Category: culture

  • Les piliers de verre qui portent la société

    Les piliers de verre qui portent la société

    Sa voix est un murmure, un « pardon » discret quand elle passe la serpillière entre deux chaises. Elle se déplace comme une ombre parmi les salariés pressés, absorbés par leurs mails, leurs réunions, des appels à passer. On la frôle sans la voir. On lui sourit parfois, par politesse plus que par reconnaissance. Personne ou presque ne la remarque.

    Elle connaît pourtant ces lieux mieux que quiconque. Les traces de doigts sur les vitres, les miettes sous les bureaux, les confidences oubliées sur un Post-it. Elle efface les signes du passage des autres, méthodiquement. Son travail consiste à faire disparaître. À rendre propre.

    La nuit, elle bosse encore. Dans de grands immeubles vides où le silence résonne plus fort que le jour. Les ascenseurs soupirent en ouvrant leurs gueules, les couloirs s’allongent. Infinis. Les lumières allumées, étage après étage, marquent sa progression comme une constellation urbaine. Vue de dehors, on pourrait croire à un veilleur tardif, à une vie secrète qui persiste quand tout le monde dort. À l’intérieur, il n’y a qu’elle, son chariot et le bruit régulier de ses gestes. La nuit, au moins, personne ne détourne le regard : il n’y a personne pour ne pas la voir. Sauf les caméras.

    Elle a l’âge qu’on ne demande jamais. Un corps fatigué, un dos qui tire, des horaires éclatés. Elle fait le ménage. Elle fait tenir debout des journées de travail qui ne sont pas les siennes. Elle s’appelle Nadia, mais elle pourrait s’appeler Irène ou Marie.

    Les invisibles sont comme des piliers de verre : ils portent tout, mais on ne les distingue qu’au moment où ils se brisent. Comme pendant la période du COVID, où les métiers essentiels sont apparus au monde entier. Pas de trader, encore moins de politicien. Ils sont le filigrane de la société, ce dessin discret qu’on ne voit qu’en transparence. Et quand la lumière change, on s’aperçoit qu’ils étaient là depuis le début. Surtout quand la période s’assombrit. .

  • [Entretien] « Le combat, c’est de tirer les gens vers le haut »

    [Entretien] « Le combat, c’est de tirer les gens vers le haut »

    La Marseillaise : Vous attaquez votre dernier album par la chanson « Les battements du cœur » où vous insistez sur « le meilleur dans l’humanité » dans « ce monde si compliqué ». Déceler le beau en ces temps incertains, c’est ce qui vous permet de ne pas sombrer ?

    Louis Chedid : Pas que pour moi, mais aussi pour beaucoup d’autres. Entre la réalité médiatique et la réalité du quotidien, il y a un fossé. Il faut de temps en temps décrocher des réseaux sociaux et de leurs flots d’images, sinon on est submergé, comme c’est en ce moment le cas avec la vague Epstein. Un truc de fou furieux. Bien sûr, ces gens-là sont des monstres, mais il y a autre chose. Il y a aussi des gens qui sont bienveillants, qui s’aiment. C’est bien de le rappeler de temps en temps.

    Se permettre de telles évasions relève parfois du luxe, notamment pour
    les gens qui galèrent au quotidien…

    L.C. : Je suis absolument d’accord mais j’en connais aussi qui galèrent et qui essayent quand même de garder la tête haute. Évidemment que ceux qui galèrent ont plus de difficultés à voir la vie en rose mais, moi qui ai la chance de faire des choses que j’aime et me passionnent depuis longtemps, je n’ai pas envie d’en rajouter dans la morosité ambiante. Dans ma vie, je parle aussi des choses qui me touchent comme sur Anne, ma sœur Anne, mais je ne suis pas hors de la réalité malheureusement malheureuse. Je pense que, si j’ai un rôle à jouer, c’est d’essayer de tirer les gens vers le haut, et pas me laisser envahir par toutes ces scories tellement présentes aujourd’hui.

    Est-ce que votre album est aussi destiné à réhabiliter le fait de rêver, terme aujourd’hui souvent utilisé de manière péjorative ?

