Category: culture

  • [Biographie] Voyage dans 4 décennies d’histoire du cinéma

    [Biographie] Voyage dans 4 décennies d’histoire du cinéma

    À notre grande honte, nous devons admettre que nous ignorions l’existence de Maurice Tourneur (1876-1961), avant que le facteur ne sonne à notre porte pour nous distribuer une enveloppe dans laquelle se trouvait un livre, sur la jaquette duquel un mystérieux monsieur, au regard doux et charmeur, nous invitait à faire sa connaissance. Bien nous en a pris d’aller directement à la table des matières, car, grâce à elle, nous sûmes qu’il nous était impossible de passer sous silence la biographie d’un cinéaste qui connut le muet, l’avènement du parlant, qui travailla aux États-Unis, revint en France, dirigea nos plus grandes vedettes, dont Fernandel, Louis Jouvet, Jean Gabin, Fernand Ledoux, Danielle Darrieux, et se mit à la traduction de romans policiers après avoir été amputé d’une jambe, suite à un accident de voiture.

    Une intense réalité

    La honte passée, elle nous revint lorsque nous apprîmes que Tourneur était le réalisateur de Volpone, sorti avant notre naissance, et interprété par Harry Baur, inoubliable dans sa recherche obstinée d’une diabolique vengeance. Preuve sans doute que la jeunesse s’intéresse, ou s’intéressait, davantage aux acteurs (surtout lorsqu’il y en a toute une pléiade) qu’au metteur en scène, au dialoguiste, ou à l’accessoiriste. Il nous aura donc fallu attendre Christine Leteux, couronnée par l’Institut Lumière, pour le savoir. Mais n’est-ce pas le rôle des ouvrages, fortement documentés, de combler nos lacunes cinématographiques ? Ce qui communique à cette biographie une réalité si intense, c’est que les moindres détails sont évoqués et décrits avec une rigoureuse précision. Chapeau bas à l’auteur ! Reste à espérer qu’un héritier de Miloš Forman, ou une héritière de Julie Taymor, en fasse un biopic.

    Actes Sud, 28 euros.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Chez Regards de Provence, le grand silence d’Albert Dubout

    Le tome quatre de son catalogue raisonné dénombre seulement 77 huiles sur toile ou sur bois. Entre autres, un David et Goliath de 1931 jovialement monstrueux et dissymétrique ainsi qu’un Autoportrait de 1938, ironique et songeur, deux toiles qu’on aperçoit au premier étage du Musée Regards de Provence.

    Dans ce très complet catalogue, des portraits d’amis, quelques natures mortes, des vues de village, des chats et des silhouettes burlesques – Don Quichotte, des petits-bourgeois vaniteux, une « Sous-maîtresse » pas du tout désirable et des vieilles matrones coiffées avec des chapeaux à fleurs – sont plaisants mais n’ont rien de miraculeux.

    Tableau bariolé et pointilliste

    En revanche, deux grands tiers de ces peintures sont consacrés à des silhouettes de matadors, aux courses de vachettes et aux corridas. Plusieurs des titres de ces toiles – « Le Moment des clarines », « l’Attente », « Monumental » ainsi que le rappel d’un très justement célèbre vers de Garcia Lorca – pointent la passion et le respect que Dubout pouvait éprouver en face des instants les plus tragiques de la corrida.

    Cet intraduisible de Lorca – « A las cinco de la tarde » n’est évidemment pas l’équivalent de « Cinq heures de l’après-midi – Albert Dubout en donne une vision à la fois ensoleillée et intranquille. Les bruissements de couleurs, les taches blanches, oranges ou bien rouges qui évoquent la foule sont interchangeables. Les hommes, les femmes et les enfants sont identiques. Les rumeurs et les ovations sont énormes, le souci du détail disparaît.

