Tag: Editoriaux

  • Des moyens maintenant

    Des moyens maintenant

    Aucun Marseillais n’a oublié ce jour de juillet où le ciel s’est assombri de fumée, où des cendres retombaient jusqu’au Vieux-Port et où chacun tentait désespérément de prendre des nouvelles
    de la famille, d’amis, de collègues potentiellement concernés. Le feu était entré dans la ville. Cela fait évidemment écho au drame que sont en train de vivre des milliers de personnes dans
    les Pyrénées Orientales avec 12 000 évacuations. Les canicules qui s’enchaînent de plus en plus précocement et intensément rappellent la vulnérabilité du pays face aux incendies et soulignent que le sujet est sur la table pour longtemps.

    Coup de pouce

    Les collectivités locales se démènent pour aider du mieux qu’elles le peuvent les soldats du feu en les équipant et leur affichant un soutien permanent. Mais c’est au niveau de l’État que se joue une manche fondamentale, celle des canadairs. Que la flotte soit vieillissante n’est pas une nouveauté. Dès 2022, Emmanuel Macron avait fait mention de son intention de la renouveler. Mais entre les problèmes de financement qui ont obligé le pays à se tourner vers l’Europe pour cofinancer et le fait que les commandes ne soient pas forcément prioritaires pour le seul constructeur actuel – le canadien De Havilland – les livraisons sont reportées et se font toujours attendre.

    Pourtant des alternatives se dessinent avec des projets de bombardiers d’eau tricolores. Les uns misent sur la conversion d’avion de passagers court-courrier, d’autres sur des modèles hybrides. Et il y a le Frégate F-100 d’Hynaero un bombardier d’eau amphibie français aux performances annoncées comme redoutables.
    Le fabricant doit s’installer à Istres d’ici 2028. Un petit coup de pouce de l’État pour une solution qui garantit une souveraineté nationale serait bienvenu.

  • Une vie digne pour tous

    Une vie digne pour tous

    Les voyants d’alerte de la crise du logement n’en finissent plus de clignoter. Dans notre région la situation est particulièrement grave. Alors que le Droit au Logement a valeur constitutionnelle, sa traduction dans la loi crée les conditions de son non-respect.

    L’objectif de 25% de logements sociaux par commune est sanctionné par… des amendes. Des candidats aux élections municipales, des maires font donc de l’infraction à la loi leur programme.

    De même, le « Droit au logement opposable » institué dans la loi, abouti désormais à des sanctions financières pour l’État, plutôt que l’amélioration des conditions de vie des ménages qui en ont le plus besoin.

    446 000,00 euros à payer pour l’État rien que l’année dernière concernant la région Provence-Alpes-Côte d’Azur !

    Mesures concrètes

    Il est plus que nécessaire de prendre des mesures concrètes pour résoudre la crise du logement. Les textes incitatifs, déclaratifs, verbeux, ont fait la preuve de leur insuffisance.

    Pour cela, la relance de la construction de logements avec des quotas réellement contraignants de logements sociaux doit être une priorité, plutôt que de ponctionner les bailleurs sociaux, l’État doit exiger d’eux un nouvel élan de constructions et de rénovations, conforme aux attentes de notre temps. Une régulation nationale des meublés touristiques qui assèchent le nombre de logements disponibles doit être mise en œuvre.

    Enfin, la question de la réquisition des logements vacants doit être posée pour répondre à l’urgence. Il n’est pas supportable que le droit de propriété prime sur le droit à une vie digne.

  • S’émanciper ne prend pas de congés

    S’émanciper ne prend pas de congés

    Il y a 90 ans, les congés payés ouvraient une brèche dans l’ordre social établi. Pour la première fois, le temps libéré du travail n’était plus un privilège, mais un droit. Derrière les deux semaines accordées en 1936, il y avait une idée profondément politique : permettre à chacun de se reposer, de découvrir, d’apprendre, de s’émanciper.

    Aujourd’hui, ce droit demeure fragile. Certes, les congés payés existent. Mais que vaut le droit au repos lorsque 40% des Français ne partent pas en vacances ? Que vaut-il lorsque l’inflation, la précarité ou la disparition progressive des dispositifs de solidarité empêchent des millions de personnes de profiter réellement de leur temps libre ?