    L.C. : Qui n’est pas rêveur ? Tous les enfants rêvent. Nous, les artistes, on a cette chance de continuer à rêver. Sinon on n’écrit pas, on ne fait pas de musique. C’est comme une mise en demeure pour continuer à avoir un pied dans l’enfance et imaginer le reste. C’est presque un devoir de faire en sorte que les gens ressortent de votre expérience avec quelque chose en plus. Quand j’ai lu des bouquins de Jack London ou d’Alexandre Dumas, ou d’autres œuvres, je me suis senti plus fort, plus humain, faisant partie d’un tout. Et non pas isolé avec un téléphone à regarder que Jack Lang est un monstre. Peut-être l’est-il, mais moi j’ai envie de parler de gens qui font des choses bien et sont bienveillants avec les autres. Il y en a plus que les autres.

    Quelles sont justement les figures ou lueurs qui vous ont habité pendant la conception de l’album ?

    L.C. : Des gens comme les Beatles. Ils ont fait du bien à beaucoup de monde. Des personnes qui changent notre vision. Aujourd’hui, on ne parle plus de cela mais uniquement d’argent. Moi, je fais partie d’une génération où l’on ne parlait pas d’argent en famille. C’était même vulgaire. Désormais, il suffit de voir toutes ces émissions ringardes où on ne fait que demander « combien vous gagnez ? ». C’est minable. Ce n’est pas cela la réalisation d’une vie, mais plutôt d’être bien dans la sienne et de faire du bien aux autres.

    Quelle a été la genèse du titre « Comme vous », qui évoque les gens qui fuient leurs pays et leur accueil ?

    L.C. : Avant, parler de l’immigration se cantonnait à l’extrême droite, mais maintenant, tout le monde s’est emparé de ce thème, à gauche comme à droite. Ils ont compris que ça pouvait exciter une partie de la population électorale. Moi, d’une certaine manière, je suis aussi issu de l’immigration : mes parents étaient du Liban et d’Égypte, puis sont venus s’installer en France. Il faut arrêter de faire penser aux gens qui n’ont pas suffisamment de recul, et qui sont parfois ignorants, que les immigrés sont tous des bandits, des criminels qui vont venir piquer le pain des Français. Croient-ils que les gens qui sont par exemple partis de Gaza sont partis de bon gré ? Non, ils n’ont pas le choix. C’est ça ou on meurt. La plupart des immigrants, ils quittent leur pays car ils ne peuvent pas faire autrement.

    Votre dernier album dénote par sa douceur dans ce monde de brutes, contrairement à vos débuts où vous sembliez plus révolté…

    L.C. : Chaque album correspond à un moment de vie. Je pense qu’aujourd’hui, le combat, c’est de tirer les gens vers le haut. Car sur les écrans, tout est fait pour vous tirer vers le bas, vous foutre dans un climat d’angoisse. Et pourtant, il y a autre chose dans la vie.

    L’un de vos tubes « Anne, ma sœur Anne » dénonçait le racisme et le fascisme rampant en France dans les années 1980. Que vous inspire aujourd’hui la dédiabolisation de l’extrême droite, plus que jamais aux portes du pouvoir ?

    L.C. : Je suis triste d’avoir eu raison il y a 40 ans. J’aurais pourtant adoré que cette chanson soit obsolète pour que je la foute à la poubelle. Je suis profondément désolé que cette stratégie de l’immigration soit devenue un leitmotiv pour tous les partis politiques et que tous les gens qui disaient à l’époque qu’ils n’accueilleraient jamais l’extrême droite dans leurs médias, soient aujourd’hui les premiers à le faire. Que le RN soit devenu le premier parti politique de France, c’est un truc de dingue. On les a laissés envahir le paysage. Certains autres politiques ont compris que l’extrême droite était l’épouvantail qui leur permettait d’être ensuite réélus. C’est d’un cynisme fou. Après, moi, je crois en l’humanité. Le peuple finit toujours par retrouver la raison et sortir du marasme, même si c’est parfois après une vague de choses extrêmement négatives. Ce n’est pas les politiques qui vont nous sortir de là.

  • [Entretien] Zigo : « Il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social »

    [Entretien] Zigo : « Il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social »

    La Marseillaise : Pourquoi avez-vous appelé ce nouvel album « Atlas » ?

