Tag: Hérault

  • Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    Tourisme et canicules : ce n’est que le début !

    « Mesurer pour comprendre. » Telle est la mission de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En ces temps de canicules à répétition, il est temps de remettre en lumière une étude choc* de l’Insee Occitanie. Rendue publique le 19 novembre 2024, elle porte un titre brûlant d’actualité : « En Occitanie, les trois-quarts de l’offre touristique seront exposés à de fortes chaleurs en 2050 », c’est-à-dire à partir de 30°C et au-delà. Autrement dit, « 72% des lits des hébergements collectifs de la région sont situés dans des zones où les températures élevées seront les plus fréquentes à l’horizon 2050 avec plus de 35 journées où les températures dépasseront 30° C ou plus de 50 nuits tropicales par an » ; une nuit tropicale étant « une nuit où la température ne descend pas en dessous de 20°C ». L’étude de l’Insee parue il y a près de 4 ans, doit permettre aux professionnels du tourisme, aux services de l’État et aux collectivités locales de s’engager fortement sur le chemin de l’adaptation et l’atténuation d’un phénomène structurel : le réchauffement climatique. Sinon, le risque est de voir s’effriter un des piliers de l’économie régionale qui, au plus fort de l’été, génère jusqu’à 180 000 emplois, soit 7% de l’emploi marchand régional.

    L’autrice et l’auteur de l’analyse de l’Insee, Séverine Bertrand et François Hild, rappellent qu’en Occitanie « les étés 2022 et 2023 ont été marqués par des températures dépassant régulièrement les 35° C (voire 40° C) dans plusieurs départements, des niveaux rarement atteints autrefois » ; ajoutant que « les simulations climatiques les plus récentes confirment que ces phénomènes s’accentueront au cours des 25 prochaines années ». Résultat, l’Occitanie « est une des régions de France métropolitaine qui seront les plus exposées à des épisodes fréquents de fortes chaleurs, à la fois diurnes et nocturne ». L’étude de l’Insee a suivi l’évolution de la fréquence des journées de fortes chaleurs et des nuits tropicales pour la période 1976-2025 et aux horizons 2030 et 2050. L’accélération est impressionnante : sur la période 1976-2005, 2% seulement du territoire régional était concerné par les fortes chaleurs fréquentes, notamment dans l’Hérault et le Gard. Dans 4 ans, en 2030, ce sera 12% de l’Occitanie et dans 24 ans, en 2050, 50% de la surface régionale sera concernée ! Les touristes optent déjà pour des destinations au climat plus clément, notamment le littoral atlantique et du nord. Au printemps 2026, l’Insee a publié une analyse** montrant l’évolution des habitudes des vacanciers entre 2012 et 2024, sous l’impact du dérèglement climatique. « Dans ce contexte, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques augmente moins fortement en Occitanie qu’au niveau national. En Occitanie, la concentration de la fréquentation touristique en juillet et en août tend à s’atténuer au profit d’un développement du tourisme au printemps, notamment en mai. » Une évolution portée par l’hôtellerie de plein air, « majoritairement sur le littoral méditerranéen ». Un bouleversement de la saisonnalité qui va exiger des adaptations structurelles de l’économie du tourisme.

    *Insee Analyses Occitanie, n°157, novembre 2024. **Insee Analyses Occitanie  168, mars 2026.

    CHIFFRES

    17,5

    millions de touristes ont été accueillis en 2023 dans les hébergements collectifs marchands d’Occitanie (hôtels, campings, résidences de tourisme, villages vacances) totalisant 55,2 millions de nuitées, soit 12% des nuitées de France métropolitaine.

    2e

    région de France pour la fréquentation des campings, l’Occitanie s’est hissée en 2025 au 3e rang des régions pour la fréquentation touristique, derrière l’Île de France et la Nouvelle-Aquitaine et devant Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur.

    125 000

    emplois en moyenne par an sont générés par le tourisme en Occitanie. Cela représente 7% de l’emploi marchand de la région. Au cœur de l’été, le secteur emploie jusqu’à 180 000 travailleurs.

