Tag: débat

  • Roussel – Lisnard deux visions qui s’opposent

    Roussel – Lisnard deux visions qui s’opposent

    D’un côté, Fabien Roussel, le communiste. De l’autre David Lisnard, l’ultralibéral. Tous deux réunis sur le terrain de Roland-Garros par le Medef. Interrogés sur les décisions à prendre pour que la France produise plus, le secrétaire national du PCF, propose de « planifier la réindustrialisation de notre pays et d’arrêter le “stop and go” ». Pour permettre aux entreprises d’avoir de la « lisibilité », notamment en ce qui concerne l’énergie. Un « avantage compétitif énorme » pour reconstruire une « industrie forte et utile ».

    De son côté, le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) estime que l’« [on] a trop administré l’économie ». Dès lors, il énumère ses propositions presque caricaturales : « libérer le capital et le travail (…) l’industrie, le foncier, lutter contre l’artificialisation des sols », rendre « la fiscalité et les charges compétitives ». Sous les applaudissements des patrons, il plaide pour toujours moins d’impôts, appelant à « cotiser moins pour gagner plus ». « On a le record du monde de la dépense publique, des impôts et des charges », renchérit le président de Nouvelle Énergie. Ce fan revendiqué du président d’extrême droite libertarien argentin Javier Milei, pousse le train jusqu’au bout : « le soviétisme ça n’a jamais marché », raille-t-il.

    Face à une audience qui lui est peu favorable, le chef des communistes intime les patrons à « produire plus », rappelant que les aides publiques aux entreprises ont atteint 211 milliards d’euros en 2023. S’il n’est pas contre ces aides, il veut les conditionner : « à la relocalisation et à la création d’emplois en France », impulser un choc d’investissement massif, en particulier dans la formation. Et ce, afin de « reconstruire une France industriellement forte » et souveraine.

  • Le Medef invite Roussel et Lisnard à débattre

    Le Medef invite Roussel et Lisnard à débattre

    C’est sur le court Philippe-Chatrier que les deux hommes politiques aux visions radicalement opposées échangeront. Le Medef organise lors de son université d’été, la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), un débat entre Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français et le très libéral David Lisnard, président de Nouvelle Énergie, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) sur le thème « le courage de produire » de 12h05 à 12h30. Ils répondront ainsi, en quelques minutes, à cette question centrale et cruciale : « comment redonner à la France l’envie, les moyens et la capacité de produire ? »

    Cette séquence s’inscrit dans une volonté de l’organisation patronale de peser dans la campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Dans son discours introductif, le président du Medef Patrick Martin a rappelé, comme un avertissement : « nous sommes nombreux et, dans nos entreprises et autour, on nous écoute, on nous fait confiance plus que jamais dans l’Histoire. N’oublions jamais la puissance de notre collectif avec ses 240 000 entreprises qui emploient 12 millions de salariés, partout en France ». Il insiste : « nos convictions sont libérales (…), nous voulons un programme présidentiel de libertés », a-t-il dit, rejetant « la collusion, la collision des prophètes de malheur » et enjoignant à « faire voler en éclat le carcan qui étouffe notre pays et libérer son énergie et ses ambitions ».

    Pour clôturer son événement, le Medef a invité, toujours sur le court central de Roland-Garros, sept des – très nombreux – candidats déclarés à l’élection présidentielle à répondre aux questions de cinq chefs d’entreprise à partir de 16h45. À savoir : Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Le Pen. Ces derniers réagiront par ailleurs aux résultats de la consultation lancée par le Medef en association avec Opinion Way.

  • [Entretien] Jean-Pierre Meyer : « La citoyenneté va être au cœur de la fête de la Cride à Sanary »

    [Entretien] Jean-Pierre Meyer : « La citoyenneté va être au cœur de la fête de la Cride à Sanary »

    La fête de la Cride se tiendra à l’espace Victorin Blanc, Pinède de la Cride, à Sanary avec une entrée gratuite et ouverte à toutes et tous.

    La Marseillaise : Quelle est la tonalité de cette 35e édition ?

