Tag: Editoriaux

  • L’impasse de l’austérité

    L’impasse de l’austérité

    Dans la novlangue du gouvernement, il faut traduire l’opération « État efficace », concocté par le Premier ministre Sébastien Lecornu, par « destruction du service public et des outils remarquables de la recherche français ». C’est plus long mais cela colle parfaitement à la réalité. On sait depuis Orwell que « la paix, c’est la guerre » et que « 2+2 = 5 ». C’est donc la sidération qui domine au sein des travailleurs de l’Institut de recherche pour le développement, l’IRD depuis qu’ils ont appris qu’un projet de fusion avec le CNRS était sur la table du gouvernement. Selon les informations de La Marseillaise, l’affaire pourrait être pliée en moins de six mois. Mais rien n’est fait et la médiatisation, la mobilisation des personnels pourraient mettre un coup d’arrêt à ce projet d’appauvrissement de la recherche publique. Quelle est, de plus, la légitimité réelle d’un gouvernement en fin de course, à quelques mois de l’élection présidentielle pour qu’il se croie autorisé à détruire 80 ans d’histoire et de travaux nécessaires ?

    Lecornu sort le rabot

    Le Premier ministre a dévoilé ses intentions dans Paris Match, propriété de Bernard Arnault, un des individus les plus riches du monde, qui n’aime pas payer des impôts et dîne à l’occasion avec Marine le Pen. Et que nous dit l’autoproclamé « moine soldat » de la macronie finissante ? Qu’il faudra, dans le budget 2027, raboter encore les finances publiques sans augmenter les impôts mais en demandant, par exemple « un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an ». Ce sont des recettes libérales éculées à des années-lumière des défis à relever et des aspirations citoyennes. Des propos qui illustrent aussi la terrible impasse de l’austérité.

  • Courage et dévouement

    Courage et dévouement

    Deux sapeurs-pompiers ne sont pas rentrés chez eux mardi soir. Ils sont morts en Gironde en combattant un violent incendie ; un parmi tant d’autres. De ceux qui embrasent nos territoires sous l’effet des fortes chaleurs et de la sécheresse, deux marqueurs d’un changement climatique structurel. Le 8 juillet, un jeune soldat du feu avait déjà péri en Savoie. Or, les feux vont se multiplier. Météo France le documente : « Dans une France à +4 °C d’ici à 2100, le risque de feu se généralisera à l’ensemble du pays avec une forte aggravation dans la région méditerranéenne. La saison des feux pourrait durer un à deux mois supplémentaires dans certaines régions. » Nous ne sommes qu’au début de l’enfer climatique.

    9 feux sur 10 sont d’origine humaine

    Or, neuf feux sur dix sont d’origine humaine, provoqués pour l’essentiel par des imprudences et des comportements dangereux. La responsabilité de tous est donc engagée, mais celle des pouvoirs publics doit être enfin assumée. Car la lutte contre les feux repose majoritairement sur les pompiers volontaires. Ils sont en manque de reconnaissance et de protection sociale. Ce combat pour leurs droits, les « soldats du feu » le mènent en s’engageant pleinement dans leur mission avec leur devise en bandoulière, « courage et dévouement ». Mais mourir, non, c’est insupportable, ce n’est pas fatal.

    Pour affronter les conséquences du réchauffement, les moyens humains et matériels doivent être décuplés et une bifurcation radicale pour des territoires vivables doit être amorcée d’urgence. Ce n’est pas le chemin choisi ces dernières années.

  • « Urgence agricole » : attention danger !

    « Urgence agricole » : attention danger !

    Le clientélisme du gouvernement, de la droite parlementaire – « bloc central » macroniste compris – et de l’extrême droite à l’égard de la finance et de l’agro-industrie aura-t-il la peau de notre agriculture, de l’essentiel de ses travailleurs et de l’ensemble des citoyens ? Le texte de loi « urgence agricole » est cousu sur mesure pour une petite partie seulement du « monde agricole », très pluriel en réalité, mais dominé par les très gros exploitants. Ils ont l’oreille du pouvoir actuel comme aux temps les plus éculés de la Ve République, à bout de souffle aujourd’hui.

    Le danger est là car la vision à très courte vue de ce texte de loi fait reculer une impérieuse nécessité : celle d’adapter notre société au désordre climatique et à ses conséquences.

    Guerre de l’eau

    Comme le prévoit le texte, doubler les capacités de stockage de l’eau, d’ici 2035, reviendrait à aggraver la crise de l’eau et entraîner une « guerre » pour s’accaparer cette ressource vitale pour tous. Cela ne mettra pas fin aux sécheresses. De même, réintroduire des pesticides tueurs de la biodiversité, à l’origine de cancers pour les humains, serait faire le choix, une fois de plus, du rendement à n’importe quel prix, celui de vies.