    Zigo : Quand on cherche un nom d’album, on cherche toujours un mot qui puisse être international, c’est-à-dire compris dans toutes les langues. Mais on cherche aussi un mot qui donne la couleur de l’album. Comme c’est un album qui appelle au voyage et qui a une certaine ouverture musicale, on trouvait que l’Atlas, qui peut renvoyer à l’image d’une carte, de montagnes au Maroc ou du titan de la mythologie grecque qui porte le monde sur son dos, correspondait bien à cet album.

    Depuis 30 ans vous signez des morceaux engagés pour la tolérance, comment voyez-vous la société évoluer  ?

    Zigo : On constate la banalisation du racisme et de l’extrême droite. La mutation du cercle politique français est incroyable et pour nous qui prônons la mixité culturelle et qui arborons fièrement notre mixité culturelle et sociale, c’est effrayant. Il y a eu un moment où on a eu l’impression que le monde changeait, mais ces dernières années, il y a un retour assez terrifiant. Ce qui nous rassure, c’est d’entendre nos chansons dans les manifestations et qu’il reste des gens motivés pour s’exprimer sur le terrain social.

    Vous parvenez pourtant à construire un album qui reste solaire…

    Zigo : On ne voulait pas que l’album soit plombant. On voulait qu’il soit joyeux, on pensait faire un truc plus ensoleillé. Mais, finalement, l’actualité a fait qu’on a eu du mal. Le climat social déteint toujours sur notre musique et là, on a franchement été servis. L’écriture est tombée en pleine guerre en Ukraine, en Palestine, avec le retour de Trump… C’est compliqué de sortir du marasme international. On a quand même réussi à mettre des morceaux un peu plus légers et plus positifs. Mais on n’a pas atteint ce qu’on espérait en termes de positivité.

    Repensez-vous le rôle de la culture dans ces moments troubles ?

    Zigo : Oui, on s’interroge tout le temps mais la meilleure réponse, nous l’avons en concert parce qu’on ne combat que dans la joie et le positif. Quand on voit dans nos tournées autant de personnes prendre le temps d’aller à un concert et de faire la fête, tout en abordant des sujets compliqués, des sujets de société qui sont loin de faire l’unanimité aujourd’hui, ça nous montre que tout n’est pas vain. Dans la nuit, une flamme, ça fait du bien. Les gens nous font beaucoup de bien et nous rassurent là-dessus. Notre récompense, ce ne sont pas les disques d’or, c’est de voir ce public avec le sourire.

    Quels messages vouliez-vous faire passer avec « Mémoires », le 7e morceau de l’album ?

    Zigo : C’est un morceau sur la colonisation qui est parti d’un texte de Bouchkour (l’un des chanteurs, Ndlr). Marcus Gad, qui est un artiste de Calédonie, a entendu ce morceau et ça l’a touché car c’est un sujet d’actualité en Nouvelle-Calédonie. Il a donc voulu y participer. C’est un morceau qui restera historique pour le groupe parce qu’il n’a pas de refrain et c’est le morceau le plus lent qu’on n’ait jamais composé. Il y a en toile de fond la colonisation et le poids et les désastres que ça engendre sur nos générations. Ce n’était pas le but mais quand on l’écrivait, c’était aussi le moment où la situation empirait à Gaza et on ne comprenait pas comment l’être humain n’était pas capable de se souvenir du passé. Ce drame-là transpire dans le morceau, qui restera un texte majeur de notre histoire.

    Comment jugez-vous l’évolution du reggae en France ?

    Zigo : Il y a toujours eu des hauts et des bas mais nous, ça fait trente ans qu’on est sur les routes. Toute notre tournée est déjà complète, c’est ahurissant. Sur nos trois premiers concerts, on constate aussi qu’il y a une nouvelle génération qui vient nous voir. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à être complets, quand on voit Tryo ou Danakil par exemple, et ça fait vraiment beaucoup de bien, parce qu’on appartient à un style de musique à caractère social, donc ça veut dire que les gens ont encore envie d’entendre parler de ces sujets-là.

  • Le Triptyk Théâtre, à Nîmes, met l’enfance à l’honneur

    Le Triptyk Théâtre, à Nîmes, met l’enfance à l’honneur

    « Dans notre monde techno-libéral qui veut exploiter chaque séquence de nos vies, la littérature apporte le souffle intact de nos espérances », écrit Denis Lanoy en préambule du programme de la 23e saison du Triptyk Théâtre, Maison théâtre des littératures à voix haute à Nîmes. En ce début d’année, le directeur a convié de nombreux auteurs de renom et promet de belles rencontres.