    Jean-Pierre Meyer : C’est un événement qui symbolise la rentrée sociale et politique des communistes de l’ouest du Var. Et cette année, cela revêt une importance encore plus grande qu’à l’accoutumée : Après les élections municipales, le 40e congrès du PCF et avec devant nous de nouvelles échéances électorales, l’élection présidentielle et les législative. Forcément, il y a aussi le contexte où l’on mesure cruellement les effets dévastateurs de la politique libérale qui est conduite depuis des décennies dans le pays. On l’a vécu dans nos chairs, avec les incendies catastrophiques qui ont frappé le Var et qui ont mis en évidence le manque cruel de moyens. C’est un exemple, mais ce sont bien tous les services publics qui connaissent des difficultés inouïes de fonctionnement, indépendamment de la conscience professionnelle de ceux qui assurent le service public.

    C’est un moment de constats partagés mais aussi de réflexions pour l’avenir ?

    J.-P.M. : En tant que communiste, et ça s’est encore confirmé lors de notre dernière université d’été, nous voulons clairement nommer les responsabilités. Et c’est le système politique et économique, le capitalisme, dans lequel nous vivons qui est à l’origine de tous les problèmes que l’on rencontre. C’est à partir de cette position que nous déterminons ce qu’il nous appartient de faire dans la perspective de la présidentielle et des législatives. En clair, on se refuse d’entrer dans des dispositions de rassemblement comme cela a pu se faire dans le passé. Car malheureusement, quand la gauche a été au pouvoir, elle a été incapable de remettre en cause ce système, ce qui a eu comme conséquence le désaveu de la gauche tout entière. Ce sont ces sujets que nous allons aborder lors de cette fête, notamment avec le débat politique qui se déroule en fin de matinée. Nous souhaitons mettre la citoyenneté au cœur de notre démarche, au cœur de la fête de la Cride, car il faut construire une autre société.

    Il y a aussi des temps festifs
    et des stands divers…

    J.-P.M. : On va avoir un temps fort politique avec un débat à 11h. C’est un temps de rencontre et de débats avec les communistes. Si j’utilise le terme de « rencontre », c’est car cette fête est une fête ouverte, elle a la particularité de voir venir des citoyens qui ne sont pas au PCF. Peut-être même plus que des adhérents du PCF. Car notre objectif n’est pas de convaincre les convaincus. Mais justement de travailler à une dédiabolisation du PCF, de revenir aux questions de fond et de réhabiliter la politique. La question de la liberté de la presse est aussi au centre de la démarche, c’est pour cela qu’il y aura un stand de La Marseillaise, pour laquelle nous avons un attachement indéfectible.

  • Happy End, le festival qui démocratise le cinéma

    Happy End, le festival qui démocratise le cinéma

    Depuis 2022, l’association Action Bomaye œuvre pour démocratiser l’accès au cinéma à Marseille. Pour la 5e édition de son festival Happy End, elle organise, à partir de ce vendredi et jusqu’à dimanche, trois projections gratuites en bas d’immeubles à la Savine (15e), au Panier (2e) et à Félix Pyat (3e).

    L’idée du festival est née d’un constat : « Le cinéma est devenu super cher et n’est plus accessible pour beaucoup d’habitants des quartiers prioritaires », explique Mouna, chargée de projets de l’association. Placée cette année sous le thème de la famille, chaque soirée suit le même parcours : rencontre avec des professionnels du cinéma, apéritif dînatoire, projection puis débat citoyen.

    Plus qu’une projection

    Cette volonté d’aller au-delà de la simple projection constitue la singularité du festival. « On se différencie d’autres évènements de projection parce qu’on ramène les équipes du film pour débattre avec le public », souligne Mouna. Ce vendredi, à la Savine, le documentaire L’air des autres, ouvrira le festival. Consacré aux inégalités environnementales, le film sera précédé d’un échange avec Sanaa Saitouli, cofondatrice de l’association Banlieues Climat, et Sarah-Maria Hammou, enseignante-chercheuse en justice climatique.

    Samedi, place du Refuge, dans le Panier, le film Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan sera projeté. Le public pourra échanger avec Naïm Naji, acteur du film, et Hana Levy, responsable des jeunes comédiens. Enfin, dimanche, le Stade Gris de Félix Pyat accueillera Intouchables, en présence des acteurs Cyril Mendy et Salimata Kamate.

