Tag: Editoriaux

  • Le souffle du mouvement social

    Le souffle du mouvement social

    C’est un week-end
    de la Toussaint inédit.
    Le gouvernement
    et le monarque de l’Élysée avaient misé sur l’essoufflement des mobilisations lycéennes à la faveur des vacances d’automne. C’était sans compter sur la détermination profonde d’une jeunesse refusant de se laisser bercer par des promesses et courageuse face à la répression, la seule réponse concrète d’un pouvoir à bout de souffle. Une violence illustrative de la faiblesse d’Emmanuel Macron et de son Premier ministre. Ce samedi, comme jeudi prochain, les rues vont se noircir de monde, un vaste mouvement social où domine l’exigence de la justice sociale. Car aux jeunes sont venus s’ajouter les étudiants et les salariés. Les revendications sont simples : des moyens pour l’éducation et, plus largement, pour les services publics. Des salaires à la hauteur. Non seulement pour vivre face à la flambée des prix, mais parce qu’il s’agit de partager les richesses produites par les travailleurs.

    Redistribuer l’argent

    Des richesses qui existent. Jeudi, Total Énergie a affiché un bénéfice de huit milliards réalisé en trois mois. Un exemple parmi d’autres.

    Cet argent doit être redistribué dans la société. Ce que n’a jamais voulu faire, en dix ans, le président des riches. Sa politique est un échec cuisant, en témoigne notamment le taux de chômage à 8,5%. Si l’argent a ruisselé, c’est dans les poches des actionnaires, des milliardaires.
    Le mouvement social l’a compris depuis longtemps, lui qui a souffert de cette prime aux hauts revenus. Aujourd’hui, la coupe du mépris est pleine et les rues se remplissent.

  • Message aux profiteurs de guerre

    Message aux profiteurs de guerre

    Alors que notre monde est déchiré par les guerres et que l’élévation des tensions internationales fait craindre une généralisation des conflits, l’initiative mondiale pour la paix à laquelle participent les travailleurs des Ports et docks, à l’appel de la Fédération syndicale mondiale, est particulièrement remarquable.

    Elle affirme la solidarité entre des salariés des cinq continents et le caractère de classe du combat pour la paix : les guerres bénéficient aux puissants et jettent les travailleurs les uns contre les autres.

    Dans notre région, l’engagement des portuaires et des dockers pour la paix est le fruit d’une longue tradition internationaliste. Après un engagement sans faille contre les guerres coloniales, le refus récent de charger des armes destinées à nourrir la guerre au Proche-Orient a envoyé un signal très clair à nos gouvernants.

    Un élan mondial salvateur

    Il est facile de se déchirer, de se haïr, de se regarder en chiens de faïence. Les portuaires et les dockers de 23 pays à travers le monde font un choix bien différent : celui de l’action collective, du rapport de force avec les puissants et du rejet des logiques bellicistes.

    Cet élan mondial est salvateur dans une période où le retour des impérialismes, des nationalismes et des extrémismes menace notre avenir commun.

    Il intervient en France dans un moment particulier, marqué par un puissant mouvement social, mais aussi un attentat raciste.

    Dans ce contexte, le message de la grève des ports et docks pour la paix revêt une dimension supplémentaire : l’affirmation de la force des travailleurs quand ils agissent ensemble et de la solidarité qui les unit quelle que soit leur origine, leur couleur de peau ou leur foi.

  • Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Permettre aux jeunes de faire des rêves

    Singulier échange hier entre des lycéens marseillais et des lycéens tunisiens à l’occasion des Rencontres d’Averroès.

    En apparence si différents, ces jeunes sont si semblables dans leurs aspirations, leurs doutes, leur rapport à l’avenir.

    De part et d’autre de la Méditerranée, ces jeunes sont confrontés aux questions posées par notre drôle d’époque
    à la nouvelle génération.

    Cet échange a eu lieu alors que la France
    est secouée par un mouvement social d’une très grande ampleur, initié par des lycéens, mais aussi par le contrecoup de l’attentat raciste qui a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi.

    Cauchemar social et identitaire

    Quelles perspectives d’avenir notre monde offre-t-il à sa jeunesse ? Une vie socialement pire que celle vécue par les générations précédentes ? Un cauchemar identitaire ?

