Category: culture

  • [Danse] « Kill me », une vie d’artiste jusqu’à la mort à Martigues

    [Danse] « Kill me », une vie d’artiste jusqu’à la mort à Martigues

    Après Fuck me (2020), puis Love me, Marina Otero livre le troisième volet de sa saga autobiographique, intitulée Recorda para vivir (« se rappeler pour vivre »), avec Kill me, qui prend ses quartiers au Théâtre des Salins mardi 10 février. « Prise par le cliché de la quarantaine, j’ai commencé à filmer tout ce que je faisais : le cœur ouvert 24h sur 24, j’enregistrais tout. Jusqu’au jour où je me suis effondrée et on m’a posé un diagnostic psychiatrique », écrit sur sa note d’intention cette metteuse en scène, réalisatrice et interprète argentine qui a décidé de « présenter différentes versions de ses œuvres jusqu’au jour de [sa] mort ».

    « Folie amoureuse »

    Dans Kill me, Marina Otero fait appel à « quatre danseuses atteintes de troubles à la personnalité » et ressuscite l’esprit du danseur étoile des Ballets russes Nijinski « pour créer un spectacle sur la folie amoureuse », ajoute cette artiste totale qui fait rejaillir tous les types de violences, dont elle a été témoin ou victime, dans une danse performative à la mise en scène brute. Qu’on l’aime ou le déteste, son art ne laisse jamais insensible, à la manière du poète marseillais au génie écorché, Antonin Artaud, dont elle est une admiratrice. « Il a fini sa vie dans un hôpital psychiatrique, ce qui m’intéresse et me touche beaucoup. Dans sa démarche artistique, il ne concevait pas l’œuvre d’art séparée de sa vue personnelle. Des relations étroites qui me parlent beaucoup et représentent assez bien mon propre travail », confiait Marina Otero à La Marseillaise il y a trois ans.

    Le 10 février à 20h30. Entre 10
    et 20 euros. www.les-salins.net

  • Les circassiens vont entrer en piste sur la Canebière

    Les circassiens vont entrer en piste sur la Canebière

    Rendez-vous gratuit institué par la mairie des 1er et 7e arrondissements depuis cinq ans, « Au bout, la mer : cirque ! » revient clôturer l’entre-deux Biennale internationale des arts du cirque (Biac), dimanche 15 février, à partir de 10h, sur la Canebière. « C’est une édition particulière, la 5e et dernière de la mandature », rappelle l’adjointe aux mémoires et cultures du premier secteur, Agnès Freschel, à propos de cet événement qui réunit chaque année autour de 15 000 spectateurs sur la plus célèbre des artères marseillaises.

    « Des gens venus exprès comme d’autres qui n’ont pas l’habitude du spectacle. Alors que l’état du monde se dégrade, j’espère vraiment qu’on va pouvoir continuer. Cette ville tient bon grâce à des acteurs comme vous », s’adresse-t-elle en direction des artistes, parmi lesquels ceux de la compagnie Cirque immersif, qui viendra jouer trois Impromptus à 11h en bas de la Canebière au niveau du métro Vieux-Port, à 13h10 au niveau de la place du Général-de-Gaulle et à 15h20 en haut de la partie piétonne de l’avenue. « On explore l’espace urbain sur une perche en métal noir qui va de 2 m jusqu’à 8 m de haut », situe Debora Fransolin, qui voltige dessus, tandis que son compère Marin Garnier porte ce mât chinois géant de 20 kg. Ce dernier résume : « C’est un moment de suspension et de partage, autant acrobatique qu’aérien. On avait envie de prendre la perche, qui est à l’origine un agrès de cirque traditionnel, pour l’amener dans l’espace public. Pour cette proposition, ce sont les spectateurs qui nous aident à porter ce mât. Il passe de mains en mains. Sans eux, on ne peut pas avancer, il existe une interdépendance. »

    Trapèze et roue giratoire

    Parmi les autres formes à l’œuvre sur la Canebière, celle de la compagnie Les petits bras prendra ses quartiers à 12h10 et 15h15 face à la Chambre de commerce et d’industrie. Ce collectif composé d’artistes venus « de Finlande, du Pérou, du Canada, d’Islande, d’Espace ou de France » présentera « un spectacle de trapèze volant » depuis « une structure qui monte jusqu’à 10 m de haut », indique Guy Carrara, l’un des directeurs d’Archaos, pôle national des arts du cirque qui organise l’entre-deux Biac. À l’angle Canebière-Saint-Férréol (12h40 et 16h), Les Filles du Renard pâle montreront, elles, Roue giratoire, « essayant de contrôler l’incontrôlable dans cet agrès qui tourne dans tous les sens ».