  • [Entretien] Gilles Béna, directeur de recherche à l’IRD : « Il n’y a aucune réflexion et ça se fait au pas de charge »

    [Entretien] Gilles Béna, directeur de recherche à l’IRD : « Il n’y a aucune réflexion et ça se fait au pas de charge »

    La Marseillaise : Vous travaillez sur quoi actuellement ?

    Gilles Béna : Mon unité travaille sur la santé des plantes et notamment sur la lutte contre les pathogènes qui attaquent le riz, en Colombie, en Afrique ou en Asie du Sud-Est. Je travaille avec le Cambodge où nous avons monté en co-construction, un laboratoire mixte international. Notre problématique, c’est la culture du riz et la question de l’agroécologie : comment diminuer les traitements aux pesticides, aux insecticides par des approches alternatives.

    Concrètement ce travail au Cambodge se traduit comment ?

    G.B. : Fin août, je pars pour trois ans en affectation à Phnom Penh pour développer des programmes avec les chercheurs et enseignants-chercheurs locaux. Avoir une question de recherche et la développer avec nos partenaires du Sud sur des problématiques de leur pays, c’est le cœur de métier de l’IRD. Ces outils de projection, ces expatriations, ces missions longue durée font son originalité et permettent aussi d’encadrer et former des étudiants.

    Quel est l’intérêt d’être sur place ?

    G.B. : La continuité. Il y a cette image de « chercheurs hélicoptères », notamment pour les chercheurs américains qui restent quinze jours, prennent les données qui les intéressent et repartent. Ils vont associer les chercheurs du sud dans leurs publications mais en termes de formation, il n’y a rien. Nos projets sont plus ambitieux.

    On parle de la soft diplomatie de l’IRD. ça participe de cela ?

    G.B. : Complètement. On a des exemples de gens que l’IRD a accompagnés dans leur parcours scientifique de formation et sont rentrés dans des ministères de la recherche ou de l’enseignement supérieur des pays du sud. On voit qu’un lien intime et personnel, s’est créé avec l’IRD et la France. Tous les pays riches font de l’aide au développement mais souvent, ce n’est que du financement. L’IRD et la France ont une relation beaucoup plus proche via ces relations personnelles qui se nouent.

    Ce projet de fusion de l’IRD avec le CNRS, remet en cause votre mission ?

    G.B. : J’ai une lettre d’affectation au 1er septembre. L’interrogation, c’est si au 1er janvier, l’IRD a été dispersé au sein du CNRS : est-ce que le CNRS, qui est dans une vraie difficulté financière, va continuer à financer ces projections ? Si ce n’est pas le cas, des dizaines d’années de partenariats vont s’écrouler du jour au lendemain. Ce n’est pas la même ampleur mais on voit ce qui s’est passé avec les États-Unis de Trump qui ont, du jour au lendemain, arrêté leurs soutiens financiers. Ça a été catastrophique.

    Vous avez en tête d’autres cas de travaux de recherche ?

    G.B. : L’IRD a des partenariats dans à peu près tous les domaines de recherche, de la maladie du sommeil, la trypanosomiase africaine qui est en phase d’éradication en République de Gambie et est un exemple de réussite, à la gestion des stocks de poissons au Chili autour de la problématique de El Nino, dont le suivi a permis de donner des préconisations sur leur gestion. On peut décliner à la pelle les exemples de travaux issus de collaborations à long terme qui aboutissent à des choses vraiment concrètes.

    Et pour le quotidien des Français ?

    G.B. : J’ai vu mardi qu’un premier cas de virus West Nile dans les Pyrénées-Orientales a été observé. Ce virus de la vallée du Nil en Égypte est transmis par des moustiques. On voit bien qu’avec le réchauffement climatique, ces maladies qui sont travaillées par des unités de recherche de l’IRD depuis des années dans des pays du Sud, arrivent chez nous… C’est ce qui est un peu troublant dans cette volonté de faire disparaître l’IRD sur une base dogmatique, arguant que l’état doit être efficace, qu’il y a deux opérateurs, CNRS et IRD, et qu’il n’en faudrait plus qu’un. Mais il n’y a aucune réflexion et ça se fait au pas de charge. Officiellement, on n’est pas censé savoir que cette fusion arrive mais on l’annonce officieusement pour le 1er janvier. Tous les services administratifs disent « c’est impossible », sauf à aller au chaos.