    Tous les agriculteurs ne sont pas d’accord avec cette fuite en avant. D’autant que l’enjeu du revenu agricole est méprisé par ce texte. Modef et Confédération paysanne, deux syndicats soucieux du vivant, se tiennent aux côtés des associations et de scientifiques.

    Les réponses à l’inéluctable réchauffement de notre climat doivent être placées sous le sceau des coopérations. Imaginer une agriculture du XXIe siècle avec les citoyens en fait partie.

  • Sur tous les plateaux

    Sur tous les plateaux

    Dans un article paru en 2020, dans le New York Times, suite à la diffusion de la série désormais célèbre Le jeu de la Dame, la championne d’échecs hongroise, Judit Polgar, considérait que les hommes étaient bien trop gentils dans cette fiction, comparés à ceux « qui refusaient de lui serrer la main lorsqu’ils perdaient » contre elle…

    Décidément, il n’y a pas de petit combat, ni de petite victoire contre le machisme. Et là encore, le jeu ne change pas, seuls le regard et les postures évoluent. Et pour cela, comme le dit le président de la Ligue Paca, la mise en avant de « modèles féminins », au sens d’exemples inspirants est crucial. Ils sont d’autant plus importants que, pendant des années, les comptes rendus des exploits sur un échiquier se résumaient à la rivalité entre Anatoly Karpov et Garry Kasparov.

    Une nouvelle jeunesse

    L’apparition – et la victoire – de Deep(er) blue, le superordinateur d’IBM, sur le champion du monde au milieu des années 90, semblait sonner le glas d’une quelconque humanité derrière le mouvement de chaque pièce… Circulez, il n’y a plus rien à voir, ni à faire, à moins d’appartenir à une très petite élite capable de rivaliser avec l’engin.

    L’accent mis ces dix dernières années sur l’apprentissage dès le plus jeune âge en milieu scolaire et les effets du confinement, où les plateaux d’échecs sont ressortis des armoires et ont connu un nouveau souffle en ligne, a bouleversé cette donne. S’inscrivant dans la très forte dynamique des jeux de société, offrant une parenthèse ludique et conviviale à ces protagonistes, les échecs se démocratisent et connaissent une nouvelle jeunesse. De bon augure.

  • Briser l’emprise

    Briser l’emprise

    Les violences faites aux femmes ne commencent pas avec un coup et ne s’arrêtent pas avec une plainte. Elles s’inscrivent dans des rapports d’emprise, de peur et d’isolement dont il est très difficile de sortir. C’est tout l’intérêt du travail mené par l’association Une Voix pour Elles, qui aide concrètement les victimes à déménager, à récupérer leurs affaires et à franchir l’une des étapes les plus délicates de leur reconstruction.

    Cette réalité doit nous interpeller d’autant plus que les violences continuent de progresser. En France, les violences intrafamiliales enregistrées ont augmenté de 6% en 2025, tandis que les violences sexuelles ont progressé de 8%, selon les données du ministère de l’Intérieur. Derrière ces chiffres, ce sont des milliers de vies bouleversées et des services d’accompagnement qui restent soumis à une forte pression.

    La solidarité en première ligne

    L’autre enseignement est porté par l’ONG Care France, qui rappelle qu’à chaque degré supplémentaire de température, les violences visant les femmes augmentent dans de nombreux contextes
    à travers le monde. Sa campagne de sensibilisation montre que la crise climatique n’est pas qu’un défi environnemental : elle peut aussi aggraver les inégalités et les violences déjà existantes. Lorsque les tensions sociales, économiques ou familiales s’intensifient, les femmes figurent trop souvent parmi les premières victimes.

    Il faut cesser de considérer les associations comme un simple complément de l’action publique. Elles sont un maillon essentiel de la protection des victimes. Qu’il s’agisse d’une ligne d’écoute, d’un hébergement d’urgence ou d’un déménagement sécurisé, chaque dispositif compte.

  • Excès de zèle

    Excès de zèle

    L’an passé, 75 % des interventions coordonnées par le Crossmed étaient concentrées sur la période estivale, de mai à septembre, et elles concernent en majorité des plaisanciers.

    La Méditerranée, avec ses ports, ses îles, ses calanques, ce ciel haut, cet espace de liberté, donne envie de prendre le large et de s’échapper des villes, le temps d’une après-midi. Mais ce n’est pas un lac, loin de là.

