Tag: Editoriaux

  • Le pire mais aussi le meilleur

    Le pire mais aussi le meilleur

    L’intelligence artificielle est là. Dès aujourd’hui, et il n’y a aucun déni à faire ou à entretenir sur la portée potentiellement dramatique de cette irruption dans les différents secteurs et domaines d’activité, lorsque « 5 millions d’emplois en France » sont potentiellement menacés par son avènement dans les cinq prochaines années, comme le stipule le rapport publié par Coface et l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM). Une nouvelle phase d’automatisation des tâches est devant nous, pour des métiers jusque là considérés comme « protégés » : ingénieurs, juristes, administratif, métiers créatifs…

    L’intelligence collective

    Mais cette technologie est aussi ce que l’on en fait, comme l’ont démontré ces intervenants lors des rencontres régionales autour de l’IA et la Santé. Il n’est pas tant question de « remplacer » des médecins ou les personnels soignants par des robots mais d’aider à une meilleure prise en charge personnalisée, à gérer des situations d’urgence ou d’accompagner au mieux les patients. Bref, de sauver des vies. C’est là toute l’ambivalence de cette nouvelle technologie aux applications innombrables. Et d’un choix de société : laisser faire les grands groupes privés, qui s’efforceront de développer des IA pour améliorer le rendement boursier de leurs entreprises, ou miser sur l’intelligence collective, la force des services publics et de l’intérêt général, pour développer des outils à destination de tous, pour répondre à des besoins vitaux ? Des logiques diamétralement opposées. Du pire au meilleur.

  • À l’ordre du jour

    À l’ordre du jour

    Quatre-vingt-trois ans après l’horreur, les descendants de déportés marseillais, raflés le 24 janvier 1943 dans le quartier Saint-Jean, font un voyage essentiel en Allemagne, au camp de Sachsenhausen où ce dimanche une plaque commémorative sera dévoilée. Des mots gravés, en français et en allemand pour révéler ce qui fut la plus grande rafle jamais perpétrée par les nazis main dans la main avec l’État français collaborationniste, quelques mois seulement après la rafle du Vélodrome d’Hiver à Paris. Sur les 250 Marseillais déportés, une centaine ne reviendra pas.

    Ce crime contre l’humanité perpétrée à Marseille fut longtemps occulté. Le travail de mémoire et historique est désormais à l’œuvre. Ce voyage des descendants, en est une étape majeure.

    Mise en lumière

    Cette mise en lumière de l’inimaginable – la rafle de 20 000 habitants – et la destruction de tout un quartier, dynamité par l’armée allemande, est nécessaire car en 2026, l’extrême droite progresse et mise sur l’amnésie. Or ceux qui ont perpétré ces crimes n’étaient pas des fous : leur idéologie, raciste et antisémite, comportait le goût du pouvoir et de la prédation. Les nazis se sont joués des conservateurs dans les années 1930. Le patronat allemand, comme le révèle l’écrivain Édouard Vuillard dans son texte aussi fulgurant que fondamental, L’ordre du jour, a choisi Hitler y voyant une source de profits y compris en utilisant les déportés comme esclaves, jusqu’à la mort. Cette collusion droite-extrême droite-patronat n’est pas derrière nous. Pour prévenir le pire, sachons lire notre Histoire, les yeux grands ouverts.

  • Pour que la peur change de camp

    Pour que la peur change de camp

    Difficile à le croire mais la haine homophobe dans notre région continue de s’abattre sur des femmes et des hommes qui n’ont rien demandé d’autre que de vivre leur vie comme elles et ils l’entendent.

    Le procès des guets-apens d’Avignon et de Vedène en est la triste illustration. Trois jeunes, manifestement bas du front, peut-être pas très au clair avec leur propre sexualité pour polariser autant de violence sur les gays, imprégnés des préjugés les plus rétrogrades, ont ainsi tendu des pièges à des homosexuels pour les passer à tabac.

    Les voilà condamnés par la justice. C’est un signal envoyé à toute la société mais aussi un encouragement aux victimes à porter plainte.