    La journée d’« Au bout, la mer : cirque ! » sera également jalonnée d’ateliers de jonglage et hula-hoop. Sans compter, en parallèle, la tenue d’un marché, l’installation de jeux pour enfants, de « marchés de disquaires et de producteurs. On convoque tout cela pour passer un moment ensemble, et pas seulement voir des spectacles. C’est le plus important », estime Raquel Rache de Andrade d’Archaos.

  • « La famille », toute une affaire au théâtre de l’Odéon

    « La famille », toute une affaire au théâtre de l’Odéon

    Deux frères, incarnés par François-Xavier Demaison et Patrick Timsit, se vouent une rancune tenace. Ils se détestent, ne se voient jamais mais vont être réunis chez leurs parents, arrangeants comme ils peuvent à l’occasion d’un repas. Au sein de la fratrie, celui qui a « réussi », venu aux côtés de sa femme, va devoir demander un sacré service à l’autre, le « glandeur » de La Famille. Le point de départ de cette pièce aux thèmes universels écrite et mise en scène par Samuel Benchetrit. Une comédie qui prend ses quartiers du mardi 10 au samedi 14 février au théâtre de l’Odéon, dans le cadre de la saison hors les murs du Gymnase, fermé depuis plus de quatre ans. Le chantier de rénovation de ce dernier a été lancé en novembre et doit rouvrir ses portes à la rentrée 2027.

    « Émotion universelle »

    « Il y a une unité de lieu. Ça se passe le temps d’un apéritif, en direct, et le public assiste à cette rencontre familiale », a pu décrire Patrick Timsit sur France 5.

    « Je ne sais pas si c’est une famille dysfonctionnelle, mais elle me fait penser à beaucoup de familles. On rit beaucoup au début de la pièce, puis on est saisi par cette justesse, cette émotion universelle qui nous relie à nos frères, à nos sœurs », ajoute François-Xavier Demaison au sujet de cette « soirée qui promet bien des surprises, entre incompréhension, rire et amour ».

    Les 10, 12, 13 et 14 février à 20h. Le 11 février à 19h. Entre 10 et 47 euros. www.lestheatres.net

  • Archipel 49, des îles aux chansons s’amarrent à Marseille

    Archipel 49, des îles aux chansons s’amarrent à Marseille

    En ce vendredi 6 février, le son flamenco Limosna de amores, provoqué par le guitariste Bruno Allary et la chanteuse Sylvie Aniorte-Paz, résonne sur la scène de l’auditorium d’Archipel 49. Des « Aumônes d’amour » laissant entrevoir tout l’éventail des musiques, chants et contes, qui vont s’amarrer dans cet espace de plus de 700 m² sur trois niveaux établi au 49 de la rue Chape, niché entre les Cinq avenues et le Camas. « Un espace de création et d’expression pour les artistes des musiques et des contes », résume Florence Chastanier, présidente de ce lieu désormais géré et animé par « cinq structures aux identités plurielles et aux valeurs communes » : les Voies du chant, l’Éolienne, la compagnie Rassegna, Prodig’art ainsi que la compagnie VBD&CO. Une alliance dans le but de proposer « plus de créations originales autour d’esthétiques multiples en direction des publics de Marseille et d’ailleurs », ajoute-t-elle à propos de cet édifice qui avait accueilli dans le passé le Centre national d’insertion professionnelle des artistes lyriques (Cnipal) et le Conservatoire de Marseille. Puis, l’Institut national supérieur d’enseignement artistique Marseille-Méditerranée en a eu la gestion entre 2022 et l’été 2025. Archipel 49 a ensuite « signé une convention d’occupation temporaire pour cinq ans » avec la Ville, propriétaire des lieux, rappelle Maxime Vagner, directeur du bureau de production Prodig’art.