    L’insouciance des vacances est passablement incompatible avec les
    « loisirs » nautiques, maritimes ou du littoral, à partir du moment où les activités comportent une prise de risques. Il en est des estivants qui louent une embarcation pour la journée comme de ces jeunes qui se défient sur la corniche Kennedy. L’excès de vitesse et l’excès de zèle augmentent vertigineusement les risques, pour soi, pour ses proches et pour les autres.

    De l’insouciance à l’inconscience

    Quand l’insouciance culmine parfois à l’inconscience. C’est cette mise en garde, ce rappel formel, que les autorités entendent exprimer d’abord et avant tout, du Frioul à la Corniche Kennedy, à l’adresse des plaisanciers ou des plongeurs d’un jour.
    Là encore, le bilan de l’année passée est sans concession : 87 personnes ont perdu la vie en Méditerranée en 2025, et plus préoccupant encore, le nombre de morts a augmenté de 26 % par rapport à l’année précédente. Alors certes, les vagues de chaleur successives incitent évidemment à se mettre à l’eau, mais pas n’importe quand, pas n’importe comment, et pas n’importe où.

  • Machine à broyer

    Machine à broyer

    Ils sont cette année 126 652 à ne pas avoir eu d’affectation pour la rentrée. Triste record. Plusieurs dizaines de milliers de jeunes à qui on va bousiller l’été. Parcoursup se révèle encore une fois être une véritable machine à broyer. Après leur avoir pourri leur scolarité en les tannant depuis le collège sur l’orientation, la nécessité d’être performant, de savoir ce qu’ils veulent faire… Élisabeth Borne avait même été jusqu’à dire que les enfants devaient réfléchir à leur futur métier dès la maternelle.

    Des jeunes que l’on a confiés à un algorithme et à qui on demande un CV et une lettre de motivation après leur avoir fait faire des stages de plus en plus nombreux. Autant dire bien formatés pour intégrer le monde de l’entreprise, monde qui pénètre chaque année davantage le milieu éducatif.

    Émancipation

    Les syndicats enseignants n’ont de cesse de dénoncer l’opacité de ce système et son caractère terriblement inégalitaire car lié aux capacités d’aide et de soutien des parents. Mais le gouvernement ne les écoute pas. Trop heureux d’avoir trouvé une option pour développer sans en avoir l’air le développement exponentiel de l’enseignement privé lucratif.

    La démocratisation du bac a été lancée dans un objectif d’émancipation et s’était accompagnée d’investissement massif pour permettre au maximum de jeunes d’obtenir le bac, cette clé d’entrée dans les études supérieures. Le ministère de l’Éducation nationale doit se rappeler que la formation et l’épanouissement de la jeunesse et la formation de futur citoyen capable de réfléchir sont ses objectifs prioritaires.

  • Patriotisme ?

    Patriotisme ?

    Une fête nationale qui tombe un jour de demi-finale de Coupe du monde de football, un défilé militaire dans un contexte de retour à la guerre chaude et le dernier pour le président en exercice qui après avoir massacré l’économie et le social trouve de l’argent, beaucoup, pour l’armement. Alors que le diptyque cinématographique d’Antonin Baudri sur le général de Gaulle, celui de 1940 à 1944 et pas celui qui prit Maurice Papon comme préfet de police durant la guerre d’Algérie ou réprima les manifestations de mai 1968, est déjà le phénomène de l’été, la question du patriotisme et de la nation revient en force dans l’air du temps et le débat public.

    Notions nées à gauche

    Patriotisme et nation, et non nationalisme, sont deux notions nées à gauche au nom de la souveraineté populaire, une gauche dont une partie les a oubliés au nom d’une chimère européenne qui se révèle aujourd’hui non seulement inefficace mais dangereuse. Et laissant à la droite et à l’extrême droite toute latitude pour reprendre ces valeurs, dont elles n’ont au fond que faire à part gagner des voix.

    Alors que les drapeaux français tout comme « La Marseillaise » font leur grand retour notamment dans la jeunesse, il est temps de se rapproprier ces symboles qui sont d’origine révolutionnaire, en France en tout cas même si dans les anciennes colonies ils ont incarné l’exact inverse. Et de rappeler que ce 14-Juillet qui commémore la fête de la Fédération un an après la prise de la Bastille est devenu la fête nationale lors du retour de la République, la IIIe en l’occurrence, en 1880. Et les dix ans du terrible attentant de Nice rappellent à tous l’importance de la solidarité nationale ?