    Chasse aux homosexuels

    Trop longtemps, celles et ceux qui ont été pris pour cible par la haine des personnes LGBT+ sont restés silencieux. Par peur du scandale, du regard des autres, de l’accueil de la police ou même de représailles de la part des auteurs de violences.

    La situation évolue et c’est tant mieux. Il est temps, comme pour les violences racistes, antisémites, sexistes et sexuelles, que la peur change de camp.

    C’est une avancée fondamentale dans un monde encore largement dominé par les législations rétrogrades, les intégrismes religieux et les archaïsmes patriarcaux.

    Un monde où la chasse aux homosexuels est récemment entrée dans la loi au Sénégal.

    Une barbarie contemporaine qui ne mérite aucun relativisme, aucun silence gêné, aucun regard fuyant.

    Les LGBT+ sénégalais, elles et eux, méritent en revanche notre solidarité pleine et entière.

  • Les profiteurs de guerre

    Les profiteurs de guerre

    La guerre, meurtrière pour les peuples, est toujours une très bonne affaire pour le capitalisme. C’est pour cela qu’il la fait. Celle déclenchée au Moyen-Orient par les États-Unis de Donald Trump et Israël – dirigé par le gouvernement suprémaciste de Benjamin Netanyahu – a coupé les routes maritimes du pétrole. Résultat, depuis le 28 février, les prix flambent et les multinationales de l’or noir font des profits records. Selon une étude commandée par Greenpeace et relayée par l’association Attac, les compagnies pétrolières réalisent plus de 80 millions d’euros de profits supplémentaires par jour depuis le début de la guerre. Pour le seul mois de mars, ces superprofits représenteraient environ 2,5 milliards d’euros.

    Justice fiscale

    Outre la nécessité de se dégager d’une dépendance mortifère aux énergies fossiles, l’urgence est de faire payer ceux qui s’enrichissent de manière indécente alors que les citoyens peinent à payer leurs factures. Contrairement aux affirmations du bloc central (minoritaire) qui gouverne la France, bloquer les prix, taxer les compagnies est possible et absolument souhaitable. Celles et ceux qui participent à la vie de la cité, des aides à domicile en passant par les artisans, les agriculteurs, les pêcheurs, les enseignants, les infirmières etc. Bref toutes celles et ceux qui font tourner le pays et assurent la concorde sociale, sont aujourd’hui en grande difficulté tandis qu’une poignée d’actionnaires se gavent. La collecte de l’impôt débute et il est temps d’instaurer la justice fiscale.

  • Un anti-Trump en soutane

    Un anti-Trump en soutane

    Le déplacement de Léon XIV en Algérie est historique à plus d’un titre.

    D’abord parce qu’il est la première visite papale sur cette terre en deux millénaires d’existence de l’Église. Ensuite parce qu’il a lieu dans un moment où les tensions sont vives entre les deux rives de la Méditerranée près de 65 ans après l’indépendance de l’Algérie. Enfin parce qu’il intervient pendant que le monde est déchiré par des conflits attisés notamment par l’administration Trump.

    Léon XIV délivre à cette occasion un message de paix dans une volonté de dialogue interreligieux à l’opposé des partisans du « choc des civilisations » pour maquiller leurs menées impérialistes motivées exclusivement par la recherche de profit et le contrôle des ressources.

    Un écho à la visite du pape François à Marseille

    C’est donc également un message politique. D’autant plus fort, que le souverain pontife est lui-même originaire des États-Unis et qu’il s’est attiré les foudres du président américain et de son entourage. Un anti-Trump en soutane en somme.

    Une position importante en pleine guerre au Moyen-Orient.

    Cette démarche résonne particulièrement dans le sud de la France où elle fait écho à la visite du pape François à Marseille notamment sur les enjeux des migrations.

    Elle réveille chez ceux qui croient au ciel, et chez ceux qui n’y croient pas, l’ambition d’un monde de paix.

    Au-delà des gouvernements, les sociétés civiles en Algérie comme en France aspirent à l’apaisement des tensions et à l’ouverture d’une page d’amitié entre nos peuples.