  • Les riverains vent debout contre un parking dans un parc à Aix

    Les riverains vent debout contre un parking dans un parc à Aix

    à l’entrée du parc de la Torse, une barrière « normalement fermée, puisque c’est un accès piéton » est désormais ouverte. Elle laisse accéder les voitures d’une association d’insertion par les espaces verts, installée quelques mètres plus haut, sur le terrain dont le bail lui a été cédé par la Ville et communément appelé Legs Constant. Soumis à des aménagements, les bénéficiaires de l’association viennent donc garer leurs véhicules sur une parcelle du parc. Une situation qui crispe les riverains.« Avec ces chaleurs, on se dit que c’est une aberration d’enlever un espace de nature pour l’ouvrir aux voitures (…) c’est un parc hyper fréquenté, et de plus en plus », se désole Catherine, membre du CIQ la Torse-Cézanne et membre du Conseil syndical de la Tour d’Aygosi. Fin juin, le sujet commence à faire couler de l’encre, lorsque ce même conseil fait paraître une pétition en ligne contre « la transformation du parc arboré de la Torse en parking ».« Nous avons obtenu près de 3 500 signatures », estime Catherine. Un courrier a également été envoyé dans la foulée au premier adjoint, le 13 juillet et évoque un dossier « devenu le révélateur d’une préoccupation plus profonde : la place accordée à la nature en ville, la qualité du dialogue entre les élus et les citoyens, et la cohérence des choix publics face aux défis environnementaux ».

    Débat municipal

    Clément Frel-Cazenave, élu d’opposition municipale Les écologistes au sein du groupe Aix Avenir (DVG), un peu plus tôt dans la semaine, estimait que « cet espace utilisé par les véhicules est bien plus qu’un simple terrain », mais un lieu « fréquenté chaque jour par de nombreux habitants ». Pour l’élu, « autoriser le stationnement de voitures sur cette pelouse pourrait entrainer la dégradation d’un patrimoine arboré naturel précieux ». Une décision d’autant plus « difficile à comprendre » alors que « le parking Carcassonne, situé à seulement une centaine de mètres, dispose de nombreuses places. » Du côté de la municipalité, on rappelle que la parcelle concernée était « laissée en friche, initialement fermée par un portail » et que « cette solution a été mise en place dans un contexte particulier. Jusqu’à présent, les véhicules de cette association étaient stationnés sur un terrain situé en face sur lequel, la Ville vient d’engager des travaux d’aménagement destinés à créer un nouvel espace vert ouvert au public.(…) Il a donc été nécessaire de trouver une solution alternative permettant à l’association de poursuivre ses activités. » Sollicitée, l’association concernée n’a pas pu nous répondre.

  • Les congés payés en débat 90 ans après le Front populaire

    Les congés payés en débat 90 ans après le Front populaire

    « Il faut continuer le combat. » Dans le quartier de Menpenti à Marseille, le 14-Juillet est, comme chaque année, l’occasion d’une grande fête sur la place Pierre-Roux. Historiquement organisée par le Parti communiste français, elle est désormais portée par une vingtaine d’associations avec le soutien de la mairie des 4e et 5e arrondissements. Fidèle à ses racines, le PCF reste néanmoins la seule formation politique présente. Au programme : un débat public consacré aux congés payés, 90 ans après l’arrivée du Front populaire en France.

    Durant une heure, Annick Riani (docteure en histoire) et Gérard Leidet (président de Promémo, Provence Mémoire et Monde ouvrier) ont animé les discussions. S’ils ont apporté un éclairage local sur les luttes de cette époque, ils ont également insisté sur l’importance que ces questions revêtent aujourd’hui. Le temps de travail est d’ailleurs « une question essentielle à l’approche de la présidentielle », affirme Annick Riani à la fin du débat.

