À l’angle de la rue du capitaine Dessemond et des Catalans, les voitures sont contraintes de bifurquer vers l’avenue de la Corse (7e). « Hé, mon vier », fait entendre un conducteur au volant avant de tourner les roues devant les barrières de sécurité. Un tumulte routier et une ponctuation de dépit qui laissent place, de l’autre côté de ce balisage, au doux murmure et aux sourires généralisés des passants de la 34e édition de La voie est libre, dimanche 22 février. Et la dernière du mandat du Printemps marseillais, qui avait lancé ce dispositif de piétonisation de la Corniche en 2021, réunissant à chaque reprise des milliers de personnes. Un petit symbole à Marseille, cette ville parmi les plus embouteillées et polluées d’Europe, et dénuée d’un réseau de « transports en commun digne de ce nom », fait remarquer Monique, jeune grand-mère habitant le secteur, venue se dégourdir les jambes en compagnie de son petit-fils. Des Catalans jusqu’au monument de l’Hélice sculpté par César, la Corniche devient le royaume des piétons et des « mobilités douces », présente la Ville, trottinettes et vélos en tête. « La voie est libre, c’est une réussite. Pas besoin de se méfier des scooters en traversant, pas un bruit. Et on profite du panorama », se réjouit, avec les îles du Frioul en toile de fond, Sophie, sexagénaire endimanchée qui confie « avoir souvent voté à droite par le passé ». Au niveau de Malmousque, Tom vient d’achever sa course à pied. Après quelques soupirs de fatigue, ce jeune néo-arrivant aux codes bobos résume son impression : « C’est une carte postale vivante. Si ça pouvait se produire plus souvent… On en est loin mais il faudrait aussi inonder la ville de pistes cyclables. » Autant de postures et considérations qui disent bien des choses de cet autre Marseille, celui d’un 7e arrondissement au vernis bourgeois.
Le public de La voix est libre « est composé par une majorité de gens qui habitent le 7e arrondissement, entre 50 et 60%. Un bon socle auquel il faut rajouter les habitants des arrondissements alentours ainsi que les touristes et les visiteurs », détaille la maire du premier secteur, Sophie Camard (GRS), devant sa permanence de campagne établie à Malmousque. « C’est un rendez-vous désormais bien inscrit et personne ne voudrait le voir s’arrêter », affirme l’élue, se référant aussi bien à la joie des badauds qu’aux récentes déclarations de Romain Simmarano (Ren), porte-parole de la candidate de la droite aux municipales, Martine Vassal, qui a déclaré il y a quelques jours à La Provence vouloir la poursuite de La voix est libre « avec un tracé jusqu’à l’Escale Borély ».
Entre des cabanes de restauration et un parcours de trottinettes dédié aux enfants, un groupe s’agite. « 1,2,3, pour Benoît Payan, tous ensemble ! », se motivent des joggeurs militants, un t-shirt blanc floqué du nom de leur favori et du logo du Printemps marseillais sur le dos, avant de cavaler faire circuler une pétition pour préserver La voix est libre. Que signe Nawyr, réalisateur marseillais et tout frais père de famille venu pour la première fois fouler de ses pas le dispositif. « On a l’impression que ce n’est pas le même Marseille. C’est relaxant. Il faudrait même que ça se déploie dans d’autres quartiers, pourquoi pas en centre-ville », fait part cet homme de 39 ans originaire de Belsunce. Corridor de 3,5km de calme pour l’occasion, l’apaisement de la Corniche rejaillirait presque sur les visages de ses promeneurs. Une torpeur contemplative qu’une fanfare de musiques latines ou des rires de minots viennent bousculer de temps à autre. Non loin du monument aux morts de l’armée d’Orient et des terres lointaines, de jeunes chanteurs gospel fredonnent « you don’t have to worry and don’t you be afraid ».

Leave a Reply