Tag: tolérance

  • Les « bars américains » de l’Opéra, un procès vintage

    Les « bars américains » de l’Opéra, un procès vintage

    Treize femmes et trois hommes, dont dix septuagénaires, comparaissent depuis lundi, à Marseille, pour proxénétisme aggravé et tolérance habituelle de la prostitution dans un lieu ouvert au public. Avec ce procès tardif de tenancières de « bars américains », de barmaids et d’hôtesses aguicheuses, ressurgit l’ancien monde des nuits chaudes du quartier de l’Opéra, remplacé depuis dix ans par des cafés bobo et des commerces attrape-touristes.

    Le Brazilia, le Beverly, le John’s, le Ginger, le Dark Side, le 5e Saens, la Crémaillère, le Sweet Lady, le Tropical ou la Grange ont tous tiré le rideau après le coup de filet opéré en 2015 par la police judiciaire. La nostalgie des « bars à hôtesses » pour clients esseulés alpagués par des entraîneuses pour boire du faux champagne à 350 euros la bouteille, c’est la défense de Florence G., 62 ans, ex-patronne du Ginger et du John’s. « Je trouve qu’aujourd’hui on est beaucoup plus rigoriste, on ne sait plus vivre », a-t-elle confié au juge d’instruction. « C’est vieux tout ça », soupire, agacée, la matrone un peu raide qui lève les yeux aux écoutes et témoignages qui disent qu’au contraire, ses filles faisaient des « gâteries » aux bons clients derrière un rideau ou au fond des toilettes. L’ex-patronne avance surtout la volonté des autorités d’aseptiser et gentrifier le quartier.

    « La foire à la saucisse »

    Prostituée à l’âge de 18 ans, Florence G. a toujours voulu diriger un bar. « C’est festif et marrant », d’autant que « racoler, c’est pas un souci ». « Pour acheter le Ginger 20 millions d’anciens francs, il fallait se prostituer, car les banques ne font pas crédit. » En 2003, elle est condamnée pour proxénétisme : « Déjà, ils voulaient fermer les bars. Il n’y avait rien, mais j’ai fait deux mois de prison, j’ai fermé deux ans, puis j’ai rouvert. Et là, on m’a collé cette affaire alors qu’il n’y a rien. Je suis responsable de mes bars. J’ai mis en place des barmaids de confiance. J’avais engueulé Jackie car elle se faisait masser le bas du dos. » Pour elle, les filles s’accusent par jalousie. « Elles savent que si j’apprends qu’elles franchissent la ligne rouge, je les renvoie. Regardez le dossier, il n’y a rien ! » lance-t-elle à la présidente Clémence Heinemann, qui menace de l’expulser et lit les dépositions d’un habitué de la rue Glandevès : « Oui, il y a eu bisous, caresses, danses et fellations dans tous les bars. » « Si on veut faire du chiffre, comme nous le demandent les patronnes, il faut fermer les yeux », a admis aussi une barmaid.

    Martine, 48 ans, ex-entraîneuse transgenre en dépression, met l’ambiance à la barre. « La prostitution, c’est pas le but des bars américains. Moi, j’ai adoré y travailler. J’avais acheté un boa en plumes aux puces. C’était la comédie, tout le monde rigolait alors que la prostitution de rue, à 30 euros la fellation sur le Prado, c’est la misère. Là, j’étais rémunérée 50 euros par jour et un pourcentage sur les consommations. »

    La magistrate cite un barmaid qui raconte que c’était « la foire à la saucisse » dans le grand salon où, tous les soirs, telle hôtesse avait « une bite à la main ». Max, 79 ans, le barmaid poursuivi mais absent, relate que « pour un verre à 20 euros, elle va derrière ». « Moi j’ai eu plein d’amants, j’adorais la bite, réfute Martine, vraiment sans filtres. J’étais nympho, dévorée par les hormones pour ma transition. Mais, j’ai jamais sucé un client. On avait des beaux mecs dans le bar, on rigolait de pleins de conneries. Le client, il se prend pour un jeune premier, c’est un sketch. On offrait ce qu’un psychiatre ou une prostituée ne peut pas offrir. La personne devient quelqu’un, on lui redonne ses 20 ans. Le client croit qu’il plaît. Cela n’a pas de prix pour quelqu’un qui doit rentrer chez lui avec ses crédits, ses ados qui font la gueule… Si le client paie 350 euros pour une pipe et qu’il revient, c’est qu’il a besoin d’un psychiatre. »

    L’association Équipes d’action contre le proxénétisme s’est constituée partie civile.