    Ce tableau bariolé et pointilliste laisse entendre que dans cette immense chorale, les rires et les sifflets peuvent soudainement s’interrompre. Dans ce gentil tournoiement de couleurs, au cœur de cette simplicité bon enfant, les lames et les découpes de la lumière sont d’ores et déjà omniprésentes. Les ombres pourraient brusquement grandir : la totale indécision de cet instant peut basculer du côté de l’insouciance de la fête, ou bien vers l’irrémédiable.

  • [Grand entretien] Miossec : « Même si ça tangue, on reste dans le bateau »

    [Grand entretien] Miossec : « Même si ça tangue, on reste dans le bateau »

    La Marseillaise : Vous le Brestois et Finistérien qui avez chanté par le passé des titres aux océans tumultueux comme « Une fortune de mer » ou « La mer, quand elle mord, c’est méchant », que vous inspire la Méditerranée ?

    Miossec : Ah ben, quand on est Brestois comme moi, on s’ennuie avec la Méditerranée [il se met à rire, Ndlr]. C’est un autre monde, une autre civilisation même.

    Une « civilisation » que vous avez eu l’occasion de côtoyer au cours de votre existence ?

    Miossec : Oui, j’habitais dans le Sud à un moment de ma vie. Dans les années 1990, j’avais même cherché une petite maison à Marseille, aux Goudes. Dans ce quartier et petit port de pêche, il y avait quelque chose de populaire que je retrouvais par chez moi. Après, j’y suis retourné récemment et c’est vrai que la population n’est plus trop la même. Vous savez, il y a eu un sondage récemment qui disait que les Brestois se considéraient d’abord Brestois, ensuite Bretons et enfin Français. Ça fait un point commun avec Marseille.

    La Méditerranée est peut-être plus calme que l’océan Atlantique, mais hélas aussi l’un des plus grands cimetières marins au monde…

    Miossec : Les chiffres sont encore plus terrifiants que l’année dernière. Ça devient un amoncellement de chiffres, sans visages.

    Des visages d’exilés que des associations comme SOS Méditerranée essayent de sauver en mer. Que pensez-vous de la criminalisation de leur action par une partie de la classe politique ?

    Miossec : Quand on voit l’ancien directeur de Frontex [l’agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes, dirigée entre 2015 et 22 par Fabrice Leggeri, Ndlr] qui est dans les rangs du Rassemblement national, on ne s’étonne pas. Et puis au niveau personnel, mon grand-père est décédé en Méditerranée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est mort au large de l’Égypte et toute ma famille a été marquée par cet événement. Il avait 27 ans et trois enfants. Il était canonnier.

    C’est ce qui explique aussi votre attachement à l’Arsenal de Brest ?

    Miossec : Ah oui car toute ma famille vient de là en fait. De l’Arsenal et de la marine nationale. On a l’impression que Brest, c’est vraiment au bout du monde. On n’a pas les yeux rivés sur Paris. On est des bourlingueurs.

    Pour revenir à la musique, les thèmes de la solitude et de la disparition sont récurrents dans votre répertoire,
    y compris sur certains de vos titres récents comme «
     Qui, quoi, où, comment et pourquoi ? ». Est-ce que
    ce sont des sentiments dont vous vous êtes accommodés ou bien vous hantent-ils toujours
     ?

    Miossec : C’est drôle car avec l’âge, la solitude est de moins en moins effrayante. Ça devient presque un luxe. Je fais un métier collectif quand même : partir en tournée, monter un groupe… C’est un plaisir de passer de l’un à l’autre.

    Sur votre dernier album en date, « Simplifier », vous revenez à un son très épuré, des paroles directes. Au-delà de cela, peut-on aussi voir cet opus comme un appel à plus de simplicité,
    à retourner à des fondamentaux humanistes en ces mondes où
    les repères basculent
     ?

    Miossec : Pour ce disque, tout a été fait à la maison, sans qu’on se retrouve dans les grands studios. À l’époque, il fallait beaucoup d’argent pour en faire. Ça s’est démocratisé.

    Un rare point positif de la mondialisation selon vous ?

