Depuis qu’il a réussi la
traversée Marseille- Carthage, Joël Paris a démontré une chose. « Qu’il est possible de naviguer avec seulement deux dixième de vision sur un œil ».
Le Marseillais a décidé de prendre son destin en main. Vivre sa passion pour la course au large tout en affirmant que sa cécité ne serait pas un frein. « Je ne veux rien révolutionner, mais juste montrer qu’il est possible de prendre la barre. Ma présence au départ d’une des courses en mer les plus prestigieuses, c’est avant tout un message d’espoir, de solidarité et de combativité. »
Pour le vieux loup de mer qu’il est devenu, « c’est aussi une façon de continuer à vivre mes rêves d’enfant ! » Un rêve qui s’est concrétisé après qu’il a reçu la confirmation de sa qualification pour la Transat du Café l’Or.
« Être au départ, c’est déjà un exploit », insiste-t-il. « Je sais qu’avec Goulven, nous ne gagnerons pas. Mais nous avons un objectif. Être le plus performant possible, montrer que chacun a sa chance dans la voile et atteindre la Martinique après 21 jours de course », poursuit-il.
Si l’équipage a gardé son nom, « Rêve à perte de vue », avec l’arrivée d’un nouveau coéquipier, Joël Paris sait qu’il peut aller jusqu’au bout, cette fois.
« Goulven Marie est un marin expérimenté. Un Breton taiseux, mais terriblement efficace, qui navigue depuis une vingtaine d’années. Et il a mis son bateau à disposition, ce qui change tout », explique Joël Paris. Toujours en Class40, le bateau qui va embarquer les deux hommes, qui est à quai au Havre depuis quelques jours, « est plus dynamique et moins gourmand financièrement ».
Les deux hommes ont pu tester leur entente et leur maîtrise du bateau lors de l’épreuve de qualification. Une course entre Antibes et Lisbonne qui leur a ouvert les portes de la Transat.
« Le bateau fait 14 mètres de long, 4,5 de large, avec une quille à 3,50 mètres et un mât de 18 mètres. Nous avons presque bouclé le budget et nous serons prêts pour le jour J », détaille le Marseillais.
Pour les deux marins, il y aura le défi sportif à relever, « vivre près de trois semaines dans 4 m². Je sais que ce sera rude, mais j’ai hâte d’y être. » Au-delà de la course au large, il y aura également l’idée « d’écrire une belle histoire, de celles qui font rêver les gens, ce qui arrive de moins en moins souvent ces derniers temps », précise Joël Paris, qui sera le seul Marseillais engagé dans l’édition 2025.
Son engagement, c’est aussi une réponse à tous ceux qui ont tenté de le dissuader d’aller au bout de ses rêves. « Je ne compte plus ceux qui m’ont dit que naviguer, ce n’était pas pour moi », rappelle-t-il.
Il est conscient que sa vision très réduite n’est pas idéale, mais il ne cesse de répéter que « lorsque vous avez un handicap, vous êtes habitués à ce que l’on vous dise non. Habitués à vous relever face aux embûches. Vous avez, de fait, plus de résilience, mais également d’appétence dans toutes vos initiatives », conclut Joël Paris.
Cent équipages seront au départ du Havre
Le 26 octobre, près de 200 marins s’élanceront du Havre vers Fort-de-France pour la 17e édition de la Transat Café l’Or Le Havre Normandie.
Cette transatlantique en double réunit les classes Imoca, Ultim, Ocean Fifty et Class40. Elle mêle performance sportive et conscience environnementale. Les plus rapides boucleront les 6 205 miles nautiques (environ 11 500 km) en deux semaines.
Les participants devront franchir deux fois l’Équateur, avant de rejoindre Fort-de-France.
« C’est bien plus qu’une traversée de l’Atlantique. C’est un véritable défi d’endurance, de stratégie et de complicité », indique Franck Cammas, ancien vainqueur.

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