Category: culture

  • Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Quelles espèces peuplaient la Méditerranée entre le XVIe et le XVIIIe siècle ? Lesquelles étaient consommées ? Quelle relation les gens entretenaient avec le milieu aquatique ? « Nous avons peu de données pour le savoir », admet Louise Merquiol, post-doctorante à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) d’Aix-Marseille Université (AMU) qui s’est plongée dans les tableaux de maîtres italiens de cette période à la recherche des espèces représentées. « Les peintures peuvent être des sources de données écologiques et historiques », insiste la première autrice d’un article dans Npj biodiversity. « Les variations spatio-temporelles des représentations d’espèces dans les œuvres ont un sens », résume Thomas Changeux, hydrobiologiste de l’IRD au MIO qui a supervisé ces travaux.

    Louise Merquiol prolonge ici un travail publié en 2021 sur une zone plus large par Anne-Sophie Tribot, écologue au laboratoire TELEMMe (Aix-en-Provence), dans le cadre du projet BiodivAquArt d’« écologie historique ». Cette discipline utilise des ressources historiques –archives, histoires orales… – pour retracer des changements environnementaux. « Les œuvres d’art étaient encore peu considérées », assure Thomas Changeux, à l’origine du projet avec Daniel Faget du laboratoire TELEMMe. « Notre but est de retracer l’histoire des relations entre humains et environnement aquatique », précise-t-il.

    Au-delà de l’Italie

    Raison pour laquelle il se concentre sur cette période entre le XVIe et le XVIIIe siècle. « L’âge d’or de la peinture figurative en Europe », souligne-t-il. Les peintres sont alors nombreux et ont le souci de représenter le réel sans négliger l’esthétique et l’expression artistique.

    Les espèces présentes dans les peintures italiennes témoignent de changements dans les habitudes alimentaires, les techniques et la biodiversité. « Les natures mortes représentent principalement les espèces consommées », souligne Louise Merquiol. Or on constate que les espèces d’eau douce, très représentées au début, disparaissent au fil des ans au profit d’espèces marines. « Cela s’explique par une évolution des techniques de pêche, un climat de moins en moins favorable aux espèces d’eau douce et une perte de leur habitat due aux activités humaines », précise la chercheuse. La représentation d’espèces marines dans des œuvres peintes au cœur de l’Italie témoigne d’échanges entre la côte et l’intérieur du pays. « Probablement le fait d’une amélioration des techniques de conservation », ajoute Louise Merquiol, qui travaille maintenant à étendre le jeu de données à la Méditerranée occidentale.

    Plus il étudie les relations entre humains et environnement, plus Thomas Changeux y voit une capacité d’adaptation. « Dans un contexte de changement climatique qui annonce des temps difficiles, l’art nous touche et peut être vecteur de forces positives », conclut-il.

  • « L’enfance a fait renaître Marcel Pagnol »

    « L’enfance a fait renaître Marcel Pagnol »

    La Marseillaise : La particularité narrative de votre film s’inscrit dans la rencontre entre Marcel Pagnol et son double enfantin. Comment cette clef de lecture s’est imposée à vous ?

    Sylvain Chomet : Il y a 8 ans, j’ai rencontré Nicolas Pagnol [petit-fils de Marcel Pagnol, Ndlr], qui m’a proposé de faire un documentaire avec l’utilisation d’archives, mais aussi des bouts d’animation. Je lui ai donc fabriqué une petite scène et, de fil en aiguille, les investisseurs et personnes auxquels on l’a présenté ont fait part de leur envie de revivre cette époque à travers un dessin animé. Moi, j’avais écrit un documentaire, plus traditionnel. J’avais donc besoin de trouver un déclic et Nicolas Pagnol m’a invité à visiter l’hôtel particulier de Marcel Pagnol, qu’on voit beaucoup dans le film. Quand je suis arrivé dans son bureau, chichement décoré, je me suis dit que ça serait formidable qu’il y soit attablé, en train d’essayer de se remémorer ses souvenirs. C’est là qu’intervient le petit Marcel. Une conversation s’engage entre eux et il va revivre sa vie avec son petit alter ego sur l’épaule.