    Miossec : Sur ce côté, c’est fabuleux car ça démocratise vraiment la pratique musicale. Après, le souci, c’est que la musique est devenue torrentielle. Les plateformes, telles qu’elles existent aujourd’hui et rémunèrent les artistes, sont pires que les imprésarios des années 1950.

    Ce sont vos concerts qui vous
    font vivre
     ?

    Miossec : Oh, j’ai aussi eu la chance d’écrire des paroles pour pas mal d’artistes [Birkin, Greco, Hallyday…, Ndlr] Après, moi, je suis pour la retraite à 60 ans. S’il n’y avait pas la notion de plaisir, je resterais à la maison.

    Avez-vous pris part au mouvement contre la dernière réforme des retraites ?

    Miossec : Oui. Après politiquement, c’est dramatique à Brest car la mairie vient de basculer à droite. Au niveau local, on peut vraiment voir la différence entre la gauche et la droite. Maintenant, on serre les fesses car il va y avoir des coupes sombres dans les programmes d’aides sociales notamment.

    Ce basculement de la gauche à la droite, pour ne pas dire à l’extrême droite, est généralisable à beaucoup d’endroits dans le pays. Vous dont le grand-père
    a été tué en 1939-45, voir que 80 ans après cette tragédie, les guerres et le fascisme frappent à nos portes, ça vous fait quoi
     ?

    Miossec : Ce qui est drôle, c’est qu’internet devait nous apporter des lumières. Or ça nous apporte de la noirceur. La bêtise est surmultipliée avec les algorithmes. Tout le monde pense avoir raison car chacun est conforté par ses algorithmes.

    « Est-ce que c’est la terre qui chancelle ou c’est de nous que vient le tremblement », chantez-vous sur
    «
     Une histoire de soleil »…

    Miossec : On ne va pas vers des lendemains qui chantent. Je ne pensais pas vivre un moment avec un horizon aussi sombre. Ça tremble de partout. Après, je ne suis pas désabusé non plus. Je m’implique. Dernièrement, j’étais à l’ultime meeting de gauche du maire sortant. Même si ça tangue, on reste dans le bateau jusqu’au bout.

    Entretien réalisé par Philippe amsellem

  • Une soirée entre engagement, culture et solidarité

    Une soirée entre engagement, culture et solidarité

    Derrière l’atmosphère festive, la soirée se voulait aussi militante. Le Comité des activités sociales interentreprises (Casi) cheminots a, comme chaque année, organisé son concert pour la paix, la solidarité et l’humanité, ce vendredi 3 avril, au 6MIC.

    Avant le spectacle, manière d’en rappeler la dimension engagée et progressiste, un temps de débat était proposé. La salle, pleine, a d’abord accueilli plusieurs figures d’associations partenaires du Casi : Michel Dolot du Mouvement pour la Paix, Michèle Giovanetti pour SOS Méditerranée, Catherine Zaparty pour le Secours populaire, ainsi que Charlotte Soller et Cyrille Bottey pour Orphelinat des chemins de fer français (ONCF).

    Dans un second temps, le débat a suivi un fil rouge : la culture et l’éducation populaire. Étaient invités l’écrivain et défenseur de la culture Pierre Dharréville, Guizmo du groupe Tryo, Mike du groupe Sinsémilia – tous deux artistes engagés – et Sébastien Gronnier, secrétaire Casi cheminots Paca. Une rencontre animée par Émilien Urbach, journaliste à L’Humanité.

    « Aller de l’avant »

    « Il serait dangereux de laisser la culture, notre imaginaire, simplement entre les mains du marché, prévient Pierre Dharréville. Des politiques publiques doivent être au rendez-vous pour nous permettre de ne pas subir, mais bien avoir des outils communs. (…) Continuons à pratiquer la culture pour nous exprimer, pour vibrer, nous interroger, comprendre le monde et aller de l’avant. » Pour Mike, si « nos chansons ne peuvent sauver le monde », on peut « avoir le rôle de haut-parleur ». Pour l’artiste, la culture est un vecteur de mobilisations, de messages. Le lieu où elle se pratique compte tout autant, estime Guizmo, rappelant que Tryo est né dans la MJC de Fresnes : « Ce sont des espaces temps ou différentes personnes se rencontrent. »

    « Si vous n’étiez pas là, on ne pourrait pas faire de concerts pour la paix, soutient un syndicaliste, dans la salle. Une société sans arts, sans musique, ce n’est que de la terre, que du sable. » E.B.-G.

