Tag: Société

  • À Digne, la secrétaire du PS accuse un adhérent d’agression

    À Digne, la secrétaire du PS accuse un adhérent d’agression

    Soutenir ou pas la candidature de Francis Kuhn : cette question a été source de crispations et de tensions importantes pendant la campagne municipale au sein du PS. Alors que certains socialistes ont rejoint, puis quitté la liste de l’ancien premier adjoint, qui comportait également des cadres LR, d’autres, comme la secrétaire locale Sylvie Lyons, étaient vent debout contre cette alliance. Des tensions qui sont allées, selon elle, jusqu’à des agressions physiques. Elle a décidé de porter plainte suite à une agression qu’elle aurait subie d’un adhérent du parti en décembre, pendant le vote pour valider ou pas la présence de socialistes sur la liste de Francis Kuhn.

    « Cela a été extrêmement violent », témoigne Sylvie Lyons, qui parle « d’accès de violence », dit s’être fait « hurler dessus » et avoir pris « un coup sur le bras », ainsi qu’un « flot d’insultes » et « des pressions ». « Ils étaient dans une logique de toute puissance », affirme-t-elle, se disant « victime d’une banalisation croissante de la violence ». La secrétaire locale explique avoir saisi la commission des violences sexistes et sexuelles en décembre. « Ce que je dénonce, c’est le dérapage », avance-t-elle. Elle dit avoir écrit plusieurs fois à Olivier Faure à ce sujet, sans retour de sa part. « Quand j’ai vu qu’il n’y avait pas de retour, j’ai décidé de porter plainte », relate-t-elle. « Le silence, c’était une violence de plus », lance la secrétaire. Sa plainte fait état de « violences physiques, menaces, intimidations, harcèlement et pressions répétées », ainsi que des « tentatives d’éviction par la contrainte ».

    Dans une lettre, les membres du conseil fédéral relatent « un grave différend » et « la violence choquante des échanges, en particulier à l’encontre de la secrétaire de la section de Digne Sylvie Lyons dont nous avons tous été témoins ».

  • Perpétuité requise contre l’ex-compagnon de Laëtitia

    Perpétuité requise contre l’ex-compagnon de Laëtitia

    « On parle des infractions les plus graves qui existent dans le Code pénal » : l’avocate générale a requis une peine de réclusion criminelle à perpétuité, vendredi, contre l’accusé poursuivi pour viols, torture, barbarie et proxénétisme, alors que le verdict est reporté à ce samedi. Elle a insisté sur le risque de récidive, la personnalité « perverse » de l’accusé, son « manque d’empathie » et sa volonté de nier la dignité humaine, de nier que Madame R. était un être humain ». « Ce qu’a vécu Madame R., c’est une détention. On ne s’évade pas si facilement d’une prison », a-t-elle relevé. « à chaque fois que Madame R. exprime des limites, elle se fait frapper. Elle n’a le droit que de dire encore », a-t-elle encore rappelé. Selon elle, Guillaume B. a « le fantasme du viol ».

    Pendant son récit, Laëtitia R. a parlé de « plus de 500 hommes » qui ont eu recours aux services de prostitution ordonnés par Guillaume B. « Petit à petit, j’avais l’impression de mourir à l’intérieur. à chaque pratique imposée, une partie de moi se brisait complètement. J’étais dans l’incapacité de me défendre face à lui, j’avais l’impression d’être une enfant de 8 ans. Il me terrorisait, j’avais peur pour mes enfants, j’avais très honte », a-t-elle témoigné. « Il disait que, le jour où je ne lui servirai plus à rien, c’est-à-dire faire ce qu’il attend de moi sexuellement, il me tuerait. » « De toute façon, tu mourras pas de mort naturelle, c’est moi qui te tuerai », ou encore « la prochaine fois, tu te réveilleras peut-être pas et c’est moi qui déciderai ».

    Concernant sa cadette, fille de Guillaume B., elle a affirmé qu’il disait « que plus tard, il en ferait une chienne comme sa mère ». Face aux réactions de la défense, elle a lancé : « Vous rigolez, vous n’étiez pas là. » Laëtitia a évoqué de nouveaux éléments, comme le fait que l’accusé lui « faisait lécher les toilettes des aires d’autoroute ». « Il parle de BDSM, mais les séances de BDSM étaient anecdotiques. J’ai plus de souvenirs d’être frappée parce que j’ai fait quelque chose de mal plutôt qu’une séance de sexe avec des coups », a-t-elle précisé. Aujourd’hui, « mes enfants subissent ma souffrance au quotidien ».

    Questionnée par son avocat, Laëtitia a expliqué que, depuis l’incarcération de Guillaume B., elle s’était fait tatouer à plusieurs endroits « parce que ce corps, il faut que je me le réapproprie. Je ne veux plus qu’il ressemble à ce qu’il a pu être pendant cette période ». Elle a également expliqué s’être teint, pendant un temps, les cheveux en rose : « Pour moi, c’est très symbolique parce que, pendant la relation, je voulais faire du rose et il m’avait dit : tu feras du rose sur tes cheveux quand je serai mort. » La plaignante voulait ainsi montrer que, maintenant, c’était elle qui décidait.

    « Les hommes acceptent, c’est ça qui est grave »

    Interrogée par la présidente, étonnée que n’importe quel homme accepte ses services de prostitution, Laëtitia a répondu : « Bizarrement, oui, les hommes acceptent. Seuls 10 à 20% des hommes disent non et c’est ça qui est grave. » Très éprouvée par les questions de la défense, elle a fini par refuser d’y répondre. « J’ai l’impression de revivre ce que j’ai vécu pendant sept ans. J’en ai marre. Le procès peut se passer sans moi, vous n’avez pas besoin de moi en réalité », a-t-elle lancé, à bout et en pleurs.