    La chercheuse remarque « les tentatives de bousiller les jours fériés » par le gouvernement, « comme ce fut le cas pour le 1er-Mai », s’indigne-t-elle. Autre source de colère pour elle : une proposition du député Les Républicains Rémi Pilato visant à « renoncer à une semaine de congés afin d’être rémunéré sur celle-ci », une preuve de plus, selon elle, de « la volonté du gouvernement de vouloir faire travailler toujours plus ». Pour l’avenir, elle dit avoir un message : « Il faut se mobiliser, faire grève et être offensif. »

    Les festivités se sont ensuite poursuivies jusqu’au soir, avec un marché paysan, un repas chaleureux autour d’un aïoli, un karaoké et un bal populaire.

  • Lyhanna : le fonctionnement de la justice décortiqué

    Lyhanna : le fonctionnement de la justice décortiqué

    « Le drame de l’affaire Lyhanna nous a bousculés dans notre façon de faire et d’appréhender les violences sexistes et sexuelles. Nous avons vu la mobilisation de la population devant le tribunal et avons voulu répondre à ces questions sur comment on fonctionne et prend des décisions », a expliqué en introduction de la réunion publique le président du tribunal, Timothée de Montgolfier. Une quinzaine d’habitants s’étaient déplacés pour questionner les chefs de juridiction sur les rouages de la justice et les potentielles erreurs qui ont conduit à la mort de Lyhanna.

    « Pour Lyhanna, il n’y avait pas d’instruction. Le temps de latence très préjudiciable a permis au présumé innocent d’éventuellement commettre de nouveaux faits », a détaillé le président du tribunal. Selon lui, trois éléments ont participé au drame : le temps judiciaire, long, « d’éventuelles erreurs humaines » et le manque de moyens donnés à la justice pour traiter les affaires. « Il y a peut-être eu des fautes, des responsabilités individuelles du parquetier », a-t-il présumé. « Mais il y a aussi le fait que le parquet est saisi en permanence d’énormément de plaintes qu’il faut traiter, et dans cette masse importante, certaines ne sont pas traitées en temps et en heure », a-t-il reconnu. « Quand tout devient urgent, rien n’est urgent. »

    « Il y a un problème de moyens et d’outils pertinents pour assurer le suivi des procédures. On a des outils obsolètes. C’est à nous de mettre en place les bons circuits, on n’a pas de logiciel pour assurer le suivi de ces enquêtes », a abondé le procureur Antoine Pesme. Il faut cependant « nécessairement prioriser ce type de dossiers d’infractions sexuelles sur mineurs », a-t-il affirmé, rappelant que le ministre de la Justice en avait fait une priorité nationale.

    « Se méfier de l’effet d’annonce »

    Le président du tribunal a également rappelé que des juges pouvaient être révoqués s’ils commettaient des fautes particulièrement graves. Il a estimé le nombre de révocations à « une ou deux par an ». « On est une institution surveillée, et on doit rendre compte de notre activité tous les ans », a-t-il insisté. Concernant l’affaire Lyhanna, « pour l’instant, le garde des Sceaux a ordonné une enquête administrative pour identifier d’éventuelles fautes. Il pourra saisir le Conseil National de la Magistrature pour envisager des sanctions ». Il faut cependant « se méfier de l’effet d’annonce, prendre le temps pour comprendre. On ne peut pas juger dans l’immédiateté, sinon on se trompe », a tempéré Timothée de Montgolfier.

    Interrogé sur le milieu carcéral, le président du tribunal a regretté le fait que « la prison est criminogène, elle rend les gens encore plus dangereux à la sortie, on n’a pas trouvé de solution meilleure que d’écarter la personne de la société ».

  • 80 ans après les nationalisations, l’avenir de l’énergie en débat au Mondial

    80 ans après les nationalisations, l’avenir de l’énergie en débat au Mondial

    Quatre-vingts ans après la nationalisation du secteur de l’énergie, portée par le résistant et ancien ministre Marcel Paul (PCF), La Marseillaise a invité, vendredi, en marge du rendez-vous populaire du Mondial La Marseillaise à Pétanque, son président directeur général, Bernard Fontana, à débattre des défis qui s’imposent aujourd’hui au secteur français de l’énergie. Pour échanger avec lui : Fabrice Coudour, secrétaire général de la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME) CGT et Anthony Juan, président de la Caisse centrale d’activités sociales, organisme dédié aux œuvres sociales pour les salariés des industries électriques et gazières en France, elle aussi fondée par Marcel Paul.