  • Le port du Grau d’Agde pionnier dans la collecte des déchets marins

    Le port du Grau d’Agde pionnier dans la collecte des déchets marins

    À chaque sortie en mer, la pêche est double pour les pêcheurs du Grau d’Agde : celle des poissons, bien sûr, mais aussi celle des déchets, pris dans leurs filets. Plutôt que de les rejeter en mer, comme ce fut longtemps le cas – au risque de les repêcher un peu plus tard – ils les ramènent désormais à quai, où ils les déposent ensuite dans de grandes bennes dédiées à cet effet.

    Une action de dépollution marine qui s’inscrit dans le cadre d’un programme international baptisé « Repêchons les océans », porté, en France, par la Fondation Ecoalf et la Fondation de la mer. Le port héraultais du Grau d’Agde fut l’un des premiers ports français à s’investir dans cette démarche, dès le lancement du dispositif en 2022. Quatre ans plus tard, « 15 ports participent au programme, répartis sur toutes les façades littorales ; cela représente plus de 1 000 pêcheurs, 382 bateaux et 89 tonnes de déchets collectées depuis 2022 », illustre Muriel Barron, directrice des programmes de la Fondation de la mer. À l’échelle du Grau d’Agde, en 2026, le tonnage de déchets rapportés par les 140 pêcheurs volontaires avoisine les 2,2 tonnes. « Le gros de la collecte est réalisé par les petits chalutiers artisanaux, dont les chaluts viennent râper le fond de la mer pour récupérer certaines espèces de poissons. Les petits fileyeurs ou les gens qui pêchent à l’hameçon récupèrent beaucoup moins de choses, même si ça leur arrive », indique Yves Le Théry, directeur du port.

    Un camion-poubelle déversé dans l’océan chaque minute

    « Quand ils arrivent au port, les pêcheurs déchargent d’abord le poisson, et une fois qu’il est parti à la vente à la criée, ils versent les déchets qu’ils ont rapportés dans des bennes », poursuit le directeur du port. « Ils sont très réceptifs, car pour eux ce n’est ni coûteux en argent, ni coûteux en temps et cela leur permet de participer concrètement à la protection des écosystèmes marins », estime Yves Le Théry. Une démarche qui satisfait également les « obligations écologiques inscrites dans la convention de délégation de service public » de ce port départemental.

    « Tout l’enjeu est de trouver la bonne organisation, qui ne va pas nuire à l’efficacité des campagnes de pêche et alourdir le travail des pêcheurs », insiste la représentante de la Fondation de la mer. Sur chaque port participant au dispositif, « on établit un partenariat avec un gestionnaire des déchets qui va être en charge de la levée des bennes, de la catégorisation et, quand c’est possible, du recyclage de certains déchets », précise-t-elle.

    La lutte contre la pollution marine est un véritable enjeu : chaque minute, on estime que 15 à 18 tonnes de déchets sont déversées dans l’océan, soit l’équivalent d’un camion-poubelle. La majorité sont des déchets plastiques. Une fois en mer, le plastique se fragmente sous l’effet de la chaleur et des courants, en particules de plus en plus petites. « Les poissons le mangent et nous, en bout de chaîne, on l’ingère en mangeant du poisson… C’est un problème sanitaire global », estime Muriel Barron. « Sachant que la mer Méditerranée est certes toute petite à l’échelle de la surface mondiale des océans (0,8%), mais elle représente un réservoir de biodiversité majeur, qui abrite environ 10% de la biodiversité marine mondiale. C’est donc un terrain sur lequel il faut absolument agir », insiste la représentante de la Fondation de la mer. En Méditerranée justement, le programme « Repêchons les océans » a pris de l’ampleur : « Nous sommes désormais dans 4 ports, plus ou moins avancés dans l’appropriation du dispositif : Sète, Port-la-Nouvelle, Le Grau-du-Roi et le Grau d’Agde », liste Muriel Barron.