    La fille aînée de Laëtitia R., âgée de 23 ans, a ensuite témoigné. Elle s’est souvenue des menaces de Guillaume B. : « Si tu étais ma fille, je t’aurais déjà fracassée. » Sa mère « nous demandait de pas faire de bêtises, parce que sinon, elle allait se faire frapper ». La deuxième fille de Laëtitia, 19 ans, s’est ensuite rappelé avoir développé « une phobie scolaire, en 2023, parce que j’avais peur que maman se suicide ». Le fils, âgé de 16 ans, a déclaré : « On savait que maman faisait la pute. »

    Dans sa plaidoirie, l’avocat de Laëtitia a souligné « le courage de cette femme qui m’a fait l’honneur de me laisser la défendre, la force de cette famille venue tous les jours pour affronter cette audience ». Il a insisté sur les conséquences durables sur toute sa famille : la cadette « cache de la nourriture parce qu’elle a été privée dans son enfance. À 8 ans et demi, elle est handicapée entre 50 et 79% ». « Comment une seule personne peut être la source de tant de souffrances et détruire la vie de tant d’autres ? », s’est-il interrogé. « Laëtitia et ses enfants sont des survivants, ils ont survécu à l’enfer », a-t-il conclu.

    En raison du retard pris, le reste de l’audience a été reporté à samedi. Les avocats de la défense plaideront, l’accusé prendra la parole, puis le verdict sera rendu.

  • Affaire Laëtitia : l’accusé se dit « guéri à vie », mais nie toujours

    Affaire Laëtitia : l’accusé se dit « guéri à vie », mais nie toujours

    L’accusé, entendu jeudi, s’est excusé pour ses messages très dénigrants adressés à Laëtitia, mais a maintenu que, selon lui, elle était « consentante » et qu’il ne l’avait « jamais forcé à rien ».

    « J’ai trouvé les expertises psychologiques et psychiatriques très intéressantes, j’étais subjugué, surtout le compte rendu des experts, qui m’a permis d’avoir un regard plus accru sur l’autoritarisme, la perception que les autres ont de moi », a déclaré Guillaume B.. Il a par ailleurs affirmé que l’avocat de Laëtitia lui avait « permis d’ouvrir les yeux ».

    Il s’est dit « pleinement et parfaitement coupable » de proxénétisme, mais a de nouveau nié avoir forcé Laëtitia à quoi que ce soit. « Je me sens coresponsable de beaucoup de choses. On s’est entraînés tous les deux dans un chemin qui n’était pas le bon. J’ai largement participé, mais je n’étais pas tout seul », a-t-il revendiqué. « Si on en est arrivés là, c’est parce qu’il y avait deux personnes perverses, pas une », a-t-il ajouté.

    Concernant les risques liés au fait qu’il demandait à Laëtitia d’avoir des rapports sexuels avec des clients sans préservatif, il a avancé : « Les risques nous excitaient tous les deux et je prenais des risques autant qu’elle. »

    « Oui, avec le recul, elle a pu être sous mon emprise », a-t-il tout de même reconnu. Guillaume B. a dit « ne plus avoir de mots » à la lecture de ses échanges avec Laëtitia, « idiots, stupides, immatures ». « Je ne pratiquerai plus jamais ce genre de choses, c’est clair et net, je suis guéri à vie », a-t-il conclu.

    « Je veux plus être une esclave »

    La présidente a interrogé l’accusé au sujet de plusieurs messages qu’il avait envoyés à la plaignante : « Je te rappelle que tu es à mon service, que tu n’es qu’une grosse merde. C’est plus des claques que je vais te mettre, c’est des coups de poing. » Surtout, elle a lu de nombreux messages envoyés par Laëtitia à son ex-conjoint prouvant qu’elle voulait sortir de cet engrenage et l’en avait informé : « Je veux tout arrêter, je suis fatiguée de tout ça », « je veux juste être bien traitée, c’est tout », « je suis psychologiquement et physiquement épuisée, j’ai souffert, j’en peux plus », « je veux plus être une esclave, c’est que source de peine », « je mérite le respect comme chaque être humain ». Ce à quoi l’accusé lui répondait : « Alors sérieusement trouve toi un autre mec. » Par ailleurs, quand Laëtitia lui dit vouloir « du calme et du classique », il lui répond « je te le donnerai jamais ».

    À la lecture de ces échanges, Guillaume B. a pour la première fois tenu à s’excuser auprès de Laëtitia, mais seulement « d’avoir écrit tout ça ». « Quand j’ai relu les messages, je me suis maudit moi-même, je me déteste quand je les vois, a-t-il lancé. J’y vois l’entêtement d’un homme face à une personne qui explique avec amour et gentillesse quelque chose que quelqu’un n’entend pas. »

    La présidente a aussi lu les messages de l’accusé avec une autre personne : « Mon esclave s’est déjà fait violer quatre fois dans sa vie et j’adore ça. » En début d’après-midi, elle a diffusé des enregistrements audios et des vidéos, notamment de rapports sexuels et de scatophilie, pendant lesquels la salle était fermée au public et à la presse. Au moment de la réouverture de la salle au public, l’accusé a reconnu que Laëtitia ne prenait aucun plaisir sur ces images, où elle poussait des hurlements. Il maintient cependant que, selon lui, « elle était consentante, sinon elle me l’aurait dit », malgré les nombreux messages prouvant qu’elle voulait arrêter.

    Dans une autre vidéo, la seule diffusée devant le public, Laëtitia filme une altercation pendant laquelle elle dit à Guillaume B. : « J’ai juste besoin d’être, de respirer, juste d’être vivante, pas d’aller me faire sauter, pas me prendre cinq mecs. Tu peux pas considérer que je sois malade et que j’aie besoin de me ressourcer ». « Moi, je te dis, le cul en toutes circonstances, c’est justement ce qui fait du bien », « tu aimes ça obéir », lui répond son ex-conjoint dans la vidéo.

    « Cela confirme qu’on a deux visions différentes. Cela illustre mon entêtement de l’époque, de pas ouvrir mon cœur et de m’entêter dans cette stupidité-là », a réagi l’accusé.

