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  • Fracture sociale

    Fracture sociale

    Le cancer n’est pas seulement une affaire de santé, c’est aussi une question sociale. Longtemps perçue comme une maladie frappant sans distinction, la pathologie la plus meurtrière dans le pays révèle au contraire des fractures sociales profondes. L’étude de la Drees en apporte une démonstration implacable. Les plus modestes sont davantage exposés aux facteurs de risque, recourent moins au dépistage et sont plus souvent diagnostiqués à un stade avancé. Résultat : des formes plus graves, et des chances de survie plus faibles.

    Ce constat, les médecins le connaissent déjà. Sur le terrain, le cancérologue et élu (PCF) marseillais Anthony Gonçalves le confirme. Ce que les chiffres mettent aujourd’hui en évidence, les praticiens l’observent chaque jour : le cancer n’échappe pas aux déterminants sociaux. Il en est même l’un des révélateurs les plus douloureux.

    Enjeu politique

    Car ces inégalités ne relèvent pas du hasard. Elles sont le produit d’un accès inégal à l’information, à la prévention, et plus largement au système de soins. Lorsque certains se dépistent plus tôt et plus souvent, d’autres arrivent trop tard. Lorsque certains bénéficient d’un suivi régulier, d’autres renoncent, faute de moyens ou de repères.

    Derrière la maladie, c’est donc un enjeu politique majeur qui se dessine. Réduire les inégalités face au cancer suppose de sortir d’une approche strictement médicale pour investir pleinement le champ social : aller vers les publics les plus éloignés, renforcer les politiques de prévention et garantir un accès effectif aux soins. À défaut, la fracture ne pourra que se creuser davantage.

  • Relever le défi de l’unité du monde du travail

    Relever le défi de l’unité du monde du travail

    Le congrès confédéral de la CGT s’est achevé vendredi dans l’unité et la combativité.

    C’est une bonne nouvelle pour le monde du travail dans sa globalité qui a besoin d’organisations fortes et en ordre de bataille pour défendre ses intérêts.

    À Tours, les débats ont été francs, parfois vifs, mais l’ambiance tranchait avec celle du précédent congrès qui avait eu à gérer la succession complexe de Philippe Martinez.

    Sophie Binet qui avait alors été élue pour trouver un point d’équilibre en dehors des candidats qui s’opposaient pour prendre la tête de la CGT a gagné en légitimité et s’est pleinement installée dans son rôle de dirigeante syndicale à la fois dans les rangs de la CGT mais aussi plus largement dans l’opinion publique.

    Rapprochement avec la FSU

    Sans nier les obstacles que la CGT a pu rencontrer depuis 2023, la centrale syndicale a retrouvé sa dynamique collective et donc sa capacité à en découdre avec le patronat, le gouvernement libéral et l’extrême droite. Un courant politique qui prospère sur la division des travailleurs selon leur origine, leur religion ou leur couleur de peau dont le syndicat combat énergiquement la progression dans les classes populaires.

    La CGT qui sort renforcée de son congrès amorce un rapprochement historique avec la FSU, au sein d’une « maison commune », un cadre de coordination permanent entre les deux organisations, qui permettra de peser plus fort face au pôle de syndicats réformistes emmené par la CFDT.

    De nombreux défis restent devant elle : mutations du travail, IA, précarisation, ubérisation. Pour les relever, la CGT devra décupler ses efforts pour unir le monde du travail et faire progresser la conscience de classe.

  • Nous préparer à faire face aux feux de demain

    Nous préparer à faire face aux feux de demain

    Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez annonce, à Nîmes, la commande de deux Canadair pour un montant de près de deux millions d’euros. C’est une très bonne nouvelle tant ce type d’appareils a manqué durant les derniers grands incendies qui ont ravagé le sud de la France, ces dernières années.

    Pour autant, ils ne seront pas livrés avant 2032 voire 2033. Les deux Canadair commandés en 2024, eux, arriveront en 2028. De quoi redouter des étés encore en situation de grande fragilité.

    Le dérèglement climatique, qui se traduit dans notre région par des épisodes de chaleur et de sécheresse plus intenses et sur une plus large période, exige de nous une préparation plus globale.