    Défendre les conquêtes

    L’héritage du Front populaire ne se résume pas à une photographie de familles sur le quai d’une gare. Il vit encore dans les CSE, le tourisme social, les colonies de vacances, les centres de loisirs et l’éducation populaire. à l’image du travail réalisé, encore aujourd’hui, par le Secours populaire par exemple.

    Toutes ces structures prolongent une ambition simple, celle faire des vacances un droit effectif et non théorique.

    À l’heure où certains conquis sociaux sont contestés, la meilleure manière de célébrer 1936 n’est pas la nostalgie. C’est de poursuivre le combat pour l’égalité d’accès aux vacances, à la culture et aux loisirs. Car une société qui réduit les citoyens à de simples consommateurs renonce à l’émancipation. Une démocratie qui réserve l’évasion à quelques-uns oublie sa promesse fondamentale : permettre à tous de vivre pleinement.

  • Un langage universel

    Un langage universel

    Marseille retrouve, ce dimanche, le plus beau de ses rendez-vous populaires. Avant même le premier lancer de bouchon, la 65e édition du Mondial La Marseillaise à pétanque est déjà entrée dans l’histoire. Avec 4 832 équipes engagées pour le concours principal, soit 14 496 joueurs au départ, l’épreuve établit un nouveau record absolu. Au total, 16 500 participants sont engagés sur les quatre compétitions officielles.

    Une performance exceptionnelle qui confirme la place unique qu’occupe cette épreuve dans le cœur des passionnés.

    Parenthèse précieuse

    Derrière les chiffres, il y a surtout une aventure humaine. Car le Mondial n’est pas seulement une compétition. C’est un rassemblement, une fête, un moment de vie partagé. Pendant quelques jours, Marseille devient le point de rencontre de milliers de femmes et d’hommes venus de tous horizons, avec une même envie : vivre ensemble une expérience incomparable.

    Cette réussite est aussi celle des bénévoles qui, chaque année, donnent de leur temps, de leur énergie et de leur passion pour faire vivre cet événement hors-norme. Leur engagement permet à cette immense mécanique de fonctionner et contribue à préserver ce qui fait l’identité profonde du Mondial : convivialité, générosité et sens de l’accueil. Dans un monde traversé par les tensions et les divisions, cet événement apparaît comme une parenthèse précieuse. Ici, les générations se croisent, les accents se mélangent, les cultures se rencontrent. Le Mondial parle un langage universel, celui du partage, du respect et de la passion commune. Sur les terrains comme autour des parties, chacun y trouve son compte. Place au jeu !

  • Chaud bouillant

    Chaud bouillant

    Ce ne sont pas contre deux incendies, mais contre 27 départs de feu que les sapeurs-pompiers ont dû se mobiliser, mercredi, en l’espace de seulement 24 heures dans le département. Dont 14 feux de végétation,
    et deux à proximité immédiate de flux de voiture, ne laissant guère de doute sur « l’origine » du danger. « Martelez, s’il vous plaît, les appels au civisme ! », nous disent-ils, à chaque entretien, lors de chaque point presse, inlassablement. Pour que peut-être, le conducteur qui jette encore et encore son mégot par la fenêtre prenne conscience de
    la portée de son acte, pendant un été caniculaire, avec un fort mistral.

    Quand il ne suffit que d’une étincelle…

    Des finances fragilisées

    à cet appel s’en ajoute un autre, que vient de lancer la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France qui interpelle les candidats aux sénatoriales. Au regard des plans d’austérité successifs qui « fragilisent les capacités financières des SDIS » et des « collectivités territoriales [qui] subissent une pression budgétaire croissante ». Et ce dans un contexte alarmant, « les besoins explosent sous l’effet du dérèglement climatique », avec des étés de plus en plus précoces, des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et des records de température qui tombent les uns après les autres. Bref, les pompiers exigent des moyens matériels et humains à la hauteur des enjeux, pour faire le boulot que tout le monde attend, espère et applaudit.

    Cela ne demande pas seulement de faire des choix, mais de changer diamétralement de logique.

  • Quel cap dans un monde déboussolé ?