    « Qu’est-ce qui fait que, dans votre tête, vous vous dites que c’est possible de demander à votre compagne d’avoir un rapport sexuel avec le chien de votre frère ? », l’a par ailleurs questionné l’avocat de Laëtitia. Alors qu’une amie du couple témoignait, elle s’est souvenu que Laëtitia lui avait confié : « Si demain je meurs, il ne faut pas penser que c’est normal, il faudra faire des recherches. »

  • Laëtitia « traumatisée » et l’accusé « sadique », selon les experts psy

    Laëtitia « traumatisée » et l’accusé « sadique », selon les experts psy

    Les experts ont décrit, mercredi, pour le troisième jour du procès, une plaignante « anxieuse », « traumatisée », et un accusé « sadique » et « narcissique ». Le fait d’apprendre tardivement ne pas être le fils biologique de son père aurait provoqué chez lui une peur de l’abandon et un besoin de reconnaissance. « C’est un homme très amoureux dans le sens possessif du terme, du fait de son manque affectif », a déclaré son frère à l’enquêtrice de personnalité.

    L’accusé aurait par ailleurs connu un « désenchantement » dans son poste de directeur d’agence bancaire, souhaitant « se réorienter dans l’associatif, l’écologie et l’économie durable pour redonner un sens à sa vie ». à la grande surprise de la cour, il a même exprimé la volonté de créer une association contre les violences faites aux femmes « pour lutter contre les fondements de cette société patriarcale », mais a reconnu dire ce que l’on attendait de lui, questionné par l’avocat de Laëtitia. « C’était maladroit. Évidemment que je n’ai aucune crédibilité à dire ça », a admis Guillaume B. L’enquête a également démontré une « normalisation de la violence » chez l’accusé, qui a grandi à Toulon, fils d’un ancien militaire affecté à la marine nationale.

    Une docteure en psychologie a décrit une « intolérance à la frustration », une « sexualité pour s’imposer et pallier son sentiment d’infériorité » et une « vision très sexualisée et objectale » de la femme. « Si on devait retenir les faits qui lui sont reprochés, est-ce que le fait d’avoir réduit sa compagne à un statut d’objet au service de ses pulsions, un être à sa disposition qui répond à ses ordres, pourrait être une façon de se valoriser de façon inavouable ? », a questionné la présidente, ce que l’experte a confirmé. Cela lui « permet de se renarcissiser, de réparer son soi par ce sentiment de toute-puissance », a-t-elle expliqué.

    Le psychiatre qui a examiné Laëtitia a évoqué une enfance traumatisante, bercée par les violences sexuelles subies par toutes les femmes de la famille : la mère, la grand-mère et la plaignante, qui dit avoir été violée par son beau-père dans son enfance. Elle a fait plusieurs tentatives de suicide, dès ses 17 ans. Il est ressorti qu’elle avait peur de subir le même sort que sa grand-mère, brûlée au visage par son grand-père lorsqu’elle voulait le quitter, et restée « un an aux grands brûlés, les yeux cousus ».

    L’expert a dit qu’il n’était pas sûr que la plaignante finisse par aller mieux et que c’était parfois même « pire avec les souvenirs qui reviennent ». « Les soins seront longs, le pronostic incertain et les séquelles irréversibles », a-t-il conclu. « Si je n’avais pas d’enfants, j’aurais mis fin à mes jours », lui a-t-elle déclaré. Laëtitia est « rongée par la culpabilité d’avoir incarcéré le père de sa cadette », a souligné une autre experte psychologue. Elle « présente le tableau clinique d’un état de stress post-traumatique chronique », a-t-elle ajouté.

    « Du sadisme pur »

    « Je disais que j’aimais ça parce que, quand il savait que j’aimais, il ne le faisait plus puisqu’il préférait m’imposer des choses que je n’aimais pas », a expliqué Laëtitia à l’expert. « Je pense qu’il tire du plaisir de la souffrance de l’autre et que c’est du sadisme pur », a avancé le psychiatre, qui a également examiné l’accusé. Laëtitia s’est rappelée avoir eu parfois « 14 clients en 24h ». « Je ne veux pas qu’une fille vive le quart de ce que j’ai vécu. J’étais son punching-ball, sa poupée gonflable, sa femme de ménage », a-t-elle déclaré. « Il m’a fait un lavage de crâne, tous les jours, il me disait que j’étais qu’une merde, une allumeuse, une nympho. Je me remettais en question sur tout, il mettait même mon rôle de mère en cause », a expliqué Laëtitia à la barre. Elle a également détaillé les privations de sommeil : « Il me laissait une nuit tous les dix jours ». « Moi qui travaille aux Baumettes, c’est une détention ce qu’elle a vécu », a réagi l’experte psychologue.

    Interrogée par la défense concernant un message dans lequel elle dit aimer se prostituer, Laëtitia a répondu : « Si je n’étais pas allée dans son sens, aujourd’hui, vous auriez un procès sans victime. Il fallait que je reste en vie, que je survive. »

    De vives tensions sont apparues entre les avocats de la défense et la présidente, à la fin de l’audience. Le public a réagi bruyamment à certaines questions de la défense et Laëtitia a éclaté en sanglots. « C’est contre-productif, cela n’apporte rien au débat, les jurés n’en peuvent plus. Cela prend des proportions qui ne sont pas normales », a estimé la présidente.

    Le public était encore plus nombreux que les deux journées précédentes, avec certains élus, notamment de la liste de gauche Demain Sisteron, sur les bancs de la salle d’audience. Laëtitia est apparue encore plus affaiblie que les jours précédents, semblant souffrir de douleurs importantes et ayant du mal à marcher. Elle doit régulièrement sortir de la salle et est accompagnée par ses enfants, présents pour la soutenir.

    Le père et le frère de l’accusé ont également été entendus, mercredi, et ont vanté les mérites d’un homme « extraordinaire », surnommé « le couillon du village ».

  • [Laëtitia R.] Une famille brisée face à un homme décrit comme violent

    [Laëtitia R.] Une famille brisée face à un homme décrit comme violent

    « Depuis qu’il est incarcéré, j’ai avancé dans ma vie, j’ai des projets, j’attends juste qu’il soit condamné. Je me suis rendu compte que j’allais beaucoup mieux depuis qu’il n’était plus là », a témoigné à la barre le fils de Guillaume B., désormais âgé de 17 ans, au deuxième jour du procès. « C’est quelqu’un de violent et d’impulsif, il avait une emprise sur nous, on pouvait rien dire, rien faire. Dire non face à cet homme, c’est impossible », a-t-il témoigné. « J’entendais des cris, des bruits sourds, des pleurs. Ils faisaient en sorte de pas nous alerter parce qu’ils savaient qu’on pouvait parler. On voyait souvent des marques sur le corps de Laëtitia, des bleus. Au fur et à mesure, ça se dégradait, il était de plus en plus dans le contrôle », a précisé l’adolescent.

