Dans cette usine de 60 000 m² fondée en 1875, une cinquantaine de salariés a fabriqué, autour de chaînes aujourd’hui automatisées, jusqu’à 25 millions de tuiles par an. Une production en 3×8, puisque le four à gaz, tunnel de 107 mètres de long, ne doit jamais s’éteindre. Mais un plan social a soufflé sur la flamme de l’activité de la dernière des tuileries marseillaises.
La célèbre tuile rouge marseillaise poinçonnée d’une abeille a fait le tour du monde. On la retrouve protégeant les toits de plus d’un port, en Méditerranée et au-delà. Pour que les bateaux de fret ne partent pas les cales vides, on les lestait des tuiles de Saint-André, qu’on déchargeait avant d’emmagasiner les produits d’importation. Elles étaient façonnées avec l’argile extraite de la colline, réputée d’une grande qualité. Mais après plusieurs tassements de terrain, notamment l’effondrement du cinéma de Grand Littoral en 1996, l’exploitation des sols a été mise à l’arrêt. D’autres sites ont fourni l’argile, Puyloubier au pied de la Sainte Victoire pour 80% et 20% étant acheminés d’Espagne. L’usine a progressivement perdu en compétitivité et, vieillissante, elle a manqué d’investissements
« Elle n’est plus rentable », a estimé le groupe BMI. La tuile de Saint-André termine donc sa route dans un plan social (PSE) signé jeudi 20 novembre, après deux jours de grève. La tuile de Marseille coûte « deux fois plus cher à produire qu’à l’usine automatisée de Limoux », reconnaît Farid Samba, délégué CGT du site. Et depuis 2023, les salariés subissent un à deux mois de chômage partiel par an. L’accord arraché par les syndicats par la grève prévoit : des reclassements internes, un budget de formation à hauteur de 13 000 euros par salarié et 2 000 euros supplémentaires pour les personnels âgés ou handicapés. Au-delà des indemnités réglementaires prévues par la convention « tuile et brique », ils ont obtenu des indemnités supralégales. « Mais ça reste un crève-cœur », regrette avec amertume le syndicaliste. La tuilerie de Saint-André était la dernière fabrique de terre cuite du Sud-Est, perpétuant une tradition héritée de l’artisanat du début du XIXe siècle. « La plupart des salariés habitent à l’Estaque ou Saint-André. C’est aussi tout le tissu social, les sociétés et les sous-traitants autour, qui se retrouve impacté. »
Monier France est la deuxième plus importante filiale d’un groupe mondial expert de la toiture. Après son transfert d’activité dans l’Aude, la tuilerie sera démantelée, a indiqué BMI. Sur l’ancien domaine Château Foresta, avec la fin de l’exploitation des gisements d’argile du bassin de Séon, c’est encore une page de 150 ans d’histoire industrielle qui se tourne. Reste à savoir quel avenir se dessine sous les lettres capitales Marseille.

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