Category: culture

  • L’œuvre de Sacha Guitry, « génie » de la comédie, à Aix

    L’œuvre de Sacha Guitry, « génie » de la comédie, à Aix

    S’il a fait preuve d’une rance complaisance vis-à-vis du régime de Vichy (comme tant d’autres), réalisant notamment en 1942 l’album et le film De Jeanne d’Arc à Philippe Pétain, ou encore inculpé d’« intelligence avec l’ennemi », avant d’obtenir un non-lieu, Sacha Guitry (1885-1957) n’en demeure pas moins un « génie », indique un cycle que l’Institut de l’image initie du 4 au 28 juin. Délocalisé à l’École supérieure d’art d’Aix en raison des travaux à la bibliothèque Méjanes, un cycle de huit films illustrant le fait que Guitry « n’aura peut-être pas été le plus grand cinéaste français (encore que !), mais il en est assurément le plus important, celui qui incarne le plus sa spécificité, sa couleur, ses possibles ». Des mots du réalisateur Nicolas Pariser, repris dans le programme.

    Humour noir

    Parmi les films projetés, Le roman d’un tricheur (1936). Loué des années plus tard par Orson Welles, qui a confié s’être inspiré de son utilisation de la voix off et des flash-back pour Citizen Kane, une comédie à la drôle de morale dont l’une des séances sera présentée, le 13 juin, par le distributeur des Acacias, Jean-Fabrice Janaudy. Et ce, juste après la diffusion de Faisons un rêve, comédie de mœurs avec Raimu au casting. Que dire encore de La Poison, comédie noire autour d’un féminicide avec Michel Simon dans le rôle du meurtrier, que Guitry avait réalisé en 1951 pour « régler ses comptes avec la justice française après ses démêlés judiciaires à la Libération », écrit la Cinémathèque française.

  • À La Criée, une saison pour briser le silence et libérer la parole

    À La Criée, une saison pour briser le silence et libérer la parole

    « La saison repose sur un équilibre fragile. Les moyens consacrés à la création artistique diminuent et l’annonce tardive de coupes budgétaires crée une situation inédite », prévient d’emblée Robin Renucci. À l’occasion d’une conférence de presse de présentation du programme 2026-27, le directeur de La Criée enfonce le clou : « Si cela n’est pas encore pleinement visible, ces coupes auront une forte incidence sur les saisons à venir avec la fragilisation des projets et la mise en danger de l’emploi des artistes et techniciens. Des œuvres risquent de ne jamais voir le jour. » Autant d’incertitudes auxquelles se greffent des « travaux dont le bâtiment avait bien besoin », entraînant la fermeture au public du théâtre qui déploiera un programme hors les murs « entre septembre et fin novembre ».

    Top départ de la saison le 18 septembre à la Friche Belle de Mai avec Rien plus qu’un peu de moelle, « plongée » mise en scène par Malte Schwind dans les « plaisirs de la langue » et l’humour corrosif rabelaisiens. Parmi les autres créations de La Criée, Ma pensée creuse (dès le 30 septembre au Théâtre Joliette), épopée philosophico-scientifique et « cri de résistance au productivisme qui abîme tout » si ce n’est « la foi joyeuse dans la puissance de la poésie », résume sa metteuse en scène Kristina Chaumont, ou encore Jouer la Mouette, d’après le classique de Tchekhov dont la compagnie Vol Plané déploiera les ailes dramaturgiques en ces mêmes lieux.

    À noter, toujours dans le cadre de la programmation hors les murs, Le 6e jour, au Théâtre de l’Astronef, du metteur en scène François Cervantes et de la comédienne Catherine Germain qui « improvise » un récit clownesque de La Genèse. Pièce « entre documentaire et fiction », situe Robin Renucci, Boat people remettra quant à elle en lumière « l’accueil de réfugiés du Vietnam par une famille française en 1979 et cet élan de solidarité oublié ». À voir à la Friche Belle de Mai. Gros temps fort du retour à La Criée, Robin Renucci mettra en scène L’École des femmes de Molière. Face à Arnolphe, le « patron des cocus » incarné par François Morel, « la pureté d’Agnès » qui, près de deux heures durant, va passer « du silence à la parole. Pour que les jeunes femmes puissent se libérer des assignations dans lesquelles elles sont projetées par des hommes tout-puissants », résume-t-il à propos de cette pièce en alexandrins créée au XVIIe siècle mais toujours d’actualité.