    Consciente des accès de violence de celui qui était alors son partenaire, Laëtitia R. refusait de le laisser seul avec ses enfants et tentait de les protéger. Même après avoir eu le courage de prendre son propre appartement pour vivre loin de lui, elle revenait le week-end pour veiller sur eux. « Elle était tellement inquiète qu’elle préférait être présente pour nous protéger, même si pour elle, c’était très compliqué de revenir », a expliqué le fils de Guillaume B. L’accusé avait perdu la garde de ses enfants suite à une enquête sociale, lancée suite à plusieurs signalements, dont l’un en raison de la volonté de son fils de « mourir » dès ses 7 ans. Il refusait les soins à ses enfants, dont l’un polyhandicapé, selon l’enquête sociale, ainsi que selon son ex-femme et mère de deux de ses enfants. Cette dernière a décrit à la barre les chantages au suicide, les menaces au fusil de chasse et au couteau qu’elle a subies même enceinte. Elle a expliqué que leur rupture était notamment due au fait qu’il avait voulu « l’offrir à d’autres hommes ».

    Jonathan, ami de Guillaume B., a raconté la manière dont ce dernier avait insisté pour lui faire une « surprise » lors d’une soirée arrosée et avait forcé Laëtitia R. à lui faire une fellation. « Il était très insistant. J’ai honte. J’étais très gêné. Ni elle, ni moi n’en avaient envie », a-t-il avoué. « Je savais qu’il aimait les filles soumises. Il me montrait des vidéos en live où il demandait à une fille de marquer joyeux anniversaire sur son pubis  », a-t-il témoigné. Également voisin du couple, il a dit avoir augmenté le son de sa télévision lorsqu’il entendait les cris de douleurs de Laëtitia R. « Quand on entend des cris de femme de douleur, on augmente la télé, c’est normal ça ? », l’a questionné la présidente. « Beaucoup de personnes n’ont rien dit et on aurait dû le faire, j’ai honte de ça aussi », a regretté l’homme.

    « Si on peut tirer une leçon de cette affaire, c’est qu’on a tous collectivement tendance à fermer les yeux, à se dire, comme ça a été dit par certains témoins : “ça ne me regarde pas”. Peut-être que ça devrait nous alerter et qu’on se dise tous, la prochaine fois, que ça ne coûte pas grand-chose de passer un petit coup de fil à la police pour être sûr et que ces histoires nous regardent tous parce que, si on ne fait rien, on laisse faire des choses qui sont absolument terribles », a réagi l’avocat de Laëtitia R., à la sortie de l’audience. « Tous les gens qui ont eu le malheur d’être à son contact racontent la même histoire : un homme tyrannique, violent, impulsif, et chacun est venu dire à son tour comment il avait, à un moment ou à un autre, vécu une situation d’emprise dans laquelle il a été enfermé par la violence et les menaces de cet homme », a-t-il conclu.

    Des lésions traumatiques

    Une experte gastro-entérologue saisie par le juge d’instruction a ensuite détaillé les lésions subies par Laëtitia R. « Les anomalies sont marquées pour une femme de son âge. Elle a une incontinence sévère quasi complète », a-t-elle expliqué. Les échographies « éliminent l’impact des accouchements de Laëtitia sur ces lésions » et confirment leur origine traumatique, a avancé la médecin. Répondant aux questions de l’avocat de Laëtitia, l’experte a reconnu des « mutilations » et une « infirmité permanente ».

    La défense a tenu à commander et à lire un rapport établi par un autre médecin gynécologue retraité, n’ayant jamais rencontré Laëtitia, et « contestant formellement » les conclusions de l’experte. Selon lui, il est impossible de faire le lien entre les lésions subies par Laëtitia et un potentiel traumatisme ou des violences sexuelles. « Les causes possibles sont multiples », affirme-t-il dans son rapport lu par la présidente, accusant l’experte de « surinterpréter les symptômes » et de « s’orienter vers la validation du récit de la victime sans recherche d’autre cause ». Cette dernière a maintenu sa version, lançant que « les lésions de l’anus sont exceptionnelles dans la sexualité consentie » et que « cette lésion ne peut pas être d’autre origine que traumatique ».

  • Le récit glaçant et insoutenable de Laëtitia

    Le récit glaçant et insoutenable de Laëtitia

    «Il venait tous les lundis pour me frapper, m’humilier et prendre l’argent », a déclaré à la barre Laëtitia R, lundi. Aux côtés de plusieurs de ses proches, elle a détaillé les viols, violences et sévices qu’elle affirme avoir subis, ainsi que la relation de domination et de soumission imposée par Guillaume B., jugé jusqu’à vendredi. pour viols, torture, barbarie et proxénétisme.

    Selon les témoignages, cette mère de quatre enfants devait lui demander l’autorisation pour chacun de ses gestes : aller aux toilettes, utiliser son téléphone, manger, boire, fumer ou encore s’habiller.

    L’homme de 51 ans, originaire de Lille, divorcé et directeur d’une agence bancaire, à Manosque, aurait par ailleurs forcé son ex-conjointe à se prostituer et l’aurait livrée à de nombreux hommes qui la violaient et la violentaient, selon les déclarations de la partie civile. Pendant ces rapports sexuels tarifés, Guillaume B. était présent ou devait tout écouter par téléphone.

    Un épisode survenu au lac des Vannades, à Manosque, pendant lequel Guillaume B. aurait surpris Laëtitia avec un inconnu, avec qui il l’aurait forcée à avoir un rapport sexuel à travers la portière d’une voiture, a été évoqué à plusieurs reprises pendant l’audience. L’homme aurait par ailleurs contraint Laëtitia à se faire tatouer l’inscription dégradante « garage à bites » au niveau du pubis.