    Croisements

    Installée dans ces lieux depuis 2018, la Maison du chant a donc été rejointe par ses « amis et complices pour imaginer un archipel de plusieurs îles », image sa fondatrice Odile Lecourt. Une aventure collective pour la diffusion, la création mais aussi « l’éducation artistique et culturelle » dans laquelle s’embarque donc la compagnie Rassegna, dont l’ADN repose « sur le croisement des musiques populaires de Méditerranée » et la transcendance des « clivages entre musiques savantes et populaires », situe Bruno Allary ; l’Éolienne, ancienne salle de Noailles et « pôle de création et de développement autour de l’art du conte », dixit sa directrice Claire Leray ; le bureau de production Prodig’art, et la compagnie VBD&CO du mandoliniste Vincent Beer-Demander.

    Une programmation 2026 a déjà été esquissée avec des événements communs à toutes les structures, à commencer par « une traversée jeune public en partenariat avec le festival Babel Minots », les 14 et 15 mars, irriguée par les représentations d’Eh bien dansez maintenant!, du Carnaval des animaux, Des rivages et Un jeune coq. Ce qui n’empêchera pas, par ailleurs, chacune des associations à proposer des rendez-vous propres, parmi lesquels de nombreux concerts et autres résidences d’artistes.

    Programme complet sur www.archipel49.fr

  • Christian Ducasse, inconditionnel du jazz et de la photo

    Christian Ducasse, inconditionnel du jazz et de la photo

    Au milieu des années 1970, Christian Ducasse avait suivi des études d’Histoire-Géo à Aix « pour mieux voyager ». Des amis, entre autres Yves Sportis, futur rédacteur en chef de Jazz-Hot, l’avaient emmené écouter depuis le poulailler de l’Opéra de Marseille l’infatigable batteur Max Roach. Un autre jour, avec son ami Claude Vesco il prenait le train de Venise pour la rétrospective de Cartier-Bresson qu’il vénérait.

    Ducasse était tenace, revenait au Prado pour ses cours de photojournalisme dans l’école créée par Pape Diouf. On l’apercevait pendant les manifs autour de la rue d’Aubagne, pour ses expositions de photos du Festival de Nîmes et ses portraits de musiciens à l’Alcazar. Il faisait signe à ses amis de Forum 92, du Pêle-mêle, de Viva de Jean-Claude Izzo et de La Marseillaise de Jacques Roger, Michel Cassel et Jacques Corot.

    Élue écologiste, Christine Juste se souvient très fort qu’elle était son interprète en anglais pour des fous rires et des nuits, du côté du bar Stop de l’Opéra ou bien en voiture, en compagnie de Don Cherry et de Didier Lockwood. Avec Christian, elle avait rencontré chez Toursky Barbara, Ferré et Lavilliers. Jean-Louis Pacull veut très fort qu’une autre passion de Ducasse, le football permette un jour de réunir un livre et une exposition de ses photos de l’OM. Cours Julien, Varoujan Arzoumanian et les éditions Parenthèses publièrent ses noirs et blancs à propos des Batteurs de Jazz, préfacés par Jacques Réda.

    Humour, engagements et gravité

    Il était parti vivre vingt ans à Paris où il avait rencontré sa compagne, iconographe à l’Événement du Jeudi, Joséphine Pannard. Ensuite ils s’étaient fixés en Normandie, leur fils se prénomme Henri. Pierre Ciot lui voue une immense gratitude : pour la reconnaissance des droits des photographes, Christian s’impliquait en première ligne.

    Depuis la Maison Rouge de Sainte Baume, autrefois journaliste à France-Inter, Sylvie Coulomb se rappelle de son goût pour les polars, Manchette et Chester Himes ainsi que pour son homonyme Isidore. Ensemble, ils ont tourné avec des chansons de Jacques Menichetti des bouts de films foutraques comme Cinq gars pour Zacharie.