    Plus qu’à Pagnol, votre film est une déclaration d’amour au cinéma. Quelque chose qui traverse le public, comme un sentiment. En ce qui vous concerne, celui qui vous habite le plus est-il la nostalgie de l’enfance ?

    S.C. : Je ne voulais pas que le film soit nostalgique. L’idée était de dépeindre une époque, très différente de la nôtre, où il y avait énormément plus de liberté. Marcel Pagnol disait d’ailleurs que c’était une époque bénie, pendant laquelle on pouvait se lancer dans des projets fous. C’est pour cela que j’ai voulu faire un film très coloré. Je ne voulais pas d’un film sépia pour rendre hommage à cette époque qui, selon moi, allait dix fois plus vite qu’aujourd’hui. Marcel Pagnol a vécu l’époque de l’apparition des voitures, des avions, du téléphone. Et il est surtout né au moment de l’invention du cinéma. Son année de naissance correspond à celle de la sortie de L’arrivée d’un train en gare de La Ciotat [réalisé par Louis Lumière en 1895]. Ces inventions ont changé le quotidien des gens. De nos jours, il ne s’invente pas vraiment grand-chose et quand c’est le cas, cela va plus dans le sens de leur malheur. On le voit avec l’intelligence artificielle. Ce n’est pas rassurant, alors qu’à l’époque, il y avait quelque chose d’enthousiasmant.

    Qu’est-ce qui permet de retrouver cet enthousiasme ? L’enfance, qui est un guide chez Pagnol ?

    S.C. : L’enfance est un guide pour lui et c’est surtout ce qui l’a fait renaître. Quand il avait 62 ans et qu’il n’en avait plus l’envie, il a commencé à écrire La gloire de mon père. C’est grâce à cet enfant qu’il s’est remis à avoir du plaisir à écrire. Une facette que la plupart des gens connaissent beaucoup plus que le Marcel Pagnol dramaturge ou cinéaste.

    Quelle était votre relation à l’œuvre de Pagnol avant de faire ce film ?

    S.C. : Quand j’avais 10 ans, on avait encore la chance d’avoir Pagnol au programme scolaire et j’ai découvert le plaisir de la lecture grâce à La gloire de mon père. ça parlait d’un petit garçon de mon âge, né à une époque différente, mais surtout dans un endroit mythique à mes yeux : la Provence. Pour moi, le petit banlieusard, c’était complètement exotique. C’est donc par La gloire de mon père que le soleil de Provence est entré chez moi. « Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban… ». Ça commence par ça et le film finit aussi de la sorte.

    Finalement, le cinéma d’animation était le meilleur moyen de faire revivre Pagnol…

    S.C. : C’est une renaissance, a dit Nicolas Pagnol. On parle quand même de la vie de quelqu’un qui est devenu ce qu’il est, simplement parce qu’il écrivait des poèmes, des pièces pour le théâtre ou pour le cinéma. Si tout cela pouvait redonner aux enfants l’envie d’écrire… Marcel Pagnol parle de lui, mais est tellement universel qu’on a presque tous le sentiment d’être nés sous le Garlaban. Je pense aussi à la belle lettre d’amour signée par le rappeur SCH [lui aussi né à Aubagne] pour la fin du film, où il reprend cette phrase. L’œuvre de Pagnol, ce n’est pas forcément des histoires gaies. Mais il y a toujours cette chaleur humaine dans le texte, à laquelle j’ai voulu rendre hommage.

    Comment avez-vous apprivoisé le passage du muet, qui caractérise vos deux films majeurs, « Les triplettes de Belleville » et « L’illusionniste », à la faconde pagnolesque ?

    S.C. : Cela a nécessité un gros travail. Si j’avais fait un film sur Pagnol en muet, j’aurais fini en asile. J’ai beaucoup utilisé de dialogues originaux de Marcel Pagnol et je me suis aussi fait des plaisirs de dialoguiste en écrivant des dialogues pour Raimu et Fernandel. Les faire revivre en écrivant des scènes avec des parties de pétanque, c’est extraordinaire. Pagnol est un monument de la langue française, mais il ne fallait pas que je me sente inhibé face à lui.