    L’enquête a été ouverte le 31 mai 2022 par un signalement d’une amie de Laëtitia R., Ophélie, à qui elle s’était confiée et qui craignait pour sa vie. La voisine de Guillaume B., chez qui Laëtitia R. a vécu pendant plusieurs années, a témoigné à la barre des cris qu’elle entendait régulièrement : « Elle le suppliait d’arrêter. Je devais monter le son de la télé pour que mes enfants n’entendent pas. »

    « Si tu refais ça, je te tue »

    Laëtitia R. aurait accepté de se prostituer, au début, pour subvenir aux besoins de ses enfants, pour lesquels elle se fournissait dans des banques alimentaires. Guillaume B. partageait initialement la moitié des revenus avec elle, puis en conservait la totalité par la suite.

    « Si tu refais ça, je te tue », a écrit l’accusé à Laëtitia après qu’elle a refusé une sodomie avec un autre homme en raison de douleurs. « Tu n’es qu’un trou, un vide couilles à mon service », « message du maître à son esclave : je veux que tu suces une queue avant ce soir », lui écrivait-il également. L’homme imposait par ailleurs à Laëtitia « de se pénétrer tous les jours avec un gode michet », ce qui lui a causé une incontinence anale et « une rupture complète du sphincter anal », a expliqué la présidente du tribunal.

    Au début de leur relation, Guillaume B. la forçait aussi à boire son urine « tous les matins ». « J’étais juste là à son service, je lui servais de défouloir, j’attendais de mourir, il m’a détruite », a déclaré Laëtitia. Pendant sa grossesse, elle aurait même eu des relations sexuelles avec trois chiens et un cheval, selon les éléments du dossier.

    Lors des perquisitions, les enquêteurs ont retrouvé deux carabines et deux fusils à canon apposés contre le lit conjugal, ainsi que des vidéos zoophiles et sadomasochistes où figurent Laëtitia.

    « J’ai imposé mes règles en tant que maître, elle les a toujours acceptées », a tenté d’expliquer Guillaume B. L’accusé a reconnu avoir dit à la partie civile qu’elle « méritait » d’avoir été violée par son beau-père, à l’âge de 8 ans. « Elle n’avait pas le droit de dire stop, car cela faisait partie du dressage », a-t-il déclaré.

    Les avocats de l’accusé ont demandé le huis clos, voulant « protéger l’intérêt » de la fille de 7 ans que le couple a eu ensemble. L’avocat de Laëtitia a rétorqué que Guillaume B. essayait « encore une fois de reprendre le contrôle en instrumentalisant cette enfant qui se constitue partie civile contre lui dans ce dossier ».

    Le maire (DVD) de Manosque, Camille Galtier, a exprimé son soutien à la victime et a annoncé nommer « d’ici l’été une chargée de mission dédiée à la prévention et à la lutte contre les discriminations ».

    «Il venait tous les lundis pour me frapper, m’humilier et prendre l’argent », a déclaré à la barre Laëtitia R, lundi. Aux côtés de plusieurs de ses proches, elle a détaillé les viols, violences et sévices qu’elle affirme avoir subis, ainsi que la relation de domination et de soumission imposée par Guillaume B., jugé jusqu’à vendredi. pour viols, torture, barbarie et proxénétisme.

    Selon les témoignages, cette mère de quatre enfants devait lui demander l’autorisation pour chacun de ses gestes : aller aux toilettes, utiliser son téléphone, manger, boire, fumer ou encore s’habiller.

    L’homme de 51 ans, originaire de Lille, divorcé et directeur d’une agence bancaire, à Manosque, aurait par ailleurs forcé son ex-conjointe à se prostituer et l’aurait livrée à de nombreux hommes qui la violaient et la violentaient, selon les déclarations de la partie civile. Pendant ces rapports sexuels tarifés, Guillaume B. était présent ou devait tout écouter par téléphone.

    Un épisode survenu au lac des Vannades, à Manosque, pendant lequel Guillaume B. aurait surpris Laëtitia avec un inconnu, avec qui il l’aurait forcée à avoir un rapport sexuel à travers la portière d’une voiture, a été évoqué à plusieurs reprises pendant l’audience. L’homme aurait par ailleurs contraint Laëtitia à se faire tatouer l’inscription dégradante « garage à bites » au niveau du pubis.

    L’enquête a été ouverte le 31 mai 2022 par un signalement d’une amie de Laëtitia R., Ophélie, à qui elle s’était confiée et qui craignait pour sa vie. La voisine de Guillaume B., chez qui Laëtitia R. a vécu pendant plusieurs années, a témoigné à la barre des cris qu’elle entendait régulièrement : « Elle le suppliait d’arrêter. Je devais monter le son de la télé pour que mes enfants n’entendent pas. »

    « Si tu refais ça, je te tue »

    Laëtitia R. aurait accepté de se prostituer, au début, pour subvenir aux besoins de ses enfants, pour lesquels elle se fournissait dans des banques alimentaires. Guillaume B. partageait initialement la moitié des revenus avec elle, puis en conservait la totalité par la suite.

    « Si tu refais ça, je te tue », a écrit l’accusé à Laëtitia après qu’elle a refusé une sodomie avec un autre homme en raison de douleurs. « Tu n’es qu’un trou, un vide couilles à mon service », « message du maître à son esclave : je veux que tu suces une queue avant ce soir », lui écrivait-il également. L’homme imposait par ailleurs à Laëtitia « de se pénétrer tous les jours avec un gode michet », ce qui lui a causé une incontinence anale et « une rupture complète du sphincter anal », a expliqué la présidente du tribunal.

    Au début de leur relation, Guillaume B. la forçait aussi à boire son urine « tous les matins ». « J’étais juste là à son service, je lui servais de défouloir, j’attendais de mourir, il m’a détruite », a déclaré Laëtitia. Pendant sa grossesse, elle aurait même eu des relations sexuelles avec trois chiens et un cheval, selon les éléments du dossier.