    Dédicacée à Victor Hugo, cette nouvelle saison démarrera par une soirée lecture autour des textes de l’auteur des Contemplations (le 5 février). Les 12 et 19 février, le Triptyk Théâtre accueillera aussi l’autrice Gabriella Zalapi, et la grande poétesse Albane Gellée « dont on voulait faire découvrir le travail », ajoute Denis Lanoy. Le 12 mars, l’écrivain et journaliste Nicolas Martin, ex-animateur de La Méthode scientifique sur France culture, prendra le relais autour de son premier roman Fragile/s.

    Parmi les temps forts de la saison, la désormais traditionnelle séquence de « poésie(s) en l’état », qui invite à l’échange entre lecteurs et auteurs et permet surtout d’interroger la place de la poésie dans le monde, se déroulera du 16 au 20 mars. Cette année, elle planchera plus précisément sur l’impact de la poésie chez l’enfant, grâce aux lumières des poètes Philippe Berthaut et Sylvie Durbec. « Lors du colloque, un psychiatre va nous accompagner pour savoir si c’est seulement un outil pédagogique destiné à développer la mémoire ou au contraire si la poésie participe à la sensibilisation de l’être », argumente le directeur.

    Denis Infante, Laure Adler, Nicolas Rey…

    Dans la foulée, le public ira aussi à la rencontre du prodigieux Denis Infante, le 26 mars, dont le fameux Rousse (son premier roman paru en 2024) a été couronné de succès. Suivra aussi la grande Laure Adler le 2 avril pour une soirée « Liberté », puis Nicolas Rey le 9 avril. L’autrice féministe Rebecca West sera également à l’honneur le 16 avril lors d’une soirée où son travail sera présenté par sa traductrice Sarah Idrissi.

    « On essaie toujours d’avoir quelques locomotives une ou deux fois par an, mais on ne veut pas faire de hiérarchisation. Les écrivains sont d’une richesse étonnante. Ils savent ce que veut dire écrire et ils sont très respectueux du travail de leurs pairs », souligne encore Denis Lanoy. Du 18 mai au 2 juillet, le Triptyk Théâtre expérimente aussi des séances en plein air. Au fil de plusieurs rencontres, il proposera des lectures de Marc Bernard, Françoise Sagan, Georges Perec (dans la cour du Cercle de l’avenir) ou encore Frédéric Mistral (à la maison diocésaine). « Cette partie-là est nouvelle. Généralement, à partir du mois de mai, on ne programme plus rien parce qu’on n’est pas climatisé et qu’il fait beaucoup trop chaud. Mais nous cherchons toujours des solutions pour continuer à être actifs », sourit Denis Lanoy, qui tient aussi à saluer le soutien ancien du Département du Gard et de la Ville de Nîmes. « Il est quasi-miraculeux que l’on puisse continuer malgré l’incertitude qui pèse sur le milieu de l’art et de la culture », remarque le directeur.

    Rendez-vous à 19h, au Triptyk Théâtre, 26, rue de la République, à Nîmes.

    Tarifs : 6 à 10 euros. Pour les lectures en plein air dans la cour du Cercle de l’avenir : 2 euros. La lecture autour de
    Frédéric Mistral (le 2
     juillet)
    est en accès libre. Mail
     : reservation.fantaisie.
    litteraire@gmail.com

    Tel. : 06.17.53.02.60.