    Le public vous connaît aussi pour avoir réalisé la séquence animée d’ouverture de « Joker : Folie à deux » (2024). Marcel Pagnol a, lui, vu naître son amour pour le cinéma parlant après la vision de la comédie musicale « Broadway Melody » (1929). La musique des instruments et du verbe vous réunit-elle ?

    S.C. : J’ai toujours pensé que l’animation, c’était de la musique en images. Et il se trouve que Pagnol jouait aussi du piano et de la guitare. On a peut-être ce sens du tempo en commun : savoir où exactement faire démarrer une scène, à quel moment changer de plan… C’est aussi pour cela qu’il y a beaucoup de musique dans le film, surtout du piano, un instrument romantique qui fonctionne très bien pour cette occasion.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Les peintres italiens témoins d’une relation à la mer oubliée

    Quelles espèces peuplaient la Méditerranée entre le XVIe et le XVIIIe siècle ? Lesquelles étaient consommées ? Quelle relation les gens entretenaient avec le milieu aquatique ? « Nous avons peu de données pour le savoir », admet Louise Merquiol, post-doctorante à l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO) d’Aix-Marseille Université (AMU) qui s’est plongée dans les tableaux de maîtres italiens de cette période à la recherche des espèces représentées. « Les peintures peuvent être des sources de données écologiques et historiques », insiste la première autrice d’un article dans Npj biodiversity. « Les variations spatio-temporelles des représentations d’espèces dans les œuvres ont un sens », résume Thomas Changeux, hydrobiologiste de l’IRD au MIO qui a supervisé ces travaux.

    Louise Merquiol prolonge ici un travail publié en 2021 sur une zone plus large par Anne-Sophie Tribot, écologue au laboratoire TELEMMe (Aix-en-Provence), dans le cadre du projet BiodivAquArt d’« écologie historique ». Cette discipline utilise des ressources historiques –archives, histoires orales… – pour retracer des changements environnementaux. « Les œuvres d’art étaient encore peu considérées », assure Thomas Changeux, à l’origine du projet avec Daniel Faget du laboratoire TELEMMe. « Notre but est de retracer l’histoire des relations entre humains et environnement aquatique », précise-t-il.

    Au-delà de l’Italie

    Raison pour laquelle il se concentre sur cette période entre le XVIe et le XVIIIe siècle. « L’âge d’or de la peinture figurative en Europe », souligne-t-il. Les peintres sont alors nombreux et ont le souci de représenter le réel sans négliger l’esthétique et l’expression artistique.

    Les espèces présentes dans les peintures italiennes témoignent de changements dans les habitudes alimentaires, les techniques et la biodiversité. « Les natures mortes représentent principalement les espèces consommées », souligne Louise Merquiol. Or on constate que les espèces d’eau douce, très représentées au début, disparaissent au fil des ans au profit d’espèces marines. « Cela s’explique par une évolution des techniques de pêche, un climat de moins en moins favorable aux espèces d’eau douce et une perte de leur habitat due aux activités humaines », précise la chercheuse. La représentation d’espèces marines dans des œuvres peintes au cœur de l’Italie témoigne d’échanges entre la côte et l’intérieur du pays. « Probablement le fait d’une amélioration des techniques de conservation », ajoute Louise Merquiol, qui travaille maintenant à étendre le jeu de données à la Méditerranée occidentale.

    Plus il étudie les relations entre humains et environnement, plus Thomas Changeux y voit une capacité d’adaptation. « Dans un contexte de changement climatique qui annonce des temps difficiles, l’art nous touche et peut être vecteur de forces positives », conclut-il.

  • Nos corps, nos choix, notre Histoire

    Nos corps, nos choix, notre Histoire

    L’année 2025 marque le cinquantième anniversaire de la Loi Veil. Afin de célébrer la lutte pour le droit à l’avortement, le collectif Une caméra à soi, créé par trois réalisatrices de documentaires indépendants, a lancé le projet « Nos corps, nos choix, notre Histoire ». Ce dernier rassemble un podcast, une exposition dans la ville de Montpellier et une journée d’échange et de restitution le 27 septembre.