    Si l’on ajoute à cela, les guerres qui défigurent la planète et les conséquences du dérèglement climatique… Il y a de quoi plonger dans un infini marasme.

    Personne ne peut s’épanouir avec le poids du fatalisme et de la désespérance sur les épaules.

    C’est aussi la raison pour laquelle le mouvement de la jeunesse en cours dans notre pays et ailleurs dans le monde doit obtenir des réponses concrètes à ses revendications légitimes.

    Tout doit être fait pour lever les obstacles qui bouchent l’horizon et permettre aux jeunes de faire des rêves.

    Cela ne se fera pas sans eux, sans leur détermination individuelle et leur mobilisation collective pour remettre nos sociétés sur le chemin du progrès et de la paix.

  • Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    Ne pas lâcher la proie pour l’ombre

    De quoi Parcoursup est-il le nom ? D’abord d’une grande opacité : depuis sa mise en place, l’avenir de nos enfants est confié à un algorithme obscur qui gère la pénurie des places dans l’enseignement supérieur. Ensuite, c’est aussi le nom d’une grande angoisse parmi les jeunes et dans les familles liée au sentiment de ne pas avoir de prise sur son destin quels que soient les efforts produits. Enfin, Parcoursup, c’est le nom d’une interface numérique qui masque le problème du manque de moyens dans l’enseignement supérieur français alors qu’on estime qu’entre 2004 et 2024, le nombre d’étudiants a augmenté de 33%, tandis que celui des enseignants titulaires du supérieur a diminué de 8%.

    Sous la pression du mouvement lycéen, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé que cette plateforme d’orientation post-bac sera remplacée en 2028, après une « évolution forte » vers plus de transparence l’an prochain.

    La jeunesse mérite mieux

    C’est le sens du débat sans-vote qui est programmé, ce mercredi, à l’Assemblée nationale.

    Les lycéens mobilisés comme les parlementaires ne doivent pas lâcher la proie pour l’ombre : si le gouvernement semble prêt à jeter symboliquement Parcoursup par-dessus bord pour tenter de trouver l’apaisement, c’est bien la politique qui est derrière cette plateforme qu’il faut abandonner. Une politique d’austérité et de gestion de la pénurie.

    La réalité est là : en plus des insatisfactions et des injustices produites par ce système, 126 500 candidats sont restés sans affectation cette année et 150 000 jeunes sont contraints de se tourner vers le privé, au prix de frais exorbitants et de l’endettement de leurs familles.

    La jeunesse mérite mieux.

  • Manifester, une conquête sociale

    Manifester, une conquête sociale

    C’était un 17 octobre. Mais en 1909 ! Ce jour-là, à Paris, une immense manifestation noircit le pavé pour protester contre l’exécution en Espagne de l’anarchiste Francisco Ferrer, une grande figure du mouvement socialiste. L’émotion est mondiale chez les progressistes. Jean Jaurès, à la tête de l’Humanité, est à la manœuvre de cette grande journée parisienne. Quelques jours plus tôt, le 13 octobre, trois cortèges, dont un lancé par l’Humanité, avaient défilé dans le plus grand désordre et avec des coups des deux côtés de la barricade. Ils étaient 20 000 selon les historiens. Le 17 octobre, ils seront 80 000 et la manifestation fut puissante et pacifique. Le rapport de force avait permis à Jaurès de faire plier le préfet Lépine et on passa ainsi de l’insurrection à la manifestation organisée.

    Justice sociale

    Le premier jalon du droit de manifester, était posé ce jour-là par le mouvement social.

    Plus d’un siècle plus tard, ce retour sur notre histoire commune nous dit une chose fondamentale : le droit de manifester est une conquête citoyenne et sociale né de rapports de force entre les tenants de l’ordre immuable et les forces vives de la société avançant pour leurs droits, la justice sociale. Ce droit de manifester est désormais inscrit dans la constitution. Les interdictions de manifester ordonnées par les préfets, obéissant aux ordres du chef de l’État, sont donc d’une gravité absolue au regard de notre histoire. Les reculs obtenus notamment à Marseille sont les fruits d’âpres discussions mais, surtout, de la détermination du mouvement social face au mépris du pouvoir actuel. Le geste de Jaurès, fondateur, est toujours d’actualité.