    « Le client croit qu’il plaît. Cela n’a pas de prix »

  • Une semaine d’actions contre le racisme à l’université Aix-Marseille

    Une semaine d’actions contre le racisme à l’université Aix-Marseille

    « Réaffirmer sa détermination à faire de ses campus des lieux de tolérance, de respect et de sécurité pour toutes et tous. » Voilà l’ambition qu’affiche Aix-Marseille université (AMU), en cette semaine nationale d’éducation et d’action contre le racisme et l’antisémitisme. Pour l’occasion, l’établissement propose une série d’événements : accès gratuits à certains sites culturels, ateliers de sensibilisation, spectacles et conférence.

    Parmi eux : l’entrée libre au site-mémorial du Camp des Milles, sur simple présentation de la carte étudiante, jusqu’au 28 mars. Les intéressés découvriront l’engrenage des intolérances qui rendirent possible la déportation. La compagnie Ellipse proposera mercredi, entre 12h et 14h dans le Cube du campus Schuman à Aix-en-Provence, un atelier de « Danse pour l’inclusion ». Un rendez-vous accessible au grand public gratuitement sur inscription. Les participants travailleront en rythme sur la lutte contre les discriminations, en particulier dans le contexte des crises sociales et écologiques. La compagnie présentera son spectacle Reverse dans le théâtre du Cube le jeudi à 18h30. Une forme « d’ode à la désobéissance et à l’entraide face aux situations d’adversité », elle aussi accessible gratuitement sur inscription.

    La faculté de droit et de science politique de la Canebière (1er) accueillera, mercredi dès 10h, une conférence tenue par Nicolas Bessone, procureur de la République de Marseille. Ouverte aux étudiants AMU et co-organisée par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme, elle abordera la politique pénale en matière de lutte contre les discriminations.

    Détails sur univ-amu.fr

  • [Entretien] Zigo : « Il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social »

    [Entretien] Zigo : « Il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social »

    La Marseillaise : Pourquoi avez-vous appelé ce nouvel album « Atlas » ?

    Zigo : Quand on cherche un nom d’album, on cherche toujours un mot qui puisse être international, c’est-à-dire compris dans toutes les langues. Mais on cherche aussi un mot qui donne la couleur de l’album. Comme c’est un album qui appelle au voyage et qui a une certaine ouverture musicale, on trouvait que l’Atlas, qui peut renvoyer à l’image d’une carte, de montagnes au Maroc ou du titan de la mythologie grecque qui porte le monde sur son dos, correspondait bien à cet album.

    Depuis 30 ans vous signez des morceaux engagés pour la tolérance, comment voyez-vous la société évoluer  ?

    Zigo : On constate la banalisation du racisme et de l’extrême droite. La mutation du cercle politique français est incroyable et pour nous qui prônons la mixité culturelle et qui arborons fièrement notre mixité culturelle et sociale, c’est effrayant. Il y a eu un moment où on a eu l’impression que le monde changeait, mais ces dernières années, il y a un retour assez terrifiant. Ce qui nous rassure, c’est d’entendre nos chansons dans les manifestations et qu’il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social.

    Vous parvenez pourtant à construire un album qui reste solaire…

    Zigo : On ne voulait pas que l’album soit plombant. On voulait qu’il soit joyeux, on pensait faire un truc plus ensoleillé. Mais, finalement, l’actualité a fait qu’on a eu du mal. Le climat social déteint toujours sur notre musique et là, on a franchement été servis. L’écriture est tombée en pleine guerre en Ukraine, en Palestine, avec le retour de Trump… C’est compliqué de sortir du marasme international. On a quand même réussi à mettre des morceaux un peu plus légers et plus positifs. Mais on n’a pas atteint ce qu’on espérait en termes de positivité.

    Repensez-vous le rôle de la culture dans ces moments troubles ?

