Tag: Editoriaux

  • Relever la tête

    Relever la tête

    Relever la tête et regarder les étoiles. La symbolique de ces journées d’observation à forte valeur pédagogique dépasse largement le cadre scientifique. Certes, les passionnés d’astronomie vont partager leurs connaissances et leur matériel pendant ces grands rendez-vous donnés aux quatre coins de la région pour, une fois de plus, s’émerveiller du spectacle grandiose de ces nuits des étoiles. L’occasion aussi, évidemment, de méditer sur le temps, l’éloignement, l’espace, à ce qui nous dépasse sans cesse et que l’on ignore la plupart du temps. L’évènement force à changer d’échelle, à prendre du recul les yeux fixés sur une multitude de points lumineux qui vont éclairer le ciel pendant quelques jours.

    De la magie aux sciences

    Et comme le dit si bien le directeur du centre d’astronomie de Saint-Michel-l’Observatoire, c’est une belle occasion de « susciter des vocations », de forcer l’admiration et la curiosité des futures générations de scientifiques, parmi les garçons et les filles – de plus en plus nombreuses – souhaitant comprendre ces phénomènes longtemps considérés comme magiques. Car l’astronomie est aussi un de ces fils ténus qui permet aux citoyens de sortir des croyances pour appréhender les sciences. Une logique cartésienne, qui inclut aussi le doute, l’absence de réponse immédiate, pour laisser place à la réflexion, l’analyse, le questionnement.

    Faut-il encore privilégier une telle approche au quotidien, dans le cadre scolaire et extrascolaire, s’en donner les moyens à l’échelle nationale, pour la construction des citoyens de demain.

  • Abolir la Bombe

    Abolir la Bombe

    Mettre fin à l’engrenage de la guerre. C’est l’urgence de ce début de XXIe siècle, 81 ans après la bascule dans l’ère de la bombe atomique avec les bombardements criminels des deux villes japonaises d’Hiroshima, le 6 août 1945, et de Nagasaki, trois jours plus tard, le 9 août.

    Aucun objectif militaire n’était visé. Le Japon avait perdu mais il fallait aux États-Unis une démonstration de force. Les leçons d’Hiroshima et de Nagasaki ne doivent cesser d’être tirées et enseignées. L’arsenal nucléaire est désormais massif et les guerres en cours, menées par des pays qui possèdent la « Bombe », font planer une menace réelle sur l’humanité. Aussi, la campagne lancée ce jeudi à Marseille par le Mouvement de la paix est d’intérêt public. Car l’économie de guerre, au prétexte de secourir notamment l’Ukraine lâchement agressée par la Russie de Poutine depuis 2022, est en train de prendre le pas sur le droit international et la diplomatie.

    Culture de paix

    Cette orientation belliciste des budgets publics nationaux et internationaux (celui de l’Otan notamment) partout dans le monde, et en particulier en Europe, est extrêmement inquiétante. Car elle se fait au détriment de la paix en minant les investissements publics nécessaires aux politiques sociales, aux services publics, à la culture, la santé, l’environnement.

    La culture de paix est un long apprentissage. Exiger l’abolition des armes nucléaires participe de cette culture qui fait le choix de la fraternité, de la coopération, de la vie. La paix est un enjeu démocratique qui doit être au cœur de la campagne présidentielle.

  • Le défi du sport pour tous

    Le défi du sport pour tous

    L’essor des salles de sport ne relève pas d’une simple mode. Il traduit une aspiration profonde à mieux vivre, dans une société marquée par la sédentarité et le stress. Regarder ce phénomène avec distance serait une erreur. Derrière les haltères et les tapis de course se cache une véritable question sociale : celle de l’accès de tous à des espaces dédiés au bien-être et à l’activité physique.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), en 2024, la pratique dans les installations sportives, qu’il s’agisse de salles, de clubs ou de complexes, a retrouvé son niveau d’avant-Covid et concerne désormais 28% des pratiquants. Cette progression montre que le besoin de lieux collectifs, accessibles et encadrés est bien réel. Face à cette demande, la puissance publique ne peut se contenter d’observer. Elle doit investir davantage dans les équipements sportifs de proximité et garantir leur accès à tous, quel que soit le niveau de revenu.