  • Aveu de faiblesse

    Aveu de faiblesse

    Interdiction de manifester dans les Bouches-du-Rhône, à Toulon et Avignon, couvre-feux étendus aux majeurs ce week-end, interruption des transports en commun… Dans quelle société vit-on ? La question mérite d’être posée tant le glissement en cours est grave depuis le 17 octobre.

    Le procureur Nicolas Bessone estimait, hier, qu’entre « 1 800 et 3 000 personnes » ont saccagé Marseille ce jour-là. La République est-elle prête à capituler devant cela ? Il serait donc impossible de garantir la sécurité et la sérénité des cortèges de lycéens mobilisés et de manifestants contre la vie chère ?

    En plus de les nier dans leurs revendications, le gouvernement entend donc les priver de leur capacité d’exprimer leur colère.

    Ce déni de démocratie est particulièrement inquiétant. Il témoigne d’un exécutif à la dérive, minoritaire à l’Assemblée nationale, refusant toute inflexion de sa politique.

    Une interdiction contestée en justice par un référé liberté

    En prenant ces mesures, le gouvernement croit faire une démonstration de force.

    Il fait en réalité un terrible aveu de faiblesse. Faiblesse face aux casseurs, aux pillards. Incapacité à garantir la liberté de manifester. Incapacité à assurer la sécurité et la tranquillité républicaines.

    Plusieurs organisations syndicales ou politiques ont annoncé leur intention de contester cette interdiction de manifester par un référé liberté.

    Puisse la justice, elle, ne pas être faible.

  • Cause toujours

    Cause toujours

    Sidérante rencontre entre les organisations syndicales et le Premier ministre ce mercredi.

    L’hôte de Matignon avait promis « d’écouter », « d’échanger » avec les représentants du monde du travail alors que la France traverse une période de colère sociale, mais aussi de violences d’une rare intensité.

    Bilan : aucune annonce, aucune prise en compte des revendications des syndicats notamment pour faire face à la vie chère et à l’envolée du prix des carburants.

    Chef d’un gouvernement minoritaire à l’Assemblée nationale, soutenu par un bloc central lessivé par 10 ans d’exercice du pouvoir macroniste, Sébastien Lecornu apparaît plus que jamais incapable detrouver une issue à la crise qui secoue notre pays.

    Le cap d’austérité fixé par le président de la République, qui a laissé l’hôte de Matignon se dépêtrer de la situation en se rendant au Moyen-Orient, est en effet incompatible avec la moindre avancée sociale.

    En même temps

    Depuis le Qatar, Emmanuel Macron n’a d’ailleurs lui-même délivré aucune réponse aux nombreuses revendications portées par les manifestants, mais seulement appelé à « la fermeté » envers les auteurs des violences.

    En écho, le ministre de l’Intérieur assure qu’un important dispositif de sécurité sera mis en place ce samedi. Pour empêcher la casse et garantir la liberté constitutionnelle de manifester ? Ou peut-être pour dissuader les honnêtes citoyens de descendre dans la rue.

    Coluche disait que « la dictature, c’est “ferme ta gueule”, la démocratie, c’est “cause toujours” ».

    La Macronie semble une fois encore décidée à jouer la carte du « en même temps ».

  • Changer vraiment de politique

    Changer vraiment de politique

    Le gouvernement va-t-il changer de pied, ce mercredi, en recevant les organisations syndicales ? Va-t-il enfin répondre par des décisions concrètes à la colère sociale et stopper sa dérive ultra-sécuritaire et répressive ? Les syndicats n’ont pas l’intention de s’entendre faire la leçon. Tous ont condamné les pillages survenus en marge de manifestations historiques et tous demanderont fermement des comptes au chef du gouvernement, Sébastien Lecornu. Car comment comprendre que les cortèges pacifiques contre la vie chère et avec des revendications pour vivre bien aient été violemment réprimés, pendant que les forces de l’ordre, sous le commandement des préfectures, ont laissé piller et saccager les centres-villes et les commerces ?

    Colère sociale

    La colère sociale bouillonne depuis des années et le mouvement social, ses organisations, les salariés, retraités, lycéens et étudiants se fracassent contre le mur des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron, hermétiques aux aspirations légitimes du monde du travail.