    « De l’orée à l’onde »

    Pas pour rien que la thématique de la prochaine saison de La Criée suggère : « de l’orée à l’onde ». De libération de la parole, il sera notamment question dans Mémoire de fille, création d’après le roman autobiographique d’Annie Ernaux, « seul en scène sur sa première nuit avec un homme, une nuit de violence. Une pièce sur le désir écrasé par le patriarcat », développe Robin Renucci. Ou encore dans Chevaleresses, écrit, mis en scène et incarné par Nolwen Le Doth. « Elle brise le silence autour de l’inceste, passe du déni à la honte. Mais c’est aussi l’histoire d’une survivante », désobscurcit le directeur de La Criée. Fracasser le mutisme, un leitmotiv toujours plus vital, comme l’illustrera également La peau des autres, pièce autour des violences intrafamiliales programmée à l’Astronef, qui montre comment « l’amitié permet de déchirer le silence ».

    Programme complet sur www.theatre-lacriee.com

  • Lehaim, un festival pour découvrir les cultures juives

    Lehaim, un festival pour découvrir les cultures juives

    Lancé l’année dernière, le festival Lehaim, ou « à la vie en hébreu », entend s’inscrire dans la durée et confirme ainsi une deuxième édition. Moment de célébration des cultures juives, le festival affirme désormais sa place dans le paysage culturel local. Pour ce nouveau rendez-vous, les organisateurs orientent leur programmation autour des cultures juives méditerranéennes.

    « On a eu envie de proposer un festival de culture pour parler du judaïsme autrement que dans des conditions souvent négatives, avec des retentissements que l’on connaît trop bien depuis quelques années. On avait envie de repartager quelque chose de joyeux autour de la culture juive. D’où le nom du festival : se concentrer là-dessus, donner à découvrir cette culture dans un élan optimiste, joyeux et surtout de vivre ensemble », rappelle Jessy Bloch, l’une de cofondatrices de Lehaim.

    Sur le même modèle que l’an passé, le festival se décline en deux volets. Le premier se tient dès le jeudi 4 juin, avec une « soirée d’ouverture » prévue au Pavillon de Vendôme. Au programme : un grand dîner attablé, de la musique live « reprenant le style des cabarets orientaux des années 1950-1960 », mais aussi une scène de stand-up sur laquelle monteront les humoristes Rosa Bursztein et Salima Passion.

    Si l’entrée à cette première journée est payante (55 euros) et accessible sur billetterie, une seconde journée, prévue le dimanche 7 juin, sera gratuite et en libre accès. Ce jour-là, plusieurs ateliers d’arts manuels, de percussions, des cours de pâtisserie orientale, de poterie, entre autres, seront proposés au public. Un important volet culturel, comprenant notamment une « tente de la mémoire », sera aussi accessible. Pour rappel, l’année dernière, le festival a réuni 300 personnes lors de sa première journée et 1 500 pour la seconde.

  • La lecture et le jeu à l’honneur de la première édition de Festi’Livres

    La lecture et le jeu à l’honneur de la première édition de Festi’Livres

    Lundi 9h, école Simone-Veil, à Ollioules. En amont de la première édition de Festi’Livres qui se déroulera le 13 juin dans la ville, auteurs et illustrateurs viennent à la rencontre des élèves pour leur faire partager le fruit de leur travail, leur passion. Et titiller par le récit leur imagination pour leur donner le goût de la lecture.

    Rien de mieux pour cela que de leur raconter une histoire. Celle de Tinicane et le Trèfle à Quatre Feuilles, pour commencer. L’autrice, Laetitia Durbec, qui est également l’organisatrice de l’événement culturel, tient ainsi en haleine une classe de CP.

    Sophrologue spécialisée chez l’enfant, elle écrit des petits livres qui leur permettent de mettre des mots sur leurs émotions. « Ils vont se reconnaître. et dire, moi aussi, j’ai les mains qui se serrent, j’ai le cœur qui fait boum boum, j’ai dans la tête des pensées », confiait-elle avant son intervention. Et ça marche.