    Nouveau marché de masse

    Mais cet engouement révèle aussi une autre réalité. Avec près de 7 millions d’adhérents et plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon l’Institut professionnel des métiers du sport (IPMS), le fitness est devenu un marché florissant. Le soin du corps, la santé et parfois la confiance en soi sont désormais des produits que l’on achète. Une marchandisation du bien-être qui interroge.

    Le sport ne peut devenir un produit réservé à ceux qui en ont les moyens. Garantir l’accès de tous à une pratique sportive de qualité est un enjeu de santé publique et de justice sociale.

  • Une lagune en première ligne

    Une lagune en première ligne

    L’étang de Berre est un joyau de notre patrimoine naturel. Cette lagune méditerranéenne, la deuxième d’Europe – la plus vaste est la Mar Menor, en Espagne – fait l’objet d’une attention très soutenue, orchestrée par le syndicat mixte Gibrep, gestionnaire du site.

    Des années ont été nécessaires pour redonner vie à l’étang et aujourd’hui, les actions de prévention et de sensibilisation des usagers participent à la préservation de cette bonne santé retrouvée mais toujours très fragile.

    Les lagunes sont en effet considérées par les scientifiques comme des vigies du réchauffement climatique. Ce qui s’y joue préfigure l’état futur de la mer. Les préserver, c’est anticiper et chercher des solutions d’avenir. La biodiversité qui s’y développe oblige à un travail pédagogique. Car sans les citoyens aucune protection durable n’est possible.

    Cohabitation

    Le pari est surtout de ne pas transformer ce site remarquable en sanctuaire. Seize plages sont ainsi aménagées et les membres de la brigade littorale les sillonnent pour rappeler les règles de cohabitation entre humains et nature.

    Paradoxalement, la beauté retrouvée de l’étang de Berre comme les eaux des calanques ou de l’archipel du Frioul à Marseille, attirent des centaines de milliers de visiteurs chaque année ce qui fragilise ces milieux naturels notamment la posidonie et les zostères qu’ils abritent dans leurs fonds. Des plantes indispensables à la protection de l’environnement. Les moyens humains pour assurer leur protection doivent suivre le mouvement et être renforcés, c’est-à-dire financés. C’est une mission de service public impérative.

  • Coups bas

    Coups bas

    Faire toujours payer plus ceux qui sont malades et ont besoin de soins. C’est la logique des gouvernements depuis des années mais, cet été, celui de Lecornu pousse le cynisme encore plus loin en imposant par décret ce qui lui avait été refusé par les parlementaires lors du dernier débat sur le budget de la sécurité sociale : la hausse des franchises médicales. Petit à petit, les libéraux torpillent la sécurité sociale, le système imaginé par Ambroise Croizat à partir du programme du Conseil national de la résistance pour le transformer en assurance au rabais pour les pauvres, les riches pouvant se payer les soins de qualité. En toile de fond, l’éternelle rengaine du « trou de la sécu » qu’il faudrait absolument combler sous peine de voir disparaître cette merveilleuse « exception française ».

    211 milliards aux entreprises

    Ce discours est un leurre pour ne pas assumer les choix politiques qui sont ceux de ce gouvernement. Les économies attendues par les modifications imposées par décret
    – doublement des franchises, relèvement du ticket modérateur et baisse du remboursement des médicaments à service médical rendu faible ou modéré – sont estimées à 2,15 milliards d’euros. Une somme à mettre en balance face aux milliards accordés aux entreprises : 211 milliards. Un tiers du budget de l’État.

    Sans oublier l’argent que le gouvernement se refuse à aller chercher. « Plutôt que de ponctionner quelques dizaines d’euros supplémentaires sur
    les malades, faisons contribuer les milliards
    de revenus financiers qui échappent aujourd’hui aux cotisations sociales
     », pointe ainsi le PCF.

    La santé n’est ni un luxe, ni une marchandise. Mais un droit qu’il faut véritablement défendre quand les coups bas se multiplient.