    Lors des perquisitions, les enquêteurs ont retrouvé deux carabines et deux fusils à canon apposés contre le lit conjugal, ainsi que des vidéos zoophiles et sadomasochistes où figurent Laëtitia.

    « J’ai imposé mes règles en tant que maître, elle les a toujours acceptées », a tenté d’expliquer Guillaume B. L’accusé a reconnu avoir dit à la partie civile qu’elle « méritait » d’avoir été violée par son beau-père, à l’âge de 8 ans. « Elle n’avait pas le droit de dire stop, car cela faisait partie du dressage », a-t-il déclaré.

    Les avocats de l’accusé ont demandé le huis clos, voulant « protéger l’intérêt » de la fille de 7 ans que le couple a eu ensemble. L’avocat de Laëtitia a rétorqué que Guillaume B. essayait « encore une fois de reprendre le contrôle en instrumentalisant cette enfant qui se constitue partie civile contre lui dans ce dossier ».

    Le maire (DVD) de Manosque, Camille Galtier, a exprimé son soutien à la victime et a annoncé nommer « d’ici l’été une chargée de mission dédiée à la prévention et à la lutte contre les discriminations ».

    DES MANIFESTANTES SOUTIENNENT LAËTITIA

    Carmen Buelga, membre du CIDFF

    Les violences faites aux femmes et aux enfants sont l’objet même du CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles). C’est une réalité très malheureuse qui occupe nos pensées, c’est une réalité dans notre pays et dans le monde entier. C’est important de soutenir cette femme qui a subi pendant des années. Ce procès va être compliqué, il faut qu’elle sache qu’on est derrière elles. Il y a une double peine pour les victimes à qui on reproche souvent plein de choses. On est solidaires. »

    Léa, membre du collectif féministe départemental

    « C’est important d’être là parce qu’on salue la démarche de Laëtitia qui a demandé la levée du huis clos. C’est aussi important dans nos territoires ruraux : les statistiques montrent qu’il y a plus de féminicides en ruralité, les mouvements féministes sont plus présents en ville. Les femmes ont plus de mal à se faire entendre en ruralité. Les structures qui prennent en charge les femmes victimes de violences sont beaucoup plus rares en ruralité. »

    Marie-Claire Bataille, membre du collectif « 8 mars toute l’année »

    « Il nous a semblé totalement normal et plus que légitime d’être là pour Laëtitia, d’être présentes pour la soutenir.

    On est sur de la barbarie, au-delà du patriarcat et de la puissance masculine. On est essentiellement là pour la soutenir. On la croit, on reconnaît ce qui lui est arrivé et on la soutient. »

  • L’ex de Laëtitia jugé pour viols et proxénétisme dès ce lundi à Digne

    L’ex de Laëtitia jugé pour viols et proxénétisme dès ce lundi à Digne

    Ce lundi s’ouvre devant les assises à Digne le procès de Guillaume B., directeur d’une agence bancaire manosquine accusé d’avoir torturé, violé et livré à la prostitution à « des centaines d’hommes » son ex-compagne Laëtitia. Ils se sont rencontrés en 2015. Laëtitia, alors préparatrice en pharmacie, était âgée de 32 ans, et Guillaume B. de 42 ans. Dans Sept à Huit, elle se confie sur les violences physiques et psychologiques qu’elle a subies dès le début de la relation : « Il me demandait de lui envoyer des photos pour voir comment j’étais habillée, il me demandait où j’étais. » « Très vite », les menaces de mort arrivent. Guillaume B. « menaçait de me faire perdre mes enfants, de diffuser à ma famille des choses de ma vie intime ».

    Parmi les violences subies, « au début, des gifles jusqu’à ce que je perde une dent », puis « des coups de ceinture, des fessées à me faire des marques pendant deux semaines, des coups de planche à découper, de câbles électriques. Il m’a déjà étranglée plusieurs fois jusqu’à ce que je perde conscience, il me mettait des sacs-poubelles sur la tête jusqu’à ce que je perde conscience », témoigne-t-elle. Ces violences avaient lieu « la nuit, le jour quand mes enfants étaient à l’école, à la maison, sur des parkings, des aires d’autoroute ». Elle dit « avoir dissocié par moments » et ne pas se rappeler de certaines violences en raison du traumatisme subi. Chasseur, il conservait quatre armes à leur domicile. « Il y avait une carabine tout le temps chargée dans le salon. »

    Guillaume B. l’inscrit ensuite sur « des sites d’escortes, de prostitution » pour la livrer à « des centaines d’hommes », raconte-t-elle. Elle n’a pas subi de soumission chimique car « il disait qu’il fallait que je me rende compte de ce qu’il m’arrivait ».

    Forcée à se prostituer, même enceinte

    Certains payent « très cher » pour avoir des rapports sexuels avec elle et lui faire subir des violences physiques, « chez eux ou dans des hôtels », témoigne-t-elle. Elle subit des violences « même enceinte, avec des contractions, à six mois de grossesse. J’ai même été hospitalisée ». Elle essaye de s’opposer, mais « plus je m’oppose, plus il est frustré et devient dangereux. Mon corps s’en souvient », explique-t-elle. Pendant ses rendez-vous médicaux, elle doit l’appeler pour qu’il écoute toute la conversation.

    Au bout d’un moment, « je me suis dit, c’est soit je pars, soit je meurs ». Un jour, « une amie dont je n’avais pas de nouvelles depuis cinq ans m’envoie un message. J’étais alors aidée par une association et une psychiatre. On s’est appelées et je lui ai tout raconté ». Son amie prévient alors les forces de l’ordre, et c’est là que l’instruction commence.

    Encore aujourd’hui, elle porte des séquelles, est « incontinente », a « des douleurs dans tout le corps », dort « deux ou trois heures par nuit » et prend de la morphine et des anxiolytiques. Elle est reconnue adulte handicapée. Elle est mère de quatre enfants âgés de 8 à 23 ans, dont la dernière est de lui. « Pour elle, c’est pas son père. Elle l’a rayé complètement. Elle a vécu la peur. Pendant sept ans, avec les enfants, on était séquestrés. Les seules sorties autorisées pour eux, c’était l’école et chez leur père », se rappelle Laëtitia. Les expertises psychiatriques décrivent Guillaume B. comme « sadique, pervers, dangereux », selon Sept à Huit.