    Les gamins écoutent la bouche ouverte et les yeux bien ronds l’aventure de ce petit lapin parti chercher des légumes au marché. Et chemin faisant rencontre des copains qui ont trouvé un de trèfle à quatre feuilles. Échouant dans sa quête pour en cueillir une lui aussi, un fort sentiment de colère s’empare de lui. Et pour l’évacuer met en pratique des techniques de respiration pour se sentir mieux. Guidés, les élèves s’y emploient eux aussi. À la fin, l’un d’eux intervient :

    « C’est mieux d’avoir sa mère que d’avoir un trèfle à quatre feuilles », commente-t-il. Et d’ajouter : « Et peut-être que c’est sa mère son trèfle à quatre feuilles. » Pour lui en tout cas cela ne fait aucun doute.

    Pour bien grandir

    « J’ai voulu que les enfants, ceux qui aiment lire comme ceux qui n’aiment pas lire, soit aussi des acteurs de Festi’Livres », reprend Laetitia Durbec. Ils ont tous été amenés à travailler sur une œuvre collective ou individuelle sur le thème : « 1 001 façons de lire ».

    Textes, peintures, collages, photos, documents sonores… Un jury remettra un prix le jour du festival aux artistes en herbe.

    Mais pour l’heure, les minots ne sont pas au bout de leurs surprises. Surtout lorsque l’illustratrice Nawal Farhat leur explique que son métier consiste à dessiner. Les voilà à nouveau embarqués, dans le monde des carottes, ce coup-ci.

    Dans la salle de la bibliothèque les CE1 sont aux anges également. Les animateurs de la future médiathèque d’Ollioules les font participer à un jeu. Sur la culture, bien sûr.

    « On essaie d’inscrire dans les habitudes des enfants la visite à la médiathèque », explique Véronique Tullio, la responsable du futur équipement culturel. L’objectif étant qu’« ils reproduisent ensuite cette habitude avec les parents ». Et que le moins d’enfants possible soient tenus éloignés du livre.

    En milieu de matinée est arrivée Virginie Peyré autrice de Chut, c’est un secret, un outil pédagogique utilisé pour sensibiliser les enfants aux violences sexuelles. Avec des textes, dessins et chansons qui parlent aux enfants et font écho à leur histoire.

    Des échanges qui ont permis aux jeunes de poser des tas de questions, sur la création des personnages ou encore sur les différentes étapes de l’écriture d’un livre. Avec pourquoi pas l’émergence de nouveaux talents ou tout du moins d’une soif inextinguible pour la lecture et les livres. De ceux qui font grandir, voyager, donnent à vivre de multiples vies voire le désir de s’émanciper.

    Cette quinzaine littéraire va se poursuivre dans les établissements scolaires de la ville jusqu’au jour J. Histoire d’ouvrir les esprits à cette journée du 13 juin où, outre les nombreux auteurs présents pour rencontrer les lecteurs et présenter leurs ouvrages, de nombreuses activités seront proposées aux familles : ateliers d’écriture, d’illustration et de calligraphie, jeux autour de la lecture, spectacles vivants, concours, expositions et espaces de découverte.

    Le marque-page à placer tout de suite dans son agenda.

  • À Pézenas, le festival Molière célèbre Marcel Pagnol

    À Pézenas, le festival Molière célèbre Marcel Pagnol

    « Marcel Pagnol est un peu le fil conducteur de cette édition du festival Molière. » Armand Rivière annonce la couleur. À l’aune de la manifestation culturelle – qui se tiendra du 1er au 7 juin – le maire PS de Pézenas entend faire du festival une sorte d’hommage à l’écrivain provençal. En effet, un des points forts de la manifestation sera à n’en point douter la représentation de Marius, de la Compagnie Le grenier de Babouchka, mis en scène par Jean-Philippe Daguerre, lauréat de 5 Molières 2025 pour Du charbon dans les veines (2 juin, à 20h au théâtre de Pézenas). Ce dernier est par ailleurs parrain de l’édition. Le lendemain, sera projeté le biopic Marcel et Monsieur Pagnol, film d’animation réalisé par Sylvain Chomet (14h30).