  • Refuser l’impuissance

    Refuser l’impuissance

    La loi transpartisane pour modifier la politique forestière afin de répondre aux enjeux d’adaptation des forêts au changement climatique, déposée le 23 juillet dernier, permettra un débat fondamental au Parlement. La nécessité de protéger les forêts qui atténuent le changement climatique, régulent le cycle de l’eau, préviennent l’érosion des sols ou fournissent une ressource renouvelable est désormais vraiment sur la table. Une prise de conscience qui s’est faite au prix de morts chez les soldats du feu et de larmes et de traumatisme dans la population.

    Le Parti communiste porte lui la proposition d’un grand service public forestier, s’adressant tant à la forêt publique qu’à la forêt privée. Service public : le terme clé est lâché. Un service public déprécié et ringardisé par les tenants d’une vision libérale du monde. Le capitalisme a exploité et épuisé la planète, mais pas seulement.

    Le roi est nu

    Sa logique individuelle, ses recherches de profit toujours plus importantes et toujours à plus court terme, ses clés de lecture uniquement comptable ont sapé toutes possibilités d’agir collectivement et interdit toute possibilité de planifier et de mener une stratégie globale. Les investissements ont été considérés comme des charges, les fonctionnaires attaqués, les agences publiques montrées du doigt… Mais les incendies l’ont montré : le roi est nu. La France n’est ni préparée, ni apte à affronter les défis du bouleversement climatique. Rien n’est joué cependant et la bataille doit être menée. Les débats pour cette loi transpartisane devront permettre de dire clairement les choses et de regagner du terrain. La présidentielle suivra durant laquelle il faudra regarder la situation en face et refuser l’impuissance.

  • Avant l’incendie…

    Avant l’incendie…

    Tandis que la macronie n’assume pas son impréparation, ses comptes d’apothicaires pour l’achat de canadairs et globalement son déni, il est des régions qui n’ont jamais baissé la garde en matière de prévention du risque incendie. Il est vrai que dans le Sud-Est, il y a eu un avant et un après 1989. Du 28 au 31 août de cette année-là, la Sainte Victoire brûle. 60% du site est ravagé. La résilience fut au rendez-vous : plantations nouvelles, pistes DFCI (défense de la forêt contre l’incendie) surveillance et moyens accrus. Le tout essentiellement financé par les collectivités locales. Grâce aux services publics locaux, notamment les Services départementaux d’incendie et de secours, les Sdis, nos massifs régionaux sont sous surveillance. S’y ajoute le dispositif de la garde forestière régionale qui n’emploie pas moins de 250 vigies.

    La santé de nos forêts

    Le contraste est saisissant avec le sort réservé à l’Office national des forêts, l’ONF, affaiblie à force de diminution de ses effectifs au nom de la réduction des déficits. Or, ces forestiers nationaux sont indispensables pour le maintien de la bonne santé de nos forêts qui, rappelons-le, représentent un tiers du territoire métropolitain.

    Des leçons sont à tirer d’ores et déjà des ravages des feux dantesques, en Gironde notamment. La prévention doit être un des piliers de la lutte contre le risque incendie. Le gouvernement a fait savoir mercredi qu’il souhaite la création d’une « filière » des industriels « de lutte contre les incendies ». Pourquoi pas. Mais il ne s’agit pas de se payer de mots. Il y a 37 ans que
    des solutions ont été apportées dans le Sud !

  • Austérité incendiaire

    Austérité incendiaire

    « Préoccupant, grave même », « limite notre liberté d’action et nous place en situation de vulnérabilité » : ces propos du Premier ministre Sébastien Lecornu datent du 22 juillet, date du départ du gigafeu de Gironde. Ils ne parlent pas des incendies, mais du déficit et tentent de justifier les tours de vis budgétaires.

    Sur pression de l’Union européenne et au nom d’un respect d’une règle édictée par des libéraux, les dépenses publiques doivent toujours être revues à la baisse. Pourtant, ce que nous démontrent ces incendies, ce qui est « préoccupant, grave même », qui « limite notre liberté d’action et nous place en situation de vulnérabilité », c’est bien le sort réservé aux investissements dans les services publics. Que si les inconséquences humaines provoquent des incendies, l’austérité budgétaire empêche de les combattre correctement, à l’heure où le changement climatique transforme les brasiers en ogres destructeurs.