  • [Vidéo] Les yeux pleins d’étoiles pour les petits bouts à l’Opéra

    [Vidéo] Les yeux pleins d’étoiles pour les petits bouts à l’Opéra

    Devant des tout-petits, c’est une première. Ça m’a beaucoup touchée, car j’ai majoritairement bien senti les enfants dans l’histoire et les parents aussi », relate tout sourire Muriel Tschaen, récitante du spectacle. Elle poursuit : « Au vu des retours faits à la sortie, on sent que tout le monde a passé un excellent moment. Je trouve ça génial ! »

    Les enfants, leurs parents ainsi que les professionnels des crèches accompagnants, soit environ 400 personnes, ont profité de cette matinée artistique. Une deuxième édition pour ce dispositif remarquable, axé sur le développement de l’éveil des enfants, le renforcement des liens familiaux et les échanges avec les crèches.

    « On a pu voir la joie et les sourires des bébés et des parents devant ce spectacle vivant, mais aussi la découverte d’un lieu de culture, d’un orchestre, et peut-être des vocations », note Guillaume Schmitt, responsable des relations extérieures et de l’action culturelle de l’Opéra municipal.

    À la sortie, la famille de Coralie, Julien et Li-Anna s’enthousiasme. « Ça lui a plu ! Très enrichissant, merci », dit le papa. « C’est super pour l’éveil musical des enfants », dit la maman. Et « le chaaat » remporte le cœur de la petite fille.

  • JonOne de retour avec une expo-vente

    JonOne de retour avec une expo-vente

    JonOne a tissé un lien particulier avec la capitale héraultaise. De nombreux Montpelliérains se souviennent de la première très belle exposition qui lui a été consacrée en 2015 au Carré Sainte-Anne. Presque 10 ans plus tard, en juin 2024, l’artiste peintre américain d’origine dominicaine, maître dans l’art du graffiti expressionniste abstrait, a de nouveau posé ses pinceaux à Montpellier pour une nouvelle exposition présentée, cette fois, au musée d’art urbain et contemporain Parcelle473. La même année, JonOne a également parrainé Solid’Art Montpellier, le salon d’art contemporain du Secours populaire.

    « Le peintre de l’énergie et de la lumière »

    À partir du 2 avril, il sera de retour sous la forme inédite d’une expo-vente. Organisée par la galerie Laurent Rigail à Paris en partenariat avec Altémed – l’aménageur public de la Métropole de Montpellier – et le musée montpelliérain Parcelle473, elle sera accueillie dans un lieu éphémère, une ancienne pharmacie* située près de l’église Saint-Roch, en plein cœur de l’Ecusson, qui abrita un temps la librairie En traits libres.

    Une sélection des œuvres de JonOne y sera présentée et proposée à la vente : « une sérigraphie d’assez grand format, des œuvres sur papier, quelques petites toiles petit format, jusqu’à des toiles plus importantes », liste Laurent Rigail, responsable de la galerie organisatrice. « JonOne est le peintre de l’énergie et de la lumière. C’est également le maître de la couleur. Parmi ses influences, on peut citer la peinture de Jackson Pollock et des grands expressionnistes. C’est aussi un passionné de l’abstraction lyrique des années 50-60. Toutes ces influences se retrouvent dans son travail », décrit le galeriste. L’artiste sera présent jeudi 2 avril pour le vernissage, ouvert au public (à partir de 18h30). Il proposera également une séance de dédicaces samedi 4 avril, de 14h à 17h.