    L’auteur de La gloire de mon père ne sera pas le seul à être mis en lumière puisque l’on retrouve également une adaptation du Capitaine Fracasse, héros du roman éponyme de Théophile Gautier (6 juin, 21h30 au théâtre de la Verdure). Encore, la Compagnie Dinamo théâtre présentera La folie d’Isabelle, écrite au XVIe siècle pour la comédienne Isabella Andreini (7 juin, 17h30, place Canabasserie). Aux côtés de ces classiques, on retrouve des pièces traitant de sujets sociétaux, à l’instar de L’homme qui plantait des arbres par la Compagnie Théâtre des turbulences, fable écologique sur la déforestation et la raréfaction de l’eau (3 juin, 19h, aux jardins familiaux). « C’est une volonté globale du festival et de la saison culturelle en général de Pézenas, à savoir voir des pièces classiques, revisitées ou non, qui sont des invitations à réfléchir et d’autres qui posent des enjeux de société pour amener le débat », fait valoir Armand Rivière.

    Balade nocturne

    Si les professionnels ont leur rond de serviette au festival, les amateurs et élèves ne sont pas oubliés. « Pézenas compte de nombreuses compagnies professionnelles et amateurs, nous voulions ouvrir nos scènes, nos salles à ceux qui participent à la création toute l’année. Nous faisons aussi le choix de semer des graines en jouant devant des publics scolaires », poursuit l’édile socialiste. En ce sens, sont prévues deux cartes blanches : pour les amateurs (6 juin, 10h, place Canabasserie) et pour les lycéens (1er juin, 17h, auditorium Bobby-Lapointe).

    Une programmation alléchante pour attirer un public plus ou moins familier des planches de théâtre. Et pour aller chercher ces derniers, la mairie mise sur ses scènes en plein air, réparties aux quatre coins de la ville. Comme le château du parc où se jouera Croire aux fauves, de la Compagnie Les arts oseurs (5 juin, 22h15). Une aventure nocturne entre musique et récit, au cœur d’un espace boisé (compter 20 minutes de marche pour s’y rendre). Pour ceux ne trouvant toujours pas chaussure à leur pied, le festival ne se restreint pas au théâtre. « Nous ne voulions pas être fermés sur un seul art mais mêler différentes formes, avoir plusieurs canaux tournés vers la culture. Nous travaillons par exemple avec les Éditions Domens, créées à Pézenas. Nous souhaitons les promouvoir et les soutenir en en leur ouvrant un lieu le temps d’une journée [5 juin, 18h, gare du Nord, Ndlr] », souligne Armand Rivière. Théâtre, cinéma, photos, lecture, expos, le public va être comblé.

    Programme complet à retrouver sur ville-pezenas.fr.

  • Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    Les festivals phares de la région attendent le coup de feu

    La Région Sud est le point culminant français en matière culturelle et artistique. Nous ne voyons pas la culture comme une dépense mais comme une identité, notre force », amorce Sophie Joissains. « Du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence à Marsatac, en passant par le Festival d’Avignon ou les Chorégies d’Orange », « la culture est un ferment d’espoir et un lien entre tous », estime la vice-présidente de la Région en charge de la culture lors d’une conférence de presse organisée vendredi 29 mai. En dépit d’une baisse de 4% de son budget alloué à la culture, 52,5 millions en 2026, et à l’approche de la saison des grandes manifestations de l’été, l’occasion est donnée de faire un point sur les gros festivals que la collectivité territoriale soutient.

    Primeur de la parole à Richard Galy, président de la Société publique locale (SPL) des Chorégies d’Orange, qui note d’emblée la « nécessité de passer à un autre statut plus adapté, l’Établissement public de coopération culturelle (EPCC), déjà voté par la Région, le Département et la Ville. Nous attendons l’arrêté qui nous permettra d’y associer l’État ». Directeur démissionnaire de la manifestation, Jean-Louis Grinda annonçait il y a quelques mois une « saison 2026 light », divaguant du 19 juin au 18 juillet de La Traviata de Verdi avec Jessica Pratt dans le rôle-titre, à un concert symphonique de Philippe Katerine. « Un nouveau directeur artistique des Chorégies sera nommé la semaine prochaine. Avec l’objectif de proposer ce qui fait l’ADN des Chorégies, le lyrique et la mise en scène », annonce avec soulagement Richard Galy.