    « Nous avions envie de transmettre la mémoire des luttes locales pour le droit à l’avortement, raconte Laure Hennequin, bénévole et co-fondatrice de l’association. Dans un premier temps, on a donc enregistré un podcast avec les élèves de troisième du collège Simone Veil à Montpellier. Nous sommes partis d’une photo d’archive, sur laquelle on voit une manifestation montpelliéraine pour le droit à l’avortement dans les années 1970. Les élèves ont mené l’enquête pour retrouver les femmes de la photo. Elles nous ont ensuite raconté leur histoire. » Le 27 septembre, à la Maison pour Tous Joseph Ricôme, une écoute collective du podcast aura lieu à 14h. Elle sera suivie par la projection de quatre courts-métrages réalisés lors d’ateliers menés par Une caméra à soi sur le thème « Mon corps, mon choix ». Des stands tenus par différents collectifs seront également présents tout au long de la journée, notamment celui du planning familial, partenaire de l’événement.

    La deuxième partie du projet prend la forme d’une exposition de cinq fresques, visibles dans la ville jusqu’au 4 octobre. Ce sont des collages réalisés en collaboration avec le Planning Familial à partir d’archives datant d’avant la loi Veil, au début des années 1970. Laure Hennequin explique : « La première se situe symboliquement aux Arceaux, à l’endroit où les femmes qui partaient avorter à l’étranger prenaient le bus. La dernière est visible au 10, rue Chaptal. À l’époque, c’est ici que se trouvait un local du Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception (MLAC), où se pratiquaient des avortements illégaux. »

    Au lendemain de la restitution du projet, le 28 septembre, les membres d’Une caméra à soi seront présentes aux côtés de plusieurs organisations féministes sur la Place de la Comédie, pour un rassemblement (12h) à l’occasion de la journée mondiale pour l’avortement.

    Le 27 septembre, de 14h à 22h30, à la Maison pour Tous Joseph Ricôme. Instagram : @unecameraasoi

  • Alès passe en mode jeuxdu Moyen Âge

    Alès passe en mode jeuxdu Moyen Âge

    Comme chaque année, la Semaine Cévenole qui célèbre l’histoire et les traditions du Moyen Âge revient à Alès. Pour l’occasion, trois expositions sont organisées. La première rassemble les sceaux de l’époque (mairie), la deuxième est la construction d’un village médiéval en Playmobil et la troisième expose des jouets et des instruments de musique de l’époque.

    Outre les différentes visites guidées, la semaine cévenole accueille aussi des conférences sur la cathédrale d’Alès (le 29 septembre), les divertissements de la noblesse (1er octobre), les origines de la carte à jouer en Catalogne (2), l’art du combat médiéval (2) ou encore se travestir en Languedoc (3). Un atelier de cuisine médiéval est aussi organisé le mardi suivi d’une soirée cinéma alors que plusieurs ateliers de confection de jeux et d’instruments de musique seront proposés aux enfants le mercredi. Un tournoi de jeux vidéos médiévaux est également au programme le jeudi.

    Tournois de chevaliers

    Vendredi, le traditionnel bœuf à la broche sera servi place de l’Hôtel de ville suivi de l’embrasement du fort Vauban. Pour le week-end, Alès ne change pas une équipe qui plaît puisque petits et grands pourront retrouver le traditionnel défilé costumé (location gratuite à la salle Cazot), le marché médiéval, le marché artisanal, les tournois de chevaliers et de cavaliers ainsi que les concours de tir à l’arc et les animations du campement militaire.