  • Le Nomad’ va se sédentariser dans le quartier des Crottes

    Le Nomad’ va se sédentariser dans le quartier des Crottes

    Une nouvelle page s’écrit pour le Nomad’. Après avoir été chassé il y a plus de deux ans par les projets d’Euroméditerranée du boulevard de Briançon, à Arenc, où il était implanté depuis 1999, « le premier lieu dédié à la création musique et jeune public retrouvera un lieu fixe en janvier 2027 », annonce Julian Crozat, son chargé de projet. « Nous allons intégrer le futur campus de la Plateforme », indique-t-il pour parler de ce qui est actuellement un chantier de 25 000 m² dans le quartier des Crottes, censé également accueillir une école du numérique ou encore la future antenne de la Cinémathèque française. Créé il y a 25 ans par les frères Haddjeri, le Nomad’ disposera ainsi d’un auditorium de plus de 1 000 places « avec gradin télescopique et balcon, d’un foyer, d’un espace d’accueil ainsi que d’un bar-café dédié à de plus petits événements », se réjouissent ses équipes actuellement hébergées dans la salle de concert du Moulin, à Saint-Just, que la Ville de Marseille a acheté en 2024 et qui doit voir un appel à projet pour sa prochaine gestion, lancé ce mois-ci. Au sein de la Plateforme, « épicentre » de ses activités, le Nomad’ « proposera une programmation jeune public d’ampleur mais aussi une programmation de musiques actuelles ». Il aura aussi à sa disposition « un jardin d’expérimentation » et un second espace de 140 m² où seront déployés « des ateliers d’éveil musical, des spectacles avec petite jauge ». Un « trait d’union » avec le quartier et ses habitants qui sera « ouvert aux crèches, écoles, familles, structures médico-sociales avec des créneaux réservés », précise Julian Crozat.

    La paix

    D’ici là, les équipes du Nomad’ ne chôment pas et se préparent à lancer la 12e édition de Babel Minots. Un festival musical dédié à la jeunesse qui investira une quinzaine de structures culturelles marseillaises. Avec une mouture axée autour de la paix, comme l’illustre son affiche détournant la pochette d’album du groupe U2, War. « À l’heure où il faudrait préparer les enfants à la guerre », explique son programmateur Julien Villatte, Babel Minots leur « apporte des clés d’émancipation et un capital culturel en défendant la création musicale jeune public, toutes esthétiques confondues ». Illustrations avec une trentaine de représentations, parmi lesquelles celles de Zola… pas comme Emile!. Visible gratuitement au Théâtre de l’Odéon, le 11 mars, et incarné par Forbon N’Zakimuena, « le récit autobiographique et rappé d’une personne qui a perdu son nom en arrivant en France », qui va retracer « le parcours administratif pour retrouver son nom d’origine ».

    Programme complet du festival sur www.babelminots.com

  • Les musiques du monde font escale dans le pays d’Arles

    Les musiques du monde font escale dans le pays d’Arles

    Les mots puissants de poètes soufis tels que Mahmoud Darwich ou Ibn Arabi vont résonner au Château de Tarascon – Centre d’art René Anjou, dimanche 8 février. Portés par le chanteur et compositeur Walid Ben Selim et sous les scansions mélodieuses de la harpiste Marie-Marguerite Cano, un voyage musical et poétique qui lance la 9e édition des Suds en hiver, déclinaison du festival Les Suds à Arles, qui se tiendra quant à lui du 13 au 19 juillet.

    Des sons en fusions

    La deuxième escale de la parenthèse hivernale de ce festival destiné à « faire dialoguer les cultures, les esthétiques et les générations », passera par Saint-Martin-de-Crau. La salle Mistral sera le théâtre d’un concert de la chorale de 150 enfants et 40 adultes réunis autour d’un répertoire de chants italiens « proposé par la chanteuse et musicienne Maura Guerrera et transmis aux choristes par les chefs de chœur Julien Bellec, Anne-Sophie Chamayou, Anne Cesano-Giordano, Manon Ghobrial et Guylaine Renaud », indique le programme. Parmi la dizaine de propositions, on notera également, du côté de la Salles des fêtes d’Arles, le trio Boucs! qui mêle l’esprit du rock anglo-saxon aux sonorités méditerranéennes. À Châteaurenard, la salle de l’Étoile accueillera pour sa part le groupe Orange blossom, qui « pioche dans la tradition turque, égyptienne, malienne, sénégalaise et cubaine avec des voix chantées en arabe, persan et portugais ».

  • Un documentaire retrace l’exploitation minière en Provence

    Un documentaire retrace l’exploitation minière en Provence

    « On ignore souvent que les mines de charbon des Bouches-du-Rhône ont fortement contribué à l’essor économique de la Provence, depuis la Révolution industrielle jusqu’au XXe siècle. Pendant plus de deux cents ans, elles ont rythmé la vie quotidienne de nombreux Provençaux. Qui étaient-ils ? Comment vivaient-ils ? Et que reste-t-il de ces deux siècles d’exploitation ? », peut-on lire dans la présentation du documentaire Les mineurs de Provence, l’histoire oubliée.

    Réalisé par Lorenzo Consolazione, le film, diffusé ce soir, à 21h à la salle de l’Ensoleïado, avenue du Gaillardet (entrée libre et gratuite) revient sur cette période méconnue à partir d’archives sonores inédites, mises en scène avec des animations 2D en noir et blanc, des photos d’archives et des prises de vues actuelles dans les lieux de mémoire à Gréasque, Saint-Savournin, Gardanne, La Bouilladisse, Peypin, Mimet, Trets, Fuveau… D’anciens mineurs de Gréasque, commune où existe d’ailleurs un musée de la mine, viendront témoigner de leur vie dans les mines.

    En 1948, renseigne un article intitulé Les mines en Provence-Alpes-Côte d’Azur : rencontres avec les mineurs de Gréasque, les « gueules noires » du Bassin minier de Provence sont 6 505, la production de charbon atteint 970 000 tonnes et se place au 3e rang de la production nationale. Le 31 janvier 2003, un point final est mis à cette histoire minière, avec la fermeture du puits Yvon-Morandat, à Gardanne.

  • Des récits de femmes se mêlent à Carmen sur les planches du forum de Berre-l’Étang

    Des récits de femmes se mêlent à Carmen sur les planches du forum de Berre-l’Étang

    « Faire cette pièce, c’est une manière de reconnaître ce qui est arrivé à ces femmes. » Ce vendredi, sur les planches du forum de Berre, l’histoire de Carmen résonne avec les histoires d’autres femmes victimes de violences conjugales dans la pièce de théâtre Prends garde à toi.

    Une création artistique qui voit le jour avec la rencontre de Jeanne Béziers, metteuse en scène et comédienne, et des femmes du Relais des possibles, un hébergement d’urgence aixois. « La porte d’entrée a été l’opéra de Carmen, explique la dramaturge. Au fur et à mesure, ce personnage est devenu une voisine à qui ces femmes racontaient des parties de leur vie très difficiles. » De ces échanges est donc née cette pièce de théâtre, où deux voisines racontent l’histoire de Carmen, tout en dévoilant les violences conjugales qu’elles ont subies.

    Le spectacle raconte également la résilience de ces femmes. « Car elles s’en sortent, explique la metteuse en scène. Elles ne veulent pas être définies comme des victimes. […] La pièce ne s’arrête donc pas sur le féminicide de Carmen. » Une façon pour le directeur de la salle, Mickhaël Piconne de « délier les langues grâce à la culture ».

    Une représentation qui donne donc la parole à ces femmes, en dialogue et en chanson, pour retracer des parcours de vie parfois difficiles à raconter. « Une manière d’inviter les gens à penser par un geste artistique », précise Jeanne Béziers.

  • Mariette Gutherz ravive la mémoire enfouie du camp Saint-Nicolas

    Mariette Gutherz ravive la mémoire enfouie du camp Saint-Nicolas

    Aujourd’hui il n’y a plus rien, qu’une façade de pierre livrée aux 4 vents, perdue en pleine garrigue entre Nîmes et Uzès sur le périmètre d’un vaste camp militaire. Difficile d’imaginer que fut créé ici, à l’été 1940, un camp d’internement qui accueillit, sous des tentes, environ 2000 Allemands et Autrichiens antinazis précédemment internés au Camp des Milles.

    Un pan d’histoire locale douloureux et méconnu dont la réalisatrice gardoise Mariette Gutherz a choisi de raviver la mémoire dans son documentaire Le Diable en garrigue (19 min), qui sera projeté* dimanche 1er février à 11h au cinéma Le Sémaphore de Nîmes, avant un débat avec la salle en présence de la réalisatrice. Le sujet a, pour cette Nîmoise d’origine, des résonances personnelles, son père ayant été « un Juif exilé chassé en 1938 par les nazis d’Europe centrale. Il s’est retrouvé à Montpellier pendant la guerre, où il a été caché par ma mère et est devenu résistant », confie-t-elle. Elle lui a d’ailleurs consacré un film.