    Successions et bougies

    Nommé à la suite de Pierre Audi, décédé il y a un peu plus d’un an, Ted Huffman, nouveau directeur du Festival d’Aix-en-Provence qui se tiendra du 2 au 22 juillet, réaffirme quant à lui que « l’opéra doit demeurer un art vivant. Il faut sortir de l’idée selon laquelle l’art lyrique est un musée. C’est le moment d’aller vers des choses inattendues », souligne le metteur en scène américain. Parmi les « 250 festivals et manifestations » soutenus par la Région sur le millier existant, certains sont présents comme Marsatac, dont la date du 13 juin réunissant Théodora et Disiz est « bientôt sold out », annonce sa directrice Béatrice Desgranges, Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon dont la 80e édition s’élance le 4 juillet, ou encore Michaël Dian, directeur artistique du Festival de Chaillol qui souffle ses 30 bougies dans les Hautes-Alpes dès le 17 juillet. Sans oublier la présence d’Hugo Lucchino, nommé l’été dernier à la tête de la Villa Noailles, à la suite de la mise à pied de Jean-Pierre Blanc par le ministère de la Culture. Avec une programmation articulée autour du festival international de la mode, de la photographie et d’accessoires d’Hyères ainsi que du festival Design Parade à Toulon et dans la région. Aurélie de Lanlay, directrice adjointe des Rencontres d’Arles, tenues du 6 juillet au 4 octobre, met l’accent, elle, sur les différents dispositifs dispensés aux élèves de tous âges autour de l’initiation à la lecture de l’image. « Pour donner des clefs pour permettre aux jeunes de décrypter les images qui les entourent. »

    Le 15e vice-président de la Région en charge de la jeunesse, des sports et de la vie étudiante, Ludovic Perney enchaîne et se félicite pour sa part des « 4 800 élèves » qui ont pu bénéficier de ces ateliers de « lecture de l’image à Arles », mais aussi des parcours initiés au Festival d’Aix ainsi que du nombre de « lycéens accompagnés au Festival d’Avignon ».

    « Mode de vie occidental »

    Si « l’État baisse non seulement ses budgets mais demande aussi aux collectivités un effort pour rembourser la dette nationale », rappelle Sophie Joissains, « il faut faire en sorte que les structures et festivals passent ce mauvais cap ». De son côté, Ludovic Perney voit aussi la culture comme un moyen de s’opposer « aux attaques contre le mode de vie occidental ». Une formule qui laisse pantois, mais que ce candidat à la présidence de la fédération LR des Bouches-du-Rhône « assume », avant de se vautrer dans des explications alambiquées pour tenter de déminer la polémique. « Quand on était à l’école, l’Occident était au milieu de la carte du monde avec l’Europe, et nous, au milieu. Et bien, aujourd’hui, l’axe du monde a changé. Il faut préserver ces valeurs qui sont fondamentales pour conserver la maîtrise de notre destin », dit celui qui aime à citer le moraliste nationaliste et controversé Ernest Renan. Avec tous ces festivals, l’été sera chaud. Mais gare aux coups de soleil idéologiques sur la nuque.

  • Daniel Pennac à la rencontre des jeunes de la Busserine

    Daniel Pennac à la rencontre des jeunes de la Busserine

    Le temps d’une rencontre, la bibliothèque du Merlan prend des allures de salle de conférences où des doigts levés s’érigent tels des fusées. Face à des rangées d’enfants du quartier du Grand Saint-Barthélemy, Daniel Pennac. Cet auteur, « le plus grand écrivain du monde » d’après un des enfants, a été sollicité par le comité Mam’Ega pour échanger sur deux de ses œuvres, Kamo et Moi et L’Œil du loup.

    Créations artistiques

    Pour l’occasion et à l’initiative du comité, deux classes de l’école élémentaire de la Busserine ainsi que les collégiens du collège Pythéas ont produit des travaux mêlant podcast, art plastique, vidéo et lecture autour de ces deux livres.