  • Cultures du Cœur fête ses 25 ans d’engagement solidaire

    Cultures du Cœur fête ses 25 ans d’engagement solidaire

    Un quart de siècle. L’association Cultures du Cœur 13, engagée dans la lutte contre l’exclusion sociale par la culture, a fêté jeudi soir son 25e anniversaire à la Cité de la musique (1er). Le temps d’une soirée, bénévoles et partenaires de l’association ont pu se retrouver pour célébrer le travail accompli depuis sa création et découvrir l’exposition photographique « 25 portraits : 25 ans de solidarité culturelle », installée spécialement pour cet anniversaire.

    La culture comme vecteur d’inclusion

    À travers une série de portraits accrochés sur les murs de la Cité de la musique, le photographe vénézuélien Emilio Guzman met en avant les personnes qui font vivre l’association au quotidien. « Cultures du Cœur m’a apporté de la confiance en moi, de la solidarité », « ça m’a donné envie de m’ouvrir aux autres », « sans cette association, nous n’aurions jamais osé franchir les portes de l’Opéra, qui nous paraissait inaccessible », lit-on sur les cartels placés sous les différents portraits des bénéficiaires. Les bénévoles et professionnels de la culture et de l’accompagnement social, de leur côté, soulignent la « profonde humanité » qui émane de ce projet.

    « Pour moi, l’accès à la culture est aussi important que l’éducation », déclare Béatrice Bertrand, présidente de Cultures du Cœur 13, en rappelant que, selon la loi de 1998 relative à la lutte contre les exclusions, l’accès à la culture est un droit fondamental pour tout citoyen. Depuis sa création à Marseille en 2000, l’association met en relation des structures sociales et des organismes culturels, pour proposer chaque année près de 30 000 invitations à des personnes et des familles en situation d’exclusion.

    Un travail collectif

    Les accompagnants, qui connaissent bien les barrières d’ordre économique, social, de mobilité, ou encore de santé, pouvant s’opposer à l’accès à la culture, cherchent avant tout à créer une certaine « autonomie » chez les personnes accompagnées, précise Béatrice Bertrand.

    À travers ses nombreux partenariats, l’association œuvre pour adapter au mieux son programme d’offres à la demande des publics. Spectacles, visites, ateliers d’écriture, cours de danse ou encore pratique de la photographie : il y en a pour tous les profils. « Ce qui nous intéresse, c’est de toucher l’individu, de l’aider à développer un esprit critique », précise la présidente, qui conclut en soulignant que « ce projet, est le résultat d’un travail collectif et de convictions communes ».

    Pour découvrir les portraits réalisés par Emilio Guzman, rendez-vous jusqu’au 30 septembre à la Cité de la musique.

  • Les horizons féministes du cinéma espagnol à Marseille

    Les horizons féministes du cinéma espagnol à Marseille

    « Ce qui est paradoxal dans le cinéma espagnol, c’est que le grand réalisateur féministe est un homme depuis les années 1980, et qu’il a créé la femme espagnole au bord de la crise de nerfs, personnage devenu très populaire en France et dans le monde », amorce dans un rire presque jaune, la réalisatrice et scénariste chevronnée Marcia Romano, Pedro Almodovar en tête. « Mais parallèlement, a commencé à sortir de terre une autre cinématographie réalisée par des femmes qui racontent une autre histoire avec un regard féminin », explique cette marseillo-argentine, bénévole du festival de cinéma espagnol CineHorizontes, dont la 24e édition investit du 7 au 18 octobre des salles marseillaises comme Le Prado, Les Variétés, la Baleine, l’Artplexe, le Chambord et l’Alhambra.

    Illustration suprême avec un « hommage » à Iciar Bollain, marraine de la manifestation, qui y dispensera une « masterclass ». Cinq films de cette réalisatrice majeure de la péninsule ibérique seront également projetés, parmi lesquels Te doy mis ojos (2003), autour des violences conjugales subies par une femme qui va finir par s’épanouir loin de son mari colérique, et son dernier film, Soy Nevenka (2024), d’après l’histoire de Nevenka Fernandez, conseillère municipale qui s’était révoltée en 2000 contre le harcèlement sexuel d’un maire aux dents longue, au prix d’une mise à l’index de son entourage. La préfiguration du mouvement #Metoo, bien avant son retentissement.