    En misant d’abord sur la prévention et la répression des causes des départs de feux. 9 incendies de forêt sur 10 sont d’origine humaine. Si le climat favorise la progression rapide des flammes, ce sont bien des imprudences ou de la malveillance humaine qui provoquent l’essentiel des sinistres.

    Vigilance globale

    Ensuite, les investissements consentis pour doter la France de nouveaux Canadair auraient pu alimenter la création d’une filière nationale ou européenne de production d’avions bombardiers d’eau.
    Les sommes engagées ne doivent pas se faire au détriment des dotations de soutien à l’investissement des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), ni des moyens humains.

    Pourtant, les syndicats de sapeurs-pompiers alertent sur l’état des matériels au sol et des troupes. Face aux feux de demain, la vigilance doit être globale, et l’effort massif.

  • Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés

    Ne pas laisser l’IA aux seuls marchés

    De quoi se nourrit l’intelligence artificielle (IA) dont les chabots (ChatGPT, Claude, etc.) font partie de notre quotidien ? De l’activité humaine. Deux chercheurs en sociologie de Télécoms Paris, Clément Le Ludec et Maxime Cornet, ont étudié la chaîne de travail de la donnée francophone. Leur démonstration est implacable : pour fonctionner, l’IA a besoin de données fiables et vérifiées en très grand nombre. Cela, seul l’être humain sait le faire. L’étiquetage des données devant être massif, il a été délocalisé dans le Sud global, notamment à Madagascar et sur le continent africain. Un travail à la tâche, peu payé et pas du tout valorisé ; Ces travailleurs invisibles sont la face cachée et très sombre de l’IA. Ce n’est pas la seule.

    Data centers partout, emploi nulle part

    Car la collecte de données et leur stockage dans de vastes data centers sont le nerf de la guerre des multinationales de l’IA qui n’ont qu’un but : amasser des profits. Ces sites, dont le président Emmanuel Macron a vanté l’implantation en France lors du sommet « Choose France » à Versailles, ont le terrible défaut de créer très peu d’emplois (gardiennage essentiellement).

    En plus de monopoliser cette nouvelle technologie, les multinationales de l’IA imposent un discours aux citoyens, celui d’une nouvelle révolution postindustrielle qui vise en fait à servir leurs intérêts financiers. Peut-on sérieusement leur laisser la main ? La réponse est évidemment non. La résistance s’impose pour construire une IA sous contrôle démocratique et au service de l’humain et non l’inverse.

  • [EQDD] Le temps de l’adaptation

    [EQDD] Le temps de l’adaptation

    Si la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure une priorité absolue dans la lutte contre le changement climatique, elle ne suffira pas à contenir l’inévitable : des phénomènes extrêmes plus intenses et plus fréquents. Inondations, cyclones, vagues de chaleur, fonte des glaciers, montée du niveau des mers, sécheresses… autant d’effets face auxquels il nous faut réduire notre vulnérabilité. Autrement dit, l’atténuation du changement climatique – qui consiste à agir sur ses causes – doit s’accompagner d’une démarche d’adaptation pour nous protéger de ses conséquences.

    Avec sa géographie contrastée, entre territoires métropolitains et ultramarins, la France est exposée à l’ensemble des risques climatiques. Des risques auxquels nous sommes, d’ores et déjà, toutes et tous vulnérables. Cet hiver encore, des crues exceptionnelles ont déclenché des alertes sur une vaste portion du territoire, tandis que le bilan climatique de 2025 classait l’année parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Et cet été, le retour attendu d’El Niño – phénomène périodique qui affecte les précipitations et les températures à l’échelle mondiale – fait craindre un nouvel épisode de chaleur.

    À l’heure où l’État se prépare à une hausse de +4°C sur le territoire par rapport à l’ère préindustrielle – synonyme de sécheresses en série, de températures pouvant atteindre 50 degrés, de dix fois plus de jours de vagues de chaleur ou encore d’un risque de feux de forêts généralisés – il n’a jamais été aussi important de montrer comment nos territoires s’adaptent, concrètement, à un climat qui change. Comment ils se protègent – déjà – face aux impacts. Comment nous transformons nos manières d’habiter, de produire et de travailler. Et, plus largement, comment nous apprenons à vivre avec ces bouleversements, en développant une nouvelle culture du risque.