    Quel cap dans un monde déboussolé ?

    Comme chaque année, Aix-en-Provence devient pour quelques jours le centre du monde économique en accueillant les puissants de la planète.

    Mais le thème de cette édition a comme un goût d’aveu : « Naviguer dans un monde sans repères ». Le consensus libéral a en effet volé en éclats et ses promoteurs sont pour le moins désorientés. La multiplication des conflits, l’imprévisibilité états-unienne ébranle la mondialisation construite autour du libre échange. De plus, le gouffre des inégalités qui ne cesse de croître a mis à bas, la théorie fumeuse du « ruissellement » des richesses du haut vers le bas de la société. Enfin, il apparaît de manière de plus en plus évidente que la lutte contre le dérèglement climatique exige des mesures que la « main invisible du marché » est incapable de prendre.

    Quel est votre plan pour la France ?

    Le constat est brutal, même dans les rangs macronistes, où un ex-ministre désormais Haut commissaire au Plan plaide pour réhabiliter la planification globale telle qu’elle se pratiquait pendant les Trentes glorieuses avant d’être détruite par le camp libéral.

    Quel est votre Plan pour la France ? Cette question mérite d’être posée à chaque candidat à la prochaine élection présidentielle et plus largement à chaque formation politique.

    Pour relever les défis de l’industrie décarbonés, de la souveraineté alimentaire, du plein emploi, la planification est indispensable. L’idée fait son chemin dans le débat public. Pour être efficace, elle devra être démocratique, ne pas se cantonner à des lignes de chiffres et prendre la forme d’un vrai projet de société pour notre pays.

  • Agir pour une paix juste et durable

    Agir pour une paix juste et durable

    La paix pourra-t-elle advenir un jour au Proche-Orient ? Tant de sang, tant de larmes ont coulé que le désespoir s’étend un peu plus chaque jour dans les peuples palestinien et israélien et, au-delà, dans le reste du globe.

    Pour signer la paix, il faut être deux. Les terroristes islamistes du Hamas et l’extrême droite raciste israélienne n’y parviendront pas. Les peuples palestinien et israélien ne sont pas condamnés à vivre sous l’emprise du pire.

    Nelson Mandela palestinien

    Marwan Barghouti, élu député à deux reprises, est une figure porteuse d’un projet de réalisation des droits nationaux des Palestiniens, d’inspiration laïque et démocratique. Souvent comparé, y compris dans la presse israélienne, à Nelson Mandela, qui avait été lui aussi considéré comme un terroriste et emprisonné durant de longues années, il pourrait incarner un chemin de rassemblement et de paix pour son peuple.

    Côté israélien, même si le massacre antisémite du 7 octobre a renforcé le camp de l’extrémisme, des voix démocrates et progressistes n’ont jamais cessé de se faire entendre pour appeler à la résolution du conflit en commençant par une trêve.

    Mais l’absence de guerre ouverte n’est pas la paix. La situation tragique dans laquelle sont plongées les populations civiles de Gaza, où 73 000 morts ont été dénombrés, et de Cisjordanie, en témoigne.

    Créer les conditions d’une fin durable du conflit, c’est fonder la paix sur la justice, le droit international et garantir à ces deux peuples, deux États.

  • Un ministre sous pression

    Un ministre sous pression

    Gérald Darmanin présente sa réforme de la justice criminelle aujourd’hui à l’Assemblée nationale.

    Elle est contestée un peu partout dans notre région, comme dans le reste du pays, par les professionnels de la Justice. Mais pas seulement : alors que ce texte devait étendre la procédure du plaider-coupable à des crimes alors qu’elle est aujourd’hui limitée à certains délits, les députés ont rejeté la mesure en commission, le 10 juin, obligeant le ministre à revoir sa copie et à reconnaître qu’il n’y avait « pas de majorité à l’Assemblée nationale » sur ce point.

    L’austérité est un poison qui tue

    Simultanément, la tragique affaire Lyhanna a soulevé un véritable sentiment de révolte dans la population vis-à-vis d’une Justice incapable de protéger les enfants des violeurs et des assassins.