    « No pasaran ! »

    Une cinquantaine de films jalonne le programme de CineHorizontes. Avec des œuvres, dans la compétition Fiction, qui plongent dans la grande histoire comme dans « les histoires intimes », situe Bernard Bessière, membre de l’équipe du festival. Au menu notamment, La infiltrada, de Arantxa Echevarria, qui « décrit le cas authentique d’une jeune policière, à qui sa hiérarchie avait confié la mission d’infiltrer l’ETA, mouvement terroriste basque ayant causé jusqu’en 2011, moment où il a déposé les armes, 85 assassinats et 1 200 blessés ». Ou encore de Sorda, dans lequel Eva Libertad – qui participera par ailleurs à Marseille à la table ronde « Quand les femmes s’emparent de la caméra » – « décrit les tourments d’une jeune mère sourde, angoissée par la perspective d’avoir un enfant bien entendant ». La compétition documentaire permettra quant à elle, entre autres, de se remémorer, avec Dolores Ibarruri, Pasionaria, le courage de cette figure majeure du Parti communiste espagnol entre les années 1940 et 1980, à laquelle le fameux slogan antifranquiste et pro-républicain « No pasaran ! » est associé. Et que dire encore de la « fenêtre argentine » proposée par CineHorizontes, avec la diffusion de Reas, de Lola Arias, elle qui « met en scène des détenues d’une prison de Buenos Aires qui rejouent leur détention en musique », résume Marcia Romano.

  • À Actoral, Lia Rodrigues transperce les frontières

    À Actoral, Lia Rodrigues transperce les frontières

    Après son ouverture mercredi au Théâtre des Calanques avec Puff, d’Alice Ripoll et Hiltinho Fantastico, la 25e édition du festival Actoral poursuit son tropisme brésilien en invitant la chorégraphe Lia Rodrigues samedi 27 et dimanche 28 septembre au Théâtre Joliette. Elle célèbre à cette occasion les 35 ans de sa compagnie avec Borda, mot revêtant aussi bien le sens de frontière que de rêve et fantasme, spectacle qui « fait renaître sur scène des costumes et des objets d’archives issus de ses spectacles emblématiques », indique le programme. « Avec la notion de fête, de réunion et de partage », précise Hubert Colas directeur d’Actoral.

    Casser la « borda »

    « Lia Rodrigues a créé en 2009 un centre d’art avec l’ONG Redes dans la favela de Maré, l’une des plus grandes de Rio de Janeiro avec 100 000 habitants. Comme il n’y avait pas de services publics, elle a pris le relais du pouvoir dans le quartier », situe Nathalie Huerta. La directrice du Théâtre Joliette développe avec admiration : « Les habitants se sont approprié ce lieu où il y a une école de danse, un accompagnement vers un diplôme en université. Et en parallèle, quand elle montre ses spectacles dans le centre d’art, c’est le tout Copacabana qui se presse dans la favela, alors que les gens du centre-ville n’y mettent jamais les pieds d’habitude. Et cela, malgré la présence des trafiquants et de l’armée qui tirent. »

    P.A.
  • « Notre majorité n’a laissé aucun artiste à l’abandon »

    « Notre majorité n’a laissé aucun artiste à l’abandon »

    La Marseillaise : Alors que les élections municipales se profilent, la droite locale et sa candidate officielle s’agitent de plus en plus, invectivent et se rapprochent de certaines positions de l’extrême droite. Comment l’analysez-vous ?

    Jean-Marc Coppola : Cela participe de l’appauvrissement du débat politique auquel on assiste depuis quelques années. Je considère qu’il n’y a hélas plus de débat politique, de confrontation d’idées. C’est devenu de la communication. Plus les mots sont blessants et haineux, plus les gens se disent que ça va faire du buzz. Une spirale du déclin s’organise. Il ne faut pas s’étonner ensuite si les insultes et agressions, qui peuvent être aussi parfois physiques, prennent le dessus car elles sont libérées par ceux qui sont censés donner l’exemple. On rentre dans une campagne électorale et on a intérêt à ce que les gens puissent se déterminer sur des questions de fond. On peut être critiqué, mais je ne supporte pas les critiques injustifiées. On ne rattrape pas en 6 ans ce qui n’a pas été fait en 25 ans, voire même plus. Chacun doit balayer devant sa porte : je pense à la droite, en responsabilité à la Région, au Département et à la Métropole.