  • Dix ans de sauvetage en mer : SOS Méditerranée fait le bilan

    Dix ans de sauvetage en mer : SOS Méditerranée fait le bilan

    Dans le droit maritime international, le devoir de porter assistance à toute personne en détresse en mer est obligatoire. C’est au nom de cette exigence que depuis dix ans, l’ONG SOS Méditerranée mène des missions de sauvetage en Méditerranée centrale, l’une des routes migratoires les plus mortelles au monde. Au cours des 453 opérations menées depuis 2016, les membres de l’association ont témoigné du démantèlement progressif des opérations de recherche et sauvetage (SAR) dirigées par les États européens, de l’externalisation du contrôle des frontières européennes et de la criminalisation croissante de l’action humanitaire.

    Après avoir affrété l’Aquarius de 2016 à 2018, SOS Méditerranée poursuit désormais sa mission à bord de l’Ocean Viking depuis 2019. Le 19 juin 2026, l’ONG a publié un rapport anniversaire intitulé En pleine tempête, dans lequel on peut lire : « Entre janvier 2016 et décembre 2025, au moins 19 655 personnes sont décédées ou ont disparu en tentant de traverser cette portion de mer à la recherche d’un lieu sûr. »

    La violence des garde-côtes libyens

    Hélène est bénévole à SOS Méditerranée et co-référente du pôle évènements de l’antenne Hérault-Gard. Elle explique : « Entre la Libye et l’Italie, il y a cinq jours de navigation. Les personnes qui fuient leur pays par cette route sur des embarcations de fortune ont donc rarement assez d’essence pour traverser, et une chance sur deux d’être repérées et sauvées. »

    Avec d’autres bénévoles, Hélène organise des interventions de SOS Méditerranée dans de nombreux festivals en Occitanie, notamment au festival de Thau ou à Fiesta Sète. « Sur les stands, on explique que les États de l’UE financent la Libye pour intercepter les embarcations et les ramener d’où elles viennent. Seulement la Libye n’est pas un pays sûr. Elle ne respecte pas les droits humains et certains groupes armés y pratiquent l’esclavage. Les témoignages de nos sauveteurs montrent que les garde-côtes libyens sont armés, et nous avons désormais une mission aérienne qui témoigne de leur violence lors des opérations. Certains rescapés préfèrent donc sauter à l’eau et mourir, plutôt que de retourner en Libye. » Les embarcations auxquelles vient en aide SOS Méditerranée comptent parfois une centaine de personnes, dont des enfants, des femmes enceintes et souvent des grands brûlés, à cause des fuites d’essence mélangées à l’eau de mer.

    Mary a 20 ans et a été secourue par l’Ocean Viking en janvier 2024 alors qu’elle fuyait l’Erythrée. « Il y a tellement de risques quand on monte [sur ces embarcations] pour traverser la mer, témoigne-t-elle dans le rapport de SOS Méditerranée. Plus que de la mort, on a peur de se faire arrêter par les garde-côtes libyens. »

    Le tournant Salvini

    « Avec l’arrivée de Matteo Salvini au ministère de l’Intérieur italien en 2018, l’Italie a fermé ses portes au sauvetage humanitaire. C’est là que tout a commencé à se dégrader », se rappelle Hélène. Avant cette date, les opérations de sauvetage en Méditerranée étaient coordonnées depuis Rome. Cependant, après avoir secouru 630 personnes en juin 2018, l’Aquarius s’est vu refuser leur débarquement en Italie et à Malte. Et après plusieurs blocages administratifs et judiciaires, le navire a dû cesser ses opérations de sauvetage.

