés dans un moment grave et crucial. Il faut remobiliser, tout de suite, parce que beaucoup de nos électeurs ont eu du mal à avaler le truc.
Qu’est-ce que ce premier tour dit de Nîmes, selon vous ?
V.B. : Ça dit que Nîmes est abîmée. On a fait campagne sur le lien social, sur des gens qui se sentent isolés. Et le vote d’extrême droite, c’est une conséquence de l’affaiblissement du lien social, des difficultés à s’en sortir, des tensions. Et puis Nîmes n’est pas isolée : la montée de l’extrême droite, elle est partout. Enfin, ça dit aussi l’état dans lequel la droite laisse la ville. La droite a joué, même politiquement, comme tremplin à cette ascension.
Julien Sanchez a mené une campagne peu visible. Comment expliquer qu’il soit en tête ?
V.B. : Justement : ils n’ont pas besoin. Le vote d’extrême droite, c’est comme la fièvre. Quand un corps est malade, il réagit avec de la fièvre. Ils font deux, trois trucs un peu efficaces et ça suffit. Mais ça révèle surtout le vide : quelqu’un qui ne connaît pas la ville, pas ses habitants, pas son histoire. Et derrière, rien : ni projet, ni programme, ni vision, ni connaissance des dossiers… c’est le néant total.
Dans les quartiers populaires, vous êtes haut, mais la participation est très faible…
V.B. : La fracture démocratique qu’on dénonce est réelle, et ce n’est pas une campagne qui la répare. Il faut du temps. Dans ces quartiers, le sentiment que voter ne sert à rien est très fort, et les préoccupations immédiates écrasent le reste. Mais cette semaine, on sent davantage de mobilisation : le choix est plus clair. La possibilité que la gauche l’emporte, et le risque, en face, que l’extrême droite gagne, peuvent et doivent provoquer un sursaut supplémentaire. On va continuer à tout faire pour. Et moi, je pense que ça va pousser fort dimanche. C’est ce que nous renvoie le terrain.
Quel message envoyez-vous aux électeurs LFI et à ceux qui hésitent ?
V.B. : D’abord, à gauche, on peut avoir des choix différents, mais on peut se retrouver sur l’essentiel, d’autant que le risque de l’extrême droite est tel qu’il ne faut pas hésiter. Les électeurs LFI se sont mobilisés sur la colère sociale, le pouvoir d’achat, la lutte contre les discriminations : je partage ces combats-là. Et à ceux qui ne veulent ni RN ni gauche, je dis : on vit une inversion des valeurs, une forme de post-vérité. Des mots qui ne veulent plus rien dire, des mensonges. Moi, je m’adresse à l’intelligence et au discernement. Et surtout : ce que porte Julien Sanchez, ce sont des valeurs, des modèles – Jean-Marie Le Pen et Donald Trump – qui n’ont rien à voir avec un projet municipal sérieux pour Nîmes.

Leave a Reply