    Christian Ducasse prenait son temps, les portes les plus difficiles s’ouvraient. On avait confiance, on affectionnait la loyauté, l’humour et la gravité de Pistou for ever. Début février un cancer a vaincu son amour de la vie, la bataille contre l’oubli de ses images s’engage sans lui. Ses merveilles, entre autres ses portraits de Miles Davis, Claude Lanzmann, Michel Petrucciani et Franck Ribéry sont déjà entrés dans la légende du XXe siècle.

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Vieille Charité, la déesse Neith, objet migrateur

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Vieille Charité, la déesse Neith, objet migrateur

    On la découvre dans la proximité de l’une des plus célèbres pièces de la section égyptienne du musée d’archéologie méditerranéenne, le bois doré d’un ibis qui représente le dieu Thot.

    En dépit de divers accidents et de plusieurs péripéties que nous allons raconter, la déesse Neith est visiblement une jeune femme de très haut rang. Nobles et belles, distantes et puissantes, son effigie et son allure provoquent un respect immédiat. Les récits de la mythologie indiquent que ses pouvoirs sont de première importance. Elle incarne la voûte céleste. Créatrice de la Lumière et du Soleil, Neith engendre l’inondation annuelle du Nil et fait pousser la végétation. Les Égyptiens la considéraient comme la déesse de la chasse et de la guerre : elle met en déroute les mauvais esprits et protège le sommeil des humains.

    Des fragments de sa silhouette manquent ou bien sont altérés. Son maintien au centre d’une salle de la Charité, le socle qui la tient debout soulignent qu’il s’agit des deux-tiers de son corps. Son nez est ébréché, deux attributs du sacré qu’elle devrait pouvoir tranquillement arborer ont été mutilés. Au milieu du corps et en main droite, le bâton du spectre d’Ouas qui permet de capturer des serpents est incomplet. En main gauche, le fantôme de l’anneau de sa Croix de vie aurait pu disparaître. Sa blessure majeure se situe dans son dos qui n’est plus exactement féminin. Elle avait été commanditée pendant le règne du pharaon Amenopeth III qui naquit en 1400 avant notre ère et qui fut le père d’Akhenaton et le grand-père de Toutankhamon. Par la suite, Ramsès II qui prit le pouvoir vers 1314 avant
    J-C a très fâcheusement dénaturé son envers qu’il s’est totalement approprié : il a demandé que les huit cartouches de sa titulature royale soient sculptées et accolées sur ses arrières.

    Neith est l’une des plus anciennes pièces de la collection archéologique de Marseille. Elle avait fortuitement servi de pierre de lest pour le retour depuis Le Caire d’un navire vidé de sa cargaison. Longtemps négligée, elle fut débusquée à la fin du XVIIIe siècle dans un sous-sol de l’Arsenal des Galères.

  • [Lecture] Se souvenir, c’est se garder en mémoire

    [Lecture] Se souvenir, c’est se garder en mémoire

    Je me souviens des jours anciens et je pleure, écrivait Verlaine. Mais Winock ne se laisse point blesser par les sanglots longs de l’automne, et préfère s’en remettre à sa mémoire, même s’il sait que l’automne est le commencement du déclin.

    Fatalité que Hermann Hesse nous demande d’accepter, puisque toute matinée veut devenir soirée, et que le plus bel été veut voir la nature qui se fane, et l’automne qui vient. Tous les auteurs, dont Lamartine, se sont vus avancer dans leur « obscur voyage », mais c’est à Ernest Renan que nous avons pensé en lisant les Jours anciens de l’une des plus belles plumes de notre littérature. Renan, le philologue attaché à sa Bretagne natale, et qui écrivit que, durant ses années de vieillesse, il prenait plaisir à recueillir les bruits lointains d’une Atlantide, mythique et disparue.

    L’extraordinaire basculement

    Biographe, entre autres, de Flaubert et de Mitterrand, Michel Winock, issu de la « banlieue rouge », est surtout connu pour avoir fait progresser notre connaissance de la Commune, de Georges Clemenceau, du monde selon Victor Hugo, de Charles de Gaulle, de l’histoire politique et intellectuelle des XIXe et XXe siècles.