    La rencontre a pour ambition de donner le goût de la lecture aux jeunes, de stimuler leur créativité et surtout d’encourager la fréquentation des lieux culturels. Ali Akroun, directeur de la bibliothèque, se félicite de l’événement qui traduit l’engagement du lieu : « C’est important que des rencontres comme celle-ci se passe parce que ça permet de mettre en lumière notre travail mené à l’année : rendre la culture accessible à tous ». Les enfants attentifs du début jusqu’à la fin semblent eux aussi sensibles à cette démarche. Kaïm s’exclame devant le reste de la classe : « Il est rigolo Pennac, ça m’a donné envie d’écrire ! »

    Vincent Schneegans, avocat et président de l’association Des livres comme des idées, est à la genèse de cette rencontre. Ancien élève de Daniel Pennac, il lui a présenté le livre de Françoise Ega, alias Mam’Ega, qu’il a par la suite préfacé.

    L’héritage de Mam’Ega

    Pour l’avocat, il y a un devoir de faire vivre la mémoire de l’autrice : « Tout part du livre de Mam’Ega parce que c’est son héritage ce quartier et qu’elle mérite d’être connue ». Daniel Pennac a eu une véritable rencontre littéraire avec son œuvre alors « tout ce qui touche à son univers me plaît et ça me fait plaisir d’être ici », affirme-t-il. Plus largement c’est la rencontre avec les enfants qui l’anime : « Les enfants c’est la vie vivante » Pour son fils, Jean Marc Ega, faire vivre la mémoire de sa mère, c’est entretenir une figure de proue dans leur travail associatif : « Elle et comme beaucoup de femmes nous permet de mettre en avant la culture dans notre quartier en mutation. C’est par ce biais qu’on s’ouvre au monde. C’est en joignant les histoires et les mémoires qu’on crée la rencontre entre les personnes. Cet esprit d’ouverture, c’est l’héritage de Mam Ega ».

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Musée Borély, Sans passion pendant l’heure du thé, revoici Gaby Deslys

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Musée Borély, Sans passion pendant l’heure du thé, revoici Gaby Deslys

    Les plus grandes étoiles du théâtre et du music-hall, Sarah Bernhard, Mistinguett qui fut sa rivale ou bien Joséphine Baker la supplantent largement. Le jazz-band et les comédies musicales de Gaby Deslys, sa carrière de meneuse de revue parmi les meilleures scènes de Paris, Londres et Broadway, ses aventures amoureuses avec un jeune roi du Portugal relatées par la presse internationale, les affiches, les films et les photographies où l’on découvre ses plumes, ses chapeaux, ses colliers de perles et son sourire, ne l’ont pas installée parmi les incontournables gloires de son siècle. Dans la mémoire collective, sa silhouette et son éventuel sex-appeal lorsqu’elle descendait promptement les marches du grand escalier du Casino ne sont pas vraiment fascinantes. À Marseille, on se souvient d’elle à cause de sa fortune personnelle et de la Villa Deslys, le somptueux bâtiment du numéro 285 de la Corniche qu’elle avait légué à la Ville. Cet acte de générosité suscite des confusions, on lui attribue quelquefois l’îlot Gaby qui fut habité par une autre actrice de la même époque.

    Mais voici qu’elle ressurgit en première ligne, dans le bel étage de l’escalier du musée Borély. Dans l’entrée de l’exposition Art Nouveau / Art Déco, elle est une preuve tangible de l’esprit d’ouverture de Marseille par rapport aux grands courants de la modernité. Exécuté en 1912 par le peintre William Malherbe (1884-1951) son portrait longtemps enseveli dans les réserves des musées vient d’être restauré. La jeune fille qui avait passé son enfance rue du Tapis Vert à Marseille avant de monter à Paris pour devenir une intrépide chanteuse de cabaret réapparaît sur ce tableau à l’âge de 31 ans. C’est déjà l’ultime séquence de sa vie, une violente affection pulmonaire la conduira en 1920 au cimetière Saint-Pierre.

    Dans cette toile Gaby Deslys ne correspond pas aux images émancipées que lui donne son statut de vedette de music-hall. Demi-mondaine invitante ou bien boudeuse, elle sait que faire de ses hanches, de ses épaules et de ses mains. Ses yeux sont sans manque ni passion : « prends-moi comme je suis ! » On relit Proust, l’Odette de Swann déçoit cruellement. Ce serait l’heure du thé, elle reçoit des admirateurs, un éventuel soupirant. Avec des cheveux crantés, des escarpins et les couleurs d’une robe fourreau superbement décorée : des lianes vert et noir, des feuilles et des motifs floraux.