    Zigo : Oui, on s’interroge tout le temps mais la meilleure réponse, nous l’avons en concert parce qu’on ne combat que dans la joie et le positif. Quand on voit dans nos tournées autant de personnes prendre le temps d’aller à un concert et de faire la fête, tout en abordant des sujets compliqués, des sujets de société qui sont loin de faire l’unanimité aujourd’hui, ça nous montre que tout n’est pas vain. Dans la nuit, une flamme, ça fait du bien. Les gens nous font beaucoup de bien et nous rassurent là-dessus. Notre récompense, ce ne sont pas les disques d’or, c’est de voir ce public avec le sourire.

    Quels messages vouliez-vous faire passer avec « Mémoires », le 7e morceau de l’album ?

    Zigo : C’est un morceau sur la colonisation qui est parti d’un texte de Bouchkour (l’un des chanteurs, Ndlr). Marcus Gad, qui est un artiste de Calédonie, a entendu ce morceau et ça l’a touché car c’est un sujet d’actualité en Nouvelle-Calédonie. Il a donc voulu y participer. C’est un morceau qui restera historique pour le groupe parce qu’il n’a pas de refrain et c’est le morceau le plus lent qu’on n’ait jamais composé. Il y a en toile de fond la colonisation et le poids et les désastres que ça engendre sur nos générations. Ce n’était pas le but mais quand on l’écrivait, c’était aussi le moment où la situation empirait à Gaza et on ne comprenait pas comment l’être humain n’était pas capable de se souvenir du passé. Ce drame-là transpire dans le morceau, qui restera un texte majeur de notre histoire.

    Comment jugez-vous l’évolution du reggae en France ?

    Zigo : Il y a toujours eu des hauts et des bas mais nous, ça fait trente ans qu’on est sur les routes. Toute notre tournée est déjà complète, c’est ahurissant. Sur nos trois premiers concerts, on constate aussi qu’il y a une nouvelle génération qui vient nous voir. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à être complets, quand on voit Tryo ou Danakil par exemple, et ça fait vraiment beaucoup de bien, parce qu’on appartient à un style de musique à caractère social, donc ça veut dire que les gens ont encore envie d’entendre parler de ces sujets-là.

  • Un riche débat sur la laïcité face aux fractures du présent, 120 ans après, organisé à Nîmes

    Un riche débat sur la laïcité face aux fractures du présent, 120 ans après, organisé à Nîmes

    Ce lundi, La Marseillaise réunissait universitaires, enseignants et acteurs de terrain pour dresser un état des lieux d’une laïcité plus débattue que jamais. En introduction, Nicolas Leroy, vice-président de l’Université de Nîmes, a rappelé que la laïcité reste un principe constitutionnel solide, « une règle qui oblige à la tolérance ». Mais les écarts se multiplient : cérémonies religieuses en présence d’élus, régime concordataire d’Alsace-Moselle, financement d’écoles privées sous contrat… Michel Viala (Libre Pensée du Gard) s’est montré alarmiste, évoquant ces « coups de canif » qui fragilisent, selon lui, l’esprit de la loi.

    Le débat s’est ensuite resserré sur les tensions actuelles : retour du religieux dans la jeunesse, crispations autour de l’islam, confusion dans le débat public. Sherif Toubal, formateur à la laïcité, insiste sur l’enjeu de compréhension : beaucoup perçoivent la loi comme punitive, faute d’une pédagogie claire. L’historien Gilles Roumieux rappelle alors le rôle de l’école : « Rendre les élèves acteurs de leur émancipation. » Plusieurs intervenants, dont Jacques Venuleth (Mrap), ont dénoncé l’instrumentalisation politique de la laïcité, souvent utilisée « contre » une religion plutôt qu’au service de la liberté.

    La conclusion a appelé à reconstruire une culture commune : défendre la laïcité, oui, mais dans le cadre plus large de l’appartenance républicaine.

  • Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Femmes solidaires, 80 ans de combats

    Une vieille dame, toujours bien alerte. Femmes solidaires, digne héritière de l’Union des femmes françaises (UFF), a fêté cette année ses 80 ans, l’occasion de revenir sur une histoire de luttes et de conquis pour les droits des femmes ce samedi 6 décembre à l’Afriki Djigui Theatri (1er). Notamment avec une exposition proposée par le comité nîmois et un film revenant sur des dates importantes. Comme le premier congrès fondateur de l’UFF, le 17 juin 1945 à Paris, au Palais de la Mutualité, avec 2 377 déléguées venues de toute la France, tout juste sorties de la Résistance ou rentrant de déportation. Elles défendront leur droit au travail « à salaire égal » avec les hommes, rappelle Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille, se battront pour obtenir des crèches et des garderies pour que les enfants ne soient pas dans la rue.