    Au cœur des préoccupations : l’influence du marché sur la gestion et l’efficacité d’EDF. « Si les 55 premières années d’EDF permettent de dresser un bilan de service public, un tournant a été pris au début des années 2000, avec une libéralisation du secteur, le choix d’une logique de marché qui a fait exploser les prix, a souligné Fabrice Coudour. On se retrouve avec un système qui sert davantage la rentabilité économique que l’intérêt général. » Une analyse partagée, au moins en partie, par le PDG d’EDF. « On ne peut pas juste appliquer la loi du marché comme ça, il faut une dynamique de pilotage », admet-il. Et d’ajouter : « Je me dis qu’une infrastructure où celui qui fait le boulot paye, et celui qui spécule s’enrichit, c’est quand même un dysfonctionnement. Peut-être faut-il moins subventionner ceux qui déstabilisent le système et reconnaître la valeur de ceux qui assurent sa continuité ».

    Pour changer la dynamique, le secrétaire général de la FNME a listé quelques-unes des solutions envisagées par la CGT : faire des nationalisations nouvelles, sortir de la logique de marché mais aussi imaginer une démocratisation de la gouvernance qui impliquerait l’État, les travailleurs et les usagers, mais aussi baisser la TVA, car « le gaz et l’électricité sont des biens de première nécessité ».

    En finir avec les attaques budgétaires

    Anthony Juan, lui aussi très critique vis-à-vis de la libéralisation de l’entreprise, qu’il impute notamment au changement de statut d’EDF, passée d’un Établissement public industriel et commercial à une société anonyme de production, n’a pas manqué d’aborder les attaques budgétaires subies par le secteur des activités sociales, qu’il dirige. « On peut se regarder tous et dire que les activités sociales sont chouettes, mais il faudrait aussi peut-être commencer par arrêter de nous taper dessus assez régulièrement », s’est-il agacé tout en invitant le PDG d’EDF à venir découvrir un village vacances de la CCAS.

    Et Bernard Fontana de lui répondre : « Effectivement, je pense notre responsabilité à tous est de préserver ce qui fait la singularité, la force de notre modèle social ».

  • [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    [Entretien] Frédéric Vigouroux : « Je souhaite qu’un grand débat sur la mobilité ait lieu »

    La Marseillaise : La liaison routière Fos-Salon, passant par Miramas, est en concertation jusqu’au 15 juillet. Comment voyez-vous ce projet routier chiffré à 566 millions d’euros en tant que maire d’une cité cheminote ?

    Frédéric Vigouroux : Je n’oppose pas les modes de transport. Bien sûr, j’ai une sensibilité particulière pour le train puisque le nœud ferroviaire de Miramas est à l’origine de cette Ville. Le maître d’ouvrage de cette liaison, l’État, a rappelé, pour le financement, qu’il y aurait bientôt des négociations sur les concessions autoroutières. Il y a plusieurs options, comme la nationalisation ou le maintien en concession. Dans la discussion, il est envisagé qu’une partie des revenus des concessions alimente les réparations des réseaux ferroviaires. On peut difficilement dire « Vade Retro », car non seulement on peut faire porter sur le privé des investissements que l’État ne peut plus faire, mais en plus générer des recettes pour le rail.

    Le 22 juin dernier, en réunion publique, un péage a été annoncé. Comment l’accueillez-vous ?

    F.V. : Le péage sera négocié pour l’ensemble de la concession. Nous avons deux choix : soit on attend les financements publics, sans savoir quand ils tomberont, avec 60 ans de retard, ou alors on entre dans le jeu de la concession. Ça ne me dérange pas de faire payer les camions, quitte à reporter sur le train, mais ça m’ennuie pour les populations. À Istres et Miramas, nous n’avons plus de routes capables d’accueillir les gens qui ne voudront pas payer l’autoroute, car nous les avons réduites au profit d’espaces naturels. C’est pour cela que nous exigeons la gratuité entre nos villes. Mais aussi que les camions ne puissent plus passer par Grans depuis Salon, il faut les obliger à passer par l’autoroute.