    « On a retrouvé un bateau, l’Ocean Viking, en 2019, raconte Hélène. Mais il y a eu ensuite la décision de l’UE de remettre graduellement la mission de sauvetage et de repérage aux mains des Libyens. » Entre décembre 2022 et décembre 2025, l’Ocean Viking a passé au total 239 jours à naviguer depuis ou vers des ports éloignés, des jours qui auraient dû être consacrés à sauver des vies en mer. Les garde-côtes libyens se sont également livrés à plusieurs reprises à des actions hostiles envers les navires humanitaires de sauvetage. Ainsi, le 24 août 2025, l’Ocean Viking a essuyé les tirs d’un patrouilleur de la Garde côtière libyenne dans les eaux internationales alors qu’il transportait 87 rescapés. Plus de 100 impacts de balles ont été recensés sur le navire. « Il n’y a eu aucune réaction européenne, s’insurge Hélène. L’UE continue d’équiper, de financer et de former la Garde côtière libyenne. » Une illustration supplémentaire de la responsabilité des États européens dans la facilitation d’actes de violence et d’intimidation à l’encontre des travailleurs humanitaires et des personnes en détresse en mer.

    « Si SOS Méditerranée est toujours debout après dix ans, c’est grâce aux dons, conclut Hélène. De nombreux citoyens refusent que les règles de droit international soient bafouées. Lorsqu’on entrave des opérations de sauvetage et qu’on laisse des personnes mourir en mer, c’est un pan de l’humanité toute entière qu’on efface. »

  • Luttopia prépare un nouveau départ à Montpellier

    Luttopia prépare un nouveau départ à Montpellier

    Pour pallier la baisse de subventions, l’échéance de la convention d’occupation de ses locaux et refaire sa trésorerie, l’organisation de lutte contre la précarisation Luttopia s’est vue obligée de fermer provisoirement ses portes. Un coup de massue pour l’action sociale à Montpellier. L’association s’est empressée de rencontrer l’adjointe aux solidarités Muriel Ressiguier. Fin mai, l’élue a accordé un sursis de trois mois supplémentaires, lui permettant de conserver ses locaux dans l’avenue de Toulouse jusqu’à la fin de l’année 2026. « Ce n’est pas pour autant que ça nous permet de reprendre nos activités, ça ne règle pas tout » explique la directrice de l’organisation Gwen Lasne qui s’active à préparer la suite.

    Luttopia appelle aux dons depuis le début des difficultés et a rebaptisé sa cagnotte « écrivons une nouvelle page ensemble » : il n’est plus question de rouvrir dans l’urgence mais bien de rebondir pour faire perdurer le projet. L’organisme recherche désormais un nouveau site avec l’ambition d’accéder à la propriété des lieux pour assurer une sécurité et une pérennité à ses bénéficiaires. « Le public est au rendez-vous » se félicite la directrice de l’association qui a réuni un peu plus de 16 000 euros via Hello Asso et affiche un objectif de 100 000 euros pour « créer un Luttopia 0.0.5. » Si l’équipe espère déménager d’ici décembre, elle reste prudente : « On est à l’état embryonnaire du projet et les activités sociales ne pourront pas reprendre immédiatement. » Gwen Lasne dénonce un problème structurel : les restrictions budgétaires touchent toutes les structures associatives. Luttopia s’inscrit donc dans une dynamique de long terme et projette de créer une activité économique lui garantissant une certaine indépendance des subventions publiques. « La société civile ne peut pas porter le poids des carences étatiques, ces modèles vont s’essouffler » alerte-t-elle, « il faut trouver des solutions. »

    Luttopia compte toujours sur la solidarité des Montpelliérains et organise plusieurs événements caritatifs cet été. Rendez-vous ce samedi 11 juillet pour un vide-maison et le 1er août pour une soirée musicale et artistique.

  • Le planning familial de l’Hérault réclame des moyens

    Le planning familial de l’Hérault réclame des moyens

    Le planning familial 34 alerte sur la fragilité de son modèle économique. Ses actions sont principalement financées par des subventions attribuées projet par projet, un fonctionnement qui met l’association sous tension. « Ce système par enveloppe, il pose plein de problèmes », précise Mia Ferret, administratrice du planning familial de l’Hérault. « Le problème de l’instabilité, c’est-à-dire qu’on doit demander chaque année à nouveau l’enveloppe, un problème car entre le moment où on va demander la subvention et le moment où ça nous est accordé, on n’est pas sûrs de l’avoir, et ensuite, il y a un délai qui fait que pendant ce temps, on est obligé d’aller piocher dans notre trésorerie pour payer nos 14 salariés. »