    Mobilisées pour la paix

    Elles se mobiliseront aussi pour la paix, contre la guerre en Indochine et contre la colonisation défendant le droit des Algériens à l’indépendance. Jusqu’à en perdre la vie pour deux d’entre elles, le 8 février 1962, lorsque des partis et des syndicats appellent à manifester contre l’OAS et que les manifestants sont durement réprimés à l’entrée du métro Charonne.

    Puis « nous sommes passés des combats féminins aux combats féministes », explique Annick Karsenty pour qui rien n’est gagné. Prochaine date cruciale, le 6 février, journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Depuis plus de 10 ans, Femmes solidaires travaillent avec les femmes Afars en Éthiopie pour éradiquer l’excision, et les mariages forcés au sein du projet Kimbidalé.

    Pour en savoir plus : « 80 ans
    de la vie des femmes, de l’UFF
    à Femmes solidaires
     », ouvrage collectif, 45 euros.

  • Pourquoi les sportifs âgés tolèrent moins bien les efforts intenses ?

    Pourquoi les sportifs âgés tolèrent moins bien les efforts intenses ?

    Les « master athlètes » recrutés par Grégory Blain pour son expérience n’avaient pas à rougir de leurs performances : « Ils avaient 65 ans en moyenne, s’entraînaient régulièrement et certains couraient le 10 kilomètres en 35 minutes », souligne le spécialiste de physiologie de l’exercice au Laboratoire motricité humaine, expertise, sport, santé, à Nice. Mais lors d’un effort intense, impossible de rivaliser avec des athlètes d’à peine 30 ans. « La différence était flagrante, insiste le chercheur, dernier auteur d’un article paru dans Experimental Physiology. Plus élevée que nous l’imaginions ».

    Dans ce projet mené avec d’autres laboratoires d’Université Côte d’Azur – le LJAD et I3S -, il s’agissait de pédaler à fond jusqu’à épuisement après avoir pré-fatigué le système respiratoire lors d’un exercice – l’équivalent de respirer à travers une paille pendant plusieurs minutes. Avec cette pré-fatigue, les athlètes les plus âgés n’étaient capables de produire leur effort maximal que pendant une durée réduite de 40% environ, contre 15% pour les plus jeunes. Un capteur de force a aussi montré que les athlètes plus âgés avaient les muscles des jambes plus fatigués après l’exercice de pré-fatigue respiratoire. « Cela montre que le système respiratoire peut devenir un facteur limitant à l’exercice avec l’âge », résume Grégory Blain.

    Rigidité

    On le sait : plus on vieillit, plus le système respiratoire fatigue vite car la cage thoracique et les poumons se rigidifient. « C’est une évolution anatomique normale », souligne Grégory Blain. Pour faire entrer un même volume d’air, les muscles respiratoires – le diaphragme, notamment – doivent donc travailler plus. « Mais nous ne savions pas si ce travail supplémentaire du muscle respiratoire avait un impact sur la fatigue des muscles locomoteurs et la tolérance à l’effort », précise le chercheur. L’expérience montre que oui.

    Et cela s’explique facilement : si les muscles respiratoires travaillent plus, ils ont besoin de plus d’oxygène, et donc d’un afflux de sang. Le système nerveux central l’organise en réduisant le diamètre des vaisseaux sanguins ailleurs – notamment au niveau des muscles locomoteurs. « Il privilégie ce qui est vital », souligne Grégory Blain. Cela réduit le débit de sang vers les jambes et l’oxygénation des muscles. « Il y a une bascule vers une filière énergétique source de métabolites qui altère la fonction et la contraction des muscles », ajoute le chercheur.

    « Dans sa pratique d’activité physique, il faut s’occuper des muscles respiratoires », souligne Grégory Blain. En les musclant via des exercices
    – comme respirer contre des résistances –, en poursuivant l’activité physique à haute intensité et éventuellement en faisant des exercices de respiration profonde pour augmenter l’élasticité de la cage thoracique. « Ce dernier point reste une perspective », conclut le chercheur.