    De son côté le musée Parcelle473, engagé dans une démarche d’éducation artistique et d’accessibilité à l’art contemporain, organisera sur place des ateliers créatifs pour les enfants (à partir de 5 ans) tous les mercredis et samedis pendant la durée de l’exposition (2 avril-2 mai). « Une façon d’éveiller la créativité des plus jeunes et de les initier à l’univers coloré et expressif de JonOne », explique Laurent Rigail.

    * 1 rue Voltaire

  • Jean-Luc Sarré, au fil des mots et de son œuvre

    Jean-Luc Sarré, au fil des mots et de son œuvre

    Le numéro de mars de la revue Europe publie un dossier – 70 pages, un entretien, des courriers et six articles – à propos du poète Jean-Luc Sarré, décédé à Marseille en février 2018. Pour cette occasion le CIPM convie samedi 4 avril à 16h Christophe Fourvel, responsable du sommaire du dossier et de proches amis ou lecteurs de JLS, Nicolas Cendo, Daniele Mémoire, Gilles Ortlieb et Jean-Baptiste Para. Avant de s’établir en 1968 à Marseille, Jean-Luc Sarré (pour abréger, parce qu’il ne s’attardait jamais sur lui-même, on l’appellera souvent JLS) avait quitté en 1961 Oran et l’Algérie. Il a 17 ans quand il rejoint Draguignan, peu de goût pour les études de droit qu’il abandonne pour habiter le Danemark pendant trois ans. Trois ou quatre passions l’ont constamment habité : l’équitation, le jazz, la peinture contemporaine, les livres et la poésie. Un numéro du Matricule des Anges de mai 2010 et le cahier d’une autre revue Il Particolare ont évoqué sa biographie, ses rencontres avec deux poètes des Cahiers du Sud, Jean Malrieu et Jean Tortel, son statut de libraire-galeriste pendant dix ans au 211 bd de la Libération, à l’enseigne de La Touriale. Grâce aux amitiés qu’il nouait (entre autres avec un grand lecteur de Musil, le philosophe Jean-Pierre Cometti) ainsi qu’avec des lectures programmées au musée Grobet Labadie, Marseille eut la chance d’accueillir des poètes comme Du Bouchet, Esteban, Jaccottet et Bernard Noël. Ensuite, à partir du musée Cantini dont son ami Nicolas Cendo fut le conservateur, Germain Viatte sollicita JLS pour imaginer en 1985 la Villa Air Bel, la Planète Affolée et le passage des Surréalistes. Une plaque commémorative signale dans la Vieille Charité qu’Emmanuel Ponsart lui avait demandé de jeter les bases de la Bibliothèque du CIPM lorsqu’elle était domiciliée au Couvent du Refuge. Les trois écrivains qu’il aimait le plus profondément sont Faulkner, Montale et Jacques Dupin. Ses plus valeureux éditeurs furent Flammarion, La Dogan et Le Bruit du Temps. Dans Europe, un bel entretien de Jean-Luc Sarre avec Gilles Ortlieb raconte admirablement sa trajectoire.

  • Vitesse de croisière pour le festival de l’excellence

    Vitesse de croisière pour le festival de l’excellence

    Un Grand théâtre de Provence sous le charme a suivi mardi soir le récital du jeune pianiste japonais Mao Fujita. Aix le connaît bien ; il est invité au Festival de Pâques pour la troisième année consécutive. La dernière édition le retrouvait auprès de Renaud Capuçon et le violoncelliste Kian Soltani, autre révélation du Festival. Le programme balayait le répertoire pianistique de Beethoven à Brahms et quelques chemins de traverses. Rien de démonstratif chez ce jeune artiste. En témoigne une première sonate de Beethoven tout en retenue, en légèreté. Une lecture à la fois tendre et subtile et un toucher du clavier jamais agressif.