    L’association déplore également les restrictions budgétaires touchant le secteur associatif, notamment dans le domaine des droits des femmes. « En apparence, on a eu une hausse légère des subventions d’à peu près 70 000 euros, mais en fait ça servait uniquement à la prime Ségur. Une fois que la prime Ségur a été passée, on a eu une hausse de nos charges, mais plus de hausse de notre budget de dépenses de fonctionnement. »

    Des solutions attendues

    de la municipalité

    Le planning familial demande désormais « une contractualisation et une hausse de nos dépenses de fonctionnement », afin de sortir de la logique des demandes de subventions annuelles. L’association souhaite également disposer d’un local unique, plus adapté à l’accueil du public. Pour l’heure, « la seule réponse qu’on a eue, c’est la proposition d’une aide d’urgence, mais on n’a pas de montant pour l’instant, et peut-être une contractualisation à partir de la rentrée ». Une première avancée, que l’association espère voir rapidement se concrétiser.

  • Claude Viallat : retour aux sources

    Claude Viallat : retour aux sources

    L’espace Michèle-Goalard rend hommage au peintre nîmois via l’affichage de ses premières esquisses. Un retour dans le temps aux racines définitivement Camarguaises.

    Figure historique de l’abstraction et fondateur du mouvement Supports / Surfaces, on reconnaît Claude Viallat à sa célèbre forme, sorte de haricot répété en impression sur chacune de ses créations. Avec « Retours en boucles », la capitainerie de la Grande Motte se penche sur les premiers pas du peintre à travers des œuvres aux influences très locales. Sur les toiles, courses camarguaises, silhouettes animales et tauromachies se mêlent à l’univers coloré et texturé si caractéristique d’un artiste qui n’a cessé d’explorer les formes et la matière. L’exposition résulte d’un voyage aux confins de la mémoire artistique de Viallat en mettant en lumière des œuvres plus rarement exposées, qui en disent beaucoup sur l’artiste qu’il est devenu par la suite. Complètement contemporaine, « Retours en boucles » invite à (re)découvrir un artiste dont l’œuvre demeure aujourd’hui d’une étonnante liberté, aux portes de la Camargue. L’espace Michèle Goalard n’oublie personne : à travers des ateliers de médiations, l’exposition s’adresse également aux plus jeunes pour leur permettre d’appréhender la forme de Claude Villat par le collage.

  • Conforté, Loïc Linarès dévoile sa méthode et ses grands chantiers

    Conforté, Loïc Linarès dévoile sa méthode et ses grands chantiers

    Voilà plus d’un an que Loïc Linarès dirige l’Agglo de Sète mais seulement trois mois qu’il peut s’y projeter sereinement. Lorsqu’il s’installe en mai 2025 dans le fauteuil de François Commeinhes (LR) poussé à la démission par les affaires, Loïc Linarès sait sa marge de manœuvre réduite (2 petites voix). Depuis avril 2026, le président socialiste peut avancer, conforté par le soutien de 14 maires de diverses sensibilités politiques (hors extrême droite).

    Loïc Linarès a donc les mains libres mais n’a pas l’intention de révolutionner son approche. « Je travaille en collaboration, en équipe, je délègue », assure le socialiste. À la tête d’un territoire jugé « fragile », le président se veut un « porte-voix à l’échelle régionale et aussi nationale ». Côté Occitanie, on saisit bien l’idée, Loïc Linarès pouvant compter sur le soutien de la présidente de Région, Carole Delga (PS). Sur le plan national, ce sera autre chose…

    Côté dossiers, Loïc Linarès veut se projeter sur le temps long. D’ici 10 ans, il souhaite libérer entre 15 et 20 hectares de foncier grâce à la reconversion des zones industrielles en dépollution (Exxon Mobil, Timac Agro). En attendant, la réhabilitation de l’existant s’accélère avec une Opération programmée d’amélioration de l’habitat (Opah – rénovation urbaine) étendue à 6 communes : Marseillan, Mèze, Loupian, Poussan, Gigean et Frontignan.