    Laëtitia a refusé le huis clos. « Il m’a tenue avec la peur, avec la honte. C’est lui qui devrait avoir honte, moi j’ai subi », déclare-t-elle, espérant pouvoir aider d’autres femmes à parler.

    Le procès commencera ce lundi à 14h, avec l’examen des faits qui durera jusqu’à ce mardi. Les personnalités de Guillaume B. et de Laëtitia seront ensuite étudiées mercredi, à l’aide notamment d’expertises. Les parties civiles seront entendues jeudi matin, puis les avocats plaideront et le procureur énoncera ses réquisitions l’après-midi. L’accusé prendra la parole et le délibéré sera rendu vendredi. Guillaume B. encourt la perpétuité.

  • Des colliers à ultrasons pour protéger ses bêtes du loup sans lui tirer dessus

    Des colliers à ultrasons pour protéger ses bêtes du loup sans lui tirer dessus

    Après avoir subi plusieurs attaques et retrouvé de nombreuses de ses bêtes tuées par le loup, l’éleveur Romain Constans a trouvé une solution innovante pour se protéger du prédateur : des colliers qui détectent les mouvements de ses animaux, s’activent quand ils courent et émettent des ultrasons et des lumières clignotantes pour éloigner le loup.
    « Avant, je ne pouvais pas approcher mes vaches, elles étaient agressives, elles me faisaient sortir de leur enclos, elles pouvaient charger les promeneurs », stressées par le loup, témoigne-t-il. Elles s’étaient même déjà retrouvées dans le village voisin, effrayées et pourchassées par le prédateur. Depuis qu’il les a équipées de ces colliers, l’éleveur peut approcher, câliner et s’occuper de ses bêtes sans qu’elles ne bronchent.

    Cette solution reste « moins efficace que la carabine », lance l’éleveur, mais elle permet une cohabitation tout en préservant l’espèce, alors que cinq loups ont déjà été tués par les lieutenants de louveterie depuis le début de l’année, selon la préfecture. Les éleveurs de 40 troupeaux disposent d’une autorisation de tir. « On essaye de vivre avec », explique Romain Constans.

    232 animaux tués par le loup cette année

    Nombre de ses veaux, de ses brebis et de ses béliers ont été tués par le loup avant qu’il ne s’équipe de ces colliers. Au 13 mai 2026, 72 attaques de loup avaient été signalées sur 52 troupeaux dans le département, pour un total de 232 victimes recensées. Ces chiffres sont en baisse par rapport à l’année dernière, selon la préfecture. Une attaque a causé plus de 20 victimes cette année, contre trois l’année dernière. « Depuis que j’ai les colliers, je n’ai eu aucune attaque, aucun veau de perdu », se réjouit Romain Constans, alors qu’il en perdait auparavant « un ou deux par an ». « Comme c’est en pente, dès qu’il y a une attaque, c’est dévastateur. Il y a des pattes cassées. Pour une brebis tuée, il faut parfois en euthanasier 10 ou 15 », déplore l’éleveur. Il a même déjà retrouvé le loup avec son teckel dans la bouche.

    « Le risque zéro n’existe pas, mais ça dissuade. Même pour nous, éleveurs, cela nous apporte de la tranquillité », avance-t-il. « Ce qui freine, c’est le prix » : environ 240 euros hors taxes par collier, selon le gérant de la société qui les produit, Cyril Gautreau. Il faut compter environ un collier pour cinq vaches et un pour huit moutons. Romain Constans n’a pas pu acquérir assez de colliers pour ses 450 brebis. « Il faudrait 100 colliers pour bien équiper le troupeau ! », regrette-t-il. Il en utilise alors un pour ses vaches et deux pour ses béliers.

    En plus des colliers, l’éleveur fait appel à des éco-volontaires de l’association de défense du loup Ferus pour veiller sur ses bêtes pendant la nuit l’été. Ces bénévoles font des rondes, installent des tentes et dorment avec les animaux pour éviter les attaques en montagne.

    Romain Constans a également fait l’acquisition de chiens de protection, mais trouve les colliers plus efficaces. « Les chiens de protection, c’est ingérable l’été, avec les promeneurs, ils peuvent mordre quelqu’un », craint-il. De nombreux accidents ont été recensés dans le département. De plus, les loups sont si nombreux dans le département que, « quand un chien chasse un loup, un autre attaque ». « Les colliers, ça ne dérange personne, ça n’embête pas les randonneurs, et ça dissuade le loup », avance-t-il.

    Sa crainte reste que le prédateur s’habitue aux ultrasons et aux lumières du collier sur le long terme, « comme il s’est habitué au foxlight », ce flash lumineux conçu lui aussi pour repousser le prédateur. « Le remède miracle n’existe pas », conclut l’éleveur. Mais, « depuis que j’ai le collier, je n’ai plus de problèmes ». Son créateur, Cyril Gautreau, se félicite d’une efficacité « de 80% pour les moutons et de 95% pour les bovins ». « Il y a une explosion des ventes cette année et une possible rupture de stock », affirme-t-il.

  • Les élèves des écoles d’art imaginent les Alpes en 2126

    Les élèves des écoles d’art imaginent les Alpes en 2126

    Une centaine d’élèves des écoles d’art de Digne, Forcalquier, Gréoux-les-Bains et Barcelonnette ont inauguré et présenté mercredi soir leur exposition imaginant le département dans 100 ans. Jules, 11 ans, élève à l’école d’art IDBL à Digne, a ainsi imaginé avec quatorze de ses camarades un monde où « on a voulu réparer le réchauffement climatique, mais on a tout foiré ». « C’était un projet très amusant à faire, et chacun a pu apporter ses idées pour imaginer le futur », a renchéri son camarade Gabriel. « Nous avons aimé inventer notre vision du monde de demain, parce que nous sommes aussi les adultes du futur », a lancé Jules. Dans leur monde imaginaire, « le 04 est devenu un monde fragmenté qui flotte dans les airs. Le monde est bloqué dans un hiver éternel », explique le petit garçon. « Les humains habitent dans des bulles et l’atmosphère est irrespirable. »

    « Nous, on s’est dit qu’en 2126, ce serait quand même bien que ce soit quelque chose de meilleur qu’aujourd’hui, sinon c’est anxiogène pour les enfants », a défendu Catherine Hall, professeure d’arts plastique à l’école intercommunale de Forcalquier. « Avec le réchauffement climatique, on en a conclu qu’il y aurait des ananas, des bananes, des oranges dans les arbres, et que le coq pondrait des œufs », a-t-elle décrit. Sur l’un des leurs kakémono (œuvre d’art suspendue), on peut distinguer la citadelle de Forcalquier sous l’eau.