    Une poésie de chaque mesure renouvelée dans la Sonate pour piano n° 1 de Johannes Brahms livrée avec une profondeur d’intentions bouleversante. Autour de ces deux piliers, des pièces pour piano de Wagner dont la transcription de La mort d’Isolde par Liszt, les Variations sérieuses de Mendelssohn très « Bach » et du Berg avant Berg encore teinté de wagnérisme. Du talent pur au service de la musique.

    Jordi Savall fait parler

    la Passion

    Atmosphère pascale mercredi soir avec Jordi Savall, le Concert des Nations et la Capella Nacional de Catalunya. On y mettait la mise en dialogue deux œuvres, deux visions de la Passion ; Le Christ au mont des Oliviers de Beethoven et Les Sept Dernières Paroles du Christ en croix de Joseph Haydn. Un programme fort, intense servi de mains de maître par le gambiste Jordi Savall qui n’a eu de cesse d’explorer les répertoires renaissants et baroques.

    C’est donc armé du Concert des Nations, crée en 1989 et de la Capella Nacional de Catalunya qu’il offre au public aixois une soirée qui peut déjà marquer cette édition du Festival de Pâques d’une fort belle pierre blanche. Les doutes et l’angoisse du Christ à Gethsémani, sont exprimés par la belle voix du ténor Emanuel Tomljenovic. Les dix adagios des Sept Dernières Paroles du Christ sont chargés d’un profond recueillement. Le chœur catalan y excelle, le concert de Nations est la formation idoine. Elionor Martínez (soprano), Lara Morger (mezzo-soprano), Manuel Ferrand Mitjans (ténor) et Walser (baryton) servent un discours d’une rare intelligence musicale.

  • « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    « J’ai les boules » : parties de slam dans les Bouches-du-Rhône

    Sitôt passée sa « surprise » lorsque Les Théâtres – groupement des scènes marseillaises du Gymnase et des Bernardines et des Aixoises du Grand théâtre de Provence et du Jeu de Paume – lui ont passé commande pour J’ai les boules, Iraka a tout de suite « abordé l’angle de son écriture avec le rapport intime » que ce slameur entretient avec la pétanque. « J’ai creusé dans mon histoire familiale où la pétanque était un endroit de convivialité, de jeu pendant les vacances », se remémore l’auteur et interprète de cette création qui tournera sur certains terrains de pétanque de Marseille et des alentours, à commencer par le Cercle de Saint-Barnabé, ce vendredi, à 19h. Un format musico-théâtral qui s’inscrit dans le cadre d’« Aller vers », projet initié par Les Théâtres en 2021 et destiné à emmener gratuitement le spectacle vivant à la rencontre du public.

    J’ai les boules arbore une forme « hybride » de 30 minutes au cours duquel la compositrice et DJ électro Mila Necchella assure aux platines, aux côtés d’Iraka, dont le flow se répand sur la terre battue chère aux boulistes. « Avec des ambiances sonores qui évoquent la Méditerranée », campe ce dernier, avant d’énumérer les multiples dimensions de la création : « Musicale, théâtrale et aussi stand-up. »

    D’Arles à Rognes

    En effet, l’humour et parfois le folklore alimentent les discussions et autres conciliabules qui enveloppent toute partie de pétanque digne de ce nom. « Nous nous sommes entre autres inspirés de scènes de Pagnol, d’un certain franc-parler. On a voulu créer du mouvement et de la drôlerie », rappelle Iraka à propos de cette création, qui passera ensuite, samedi 4 avril, par La boule des vents (12h), au Panier, et le Boulodrome Targuist, qui surplombe le Théâtre Silvain (18h30). Autant de scènes à l’ambiance « rap et électro » auxquelles les deux artistes intègrent les voix de joueurs de pétanque chevronnés, comme la championne Charlotte Darodes, dont « nous nous sommes inspirés pour la démarche sportive de haut niveau », souligne Iraka, citant également d’autres pétanqueurs emblématiques comme Marco Foyot, ou encore « le bombardier tunisien » Mohamed Ferjani.