    Pendant ce temps, le triage perd en activité. Comment éviter le drame social que représenterait son abandon ?

    F.V. : Déjà, par le doublement de la ligne électrique jusqu’au port. Ce n’est pas encore dans les tuyaux, mais on y travaille. Ensuite, il faut convaincre les industriels de remettre de la caisse et du vrac sur le train, outil industriel de déplacement. Le camion est plus simple, car il n’a pas besoin des mêmes infrastructures que le train. Mais le camion ne paye pas les siennes ! La concurrence est faussée depuis le départ, alors que le train offre un outil incomparable en matière de développement durable et de sécurité. De notre côté, avec des élus à la RTM, nous travaillons à refaire des trains au dernier kilomètre pour favoriser le report modal sur Marseille ou Gardanne, notamment pour le bois de la centrale. C’est un débat permanent et je pense qu’il faudra refaire un colloque. Il y a eu un tel démantèlement, avec séparation des métiers, arrêt des lignes secondaires, au moment où l’on relance des dynamiques industrielles et de décarbonation des transports. Et s’il passe des trains de marchandises, on peut imaginer des trains de passagers sur chaque voie, comme Rognac-Aix-Toulon. La situation générale ne permet pas d’affirmer quoi que ce soit. En revanche, il faut une concertation associative, des usagers, défenseurs de l’environnement, industriels et élus. Je travaille pour que le grand débat sur la mobilité ait lieu.

  • Sébastien Lecornu expose sa vision pour remettre la France en mouvement

    Sébastien Lecornu expose sa vision pour remettre la France en mouvement

    Session « spéciale » des Rencontres économiques. Sur scène, ce jeudi soir, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a pris la parole aux côtés d’Éric Maury, patron d’April, ainsi que de Philippe Aghion, prix Nobel d’économie 2025 et membre du Cercle des économistes.

    « La France traverse une période compliquée, pose d’entrée Philippe Aghion. Notre dette publique a presque doublé depuis l’an 2000 (…). On possède le deuxième déficit le plus élevé de la zone euro en 2025. Ces fragilités interviennent au moment même ou le pays doit absorber des chocs externes de grande ampleur. »

    Notamment à l’ère de l’intelligence artificielle. « Financer l’IA ne doit pas consister à punir le capital existant, mais à mobiliser l’épargne vers le capital productif de demain », juge Eric Maury.

    Sébastien Lecornu, qui rappelle prendre rarement la parole publiquement, accepte alors de donner « un peu de perspective » : « Je prends le risque, d’autant que lundi, le gouvernement va affronter sa 13e motion de censure depuis neuf mois, mais je pense qu’on est dans un moment ou il est bien de se poser pour réfléchir. » L’occasion de partager ce qui « l’inquiète » et ce qui le « rassure ». Sur le premier volet, le Premier ministre regrette « l’aversion profonde au temps long », « la déconnexion furieuse entre la vie politique intérieure et la géopolitique globale » et s’interroge : « Comment avons-nous pu être battus sur le plan culturel ? Le sujet n’est pas qu’un rendez-vous technique au Parlement, c’est évidemment le rendez-vous de l’an prochain. Il faut que les élites, pas seulement économiques, acceptent de reprendre leur bâton de pèlerin et expliquer pourquoi au fond, il faut s’y prendre différemment dans un monde aussi compliqué ».

    Sur les motifs d’espoir, « nous sommes dans un pays où l’État tient », assure Sébastien Lecornu : « Le paradoxe, c’est que notre État fonctionne ! » Seconde raison « sur laquelle j’ai de l’optimisme, c’est qu’on résiste sur un certain nombre d’appuis sur lesquels nous sommes forts ». Parmi eux, l’énergie, le logement « sur lequel on repart », l’agriculture, les réseaux de PME et d’innovation… Maintenant, « il va falloir embarquer les Français. On ne va pas décréter le progrès, il y en aura si on embarque le peuple ».

    Selon le Premier ministre, il faut « qu’un dialogue social s’engage vite sur la question de l’IA et son impact sur le droit du travail », le tout avec « patriotisme » et avec urgence d’éloigner le « populisme » et « en regardant en face le sujet de la dépense publique ».