  • Question de classe

    Question de classe

    N’en déplaise à un présentateur de télévision à succès, non tout le monde n’a pas chaud de la même manière. Non on n’est pas « tous logés à la même enseigne ». Selon que l’on travaille avec un marteau-piqueur sur une autoroute surchauffée ou en pianotant sur un clavier dans un bureau climatisé, on n’est pas tous logés à la même enseigne.

    Selon qu’on habite un logement social mal isolé ou une villa climatisée avec piscine, on n’est pas logé à la même enseigne.

    Les questions soulevées par le dérèglement climatique sont des questions de classe.

    Rapport
    de forces

    Quels droits pour les travailleurs qui sont en première ligne dans la fournaise ? Quelles améliorations des conditions de travail ? Quelles nouvelles protections des salariés face à ces nouveaux défis ?

    Des organisations syndicales, singulièrement la CGT, posent des revendications en la matière. C’est une bouffée d’oxygène là où, trop souvent, le sujet est réduit à des déplorations verbales et à des bavardages météorologiques.

    Le dérèglement climatique est un fait.
    Il est nécessaire de mettre en place des mesures à l’échelle planétaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et freiner le phénomène mais aussi urgent de conquérir des droits collectifs.

    Cela ne se fera pas sans établir un rapport de force avec le patronat qui minimise les effets des fortes chaleurs et dont certains secteurs sombrent dans le déni du dérèglement du climat.

    Cette confrontation qui s’annonce, a le mérite de poser en grand, et au-delà des fortes chaleurs, la question des conditions de travail trop souvent effacée du débat public.

    N’en déplaise à un présentateur de télévision à succès, non tout le monde n’a pas chaud de la même manière. Non on n’est pas « tous logés à la même enseigne ». Selon que l’on travaille avec un marteau-piqueur sur une autoroute surchauffée ou en pianotant sur un clavier dans un bureau climatisé, on n’est pas tous logés à la même enseigne.

    Selon qu’on habite un logement social mal isolé ou une villa climatisée avec piscine, on n’est pas logé à la même enseigne.

    Les questions soulevées par le dérèglement climatique sont des questions de classe.

    Rapport de forces

    Quels droits pour les travailleurs qui sont en première ligne dans la fournaise ? Quelles améliorations des conditions de travail ? Quelles nouvelles protections des salariés face à ces nouveaux défis ?

    Des organisations syndicales, singulièrement la CGT, posent des revendications en la matière. C’est une bouffée d’oxygène là où, trop souvent, le sujet est réduit à des déplorations verbales et à des bavardages météorologiques.

    Le dérèglement climatique est un fait. Il est nécessaire de mettre en place des mesures à l’échelle planétaire pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et freiner le phénomène mais aussi urgent de conquérir des droits collectifs.

    Cela ne se fera pas sans établir un rapport de force avec le patronat qui minimise les effets des fortes chaleurs et dont certains secteurs sombrent dans le déni du dérèglement du climat.

    Cette confrontation qui s’annonce, a le mérite de poser en grand, et au-delà des fortes chaleurs, la question des conditions de travail trop souvent effacée du débat public.

  • Chaud devant !

    Chaud devant !

    Il y a une réelle mise en danger à vouloir remettre sur le marché les bouilloires thermiques (classées F et G) tel que le présentait fin juin le ministre du Logement, en plein épisode caniculaire. D’après les chiffres publiés par Santé publique France, la surmortalité survenue lors de ce même épisode est avérée, plus de 2 000 morts, dont « 40% à domicile ». Isolement, logement peu ou pas adapté… Les plus de 65 ans ont d’ores et déjà payé un lourd tribut aux conséquences du dérèglement climatique. Certes, des améliorations ont été apportées, notamment dans les Ehpad, suite au traumatisme collectif causé par la canicule d’août 2003 et son sinistre bilan de 15 000 décès. Et à l’évidence, dans l’immédiat, la clim’ sauve des vies.

    L’urgence des financements

    À moyen et long termes, l’équipement apparaît cependant dérisoire à constater que ledit « dérèglement » n’induira pas seulement une hausse des températures, mais des épisodes climatiques de plus en plus violents et fréquents : vagues de chaleur, intempéries, épisodes cévenols, inondations, etc. Si les pouvoirs publics et les collectivités tentent aujourd’hui de prendre le problème à bras-le-corps en multipliant îlots de fraîcheur, désimperméabilisation, ou en améliorant la gestion de l’eau, il reste encore à financer les mesures d’atténuation et d’adaptation à la hauteur des enjeux, notamment dans le secteur immobilier. Les plans d’austérité et d’économies annoncés à répétition par le gouvernement sont de bien mauvais augure pour répondre à un tel défi qui nous concerne tous.