  • Une présidence en taille patron

    Une présidence en taille patron

    La nomination de Stéphane Richard en qualité de président délégué de l’Olympique de Marseille marque un tournant dans l’histoire du club phocéen. L’ancien patron d’Orange, passé par des ministères et le privé, prendra officiellement ses fonctions le 2 juillet mais est déjà au travail. Avec une mission : rentabilité et durabilité. Pour la rentabilité, il s’agit de préparer l’arrivée d’un nouveau partenaire financier solide, seule option pour acquérir le niveau exigé pour atteindre le gotha du football européen. Pour la durabilité, Marseille n’a rien à prouver : le club devrait souffler ses 130 bougies en 2027. Une date idoine pour ramener un titre ? Un trophée ? Les supporters en rêve.

    Un titre pour les 130 ans ?

    Le rêve justement est le moteur du chaudron olympien. Mais dans le contexte dominant du foot business, il ne peut se concrétiser qu’à la condition d’en accepter les règles où l’argent règne. Stéphane Richard correspond à ce titre à l’époque et au profil recherché par le véritable patron de l’OM, son propriétaire, le milliardaire américain Frank McCourt. Il célèbre cette année ses 10 années à la barre du navire OM. Il rêve évidemment d’un titre, gage de prestige mais aussi de finances supplémentaires. Comment les amoureux de l’OM, les supporters vont accueillir ce tournant très gestionnaire après la fougue méridionale d’un Pablo Longoria ? L’âme de l’OM ce sont ses tifos, ses chants, l’engagement pour le maillot. Folklore penseront certains. Gare à ne pas se mettre à dos la communauté olympienne qui n’est pas dupe des affres du foot business et paie sa place, son abonnement.

  • Juste colère

    Juste colère

    Un mouvement de protestation sans précédent s’est emparé de la profession d’avocat. Des barreaux réputés peu enclins à la mobilisation ont fait part de leur mécontentement.

    Il faut dire que le projet de loi porté par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, heurte les professionnels du Droit attachés aux principes fondamentaux fonde notre Justice. Au prétexte de désengorger les tribunaux, il entend notamment introduire le plaider-coupable dans les affaires criminelles.

    Un marchandage asymétrique entre l’autorité judiciaire et l’accusé ne pouvant satisfaire les victimes pour qui un processus judiciaire approfondi et impartial participe à la réparation.

    Une dérive vers une Justice à l’américaine

    Les avocats y voient à la fois une rupture avec l’histoire de la Justice rendue au nom de la République mais aussi une dérive à l’américaine vers une Justice qui fait de l’aveu l’alpha et l’omega des jugements et qui court-circuite les victimes comme la société dans une forme de privatisation de la relation entre le parquet et l’accusé.

    Cette réforme est en réalité l’application à la Justice des logiques libérales qui applique à tous les services publics les mêmes recettes funestes. La Justice est trop lente, qu’à cela ne tienne : dégradons les procédures et renions ses principes, elle ira plus vite. C’est une négation grave de la nécessité du renforcement des moyens alloués au monde judiciaire.

    Face à cette réforme, les robes noires sont rouges de colère. Elles ont raison.

    C’est une juste réaction, un juste combat.

  • Le pari risqué de Renaud Muselier

    Le pari risqué de Renaud Muselier

    Le président de la Région ne le sera plus en septembre. Sa décision est prise : il sera tête de liste aux sénatoriales pour peser de tout son poids sur la droite et le centre au moment où son camp semble prêt à l’éparpillement le plus complet lors de la présidentielle de 2027.

    Certains y verront un choix de confort alors que les régionales de 2028 s’annoncent particulièrement rudes. C’est sans doute l’une des dimensions de la décision de Renaud Muselier. Son élection au Sénat est acquise. En vieux routier de la politique, il sait compter. Même en cas de dissidence d’insatisfait(e)s dans son camp, il dispose d’un socle de grands électeurs suffisant pour être assuré d’entrer au palais du Luxembourg.

    Son pari risqué ne réside pas dans cette candidature mais dans le rôle unificateur qu’il souhaite se donner.