    « Ce que vous découvrez ce soir est une illustration de ce qu’ensemble nous pouvons accueillir lorsque nous mettons l’art et la créativité au cœur de nos politiques publiques, à savoir faire des arts un levier de développement humain et de cohésion pour l’ensemble de notre territoire », a défendu Alain Deslaux, conseiller départemental délégué notamment à la culture.

    Une première rencontre

    « C’est la première fois que les quatre écoles du département travaillent ensemble », se réjouit Isabelle Laban-Dal Canto, conservatrice du patrimoine au département. « La présidence nous a demandé d’organiser des expositions dans cette salle de l’hôtel du département, donc on a fait plusieurs propositions, dont deux ont été retenues : l’artothèque et celle-ci. »

    « C’est compliqué de travailler comme ça avec plein de gens à distance qui ne se croisent pas forcément », a témoigné la directrice de l’école d’art dignoise IDBL, Émeline Eudes. Les quatre écoles qui ont participé, entre Gréoux-les-Bains et Barcelonnette, sont très éloignées, d’un bout à l’autre du département. « Je me mets à la place des jeunes d’aujourd’hui, c’est déjà hyper anxiogène pour nous, entre les guerres, le climat », a ajouté la directrice de l’école. « Sur les kakémonos de l’Ubaye, je trouve qu’il y a un truc intéressant, parce qu’ils parlent du ski, des remontées mécaniques… C’est un vrai sujet aujourd’hui pour toutes les petites stations de ski qui sont en train d’essayer de se transformer. »

    Ce projet s’inscrit dans le schéma départemental, qui assure un maillage territorial « qui permette à toutes les populations disséminées sur le territoire d’avoir une offre accessible financièrement et géographiquement », explique Emeline Eudes. « C’est une obligation légale pour la musique, la danse et le théâtre. Les arts plastiques ne sont pas dedans. Le ministère de la culture oublie systématique l’existence des arts plastiques quand il parle d’enseignement artistique », regrette-t-elle. Heureusement, le département a décidé de les inclure.

    Ce schéma « n’oblige pas le Département à donner des subventions, mais on le fait », avance Anne Rinjonneau, directrice adjointe aux stratégies culturelles. « Souvent, il y a plus de temps de déplacement que d’heures de cours », déplore-t-elle. Le Département a profité de l’occasion pour remettre un chèque de 400 euros à chacune des écoles « pour leur permettre d’acheter du matériel », a annoncé Alain Deslaux.

  • D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    D’un mouvement de résistance aux grands « Soulèvements »

    Nous retrouvons mardi matin les militants du Comptoir des idées devant le panneau d’expression libre de l’avenue Tessé, en pleine séance de collage et de distribution de tracts. L’objectif étant d’informer la population toulonnaise d’une nouvelle séance de réflexion et de débat à l’occasion de la ciné-rencontre du jeudi 21 mai à 20h30 au cinéma le Royal autour de Soulèvements, le film de Thomas Lacoste qui sera présent dans la salle.

    « Ce qui nous intéresse, c’est que ça touche autant à la protection de la planète que les droits humains », explique Guy Cochennec (Climat Zéro Fossile). Le militant associatif rappelle pour commencer la genèse : « L’idée est née au sein de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes après 2013, au moment où la police et l’armée se sont retirées. » La très riche vie communautaire qui y prospère alors va en être le ferment. Des voix s’élevant pour dire qu’il n’était pas possible de se séparer sans créer un mouvement pour continuer la lutte partout où ce serait nécessaire.

    Pour continuer le combat

    « Une fois mis en place, ils vont réagir très très vite à tout ce qui se passe », souligne-t-il. On va en effet les retrouver présent sur la A69, mais aussi sur les projets des méga-bassines et même à plus de 3 000 mètres au cœur du glacier de la Girose, sur le chantier de construction d’un téléphérique, « avec l’installation de tentes sur le seul endroit où les hélicoptères pouvaient se poser pour amener le matériel ».

    Le Comptoir des idées souhaite mettre en perspective tous ces combats et la réponse disproportionnée de l’État – pour rester dans l’euphémisme. Notamment sur la manifestation organisée à Sainte-Soline en 2023 et « la réaction d’un gouvernement pour casser le mouvement ».

    « L’année d’avant déjà, Darmanin avait mis en avant l’écoterrorisme pour permettre d’appliquer les lois d’exception à des activistes et préparer l’opinion publique », dénonce Guy Cochennec. 3 000 agents des forces de l’ordre vont être déployés face à 30 000 manifestants avec « la volonté de faire un exemple, de faire peur et mal avec des tirs tendus de lance-grenade ». Et de préciser : « Sur des images, on voit des gendarmes qui comme dans un jeu vidéo se congratulent lorsqu’ils font mouche sur un manifestant. » Résultat : plus de 200 blessés très graves.

    Et pendant qu’on parle d’écoterrorismes, on ne parle plus des crimes écologiques réels ceux-là qui sont commis sur l’ensemble de la planète.

    Tout cela devrait donner matière à débat dans la salle et inspirer, pourquoi pas, d’autres manières de mener le combat au travers des 16 portraits réalisés dans ce film. On retrouve notamment deux paysans : le père est à la Confédération paysanne, et son fils beaucoup plus radical… Le militant du Comptoir des idées conclut : « Il y a une solidarité, de l’émotion qui passe, il y a tout ce qu’on aimerait voir partout dans la société. »