    Aussi attendez-vous à ce qu’il regarde celui dans lequel nous vivons, non pas avec les yeux d’un homme qui manifeste un attachement excessif au passé, et refuse de s’indigner des travers d’autrefois, mais avec ceux d’un historien, héritier (comme nous le sommes tous) de son enfance, et conscient de l’extraordinaire basculement d’une société où l’ancien paraît complètement goudronné par le nouveau. Un livre, d’une documentation sûre, qui nous empoigne et ne nous lâche plus.

    Folio, 8,60 euros

  • [Entretien] « Le classique ne doit pas être réservé à des happy few »

    [Entretien] « Le classique ne doit pas être réservé à des happy few »

    La Marseillaise : Pourriez-vous nous citer quelques morceaux choisis de la programmation 2026 ?

    Valérie Chevalier : Pour ce qui est de l’opéra à proprement parler, je dirais La Traviata (au mois d’avril) et Don Giovanni, de Mozart (en mai), qui affichent déjà quasiment complet. Ce sont des grands titres que le public attend. Certains concerts grand format sont également des temps forts. Par exemple les Tableaux d’une exposition (6 janvier) ou encore Un requiem allemand de Brahms (5 juin), chef-d’œuvre de la musique romantique pour le chœur. On a aussi, c’est un rendez-vous que les Montpelliérains apprécient, la
    « Spring party » avec la DJ Barbara Butch (21 mars). Ça fait 6 fois qu’elle vient, les gens se ruent sur les places !

    On s’est également lancé dans de nouvelles aventures, avec une boum pour les jeunes à l’opéra (22 mars), déjà complète. Parmi les grands moments, on peut aussi citer les ciné-concerts, en l’occurrence Laurel et Hardy, de Charlie Chaplin (26 au 27 février). On accueille par ailleurs en résidence un super ensemble baroque qui monte : Le Consort. On affiche complet à chaque fois qu’il passe ! (Corelli#2 le 11 avril, Concertos de Bach le 19 mai). Enfin, en danse, on a la chance, cette année, que Benjamin Millepied crée chez nous sa nouvelle pièce sur Barbara, qui va ensuite tourner dans le monde entier (22 et 23 avril).

    Vous tentez de casser les codes de l’opéra, qui souffre souvent d’une image élitiste ?

    V.C. : On essaie, oui. L’idée est de croiser non seulement les publics, mais aussi les disciplines, les artistes. D’ouvrir le lieu. La musique classique ne doit pas être réservée à des happy few. Le but est que ce soit vraiment transgénérationnel.

    Cette volonté d’ouverture au plus grand nombre se traduit par de nombreuses propositions en matière d’accessibilité et de médiation culturelle ?

    V.C. : Effectivement, ça fait plusieurs années déjà qu’on s’investit dans tout ce qui est publics et artistes en situation de handicap. On propose des spectacles bilangues français – langue des signes, avec des gilets vibrants, des audiodescriptions pour les aveugles. Depuis cette année, le dispositif relax ouvre des représentations à des gens porteurs d’un handicap intellectuel, cognitif, psychique, ou plus largement un handicap qui entraîne des comportements atypiques. On travaille aussi beaucoup avec des jeunes qui sont en milieu hospitalier, comme à l’institut Saint-Pierre de Palavas, où on anime des ateliers de chant. On se rend également dans les Ephad, où on propose en moyenne 40 concerts par an, ainsi que dans les prisons. Sans oublier, bien sûr, le travail qu’on mène avec des écoles des quartiers prioritaires de la ville, comme la Mosson. Pour la suite, on va lancer un atelier en ruralité un peu défavorisée. On est en discussion avec la mairie de Ganges et je pense qu’on ira aussi à Lodève.

    L’idée est d’amener la musique classique vers un certain public, qui autrement ne se déplacerait pas naturellement. L’idée étant aussi que, par la suite, ils osent venir d‘eux-mêmes à un spectacle à l’opéra Comédie.

    Comment se porte financièrement l’Opéra Orchestre national de Montpellier ?

    V.C. : Comme les autres maisons. C’est difficile… Mais nous avons la chance d’être bien soutenus par nos tutelles, notamment la Métropole de Montpellier (un peu plus de 13 millions d‘euros, ce qui est un énorme effort), la Région Occitanie (3,8 millions) et l’État (3,2 millions). Le Département, quant à lui, devrait revenir un petit peu, mais pour l‘instant on a dû réduire toutes nos activités en direction des collèges et des pouponneries.