    La LGV débloquée

    Maîtriser l’outil urbanistique est essentiel à la planification. Ainsi la révision du Schéma de cohérence territoriale (Scot) est-elle en cours de finalisation. Elle implique une révision du plan de déplacements urbains (PDU) lancée le 25 juin en conseil d’Agglo. « On doit pouvoir donner notre avis sur le développement économique, nous projeter à 20 ans. » Le tout dans le respect de l’environnement, insiste-t-il. « On a une responsabilité collective à respecter le vivant, à maîtriser notre empreinte carbone. »

    En disant cela, le président songe au travail à poursuivre pour « protéger le trait de côte », à la fois menacé par l’érosion, la cabanisation et les plages privées. L’élu se dit prêt à travailler au respect des règles avec la préfecture de l’Hérault tout en soulignant que la cabanisation révèle aussi « la difficulté à se loger ». Concernant les concessions de plages, des sujets existent sur le lido de Sète à Marseillan ou aux Aréquiers à Frontignan mais « sans contentieux », affirme Loïc Linarès. « Il y a une volonté de l’État de trouver un point d’atterrissage. » Quoi qu’il en soit, le lido devra être chouchouté. « On va travailler sur le confortement rocheux, notamment sur une crique de la Corniche à Sète. »

    Le conseil d’Agglo a aussi remis sur les rails le projet de Ligne à grande vitesse (LGV) Montpellier-Perpignan. Un grand projet jugé « indispensable » par Loïc Linarès « si on veut arrêter de prendre l’avion et qu’on veut remanier le train ». Un projet toutefois contesté dans le bassin de Thau pour son impact environnemental, notamment en raison de la construction d’un viaduc à Poussan (début des travaux horizon 2029) dont les pylônes doivent être enterrés à proximité de la source d’Issanka, zone classée et protégée qui alimente Sète en eau potable.

    C’est parce qu’il estime avoir obtenu des garanties que le président d’Agglo a décidé le 25 juin de débloquer l’enveloppe nécessaire aux études (840 000 euros) jusqu’ici gelée par son prédécesseur. « La couche calcaire est située entre 30 et 50 mètres de profondeur, le forage ne descendra qu’à 15 mètres. Et les sondages se feront à 600 mètres des puits des secteurs de captage », tente de rassurer Loïc Linarès. Il fait aussi valoir des crédits de fonds de compensation et 30% supplémentaires dans le budget initial pour une « vraie démarche qualitative ». Pas sûr que cela suffise aux opposants mais voilà pour la nature.

    Côté économique, le président évoque une réserve foncière pour une halte à Poussan. Et un engagement de la SNCF à investir sur la ligne historique durant 60 ans. Sera-t-il tenu quand on connaît l’état des finances publiques à terme et le risque de submersion marine ? Quoi qu’il en soit, Loïc Linarès se félicite des avancées glanées par la Région. À savoir : la promesse du maintien de TGV sur la gare actuelle de Sète. « Nous n’avons pas de garantie du nombre de TGV car cela dépend de marchés à passer et de la libéralisation », concède le président. Qui préfère positiver sur les « 18 sillons quotidiens disponibles contre 11 actuellement ». Par ailleurs, 100 TER quotidiens (au lieu de 68) devraient pouvoir circuler « avec des amplitudes horaires étendues le soir jusqu’à environ minuit ». Enfin le nombre d’Intercités sera doublé (4 à 8) et les rames renouvelées.

  • L’État tente de faire rentrer les assos récalcitrantes dans le rang

    L’État tente de faire rentrer les assos récalcitrantes dans le rang

    Après dix ans de bons et loyaux services, le rideau s’est baissé pour l’Association recherche éducation action (Area), le 1er janvier dernier. Cette association, qui venait en aide aux personnes vivant dans les bidonvilles de Montpellier, notamment via un accompagnement social et éducatif et employait dix salariés, avait été placée en liquidation judiciaire en novembre 2025. Son tort ? « Il nous est clairement reproché d’avoir une position trop critique, c’est pour ça que nous sommes sanctionnés. Ça nous a été dit par les services de l’État à plusieurs reprises et ça nous a aussi été écrit », racontait Catherine Vassaux, ancienne administratrice d’Area, en novembre dernier, dans les colonnes de La Marseillaise.