    C’est précisément cette réalité que ce supplément propose d’explorer. À l’initiative de Sparknews, 55 titres de la presse quotidienne régionale se rassemblent pour donner à voir les initiatives de citoyens, d’associations, d’entreprises et de collectivités qui, partout en France, inventent déjà de nouvelles façons de s’adapter à cette nouvelle réalité climatique.

  • Terrorisme domestique

    Terrorisme domestique

    Si à chaque féminicide perpétré en France, les parlementaires avaient l’obligation d’observer une minute de silence à l’Assemblée nationale et au Sénat en mémoire de la femme tuée, ils devraient se lever et se taire trois fois par jour. Peut-être qu’à force de silences répétés, l’exercice deviendrait insupportable jusqu’à l’absurde. Jusqu’à la nausée. Ces cérémonies quotidiennes seraient bien sûr diffusées à la télévision et sur tous les réseaux sociaux. Des féminicides à la Une, trois fois par jour. Cela réveillerait peut-être les consciences, la société.

    Dénoncer dans l’espace public

    Dystopie ? Non. C’est la réalité : chaque jour en France, trois femmes sont victimes de féminicides directs ou indirects. Leur conjoint les a harcelées, violentées, physiquement et psychologiquement ; les a, pour certaines, poussées au suicide. S’en est pris aux enfants, victimes collatérales de la violence domestique. Ce terrorisme intime qui ne dit pas son nom.

    Si, depuis trente ans, l’arsenal législatif a été renforcé pour punir les auteurs de violences conjugales et protéger les femmes, l’explosion des féminicides démontre, malheureusement, que cela ne suffit pas. La dénonciation, dans l’espace public, de ces actes est impérative. C’est le sens du rassemblement organisé ce mercredi soir à Marseille par Femmes solidaires et le collectif Droits des femmes 13. La peur doit changer de camp et les femmes être soutenues, accompagnées, soignées, reconnues. La justice doit passer, mais les dispositifs pour prévenir les violences, sortir de l’emprise, doivent être multipliés. Pour cela, il faut des moyens et la mobilisation de tous.

  • Glissa Nissa

    Glissa Nissa

    Inimaginable. La deuxième ville de la région, Nice, qui devait être le cœur battant des Alpes du Sud à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de 2030, s’est auto-sabordée.

    Par entêtement, courte vue, inimitié politique, le nouveau maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a pris la responsabilité de faire perdre à sa ville le pôle glace olympique. Une glissade qui emporte dans sa chute la cérémonie de clôture des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2030. Un moment d’exposition mondiale pour Nice quand on sait que pour les Jeux d’hiver de Milan-Cortina, près de 3 milliards de téléspectateurs cumulés à travers le monde ont suivi la compétition et que la seule cérémonie de clôture représentant une audience mondiale estimée à 600 millions de téléspectateurs.

    Au-delà de la bérézina

    Un non-sens alors que tous les maires du monde envient une telle promotion de leur ville à l’international.

    Pire, la situation va engendrer une perte, selon les estimations, de 800 millions et 1,1 milliard d’euros pour Nice et la région, en investissements, en retombées touristiques, en héritage dans les infrastructures et les logements… Le choix du recroquevillement, de l’immobilisme, de l’isolationnisme chers à l’extrême droite équivaut à punir les habitants et le tissu économique de toute une partie de la région.

    Face à ce grand gâchis, la proposition de repositionner la cérémonie de clôture à Marseille ou sur le lac de Serre-Ponçon doit être étudiée collectivement pour transformer cette bérézina niçoise en réussite collective pour nos territoires.

  • Des vérités qui dérangent

    Des vérités qui dérangent

    L’avènement de l’intelligence artificielle crée un nouvel univers paradoxal. Il est en capacité de noyer chaque individu sous un raz-de-marée de posts, images, messages, dont la véracité n’est pas avérée,
    met à mal et fragilise l’ensemble des rédactions puisqu’il représente une menace concrète pour de multiples fonctions et métiers et exige, dans le même temps, un surcroît de journalisme, pour vérifier et valider -ou non- les dites « informations ». À cela s’ajoute le jeu des algorithmes, maintes fois dénoncé lors des récentes campagnes électorales, comme vecteur d’un entre-soi qui fait fi de la moindre vérification. L’abandon successif du fact-checking par Twitter puis Facebook en dit long sur cette volonté d’ouvrir les vannes de la « liberté d’expression » qui, aux États-Unis, permet à chacun de dire tout et son contraire, sans les limites légales qui existent -encore- en Europe.