    La décision du garde des Sceaux de sanctionner une magistrate comme victime expiatoire de cette faillite du système judiciaire a achevé de creuser un fossé de défiance entre les juges et leur ministre.

    Quant à sa circulaire ordonnant aux procureurs généraux
    le réexamen de 70 000 plaintes concernant des violences sexuelles sur mineurs, elle est apparue aux Français comme déconnectée des moyens réellement mis à disposition de l’institution judiciaire.

    Plus que jamais depuis qu’il participe à un gouvernement de l’ère Macron, Gérald Darmanin est sous pression.

    Certains réclament sa démission, mais plus que d’un changement de ministre, c’est d’un changement de politique qu’a besoin notre Justice. L’austérité est un poison qui tue.

  • Un été de plomb

    Un été de plomb

    L’été est aussi cruel que l’hiver pour les sans-abri. 960 d’entre eux sont décédés l’an passé, selon le décompte -non exhaustif- réalisé par l’association Morts dans la rue, auprès des associations, collectivités et structures d’entraide. Il y en a déjà 260 depuis le début de l’année.
    Deux autres à Argenteuil, mercredi, un autre encore, jeudi, retrouvé mort dans un square à Angers, et encore un autre à Nantes… Une hécatombe silencieuse pendant les longues journées d’été étouffantes. Et ils ne sont pas les seuls à tomber, il y a aussi les mal-logés, plus de 4 millions de personnes, qui « donnent la priorité au loyer » quitte à se priver de repas… Ceux à qui le ministre du Logement voudrait refourguer les bouilloires thermiques, comme il l’a très sérieusement annoncé cette semaine, en pleine canicule.

    Lorsque le cynisme le dispute à l’indécence, il semble difficile
    d’en appeler à l’État, au gouvernement et à ses représentants, pour répondre à l’urgence vitale que constituent les vagues de chaleur pour les plus démunis. Et pourtant.

    Des villes pas ou peu adaptées

    Ce danger permanent tient d’un bilan d’étape : malgré les efforts de villes comme Marseille, qui a fait de l’accès à l’eau dans l’espace public et de la création d’îlots de fraîcheur des priorités, les communes restent encore pas ou peu adaptées aux crises climatiques après des décennies de bétonisation intensive.

    C’est aussi le constat d’une société qui laisse sur le bord de la route des millions de citoyens, et dont la survie dépend souvent de l’action de bénévoles dont les structures sont elles-mêmes menacées par
    les plans d’austérité successifs. Et les étés de plomb se succèdent.

  • Ça chauffe aussi sur le terrain social

    Ça chauffe aussi sur le terrain social

    Tandis que les caméras sont braquées sur le thermomètre qui ne cesse de monter, la température sociale s’élève, elle aussi, dans notre région.

    À l’appel de la CGT, des travailleuses et travailleurs ont convergé sur le Port de Marseille pour sonner l’alarme. Selon l’organisation syndicale 30 000 emplois sont menacés dans les Bouches-du-Rhône dans divers secteurs d’activité qui subissent l’austérité de l’État et les logiques de profit immédiat du patronat.

    Les dossiers chauds ne manquent pas : Fibre excellence, Arcelor, CPMM, Kem One, les inquiétudes sont là aussi dans les services publics, à la Métropole Aix-Marseille-Provence, à La Poste, à la SNCF, dans les hôpitaux ou encore dans le monde associatif…

    Intérêts du monde du travail

    À cela s’ajoute la criminalisation croissante de l’action syndicale. L’occasion pour la CGT de réaffirmer sa solidarité avec Pascal Galéoté, secrétaire général de la CGT du grand port maritime qui a fait appel de sa condamnation en première instance sur la gestion du CSE qu’il dénonce comme « politique ».

    Les participants à ce grand rassemblement ne se sont pas contentés de protester, ils ont aussi développé leur vision de la décarbonation de l’industrie, des relocalisations, des investissements nécessaires dans les services publics.

    Leur voix mérite d’être entendue. C’est celle du monde du travail conscient de ses intérêts.

    Les pouvoirs publics mais aussi les responsables patronaux, s’ils n’entendent pas ces propositions, doivent au moins produire des actes pour répondre à l’alerte sur l’emploi. À défaut, le climat social risque de gravement s’échauffer.