  • [Entretien] Michel Mafioly : « Cigal’, un festival populaire, ouvert et fraternel » à Avignon

    [Entretien] Michel Mafioly : « Cigal’, un festival populaire, ouvert et fraternel » à Avignon

    La Marseillaise : Pouvez-vous nous présenter ce festival ?

    Michel Mafioly : Organisé chaque année par des militants de l’antenne Casi du Vaucluse, ce festival repose sur un principe fort : ouvrir une scène de dimension professionnelle à des groupes amateurs de cheminots, en première partie d’une tête d’affiche.

    L’objectif est double : démontrer qu’en dehors du travail, les cheminots possèdent de véritables talents artistiques et les partager avec un public mixte, composé à la fois de cheminots et de publics extérieurs.

    C’est aussi la volonté de rendre la culture accessible à tous ?

    M.M. : Oui, à tous et toutes ! Les cheminots, leurs proches ainsi que les privés d’emploi peuvent assister gratuitement à un concert de qualité. Pour les autres publics, l’entrée est proposée au tarif symbolique de 5 euros. Un festival populaire, ouvert et fraternel, qui fait vivre concrètement l’accès à la culture pour tous.

    Un festival également porté par les valeurs de paix ?

    M.M. : En cette année marquant les 40 ans de gestion des Activités sociales et culturelles à la SNCF par les cheminots eux-mêmes, au travers des élus CGT de différents horizons, ce festival porte pleinement des valeurs de paix, d’humanité et de solidarité et contribue à notre mission d’éducation populaire.

    À cette occasion, Cigal’ accueille également plusieurs partenaires engagés, parmi lesquels l’Orphelinat national des chemins de fer français (ONCF), le Mouvement de la paix et le Secours populaire. C’est un moment privilégié pour rencontrer ces partenaires dans le cadre exceptionnel du Centre culturel des cheminots d’Avignon.

    Côté musical, quels groupes programmez-vous ?

    M.M. : Pour faire vibrer Avignon, nous aurons le plaisir d’accueillir deux groupes de cheminots : Mireil m’a tuer et Brett L. Le premier est un groupe à l’énergie brute et festive, mêlant influences rock, punk et chanson engagée dans une ambiance décalée et populaire qui fait rapidement monter la température. Brett L propose un univers musical sensible et puissant, entre rock alternatif et sonorités modernes, porté par des textes sincères et une présence scénique généreuse.

    Pour assurer la deuxième partie de soirée, nous accueillerons Les hurlements d’Léo, groupe incontournable de la scène alternative française, dont l’énergie débordante et l’univers festif laissent présager une soirée endiablée au cœur d’Avignon.

    Samedi 30 mai, à partir de 18h

    1A rue Jean-Catelas, Avignon. Entrée : 5 euros, gratuite pour les cheminots et les privés d’emploi.

  • [Grand entretien] Maurice Gouiran : « Le polar marseillais est une invention »

    [Grand entretien] Maurice Gouiran : « Le polar marseillais est une invention »

    La Marseillaise : Votre polar récemment réédité, « Tu les tueras tous », décrit en filigrane la perte d’identité populaire de l’Estaque. Comment observez-vous la gentrification croissante à Marseille ?

    Maurice Gouiran : Il y a un élément qui n’est pas propre à Marseille, mais quand même très important ici, c’est la pression immobilière avec l’explosion des Airbnb et des difficultés des gens à se loger. Même si le livre dont vous parlez est une réédition de 2002, il y a encore beaucoup d’éléments qu’on retrouve aujourd’hui. Regardez le projet Euroméditerranée, qui a détruit les quartiers abandonnés pour des bâtiments beaucoup plus modernes. Je raconte aussi cela dans l’un de mes livres, Putains de pauvres !. Je parle du changement des Crottes, un quartier très populaire qui est devenu la proie d’Euroméditerranée. On construit des immeubles et on chasse les gens qui habitaient là auparavant, toujours un peu plus au Nord. Moi, j’écris mes bouquins dans un langage populaire, de bistrot. Car ces bistrots populaires, on les voit disparaître, que ça soit à l’Estaque ou ailleurs. Ils évoluent vers des brasseries qui visent plutôt les jeunes cadres des zones environnantes. Un phénomène qui s’accentue.