    Notre budget est de 22 millions d’euros, financé à environ 80% par des subventions publiques. Pour le reste, nous travaillons à développer nos ressources propres : billetterie, prestations, coproductions, appels à projets mais aussi mécénat. Notre président Bernard Serrou, récemment décédé, était très actif dans ce domaine. On essaie d’aller chercher davantage de moyens pour ne pas avoir à réduire notre ambition, mais c’est délicat. D’autant que nous faisons en sorte de maintenir des tarifs raisonnables, même s’ils augmentent un peu. On propose notamment des abonnements pour les enfants. Des abonnements jeunesse en pass’ illimité permettent par ailleurs aux étudiants de tout voir pour 70 euros l’année. On a aussi des tarifs de dernière minute quand il nous reste des places… En matière de fréquentation, on n’a pas à se plaindre : on est entre 80 et 100%. Le public suit énormément.

    Que peut-on vous souhaiter pour 2026 ?

    V.C. : Avec les élections municipales, on marche tous un peu sur des œufs… Depuis quelques années, nos subventions sont relativement stables. On a un maire qui soutient beaucoup la culture. C’est toujours un peu le stress avant les élections, car si un prochain maire décide qu’il coupe… C’est l’angoisse, non seulement pour moi mais aussi pour nos 215 salariés, qui interviennent sur tout le territoire : dans les crèches, les écoles, les Ehpad, les hôpitaux, les prisons… Avec moins de moyens, toutes ces actions seront difficiles à mener.

  • [Portrait] Christèle Gonçalves : allégresse et musicalité

    [Portrait] Christèle Gonçalves : allégresse et musicalité

    De tout temps, du plus loin qu’elle se souvienne, les joies, les regards et les besoins que procure la peinture étaient présents dans sa vie quotidienne. Très jeune à l’école, mélanger des couleurs et reproduire très vite les harmonies qu’elle souhaitait, faisaient partie de ses gestes familiers. Ce fut un réflexe, c’était incontournable : apprendre le dessin, choisir d’être étudiante aux Beaux-Arts relevaient de l’évidence.

    Parmi les peintres qui l’habitent depuis longtemps, il y a Turner et Joachim Sorolla, David Hockney et Peter Doig. Les couleurs, la figuration et des pointes de modernité ont leur nécessité, l’air du temps a ses potentiels et ses contradictions. Son compagnon, le père de ses deux filles est informaticien. À Luminy, elle avait bifurqué du côté de l’apprentissage de la communication. Le diplôme, les machines qu’elle avait dessinées à propos de « Londres à l’époque des Lumières », relèvent partiellement de la sociologie, c’est une sorte de décryptage.

    La vision de la Maison de la Cascade de Frank Lloyd Wright la captive. Entre1990 et 2015, elle pratique passionnément la musique ainsi que les arts de la cuisine. Ou bien, puisque tout n’est pas uniquement pictural, elle voyage. Elle visite le Moma, elle aime profondément les fjords et les embarcadères de la Norvège. Elle lit Charles Buckowski et Virginia Woolf.

    Comme une déferlante,
    la roue des saisons

    Pendant les récentes années, Bernard Plasse à la galerie du Tableau, Christiane Courbon à Châteauneuf-le-Rouge, Pierric Paulian de la Nave Va et Martine Robin pour la sélection du Prix Mourlot ont exposé sa peinture. Rétrospectivement, Chrystèle Gonçalves estime que « les Beaux-Arts furent une traversée un peu floue… tout cela a pris le temps de germer depuis, en attendant le bon moment… il faut apprendre à être patient ».

    Le salon de son appartement du cours Julien est devenu son atelier. Un processus de grande intensité, quelque chose d’irréversible s’est enclenché. Elle commence par peindre des natures mortes en petit format. Les réminiscences et les emportements de chaque tableau engendrent les éveils de nouvelles toiles. Aujourd’hui, comme le démontre le premier mur de son exposition de la rue Consolat, le souffle du métier qui vient, un très vif acharnement lui permettent de prendre le risque de réaliser promptement des grands formats comme les toiles exécutées pendant la première semaine de décembre, quelques jours avant l’inauguration. Des fluidités et des cohérences se sont immédiatement installées, quatre grands panneaux d’une hauteur maximale pour les dimensions de son atelier se sont juxtaposés.