    Dans le rouge

    Manque de moyens et de personnels pour la Sécurité civile, coupe claire chez les agents de l’Office national des forêts… ont toujours des explications comptables.

    Ces superstitions libérales nous ont mis dans le rouge dans bien des domaines. On l’a vu en 2020 avec la santé et une épidémie de Covid qui n’a été surmontée que grâce à la mobilisation incroyable des soignants. Cette fois-ci, c’est le dévouement des pompiers au bord de l’épuisement qui force le respect. Respect qu’on ne peut éprouver envers des dirigeants qui préfèrent le dogme budgétaire à la sécurité des personnes. Mais, contrairement au Covid, il faudra s’en souvenir une fois ces incendies surmontés.

  • « Qui aurait pu prédire? »

    « Qui aurait pu prédire? »

    Sécheresse maximale, températures records, fréquentation humaine décuplée : les ingrédients propres au risque incendie dans les régions touristiques du sud de la France faisaient redouter le pire. Nous y sommes. Des méga feux rapides, violents et pour l’heure incontrôlables ravagent les Landes et la Gironde et obligent à l’évacuation de dizaines de milliers d’habitants et de visiteurs. Celui qui martyrise le Var depuis le début de la semaine continue et, dans les Hautes-Alpes, le feu dit du Bois Noir, au nom prémonitoire, a quasiment doublé de volume. Des milliers de pompiers sont à pied d’œuvre et risquent leur vie. 42 sont déjà blessés.

    Il n’y a aucune fatalité à ces catastrophes, qui n’ont rien de naturelles.
    Un véhicule en feu aurait provoqué l’incendie des landes, des travaux celui en Gironde… Neuf feux sur dix sont d’origine humaine.

    Absence d’anticipation

    L’absence d’anticipation des moyens matériels et humains pour combattre ces fléaux est le fait des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron.

    Vendredi soir, sur TF1, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a balayé les critiques. Un déni qui ne tient pas la route. Car les différents rapports sur le dérèglement climatique, connus depuis des années, précisent que la surface des forêts de plus en plus sensibles aux incendies augmente. Les moyens doivent suivre ! La sécurité civile, au sol et dans les airs, doit être une priorité. Le coût humain, matériel, environnemental, culturel et économique des feux de plus en plus fréquents est autrement plus lourd que les nécessaires investissements pour la sécurité de tous.

  • La culture ne veut pas finir K.O debout

    La culture ne veut pas finir K.O debout

    Vitrine du spectacle vivant, le festival Off d’Avignon illustre tout à la fois la vitalité des artistes, des techniciens et le profond malaise de ces travailleurs de la culture. Au-delà des chiffres, toujours vertigineux (141 théâtres, 1 812 spectacles présentés en trois semaines), le Off est aussi à l’image d’un monde de la culture traversé par une mise en concurrence cruelle.
    À ce titre, le théâtre est aussi pris dans les rets
    de la société d’ultraconsommation. Les publics sont tellement sollicités que la tentation d’opter pour des têtes d’affiche, laisse souvent en marge les artistes émergents, c’est-à-dire l’avenir. La précarité grandissante, les difficultés accrues alimentent un marché
    du divertissement au détriment de la visée émancipatrice du théâtre et des interrogations nécessaires sur notre monde.

    Résister à l’économie de guerre

    Les mobilisations des travailleurs du spectacle vivant durant les festivals et programmées à partir de 21 septembre ne sont pas corporatistes mais portent une vision de la fonction de la culture. Exiger comme le fait la CGT Spectacle que le budget de la culture atteigne 1 % du budget de la nation c’est résister à la marche forcée et exclusive vers une économie de guerre où au nom de la défense de la démocratie et de la liberté, sont sapés les piliers de la démocratie et de la liberté : santé, éducation, culture…

    Hisser tous les budgets culturels tant sur le plan national que dans les territoires est une nécessité au moment où les partis d’extrême droite mènent en Europe et au-delà une guerre culturelle aussi violente que dangereuse.