    « Abreuvé par les articles de “La Marseillaise” » lors de la création de J’ai les boules, le slameur a aussi poussé sa démarche jusqu’à « palper » les ambiances des parties de pétanque du quotidien, notamment au Boulodrome Daillan, dans le quartier arlésien de Trinquetaille où il réside, et qui accueillera d’ailleurs deux représentations le 12 avril. Le spectacle poursuivra sa route du 14 au 24 avril en écumant tour à tour les terrains de pétanque marseillais de Carli, du Talus, celui de l’esplanade du Séquier à Barbentane, le boulodrome municipal du Rove, le boulodrome Méano de Miramas, celui du Grand Pavois à Septèmes ou encore celui du Parc Versaille à Rognes.

  • Les Fous chantants : quand Aznavour rencontre Soprano

    Les Fous chantants : quand Aznavour rencontre Soprano

    Mille choristes rassemblés autour de leur passion, pour rendre hommage à des grands noms de la chanson française. C’est, depuis bientôt 30 ans, la recette à succès des Fous chants d’Alès qui, chaque été, offrent huit jours de répétitions intenses et de partage choral aboutissant à des concerts grandioses dans les arènes.

    Pour participer, pas besoin d’attester d’une quelconque expérience en matière de chant, ni d’un talent particulier. Pas de sélection, pas de casting. « La seule chose qui compte, c’est l’envie de chanter », insiste Fabrice Schwingrouber, directeur artistique des Fous chantants qui a pris, il y a près de 10 ans, les rennes de cette manifestation atypique créée par son père en 1998.

    «1 000 personnes, c’est une micro société, avec plusieurs générations ! Il n’est pas rare qu’il y ait de la grand-mère jusqu’aux petits-enfants qui chantent. Il y a un esprit “colo” où les gens se retrouvent, avec quelque chose de social », décrit Fabrice Schwingrouber. Il y a les inconditionnels, qui viennent chanter chaque année ; ceux qui viennent en fonction de l’artiste célébré ; et d’autres encore qui sont curieux de découvrir un répertoire. « On essaye toujours d’avoir à peu près 20% de nouveaux », souligne le directeur artistique.

    1 000 voix, 2 répertoires

    Seule contrainte : « un chœur est composé de 4 pupitres (registres vocaux) : soprano, alto, ténor et basse. On doit donc établir une jauge par pupitre afin d’assurer un certain équilibre du chœur. »

    Une fois inscrits dans leurs pupitres respectifs, « les participants reçoivent chez eux, de fin avril à mi-juin, tous les chants à travailler. Si bien que le premier jour des répétitions, quand ils se retrouvent, on fait “3, 4 “ : et le chœur chante ! Alors qu’ils n’ont jamais chanté ensemble », décrit Fabrice Schwingrouber.

    Portée par une énergie collective, la magie opère. Durant huit jours, ces 1 000 voix répètent, peaufinent leurs accords avant d’offrir deux concerts gigantesques dans les arènes d’Alès. Après Zazie l’an dernier, ce n’est pas un mais deux artistes qui seront célébrés cette année devant deux fois 3 800 spectateurs, les 31 juillet et 1er août. Deux répertoires, deux générations  : Charles Aznavour, qu’on ne présente plus et l’auteur-compositeur-interprète marseillais Soprano, « qui peut avoir une image de rappeur mais qui est surtout un chanteur doté d’une voix phénoménale. Les choses n’ont pas été faites au hasard. Soprano a une grande estime pour le travail d’Aznavour. D’ailleurs il interprétera quelques-unes de ses chansons. Je trouvais ça intéressant de rassembler ces deux répertoires exceptionnels et très différents en apparence », détaille Fabrice Schwingrouber. « Ce projet favorise la transmission : il fait découvrir des répertoires classiques aux plus jeunes et des univers plus contemporains aux aînés ».

    * La billetterie ouvrira sous peu, avec réservation
    sur www.fouschantants.org,
    à la permanence des Fous chantants (espace André Chamson, Alès) ou via
    les partenaires traditionnels