    Les héritiers politiques de Gaudin, qui ont décousu la ville pendant 25 ans, se représentent face au Printemps marseillais. Ils gardent un pouvoir de nuisance comme a pu le montrer le torpillage par la Région de la Cité du cinéma au Dock des Suds, puis l’expulsion de l’association Latinissimo, organisatrice de la Fiesta des Suds, par Euroméditerranée…

    J.-M.C. : D’abord, je tiens à signaler que, quand on est arrivé en responsabilité il y a 5 ans, il a fallu diagnostiquer des lieux culturels, propriété de la Ville, mais qui avaient été abandonnés. Aujourd’hui, on en a réparé et modernisé bon nombre. Et je suis aussi fier de faire partie d’une majorité qui n’a laissé aucun artiste à l’abandon. Il y a eu une avalanche de gens chassés de leurs lieux car ils se trouvaient chez des propriétaires privés : que ce soit Montevideo avec Hubert Colas, aujourd’hui à La Cômerie, et qu’on aide à s’approprier le Daki Ling, ou le Nomad’ Café, chassé du boulevard de Briançon et qui va atterrir à la Plateforme en attendant d’être logé au Moulin, que la Ville vient d’acquérir. Pour la scène de musiques actuelles du Moulin, on vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour trouver un opérateur qui va le gérer sur 5 ans. On pourrait aussi parler du cinéma Le César qui aurait pu devenir un fast-food. Et bien non. On a préempté le fonds de commerce et on a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour qu’il reste un lieu de culture. On est fiers du travail accompli. Vous me parliez du plan cinéma : comment une collectivité comme la Ville de Marseille, qui n’a aucune compétence en cinéma, si ce n’est celle de l’accueil des tournages, est arrivée à dynamiser le cinéma ? Pourtant, des collectivités comme la Région nous ont mis des bâtons dans les roues, elle qui devrait plutôt œuvrer a plus de dynamisme. La Région a pris le dossier maîtrise d’œuvre pour la Cité du cinéma au Dock et elle s’est ensuite dédit en priorisant les JO d’hiver. Mais je pense qu’en fait, la Région nourrissait l’arrière-pensée de planter complètement ces projets. Mais comme nous sommes persévérants, on a décidé d’installer la CinéFabrique à la Friche Belle de Mai et l’antenne de la Cinémathèque française à La Plateforme fin 2026. Ça redonne vie à ce quartier [Les Crottes, Ndlr.] qui était auparavant laissé à l’abandon. Et en ce qui concerne le Dock des Suds, heureusement qu’on a affirmé qu’il devait rester un lieu culturel pour que La Plateforme puisse l’occuper en attendant la fin de ses travaux. Et au-delà, mon souhait, c’est que la Ville puisse préempter le Dock pour garantir une vocation artistique et culturelle.

    L’un de vos gros chantiers a concerné les bibliothèques, dont les agents étaient livrés à eux-mêmes. La CGT a salué un retour du dialogue social et de l’esprit du service public mais aussi déploré la lenteur du plan de recrutement…

    J.-M.C. : On revient de très loin car non seulement il manquait des agents, mais ceux qui partaient à la retraite depuis 2017 n’étaient plus remplacés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ensuite, il a fallu changer l’organisation. On a eu la chance de recruter une directrice qui gère l’ensemble du réseau. Et pour la première fois depuis 20 ans, on a eu un directeur à l’Alcazar. Deux cadres d’une qualification incroyable qui portent beaucoup d’attention aux agents. On a retrouvé de la motivation pour la lecture publique. Aujourd’hui, 280 agents travaillent dans le réseau. Quand je suis arrivé, on était autour de 220 [le réseau nécessiterait 320 agents pour un bon fonctionnement , ndrl]. Il y a aussi moins d’agents en maladie. Avant, les gens étaient stressés, en burn-out. Il y en a beaucoup moins désormais.