    En effet, dans un courrier de septembre 2025, le Directeur départemental de l’emploi, du travail et des solidarités de l’Hérault reprochait à Area de se positionner « dans une posture critique des institutions à des fins d’amélioration continue de l’accompagnement des personnes en difficulté sociale sur les bidonvilles. Cette posture a amené à plusieurs reprises mes équipes à s’opposer à vos positions, depuis plusieurs années, tout en acceptant de continuer à financer la mission d’accompagnement au vu de vos résultats ».

    Un cas loin d’être isolé

    La préfecture a donc décidé de ne pas renouveler la convention la liant à l’association et les subventions ont été coupées. Tout comme les financements complémentaires de l’Europe, la Drac, la CAF et la Ville de Montpellier, mettant au passage les dix salariés sur le carreau. Pire, Area accompagnait 400 personnes, qui se sont retrouvées de facto seules, le temps qu’un nouvel opérateur pose ses bagages. Un cas loin d’être isolé, à en croire l’ancienne direction. « De plus en plus d’associations sont sanctionnées suite à des prises de position critiques. L’Observatoire des libertés associatives a rendu en juin [2025] un rapport qui révèle que 30% du secteur associatif a été sanctionné pour des positions qui ne convenaient pas à l’administration », faisait valoir Catherine Vassaux. En somme, une injonction à une prétendue neutralité.

    Ce risque de sanctions plonge les associations dans la crainte, pouvant mener à de l’autocensure. Or, selon une autre étude du même Observatoire, publiée cette fois-ci en février 2026, « cette autocensure produit une dépolitisation du monde associatif. Derrière ces injonctions à la neutralité, se joue en effet une bataille culturelle sur les frontières du politique. Faut-il concevoir les associations comme des auxiliaires du service public auxquelles il faudrait donc imposer le devoir de neutralité ou des actrices nécessaires et indépendantes du jeu démocratique ? La réponse à cette question à valeur de test pour la démocratie. » À l’aune de la présidentielle et d’un risque d’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, ce débat est on ne peut plus primordial.

  • Voyage poétique en Méditerranée

    Voyage poétique en Méditerranée

    En ce mois de juillet, la ville de Sète accueille comme à son habitude le festival de poésie Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée. 29e anniversaire d’un projet qui s’est créé pour transmettre la poésie au plus grand nombre, il célèbre les cultures et les langues du pourtour de la Méditerranée dans un festival tout public presque entièrement gratuit.

    La poésie s’inscrit dans les lieux du quotidien : l’événement, en grande majorité gratuit, se déploie aux quatre coins de Sète, en itinérance dans les rues et sur les eaux. Le public pourra s’initier à l’art de manier les mots lors d’ateliers d’écriture animés par les poètes eux-mêmes, et la musique accompagnera les textes lors de trois concerts payants, qui feront danser les visiteurs en soirée.

    Rendre la poésie accessible, c’est là toute la volonté de Maïthé Vallès-Bled, fondatrice et directrice de Voix Vives. L’ancienne directrice du musée de Lodève et du musée Paul-Valéry à Sète veut défendre cet art : « Elle n’occupe pas la place qui devrait être la sienne. La poésie contemporaine s’inscrit dans la réalité des êtres, elle raconte la vérité du monde. » Une ouverture géographique, linguistique et géopolitique à travers les mots, qui s’ancre pleinement dans l’actualité en engageant le dialogue entre les cultures. « La Méditerranée occupe une toute petite partie du globe terrestre mais présente sept alphabets et un nombre impressionnant de langues », rappelle Maïthé Vallès-Bled. Chaque poète est alors libre de lire ses textes dans la langue dans laquelle il les écrit et un traducteur l’accompagne pour faciliter la compréhension lorsque ce n’est pas le français. « Il y a cette musique des langues présente dans le festival et qui peut résonner en langue originale dans le public », observe la directrice. « Chacun reconnaît quelque chose, un questionnement qui l’habite. Au centre de la poésie, il y a l’humain », conclut celle qui veut partager une passion des mots qui dépasse les frontières.

    Oriane Castan