    Une boîte de Pandore

    Une boîte de Pandore, une faille abyssale dans laquelle se sont engouffrés les manipulateurs, les tenants d’une « vérité » parallèle et alternative, qui préfèrent tout bonnement remettre en question un raisonnement cartésien pour faire la part belle aux « croyances ». Donald Trump a lui-même enfermé ses fans et followers via son propre média dans un monde de post-vérités, à l’instar d’un vaste mouvement d’extrême droite passé à l’offensive médiatique en multipliant les saillies complotistes ou climatosceptiques.

    À côté de ça, des dizaines de journalistes sont morts cette année, tués par balles ou par des bombes, pour démêler le vrai du faux, rapporter simplement le témoignage du réel. Celui qui dérange.

  • Le refrain d’une ville

    Le refrain d’une ville

    Il y a encore quelques années, Jul n’était qu’un minot bricolant des sons dans sa chambre, dans le 5e arrondissement de Marseille. Aujourd’hui, il remplit le Vélodrome et entraîne dans son sillage plus de 100 000 personnes venues de toute la France, et bien au-delà, pour deux concerts très attendus, vendredi et samedi. Une ascension fulgurante, presque irréelle, qui raconte autant l’évolution d’un artiste que celle d’une ville.

    Jul, en bouleversant les codes du rap, a surtout imposé les siens. Langage métissé, sonorités hybrides, production à la chaîne : longtemps moqué, souvent critiqué, il a fini par incarner une forme de liberté brute. Comme il le résume lui-même, simplement : « J’oublie tout. » Une musique sans filtre, à son image, qui résonne parce qu’elle ne court après personne.

    Expérience collective

    Le plus frappant, aujourd’hui, est peut-être ailleurs. Dans ces fans venus de Nantes, de Paris, de Belgique ou du Luxembourg, qui convergent vers Marseille comme vers un lieu de pèlerinage. Jul n’est plus seulement un rappeur marseillais : il est devenu une expérience collective, un symbole partagé, un phénomène culturel qui dépasse ses chansons.

    Mais tout ramène à Marseille : ses mots, ses références, son accent ou son imaginaire. Jul est à la ville ce que la ville est à Jul : un miroir vivant, bruyant, multiple. Une bande-son qui se glisse le long de la Corniche et habite les imaginaires de la jeunesse, qu’elle soit en claquettes-chaussettes ou non.

    Un écho qui résonnera le temps de deux soirs au Vélodrome : celui d’une ville qui ne demande pas la permission d’exister et qui sait se fait entendre.

  • Profiteurs de guerre

    Profiteurs de guerre

    Il y a ceux qui payent, et ceux qui encaissent.

    Dopé par la flambée du prix des hydrocarbures, le groupe français TotalEnergies a dégagé au premier trimestre 2026 un bénéfice record de 4,96 milliards d’euros (+51% sur un an). En mars et en avril, les taxes sur les carburants ont rapporté 190 millions d’euros supplémentaires à l’État par rapport à la même période de l’an dernier.

    Ce « surplus » de recettes « financera intégralement » les aides gouvernementales, a indiqué Sébastien Lecornu début mai. Comprendre : les consommateurs payent plus de taxes, une somme encaissée par l’État puis redistribuée aux professions les plus en tension sous forme de chèques afin qu’elles payent des carburants aux coûts exorbitants… aux grandes firmes pétrolières.

    Nationaliser

    Ces profiteurs de crise qui surfent sur l’instabilité du monde et les conflits déclenchés par les États-Unis de Donald Trump s’estiment assez influents pour menacer l’État en cas de mise en place de taxes sur leurs surprofits.

    C’est inadmissible. Une mobilisation populaire est nécessaire pour exiger l’encadrement des marges des raffineurs, le blocage des prix des carburants à 1,50 euro le litre et une nationalisation de ces entreprises qui font leur beurre à rebours de la défense de l’intérêt général.

    Il est absolument nécessaire de réorienter dans notre pays le secteur de l’énergie, indispensable pour agir sur le pouvoir d’achat des Français mais aussi sur l’avenir du climat. Pour cela, il faut du courage politique et un rapport de force qui s’engage.