    Au crépuscule de ses deux quinquennats, le chef de l’État, élu par deux fois grâce au barrage contre l’extrême droite RN,
    a concocté avec son Premier ministre un budget d’austérité qui va massacrer un peu plus les services publics en continuant de protéger les plus riches. Il ne s’agit pas d’arracher une révision cosmétique de ce musée des horreurs, mais de changer profondément de politique avec notamment des hausses de salaires pour les agents des services publics, des budgets renforcer pour la Sécurité sociale, l’Éducation, la recherche, les universités. Sinon la colère sociale ne s’arrêtera pas de grandir.

  • Liberté, Égalité… abandonnés

    Liberté, Égalité… abandonnés

    Dans notre région comme à travers tout le pays, les maires ont conduit des rassemblements républicains à la suite des émeutes et des pillages qui ont eu lieu en marge des manifestations de ce week-end.

    Alors que le maire de Marseille, ville particulièrement touchée par ces violences, a reçu le soutien de ses homologues de la Métropole, il continue de demander des comptes au ministre de l’Intérieur sur les raisons pour lesquelles les pillages et l’intrusion dans la mairie n’ont pas pu être empêchés par la force publique, alors même que des manifestants pacifiques ont été réprimés.

    État d’urgence sociale

    Le ministre, dont la démission a été refusée par le président de la République, est resté une large partie de la journée à Paris, auprès de Sébastien Lecornu, pour annoncer des couvre-feux localisés. Avant, finalement, de venir à Marseille dans la soirée. Rien, en revanche, n’a été esquissé pour répondre à l’état d’urgence sociale dans lequel se trouve notre pays. Rien pour répondre à la colère légitime contre la vie chère et l’envolée du prix des carburants. Rien pour satisfaire les revendications tout aussi légitimes des lycéens et des étudiants.

    Casseurs et les pillards ont pleinement joué leur rôle d’idiots utiles en polarisant l’attention sur leur méfaits. Ils doivent être mis hors d’état de nuire sans que l’on porte atteinte à la liberté constitutionnelle de manifester. Le gouvernement peut instaurer des couvre-feux partiel, il n’étouffera pas ainsi la colère populaire.

    Quant aux maires et aux communes qui sont laissés en première ligne, ils forment l’indispensable « République de proximité » que le projet de budget promet d’affaiblir encore.

    Eux aussi doivent cesser d’être abandonnés.

  • Chaos choisi

    Chaos choisi

    Les dévastations dont l’État et le gouvernement sont responsables par leur impéritie ne doivent pas cacher ce chiffre! 800 000 : le nombre de manifestants samedi selon la CGT qui appelle désormais à amplifier la mobilisation le 5 novembre. Un appel désormais repris par les Gilets jaunes qui veulent « des convergences entre tous ceux qui luttent ». Les rassemblements étaient nourris à Brignoles, Aix, Avignon ou Gap. En revanche, pas de chiffres pour Marseille, le préfet ayant décrété qu’il n’y avait pas de manifestants. Juste des émeutiers.

    Ils étaient pourtant là pour dire leur soutien à la jeunesse et leur colère face à la hausse démente des prix, à la surdité du gouvernement et leur rage contre les violences policières. Pour le faire ils ont dû se frayer une voie parmi des casseurs déchaînés et en nombre, et essuyer les charges des CRS dépassés. au point que les maires de Marseille, Lyon et Paris ont demandé à rencontrer le Premier ministre pour exiger des explications sur cette gestion calamiteuse.

    Rendez-vous le 5 novembre

    Les scènes de chaos et les dégâts matériels énormes vont marquer les esprits plus que les 800 000 manifestants et permettront de détourner l’attention des revendications légitimes qui seront encore exprimées le 5 novembre. Des scènes d’une telle violence qu’il a fallu du courage aux manifestants pour continuer de revendiquer, qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux et qui alimenteront les peurs qui font le lit de l’extrême droite. Seule option, refuser ce scénario écrit à l’avance et se retrouver encore dans la rue le 5 novembre. à 6 mois de la présidentielle, n’en déplaise à Emmanuel Macron.