    Agents et habitants saluent vos efforts, même si la situation est loin d’être parfaite avec des fermetures ponctuelles et des horaires parfois insuffisants. Faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ?

    J.-M.C. : Si on n’avait pas tenu nos engagements, presque toutes les bibliothèques seraient fermées. Or aujourd’hui, elles sont ouvertes. Même s’il en faudrait plus, il y en a déjà 9, avec des horaires élargis à l’Alcazar. Sans oublier la future Médiathèque Loubon qui ouvrira fin 2026, puis celle de Gèze en 2027 ou 28. Il y a aussi les travaux de rénovation au Merlan et à Saint-André. Après, on se trouve parfois face à des réalités et on essaye toujours de chercher des solutions. Regardez la bibliothèque du Panier. On a hérité de ce lieu avec des écoulements d’eau de la rue. On a fait des travaux et il y a toujours du salpêtre, ce qui met en danger les agents et le public. On s’est mobilisés pour l’abriter à la Vieille Charité, puis on a eu cette aubaine de la Maison diamantée. Même si ce ne sera pas son lieu définitif, on a constaté qu’on n’avait pas perdu les usagers qui venaient au Panier. Et on en a gagné d’autres, comme des personnes âgées, qui avaient du mal à monter les Accoules. Les agents se sont même aperçus que des gens qui habitaient de l’autre côté du Vieux-Port venaient avec le Ferry boat.

    L’instauration de la gratuité pour les expositions permanentes des Musées de Marseille fait-elle partie de vos principales fiertés ?

    J.-M.C. : Il y a d’autres fiertés, mais bien sûr que celle-ci est symbolique, même si la gratuité ne fait pas tout car des gens continuent de s’interdire d’y rentrer. C’est pour cela que je salue le travail des artistes et opérateurs qui permettent d’amener l’art dans la rue. Pour la fréquentation des musées, à la date d’août 2025, nous sommes à 600 000 visiteurs. Sachant qu’on a terminé l’année 2024 à 670 000, cela signifie qu’on arrivera à bien plus. Et n’oublions pas non plus que 600 000 personnes ont assisté aux propositions de l’Été marseillais.

    Et quid de la réouverture du Mémorial de La Marseillaise ?

    J.-M.C. : Le paradoxe, c’est qu’on a fait les investissements et travaux. Le mémorial en lui-même est prêt à accueillir. Mais on est contraints de ne pas l’ouvrir à cause d’un bâtiment adjacent en péril imminent. Ce n’est pas pour me défausser, mais voilà encore l’héritage. On se bat pour qu’il ne le soit plus. Je doute qu’on puisse le rouvrir fin 2025. Peut-être en 2026.

    Qu’en est-il de la situation du Toursky, avec lequel la Ville a été en conflit, avant d’être repris par l’association Scène Méditerranée ? Les personnels y ont constaté des intimidations ces derniers temps…

    J.-M.C. : L’arrivée de Scène Méditerranée [portée par le Théâtre Joliette, la compagnie Dans6T et Les Rencontres à l’échelle] va dynamiser le théâtre mais aussi le quartier. Des inscriptions pour la danse ont déjà commencé et c’est un succès. Petit à petit, cela va s’ouvrir aussi au théâtre et à d’autres disciplines. Au regard de l’histoire récente, ce n’était pas évident que des gens se lancent dans cette aventure. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle la Ville est très présente, en répondant d’abord aux soucis de rénovation et de fonctionnement. Aujourd’hui, il y a aussi un accompagnement dans la sécurisation car des agents sont menacés et agressés. Il y a eu des plaintes. Des gens rôdent autour du théâtre, il y a eu beaucoup de détériorations matérielles, des crevaisons de roues du personnel, un bureau incendié, une explosion devant la porte d’entrée. Ce n’est pas acceptable. Nous, on veut que ce projet réussisse. Il a même une obligation de réussite.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem