Category: culture

  • Sylvie Fleury au Mrac de Sérignan, le glamour comme regard sur le monde

    Sylvie Fleury au Mrac de Sérignan, le glamour comme regard sur le monde

    Cette artiste suisse, figure majeure de la scène contemporaine, a exposé dans des institutions internationales comme le musée Guggenheim de Bilbao ou le Kunsthal de Rotterdam, et est présente dans de grandes collections publiques comme celle du MoMA de New York. Elle brouille, depuis plus de trente ans, les frontières entre art et consommation, luxe et critique sociétale. L’Occitanie a encore quelques semaines pour plonger dans son univers.

    Trente ans de création sont aujourd’hui revisités dans un parcours immersif avec « Thunderb ». Son célèbre vaisseau spatial donne le ton. Une fusée, symbole traditionnel de puissance masculine, est ici bleu et rose, nacrée, glossy. Le détournement et l’ironie étant pleinement assumés. Tout autour, des comptoirs épurés sur lesquels reposent des objets du quotidien : un rouge à lèvres, de la poudre… comme posés là par inadvertance. L’ensemble se veut minimaliste, presque discret, avant que certaines pièces ne vous frappent de plein fouet. Des néons multicolores aux slogans hypnotiques des marques de cosmétiques éclairent le parcours. Ses œuvres fascinent parce que l’artiste croise le féminin et le masculin, l’art et la mode, la puissance et la frivolité supposée. Elle met en scène les codes pour mieux révéler leur artificialité. Son travail agit comme un diagnostic visuel de notre société de consommation. Ceci sans qu’elle ne se revendique moraliste.

    « Mon travail est souvent perçu comme une critique, et il l’est en partie. Mais c’est avant tout une observation de ce qui m’entoure, de ce qui me fascine. Je suis attirée par la perfection des surfaces laquées, par l’éclat d’un chrome, par la promesse contenue dans un emballage. Je ne porte pas de jugement, je présente des faits. Le spectateur est libre de ressentir la séduction, l’agacement, ou les deux à la fois. C’est dans cette tension que l’art opère », déclarait Sylvie Fleury lors du vernissage de l’exposition.

    * 146, avenue de la Plage, à Sérignan.
    Ouvert du mardi au vendredi
     10-18h et le week-end 13-18h.

  • Festi’femmes ou le rire conjugué au féminin pluriel à Auriol

    Festi’femmes ou le rire conjugué au féminin pluriel à Auriol

    « Je suis dans l’humour depuis trente-six ans », revendique, avec drôlerie, Eliane Zayan. Fondatrice, en 1993, de Quai du rire, à Marseille, elle a créé Festi’femmes, festival accueilli depuis quatre éditions à Auriol. Véronique Miquelly, la maire (DVD) a souligné combien ce rendez-vous avait du sens « dans une commune dirigée par les femmes depuis plus de cinquante ans ».

    Sosie d’Amy Winehouse

    Eliane Zayan, qui dit avoir découvert de jeunes talents comme Nicole Ferroni ou Élodie Poux, a très tôt souhaité, « alors que l’humour au féminin était décrié, le mettre à l’honneur, non pas pour être dans le féminisme, mais le féminin ».

    Festi’femmes accueillera, en deuxième partie, le spectacle Les Imitatueurs. Emma Gattuso et Thibaud Choplin, remarqués en 2022 au festival d’Avignon par Régis Mailhot, s’affrontent dans un show politique, au cours duquel ils imitent une soixantaine de voix. Juste avant, Festi’femmes donnera à découvrir diverses artistes. Charlotte Ferrato, dont Mère et Fils Thérapie a atteint 3 millions de vues sur Instagram ; Z’elle, peintre performeuse ; Emma Gattuso Sandy, « sosie officielle de Amy Winehouse », prêtera sa voix à la chanteuse britannique. Pour Sandy, « Amy était quelqu’un de passionné, libre, hypersensible. Moi, je suis comme ça, une tête brûlée de la passion. J’ai aussi des démons, mais je les exorcise autrement que par la drogue et l’alcool ». Vêtue d’un sweat rouge, Marguerite Gauthier a de la vivacité tant dans la voix que dans ses propos. « Marguerite Gauthier est une amoureuse. Elle aime la vie. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Elle est sans filtre, comme la cafetière. Elle a créé une méthode pour produire du bonheur à volonté », promet la comédienne. Une excellente raison d’aller à Festi’femmes, non ?

  • La relève de l’Opéra de Paris en pas de deux à Aix

    La relève de l’Opéra de Paris en pas de deux à Aix

    Le Grand Théâtre de Provence accueille, dimanche 8 mars à 17 h, puis lundi 9 et mardi 10 mars à 20 h, le Junior Ballet de l’Opéra de Paris. Au programme, des chorégraphies de George Balanchine, Maurice Béjart, Anabelle Lopez Ochoa et José Martinez. Un choix très diversifié conçu sur mesure pour les jeunes artistes, concentré de techniques chorégraphiques classiques et d’approches plus contemporaines.

    À l’initiative de ce dispositif, le chorégraphe José Carlos Martínez, nommé en 2022 directeur de la danse à l’Opéra de Paris. Né à Carthagène en Espagne, il est à ce jour l’unique danseur d’origine espagnole à avoir été nommé étoile au sein du Ballet de cette prestigieuse institution. En 2024, il crée le Junior Ballet, une promotion d’une vingtaine de jeunes danseurs et danseuses venus du monde entier qui, au sein de l’Opéra de Paris, bénéficient d’une solide formation. Pour José Martinez, il s’agit avant tout de faire le lien entre l’école de danse de l’Opéra de Paris et le corps de ballet, et de parvenir à davantage de diversité en approchant des danseurs du monde entier.

    Transmission, création

    Il rappelle que le dispositif, s’il est nouveau à Paris, existe déjà dans plusieurs pays et compagnies à l’étranger. Il fallait s’assurer l’accompagnement des jeunes danseurs en fin de formation professionnelle. « Il s’agit de permettre aux danseurs qui terminent l’école de danse et qui ne sont pas engagés dans le ballet de poursuivre leur formation tout en bénéficiant d’une expérience professionnelle. D’autre part, on veut offrir à des danseurs venant d’autres écoles du monde la possibilité de découvrir le style français tel qu’on le pratique à Paris. Ainsi, nous pouvons diversifier les profils qui peuvent être engagés dans le futur corps de ballet de l’Opéra », précise-t-il.

    Une fois intégré le Junior Ballet, un contrat de professionnalisation de 24 mois leur est proposé. Treize d’entre eux sont issus de l’école de danse, les autres viennent d’autres écoles du monde. Aucune concurrence entre les deux accès. José Martinez insiste : « Ce dispositif m’a paru nécessaire car je ne voulais pas voir de jeunes artistes ayant suivi chez nous toute la formation, livrés à eux-mêmes, sans accompagnement, ni contrat de travail. » Et d’ajouter : « J’aime à dire que les danseurs qui entrent au Junior Ballet sont encore des élèves et lorsqu’ils en sortent, ils sont des professionnels. »

    La tournée qui les conduira à Aix est l’occasion d’une expérience professionnelle indispensable. « C’est leur premier contact avec un vrai public, dans des salles différentes. Ils apprennent à gérer les répétitions, la fatigue, la charge de travail. » Le programme a été pensé avec une double ambition : pédagogique, en amenant les danseurs à explorer toutes les formes de l’art chorégraphique, du classique le plus pur au contemporain ; et artistique, en offrant au public l’occasion de découvrir toute la richesse et l’exigence de cet art.

  • Festival « Battement d’elles » à Nîmes : rencontre avec Violaine de Fillipis-Abate samedi 21 mars

    Festival « Battement d’elles » à Nîmes : rencontre avec Violaine de Fillipis-Abate samedi 21 mars

    Backlash : ce terme anglais signifie « retour de bâton ». La Fédération Citoyens et Justice en donne la définition suivante : « Dans l’usage courant, le backlash est associé à une réaction conservatrice face à un changement social et politique progressiste. » Le terme a été forgé par la journaliste américaine, Susan Faludi, en 1991. Son ouvrage Backlash : la guerre froide contre les femmes, est le résultat de 4 années d’enquête. récompensé par le prix Pulitzer. Il est publié en France en 1993 et devient une référence.

    Dans cet essai, précise le site de Justice et Société, « Susan Faludi explique, avec de nombreuses sources et statistiques à l’appui, comment toute avancée des droits des femmes et d’autres minorités se trouve systématiquement suivie d’une vague de résistances, de contestation, et de retour en arrière, qui s’illustre par des mécaniques d’exclusion. » Ce phénomène de backlash est ainsi au cœur de la rencontre organisée samedi 21 mars avec l’avocate et autrice Violaine Fillipis-Abate autour de son livre La résistance écarlate : Les femmes face au nouveau backlash. (éd. Payot). À ses côtés, la Montpelliéraine Vigdis Morisse-Herrera, présidente de l’association Les Tricoteuses hystériques. Cette rencontre, organisée par la librairie nîmoise L’Eau Vive, vient clôturer le volet débat public de la troisième édition du festival féministe des Ami.es du Prolé. Le débat sera animé par Marine Del Rio, référente pour l’égalité filles garçons dans l’éducation nationale, professeure d’histoire-géographie-enseignement moral et civique (EMC).

    Samedi 21 mars à 14h30, au Bar du Prolé, 20 rue Jean-Reboul, Nîmes. Entrée libre.

  • Le jazz, miroir au rythme des battements du monde à Marseille

    Le jazz, miroir au rythme des battements du monde à Marseille

    Miles Davis réchauffait son hiver 1959 en enregistrant Sketches of Spain. Un voyage dans les musiques traditionnelles espagnoles dont s’enivrent le trompettiste new-yorkais Michael Leonhart et le danseur-chorégraphe Israel Galvan, « l’un des plus éminents représentants du flamenco contemporain », situe Hughes Kieffer, directeur artistique du Marseille jazz des cinq continents, à propos de ce spectacle inaugural du festival, le 1er juillet, à la Vieille Charité.

    Fidèle à l’esprit du génie Miles Davis, symbole de l’ouverture du jazz aux quatre vents mondiaux, le festival montrera, jusqu’au 12 juillet, comment la note bleue infuse de partout. Rien d’anodin, non plus, à ce que la clôture de sa 26e édition soit assurée par le bassiste phénoménal Marcus Miller avec We want Miles !, projet célébrant une partie de son œuvre. Aux côtés, excusez du peu, de musiciens ayant « accompagné son retour dans les années 1980 » comme le guitariste Mike Stern, le saxophoniste Bill Evans et le percussionniste Mino Cinelu. Un événement à déguster au parc Henri-Fabre (8e), nouvelle terre d’élection d’un festival forcé de délaisser son QG historique du parc Longchamp, depuis l’an passé, en raison du début de la restauration du site.

    Émotions en cascade

    Cinq soirées prendront donc leurs quartiers dans cet écrin de verdure situé à Saint-Giniez. Dont une, dédiée aux vocalistes, le 8 juillet. Invitation sera faite à Celia Kameni pour « son projet personnel, moins jazz, mais plus dans un univers pop. Quand elle se met à chanter, elle peut te faire rire comme te faire pleurer. ça te soulève du sol », image avec enthousiasme Hughes Kieffer. Sans oublier le crooner louvoyant aussi bien du côté du RnB que du funk, José James, qui viendra célébrer les 50 ans de l’album diablement érotique de Marvin Gaye, I want you, aux côtés de la chanteuse China Moses. Le batteur et chanteur qui mêle son jazz au hip-hop et à l’électro, Kassa Overall, complète l’affiche.

    Lors des jours suivants, se produiront aussi, en ces mêmes lieux, les groupes britanniques GoGo Penguin et Ezra Collective et la chanteuse engagée Awa Ly. Un tour du monde qui battra ensuite au rythme de la neo soul de la bassiste Adi Oasis, de la pianiste Manon Mullener et du Sun Ra Arkestra, orchestre cosmique fondé dans les années 1950 par le compositeur et pianiste afrofuturiste Sun Ra (1914-93). Le parc Henri-Fabre sera aussi le théâtre de Xenia França, « chanteuse RnB venue de Salvador de Bahia qui met du jazz à différents endroits de la musique brésilienne », décrit Hughes Kieffer, avant d’embrayer sur la trompettiste néerlandaise Maité Hontélé, qui a « appris son instrument à Cuba et a joué avec les grandes stars de l’île, puis est partie en Colombie. Elle a même été nommée artiste de l’année dans ce pays ».

    « Baume » de tigres

    « Nous voulons être le reflet de ce qu’il se passe dans le monde autour du jazz en proposant des artistes très sensibles qu’on n’a pas l’habitude d’entendre, mais que nous garantissons comme des trucs de fou », assure le directeur, qui donnera à entendre, à la Vieille Charité, le trio du trompettiste saoudien Abdullah Miniawy, de la chanteuse franco-brésilienne « indomptée » Gildaa ou l’Orchestre national de jazz, dirigé par la cheffe Sylvaine Hélary. Et ce, à l’occasion d’un hommage à la compositrice Carla Bley (1936-2023). Celle-ci est apparue « à une époque où il y avait très peu de femmes compositrices et cheffes d’orchestre. Une icône qui a connu différentes périodes, d’un jazz tirant vers la musique contemporaine jusqu’à un autre, bien plus accessible, avec beaucoup de mélodies », précise Hughes Kieffer. Alors que « les nationalismes et les racismes » prospèrent hélas, le jazz devient un refuge. « Et un baume », estime-t-il, consacrant aussi ce credo avec deux soirées, au Conservatoire et à la Friche Belle de Mai, qui accueilleront respectivement le duo Jean-Pierre Como-Javier Girotto et le DJ et défricheur de musiques mondiales Gilles Peterson.

  • Niska, Huntrill et ElGrande Toto complètent Marsatac

    Niska, Huntrill et ElGrande Toto complètent Marsatac

    Une quinzaine de nouveaux noms ont été annoncés, mardi, par le festival Marsatac, au premier rang desquels Niska. « Je suis le symbole de ce que le rap est devenu : une musique décomplexée qui touche tout le monde », a maintes fois répété le rappeur, programmé vendredi 12 juin au parc Borély. Récemment encore à l’origine du tube Adriano, il surfe sur l’industrie hexagonale depuis 10 ans et diffuse ses rimes sur des musiques inspirées de l’Afrique comme de la pop occidentale.

    Parmi les autres artistes dévoilés, Huntrill et sa trap nonchalante, tout comme la nouvelle Princess du hip-hop français Juste Shani ou encore ElGrande Toto. Une « figure incontournable du rap marocain » qui « combine des productions fusionnant trap contemporaine et sonorités nord-africaines traditionnelles ». Autant de noms qui complètent une affiche déjà bien garnie par des artistes tels que le phénomène de la pop francophone Theodora, le rappeur Disiz, la chanteuse guyanaise de dancehall Bamby, ou la MC martiniquaise Meryl.

    « Collectifs locaux »

    Parmi les nouveautés annoncées mardi, « un troisième espace scénique dédié aux cultures club » verra le jour pour « mettre en avant des collectifs locaux », résume-t-on du côté de Marsatac, dont la 28e édition s’achèvera, dimanche 14 juin, par « une journée ouverte à tous placée sous le signe de la solidarité et du vivre-ensemble » à travers moments musicaux et autres stands de restauration.

    www.marsatac.com

  • Festival « Battement d’elles » à Nîmes : “Silex”, une conférence acrobatique sur la sexualité

    Festival « Battement d’elles » à Nîmes : “Silex”, une conférence acrobatique sur la sexualité

    On vous rassure tout de suite, c’est une conférence qui n’a rien d’un cours magistral ! Au contraire… À travers le personnage de Juliette, une acrobate qui raconte son parcours autour de la sexualité, Silex s’emploie, avec humour, « à questionner les idées reçues avec lesquelles on s’est construit. Par exemple celle qu’un rapport sexuel, pour être bon, doit durer longtemps ; que la pénétration est forcément centrale ; qu’une sexualité réussie, au sein d’un couple, va être une sexualité régulière… », énumère Inès Maccario, de la compagnie toulousaine Sid, auteure et interprète de ce solo.

    « L’idée est de démystifier des croyances autour de la sexualité et de célébrer le plaisir. Ces dernières années, on a beaucoup parlé des violences liées à la sexualité, ce qui est vraiment nécessaire. Mais on parle un peu moins du plaisir. J’avais envie de remettre ça au centre », développe cette acrobate diplômée de l’académie Fratellini, école supérieure des arts du cirque. Un médium sur lequel elle s’appuie pour créer cette « conférence acrobatique » conçue sur le modèle des conférences gesticulées. « Juliette est un personnage qui, pour gérer les choses et les comprendre, va être beaucoup dans l’analyse. Du coup, elle partage ses connaissances et ses recherches autour de la sexualité, mais raconte une histoire qui reste intime. On n’a pas le côté rébarbatif de la conférence, on est sur une autofiction, un parcours de vie, mais avec un personnage qui va quand même s’appuyer sur des recherches et pas simplement sur un ressenti », détaille Inès Maccario. Le corps, lui, « arrive dans les moments où la parole ne suffit plus ». L’acrobatie permet de représenter la sexualité de manière distanciée et métaphorique, « sans que ce soit une imitation crue. Ça permet que ce soit socialement partageable ».

    Accessible à partir de 14 ans, ce spectacle est régulièrement proposé dans des collèges et des lycées. Mais pas que ! Les adultes y sont également très réceptifs… « Je vois, quand on joue dans l’espace public, que ça leur parle aussi, car on a tous cruellement manqué d’éducation à la sexualité, en dehors de la reproduction », estime Inès Maccario. Ce spectacle « permet à chacun de tirer des fils et de faire des liens avec des vécus, sans poser de nouvelle injonction. Il n’y a pas une bonne et une mauvaise sexualité », insiste l’artiste.

    Jeudi 12 mars à 18h30, Silex sera donc proposé au lycée Daudet, salle Terrisse, dans le cadre du festival féministe des Ami.es du Prolé. Petit plus : chaque représentation est accompagnée, à la fin, d’un « bord plateau », un échange avec le public au cours duquel Inès Maccario est accompagnée de Ludi Demol Defe, conférencier spécialisé dans l’éducation affective et sexuelle.

  • [Spectacle] Un voyage à travers l’histoire des femmes et de leurs droits

    [Spectacle] Un voyage à travers l’histoire des femmes et de leurs droits

    « Plus qu’un spectacle féministe, nous avons voulu faire un spectacle humaniste », assure Lydie Belmonte.

    Née à Marseille, dans une famille d’origine arménienne – ses grands-parents ont survécu au génocide –, Lydie Belmonte, en plus d’être historienne, est autrice, interprète de jazz, actrice, danseuse. Sacrées F’Ames* est un spectacle qu’elle a écrit, mis en scène et qu’elle interprète avec Alina Jamgotchian, Nicole Moreno et Lady Lou, danseuses et chorégraphes, accompagnée par trois musiciens, José Assa (piano), Rémy Chaillan (batterie), Franck Blanchard (contrebasse). Le spectacle est composé de douze tableaux qui campent douze archétypes féminins. Créé en 2021 à Marseille, Sacrées’F’Ames a été joué au festival Off d’Avignon, l’été dernier.

    « J’évoque la déesse, la mère, la femme et le cycle de la lune, la jeune fille, la femme amoureuse, la femme de pouvoir, la sorcière, la sainte, la femme de lettres, la femme mariée, la séductrice, la fille de joie, la femme emprisonnée, la femme libre, la guerrière », retrace Lydie Belmonte. Le spectacle aborde la transmission des droits des femmes et la lutte contre les violences qui leur sont faites, tout en conservant une dimension sensible, poétique et parfois pédagogique.

    Hommage à Joséphine Baker

    L’autrice s’appuie sur l’histoire de femmes qui ont marqué leur époque. Par exemple Hildegarde de Bingen (XIIe siècle), thérapeute, médecin, poétesse, compositrice. Ou Suzanne Valadon, d’abord modèle pour des peintres comme Renoir, Puvis de Chavanne, et qui deviendra peintre. Mais aussi Joséphine Baker, Mélinée Manouchian… Dans Sacrées F’Ames, Lydie Belmonte incarne ces différents « visages » de la femme, par le jeu, le chant et la danse, entourée de danseuses.

    Elle-même marquée par une histoire douloureuse, Lydie Belmonte confie : « à travers ce spectacle, je voulais honorer le combat au quotidien de toutes ces courageuses et leur donner peut-être un peu d’espoir. Malgré le temps et l’espace, il existe une sororité. J’aime bien ce terme. Ce spectacle rend hommage aux porteuses de l’humanité, à toutes les guerrières d’hier et d’aujourd’hui, connues ou inconnues, ici et ailleurs, qui se sont battues, et se battent toujours, pour leur liberté, leur indépendance, leurs droits civiques, économiques et leur droit d’exister. » Elle continue : « “Sacrées F’Ames” vise aussi à dénoncer cette violence physique et psychologique des hommes à l’encontre des femmes. »

    Lydie Belmonte a dédié Sacrées F’Ames à la soldate Anush Apétyan. Cette mère de trois enfants, militaire dans l’armée arménienne, a été capturée en 2022 près de Djermuk par les Azéris, et torturée à mort. Les tortionnaires ont diffusé les images de leurs actes barbares sur les réseaux sociaux…

    * À 20h30, 200 rue Jean-Ferrat. Tarif : 15 euros. Détails au 04.84.83.07.43.

  • L’ouverture dominicale de la bibliothèque d’Avignon trouve ses adeptes

    L’ouverture dominicale de la bibliothèque d’Avignon trouve ses adeptes

    Depuis le 21 septembre, la bibliothèque Renaud-Barrault ouvre ses portes au public les dimanches après-midi, de 14 à 18 heures. Selon les premières données recueillies, 155 personnes en moyenne s’y rendent, chaque fin de week-end.

    « Pour nous, c’est un succès », se réjouit Bernard Autheman, conseiller municipal délégué aux bibliothèques, aux musées et à la culture provençale. Tout en assurant que ce chiffre-là « est en augmentation depuis novembre », l’élu insiste sur l’importance « d’avoir un équipement culturel ouvert le dimanche après-midi dans un quartier politique de la ville nous paraît essentiel », la bibliothèque étant située sur la rocade Charles-de-Gaulle. Chaque semaine, jusqu’à 1 300 personnes fréquentent l’établissement.

    S’appuyant sur une étude menée avec un étudiant en sciences politiques, fondée sur un questionnaire auquel 300 personnes auraient répondu, l’élu souligne que le public est majoritairement familial : environ 60% d’adultes et 40% d’enfants. Les femmes représenteraient deux tiers des usagers et un tiers des visiteurs ne viendrait que le dimanche. Comme quoi le rendez-vous a déjà trouvé ses adeptes.

    Un projet prolongé ?

    Comme annoncé lors de sa mise en place, le choix de la bibliothèque Renaud-Barrault plutôt que d’autres établissements, comme Ceccano en intra-muros, est assumé. « Avignon est une des rares villes à avoir un tel lieu dans un quartier prioritaire. Pour nous, c’est un lieu de vie culturelle, sociale et éducative. L’occasion de réunir tous les acteurs et les habitants », insiste Bernard Autheman. Depuis la réouverture du site fin 2024, plus de 1 000 personnes supplémentaires se sont inscrites à la bibliothèque. Un quart des prêts de documents sont également effectués à Renaud-Barrault.

    La mise en place d’une permanence avait notamment été décidée lors du conseil municipal du samedi 29 novembre dernier. Le projet avait suscité des interrogations chez les syndicats d’agents territoriaux, qui évoquaient une mise en place « sans concertation réelle ». Les permanences sont donc effectuées de façon équitable entre les agents du service. Les demi-journées dominicales travaillées sont également majorées.

    L’année en cours constitue une phase d’expérimentation de cette ouverture dominicale. « La culture et l’éducation sont essentielles à la vie démocratique et cette action est prioritaire », glisse le conseiller municipal qui, ne figurant sur aucune liste aux prochaines élections municipales, ne sera plus dans l’organigramme de la municipalité d’ici quelques semaines. Il espère que cette action sera « prolongée et amplifiée » par le ou la futur(e) maire de la Cité des Papes. À bon entendeur… ou lecteur.

  • Des réalisateurs font leur « première fois » à Marseille

    Des réalisateurs font leur « première fois » à Marseille

    « Cette année, la pression politique sur les lieux de programmation culturelle augmente, mettant en péril la liberté de montrer », observe dans un éditorial l’équipe du festival La première fois, se référant à certains épisodes récents comme la censure par le maire LR de Cannes d’une projection du documentaire autour du génocide à Gaza, Put your soul on your hand and walk, ou « le lobbying politique et médiatique pour la fiction évangéliste conservatrice Sacré cœur »

    Face à cette pression et « à l’approche d’élections qui pourraient voir arriver ces mêmes censeurs à de nouveaux postes de pouvoir », écrivent les jeunes organisateurs, « nous défendons par ce festival notre pratique, notre liberté et celles des réalisateurs et réalisatrices que nous diffusons ».

    Histoire et mémoires

    Créé en 2009 par des élèves aixois du master Écriture documentaire afin de montrer leurs films de fin d’études, le festival La première fois, dont la 17e édition investit quelques salles du centre-ville de Marseille du mardi 3 au dimanche 8 mars, s’est vouée au fil du temps à montrer des premiers documentaires. Cette édition s’ouvrira au cinéma Les Variétés par la diffusion de Festa Major, dans lequel Jean-Baptiste Alazard suit les habitants d’un village des Pyrénées « à l’approche » de cette fête qui « soude la communauté » depuis « au moins 125 ans ». Parrain du festival ce réalisateur dispensera une « masterclass » le lendemain à La Baleine, avant la diffusion d’un autre de ses films, L’âge d’or.

    À partir du 5 mars, le Vidéodrome2 deviendra le centre névralgique de La première fois et théâtre des projections d’une quinzaine de premiers films. Une séquence amorcée par celle de La station, court-métrage de Lisa Chapuisat qui rend un hommage musical à la dernière station uvale de France, « vouée à disparaître », dont le charme désuet mais profondément humain se répand sur le cours Pierre Puget. Le symbole d’une sélection dont la fraîcheur des films échappe à tout formatage, comme pourront l’illustrer notamment De plomb et de charbon de Thomas Uzan, plongée dans les « rêves disparus » des mines désaffectées de l’Est du Maroc « datant du protectorat français », ou encore Je ne suis qu’un corps. Sa réalisatrice Lael Morin « s’unit » à deux femmes qui « font corps pour briser le silence, pour raconter une histoire d’inceste ». De souvenirs et d’histoire, il sera aussi question dans Mémoires croisées, dans lequel Shayma’ Awawdeh fait rejaillir « la peur, l’état de siège et la mort, quotidien d’Hébron, en Palestine, durant la seconde Intifada » à travers « des souvenirs d’enfance entremêlés à la mémoire collective ». Des échanges sont prévus avec les cinéastes à l’issue des séances.

    Programme détaillé sur www.festival-lapremierefois.org