    C’est à la fois réfléchi et intuitif. Ses peintures composent un mixte de formes, de couleurs et de lumières, une simultanéité et des convergences qui relèvent à la fois de la nature morte ou bien d’un fragment de paysage. En dépit de telle ou telle imperfection, malgré des surprises et d’inévitables baisses de régime, un chemin se fraye.

    Rien qui ne soit tragique ou bien mélancolique

    Au départ, elle mettait en place sur un coin de table des éléments minuscules : des pois chiches, des jonchées de feuilles mortes, des ombres et des chatoiements, des radis, des haricots, des cerises et des pop-corns. Une joyeuse translation, une allégresse advenaient. Dans ce travail, rien qui soit tragique ou bien mélancolique. Les temps, les lumières et les impressions se mélangent. Ce qui prévaut au fil des saisons, ce sont des échos et des fugues qui s’organisent, les résonances d’une vraie musicalité.

    En face de cette œuvre quelquefois un peu trop répétitive, on imagine des ressorts ingénus et instinctifs. C’est archaïque, inattendu et sans attaches particulières. Toutes proportions gardées, ses tableaux peuvent faire songer aux bonheurs d’expression de Séraphine de Senlis. C’est indiscipliné et quasiment interminable. Un tumulte fugitivement contenu, des virtualités et des effervescences trouvent leur espace. Chrystèle Gonçalves explique que cela part de presque rien : un parfum dont elle s’éprend, un souvenir olfactif. Une toile peut provenir d’une odeur de mousse dans les bois brusquement remémorée, ou bien de l’étonnement en face d’une famille de moineaux nichée sur son balcon.

    Ce qui guide ses intuitions, ce serait d’avoir doucement gardé à l’intérieur d’une main, pendant quelques instants, la chaleur des plumes, la petite boule de l’oiseau qui très vite reprend son envol. En face de tel ou tel événement à la fois ordinaire et inspirant, tout est clairement mystérieux. C’est inimitable et çà mérite citation. Pour sa part, Saint John Perse écrivait magnifiquement que « sinon l’enfance, qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? »

  • Danton, était-il vertueux ou démon ?

    Danton, était-il vertueux ou démon ?

    Surnommé le Mirabeau de la Populace et des Sans-Culottes, Danton était, pour l’académicien Hippolyte Taine, un esprit sain, un génie, original et spontané, possédant l’aptitude politique. En un mot, il était bonhomme.

    Pour le tribunal révolutionnaire qui l’a jugé et envoyé à l’échafaud, il avait pour projet liberticide de détruire le gouvernement républicain et de rétablir la royauté. Donc un démon. À cette accusation, des plus inattendues, dont la lecture sera faite par Saint-Just le jour même à la Convention, Georges-Jacques répondit (on dirait du Socrate) : « Les lâches qui me calomnient oseraient-ils m’attaquer en face, qu’ils se montrent, et je les couvrirais eux-mêmes de l’ignominie, de l’opprobre qui les caractérise ? »

    Bonhomie
    ou malveillance

    Quatre-cent-soixante pages furent ainsi nécessaires à l’auteur pour nous faire comprendre pourquoi Robespierre tenait à l’œil celui qui n’avait pas attendu l’apparition d’un Hugo pour dire qu’après le pain, l’éducation était le premier besoin du peuple. Ni celle d’un Stendhal pour hurler que, pour vaincre, il nous faut de l’audace. Vous serez d’accord, lecteurs, pour découvrir par vous-mêmes si ce livre vous a convaincus de la Bonhomie de Danton ou de sa malveillance.

    Qui se hasarderait à nier qu’il y a en chaque être un je-ne-sais-quoi mi-ange mi-démon, et que cette double nature ne dépend pas de sa volonté, mais des circonstances ? Le souffle qui anime ces pages est tout à l’honneur de Jean-Paul Desprat et des idées qu’il défend.

    Le Rocher, 24 euros