En 1995, avec Toulon et Marignane, Orange était l’une des trois villes du sud à basculer au Front national. Depuis 30 ans, elle est la seule à demeurer aux mains de l’extrême droite. Élu maire avec 87 voix d’avance face à une droite désunie et au maire sortant DVG Alain Labbé, Jacques Bompard a ensuite été réélu dès le 1er tour en 2001, 2008 et 2014, qu’il soit sous l’étiquette du MPF ou ensuite de son propre parti, Ligue du sud. En 2020 seulement, il n’obtient « que » 47% des voix au 1er tour mais l’emporte largement au second (56%) dans le cadre d’une quadrangulaire, où figurait aussi le RN.
L’assise électorale étant posée, c’est la justice qui finit par déboulonner Jacques Bompard, quand bien même il reste encore aujourd’hui influent – en dehors de tout cadre légal il disposait d’un bureau à la mairie jusqu’en 2024 – et bénéficie d’une tribune dans le magazine municipal. Pourtant, en novembre 2021, la cour de cassation rejette son pourvoi, le condamnant définitivement pour prise illégale d’intérêts, entraînant 5 ans d’inéligibilité. Dans la foulée, son second fils, Yann, prend la suite en étant élu maire. Jusqu’à quand ? Car dans un mois, Yann Bompard comparaîtra, du 17 au 19 décembre, devant le tribunal correctionnel de Marseille dans un dossier d’emploi fictif au détriment de l’Assemblée nationale.
Un dossier qui éclabousse toute l’extrême droite puisque l’actuelle députée RN de la circonscription, Marie-France Lorho est jugée pour les mêmes faits. Ils remontent du temps où Yann Bompard était collaborateur parlementaire de la députée. Auparavant affidée du clan Bompard – elle avait succédé à Jacques en cours de mandat à l’Assemblée nationale -, Lorho est désormais brouillée avec la famille depuis qu’elle s’est rapprochée du RN. Elle est de son côté poursuivie comme auteure du détournement de fonds publics, mais aussi pour subornation de témoin. Constituée partie civile, l’Assemblée nationale a évalué son préjudice à 74 776 euros à l’égard de la députée et 42 753 euros pour le maire. En cas de condamnation impliquant une inéligibilité, les deux élus ne pourraient candidater aux municipales de mars.
En 2018, après avoir épuisé tous les recours judiciaires jusqu’à la cour de cassation, Francis Adolphe avait été poussé à la démission. Alors maire (ex-PS) de Carpentras, il avait été reconnu pour des faits de violence sur son ex-compagne, entraînant huit mois d’emprisonnement avec sursis, 5 000 euros d’amende et 5 ans d’interdiction de ses droits civiques, civils et de famille. Une inéligibilité entre-temps réduite puisqu’en 2021, il avait été candidat aux départementales, manquant de très peu la victoire face au binôme RN (139 voix). Voilà désormais que Francis Adolphe rêve de reprendre la mairie à celui qui lui a succédé en 2018, son ex-premier adjoint Serge Andrieu (DVG), avec qui il est en froid. Donné second d’un sondage derrière Andrieu, Adolphe (SE) espère, avec sa liste « Nous sommes tous Carpentras », rassembler à droite et à gauche hors des extrêmes.

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