Avant le meeting qu’il tiendra ce samedi à 11h30 à la Fête de l’Humanité sur le stand national des communistes, Fabien Roussel recevait un invité inhabituel, vendredi soir : Michel-Édouard Leclerc, un grand nom de la grande distribution française. Au menu : une confrontation sur la vie chère. « Il y a 12 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté en France, c’est une honte pour mon pays », attaque le dirigeant communiste, révolté par la situation du pays : « voilà 8 ans qu’on est face à un mur. Le mur d’un château avec quelqu’un, tout en haut du donjon, qui n’écoute rien et qui a même théorisé le ruissellement… moi, je propose le roussellement, on commence par en bas et après on voit », poursuit-il.
Michel-Édouard Leclerc ne nie pas l’importance de redresser le pouvoir d’achat du plus grand nombre. « J’y ai intérêt, il y aura plus de gens dans les magasins », glisse-t-il, tout en proposant d’« éviter la trappe à bas salaires en réduisant l’écart entre le brut et le net ».
« Si on supprime les cotisations sociales, qui paye ? Qui finance la retraite, la maladie, la politique familiale ? », interroge Fabien Roussel. Le dirigeant d’entreprise propose de taxer le travail non-humain pour faire contribuer d’autres revenus. Son contradicteur n’est guère convaincu : si cela passe par une TVA « sociale », c’est le consommateur qui paiera. « Mais s’il s’agit de faire contribuer d’autres revenus, oui, faisons contribuer les revenus financiers issus de la spéculation, les dividendes, les intérêts bancaires, c’est plus de 500 milliards par an. Ils ne cotisent pas ! Si on le fait, cash, la retraite à 60 ans est financée ! », affirme le communiste.
L’un comme l’autre considèrent que Donald Trump est dangereux, mais ils divergent sur la manière de s’opposer à ses décisions douanières. « On est le premier distributeur français, on a 16 millions de clients. On n’a jamais été sollicités par les instances européennes ou françaises pour savoir si on peut peser à travers nos achats », s’étonne Michel-Édouard Leclerc, en suggérant que les consommateurs peuvent aussi faire pression sur les entreprises américaines présentes en France. « J’en veux énormément à la présidente de la commission européenne qui est allée se mettre à genoux, embrasser la bague du président américain pour des droits de douane à 15%. La France doit refuser cela. S’il le faut, allons jusqu’au référendum. Refusons cet impérialisme économique ».
Fabien Roussel souhaite rediscuter de tous les accords de libre-échange, notamment pour introduire des clauses miroir, imposant aux deux parties les mêmes normes sociales et environnementales. « Les agriculteurs, qui nous disent qu’ils ne veulent pas d’importations, veulent aussi exporter leurs produits », objecte Michel-Édouard Leclerc. « La coopération entre nations n’a rien à voir avec ce qu’il se passe », répond Fabien Roussel, prenant exemple sur la loi Duplomb. « La vérité, c’est que depuis 5 ans, l’acétamipride est interdite chez nous, cette loi voulait la réintroduire au lieu de bannir les noisettes et betteraves produites avec cette cochonnerie dans d’autres pays », argumente-t-il.
Le débat touche déjà à sa fin. Juste le temps pour le communiste de rendre hommage au modèle coopératif et de demander que Leclerc « distribue et mette en tête de gondole le thé 1336 », dont des représentants assistaient au débat. L.P.

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