    Mise en orbite

    Renaud Muselier ne prétend pas à une retraite politique sous les ors de la République mais à compter – jusque sur le plateau du Sénat ? – pour convaincre son camp d’avancer uni vers 2027. Rien n’est moins sûr tant les ego semblent gonflés à bloc à l’approche de l’échéance. Il fait aussi le pari d’une transmission réussie de la présidence de Région à François de Canson alors que la droite a essuyé des déconvenues à Marseille et Nice lors des municipales. Une manière de mettre en orbite un visage nouveau face à une extrême droite conquérante deux ans avant les prochaines régionales.

    Les gauches, elles, pour cesser de jouer les figurantes comme depuis 2015, ont le devoir de préparer l’échéance en nourrissant un projet de justice sociale, de développement écologique et de progrès démocratique. Un projet ambitieux et transformateur. C’est la condition pour repousser l’extrême droite et ses menées haineuses. Notre région mérite le meilleur, pas le moins pire.

  • L’ère des maires

    L’ère des maires

    Une nouvelle page de l’histoire de la Métropole Aix Marseille Provence s’ouvre. Institution mal aimée, imposée par l’État aux maires, la Métropole a eu des débuts chaotiques sous la présidence de Jean-Claude Gaudin. Martine Vassal, avec l’appui du Département, a cherché à la « stabiliser » tout en ayant à gérer la suppression des conseils de territoire. Une évolution législative là aussi mal vécue par les communes qui y ont vu la négation des bassins de vie sur lesquels repose le quotidien des habitants.

    Premier président non-marseillais de la courte histoire de la Métropole, Nicolas Isnard a su créer les conditions d’un large consensus incluant les maires de gauche et singulièrement celui de la deuxième ville de France.

    Gérer les contradictions

    En promettant une « Métropole des maires », le premier magistrat de Salon-de-Provence a su trouver les mots justes pour convaincre, il lui reste à ne pas décevoir dans la mise en œuvre.

    Le principe de primauté des maires sur les affaires de leur commune ne manquera pas de rencontrer quelques contradictions dans son application concrète lorsqu’il s’agira d’investir ici mais un peu moins là, de garantir la gratuité des transports ici mais pas forcément là.

    Nicolas Isnard devra faire montre de diplomatie et jouer collectif. Il aura aussi à convaincre l’État de mettre au pot pour les grands projets structurants de la Métropole maintenant que les relations entre élus semblent s’apaiser.

    C’est la condition pour que notre territoire rattrape son retard et pour que la Métropole des maires devienne aussi celle des habitants.

  • Le défi des nouvelles présidences

    Le défi des nouvelles présidences

    À Aix-Marseille, Toulon ou Avignon, une même musique semble résonner : l’heure est à la recherche de consensus et au retour
    à des intercommunalités plus lisibles, plus proches et moins fracturées. Après des créations menées tambour battant, parfois contre les élus eux-mêmes, les maires entendent reprendre la main.

    Nicolas Isnard à Aix-Marseille, Josée Massi à Toulon TPM, Olivier Galzi au Grand Avignon : trois visages différents, mais
    un défi commun, renforcer le lien entre territoires et institutions, dans un contexte où les élus RN se font plus nombreux.

    Depuis plusieurs années, les intercommunalités
    ont pris une place considérable dans la vie locale. Elles concentrent désormais des compétences structurantes, mobilités, habitat ou encore développement économique, qui conditionnent le quotidien des habitants. Leur montée en puissance
    en fait des acteurs incontournables,
    mais aussi des espaces politiques plus sensibles, où la gouvernance doit être à la hauteur des responsabilités.

    Les urgences sont là

    Partout, la promesse est identique : remettre les métropoles au service des communes, après des périodes de tensions et de défiance envers des structures souvent jugées trop technocratiques.

    Les urgences sont là, pressantes : logement, mobilités, transition écologique, réindustrialisation.

    Si ces nouvelles présidences veulent incarner un « nouveau départ », elles devront démontrer que l’intercommunalité peut redevenir un outil efficace, et non un échelon supplémentaire. L’apaisement est un début. L’action, elle,
    ne peut plus attendre.