Pourquoi les sportifs âgés tolèrent moins bien les efforts intenses ?

Les « master athlètes » recrutés par Grégory Blain pour son expérience n’avaient pas à rougir de leurs performances : « Ils avaient 65 ans en moyenne, s’entraînaient régulièrement et certains couraient le 10 kilomètres en 35 minutes », souligne le spécialiste de physiologie de l’exercice au Laboratoire motricité humaine, expertise, sport, santé, à Nice. Mais lors d’un effort intense, impossible de rivaliser avec des athlètes d’à peine 30 ans. « La différence était flagrante, insiste le chercheur, dernier auteur d’un article paru dans Experimental Physiology. Plus élevée que nous l’imaginions ».

Dans ce projet mené avec d’autres laboratoires d’Université Côte d’Azur – le LJAD et I3S -, il s’agissait de pédaler à fond jusqu’à épuisement après avoir pré-fatigué le système respiratoire lors d’un exercice – l’équivalent de respirer à travers une paille pendant plusieurs minutes. Avec cette pré-fatigue, les athlètes les plus âgés n’étaient capables de produire leur effort maximal que pendant une durée réduite de 40% environ, contre 15% pour les plus jeunes. Un capteur de force a aussi montré que les athlètes plus âgés avaient les muscles des jambes plus fatigués après l’exercice de pré-fatigue respiratoire. « Cela montre que le système respiratoire peut devenir un facteur limitant à l’exercice avec l’âge », résume Grégory Blain.

Rigidité

On le sait : plus on vieillit, plus le système respiratoire fatigue vite car la cage thoracique et les poumons se rigidifient. « C’est une évolution anatomique normale », souligne Grégory Blain. Pour faire entrer un même volume d’air, les muscles respiratoires – le diaphragme, notamment – doivent donc travailler plus. « Mais nous ne savions pas si ce travail supplémentaire du muscle respiratoire avait un impact sur la fatigue des muscles locomoteurs et la tolérance à l’effort », précise le chercheur. L’expérience montre que oui.

Et cela s’explique facilement : si les muscles respiratoires travaillent plus, ils ont besoin de plus d’oxygène, et donc d’un afflux de sang. Le système nerveux central l’organise en réduisant le diamètre des vaisseaux sanguins ailleurs – notamment au niveau des muscles locomoteurs. « Il privilégie ce qui est vital », souligne Grégory Blain. Cela réduit le débit de sang vers les jambes et l’oxygénation des muscles. « Il y a une bascule vers une filière énergétique source de métabolites qui altère la fonction et la contraction des muscles », ajoute le chercheur.

« Dans sa pratique d’activité physique, il faut s’occuper des muscles respiratoires », souligne Grégory Blain. En les musclant via des exercices
– comme respirer contre des résistances –, en poursuivant l’activité physique à haute intensité et éventuellement en faisant des exercices de respiration profonde pour augmenter l’élasticité de la cage thoracique. « Ce dernier point reste une perspective », conclut le chercheur.

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