    L’Histoire alerte le présent

    Pour Le Diable en garrigue, elle a choisi de faire du récit de l’écrivain allemand antifasciste Lion Feuchtwanger, Le Diable en France, le fil rouge de son documentaire. « J’ai découvert son livre quasiment en même temps que le site de l’ancien camp. »

    Réfugié dès 1933 en France, celui qui fut l’un des principaux représentants des intellectuels allemands en lutte contre la montée du nazisme y retrace son internement au camp des Milles, près d’Aix-en-Provence, puis au camp Saint-Nicolas, près de Nîmes. Avant son évasion réussie en août 1940 grâce à une Nîmoise qui l’a aidé, ainsi que beaucoup d’autres, à s’enfuir. Une certaine « madame L. » qui fut « une résistante avant l’heure », salue Mariette Gutherz.

    De juin à août 1940, environ 2000 personnes, dont de nombreux artistes – « Max Ernst, Golo Mann, un fils de Thomas Mann, le père de Stéphane Hessel… » – vécurent donc dans ce camp, qui n’existera que durant trois mois. « En juin 40, le gouvernement de Vichy s’était engagé à livrer tous les Allemands antinazis que le Reich leur demanderait. Fin août 1940, la commission Kundt est donc venue au camp de Saint-Nicolas chercher ces ressortissants. Le camp a fermé et les internés ont été rapatriés aux Milles », relate la réalisatrice. La collusion entre la patrie dite des Droits de l’Homme et le régime nazi ne s’arrêtera pas là. En août 1942, le Camp des Milles change devient un camp de déportation, d’où 2 000 hommes, femmes et enfants juifs seront envoyés à Auschwitz via Drancy.

    Ce documentaire, qui a reçu le Label citoyen de la Fondation du Camp des Milles « pour sa contribution à la lutte contre les extrémismes, le racisme, l’antisémitisme et les discriminations », Mariette Gutherz a l’intention de le faire circuler dans les collèges et les lycées. « C’est une histoire de transmission. Une histoire de mémoire, mais qui doit être vivante », insiste-t-elle. Et interroger sur les dangers qui nous menacent aujourd’hui. « La France était à l’époque une démocratie fragilisée, avec des tensions internationales, une crise économique, une montée de la xénophobie… un contexte qui fait écho à ce que nous vivons actuellement. On est parti, en 1938, d’un décret-loi décidant d’un internement administratif des étrangers jugés indésirables pour des raisons d’ordre public ou de sécurité nationale. Finalement cette législation d’exception a été durcie, instrumentalisée par le régime
    autoritaire de Vichy et ça a abouti aux déportations
     », met-elle en garde. « Comprendre les mécanismes qui ont conduit au pire, avant même l’arrivée d’un pouvoir autoritaire, c’est se donner les moyens d’y résister. L’Histoire alerte le présent. »

    * Précédé de la projection du court-métrage documentaire « Résistance de la mémoire » (11 min), de Thierry Bourdy.

  • [Théâtre] « Un barrage contre le Pacifique » se dresse à Arles

    [Théâtre] « Un barrage contre le Pacifique » se dresse à Arles

    En 1950, lorsque Marguerite Duras écrit Un barrage contre le Pacifique, la guerre d’Indochine atteint son climax. À cette époque, une colonie française où elle est née 36 ans plus tôt et a passé une partie de sa jeunesse. Inspiré de ses turpitudes adolescentes, un roman qu’Anne Consigny met en scène au Théâtre d’Arles vendredi 6 et samedi 7 février. L’histoire de Suzanne et Joseph qui ressassent la vie de leur mère ayant vu le jour sur les rives du Mékong, aux prises avec la froide et corrompue administration coloniale. Car la concession pour laquelle elle a économisé pendant 15 ans se révèle incultivable, la poussant au bord du précipice et de la folie.

    « Acte politique »

    « Aujourd’hui, alors que la condition féminine est arrivée au premier plan des préoccupations de notre société », expose Anne Consigny, « donner à entendre le destin de cette mère me semble essentiel ». Selon elle, « faire entendre Un barrage contre le Pacifique » de nos jours se rapproche d’un « acte politique. Comment faire pour que ces femmes-là existent, qu’elles soient entendues, respectées, qu’elles ne soient ni violées ni battues ni vendues, qu’elles ne meurent pas ? », s’interroge avec conviction celle qui porte également le récit sur scène et ses seules épaules. Le combat d’une femme qu’Anne Consigny retrace « dans l’intimité secrète de leur âme ».

    Entre 4 et 18 euros