    Cela signifie-t-il que le Marseille populaire va bientôt devenir
    un mythe
     ?

    M.G. : Non, ça existe toujours. Il suffit de voir le stade Vélodrome, où le club de foot est à l’image de la ville. ça reste très populaire. C’est aussi l’un des endroits où des groupes d’extrême droite n’ont pas le droit de cité, contrairement à des villes comme Paris, Nice ou Lyon. Cette fibre populaire existe toujours et j’essaie de la montrer dans mes bouquins.

    Le polar est-il un moyen, pour vous, de préserver ce caractère populaire ?

    M.G. : Déjà, j’écris du polar et pas du roman policier. La différence ? Dans le roman policier, l’intrigue est une fin en soi. Dans le polar, l’intrigue est le support d’autre chose, d’une peinture de la société, de faits historiques… Moi, j’écris pour porter à la connaissance du lecteur un certain nombre de choses. Après, il est vrai que Tu les tueras tous est plus un polar basé sur le fameux dilemme universel depuis Corneille : vaut-il mieux l’amour ou la vengeance ? Et ce bouquin est très ancré sur l’Estaque et la Côte bleue, contrairement aux autres, où je vais voyager à l’étranger.

    Depuis les années 2000, l’une de vos marques de fabrique consiste à ouvrir vos récits aux vents de l’histoire, comme dans « L’Arménienne aux yeux d’or » ou « Franco est mort »…

    M.G. : Après mon tout premier bouquin, La nuit des bras cassés, une histoire de fraternité, je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait, c’était d’aller fouiller dans les recoins de l’histoire, chercher des faits peu connus, mais avérés. Mes lecteurs aiment apprendre quelque chose. En ce qui concerne mon écriture, je pars toujours de Marseille. Mon mot récurrent, c’est le bistrot. Ensuite, ça peut me permettre de parler de l’Espagne franquiste, du génocide des Arméniens, des harkis, de l’aide apportée par l’armée française à la crise des colonels… D’un côté, il y a le côté populaire marseillais, et de l’autre, le côté historique.

    Vous participez, jeudi 4 juin à l’Alcazar, à un débat intitulé « Marseille, terre de polar ». Diriez-vous, comme certains, que le polar marseillais a surgi pour mieux refléter la réalité sociale de la ville, que d’illustres aînés comme Pagnol ont maquillé ou masqué ?

    M.G. : Pagnol est un exemple intéressant. Il a écrit Marius dans les années 1920. Son œuvre, c’est une histoire de la bourgeoisie marseillaise. Alors que pendant ces années-là, si vous traversez le port, vous tombez sur les vieux quartiers. Si vous prenez Banjo de Claude McKay, qui se passe à la même époque, on ne dirait pas qu’il parle de la même ville que Pagnol. Après, je pense que Pagnol s’est racheté en mettant en scène les bouquins de Giono sur la ruralité, dans les basses alpes. Mais, dans son écriture, on voit bien que ce n’est pas quelqu’un issu de ce milieu.

    Quelle est, à ce compte-là,
    la c
    aractéristique principale
    du polar marseillais
     ? Le peuple ?

    M.G. : Le polar marseillais n’existe pas. Soyons honnêtes, c’est un terme que les journalistes ont inventé, mais dont nous, auteurs, nous nous sommes servis. Quand je suis arrivé en 2000, il y avait 60 auteurs de « polars marseillais ». Pourquoi ça n’existe pas ? Déjà, car ce n’étaient pas des polars, mais des romans policiers qui se déroulaient dans une ville qui a beaucoup de charme. Au contraire, Izzo ou Carrese ont, eux, vraiment écrit du polar. Je dis souvent que je connais pas mal d’auteurs marseillais de polars, mais aucun auteur de polars marseillais. En plus de cela, on assiste aujourd’hui à un phénomène : la mainmise de la police sur ce qu’on appelle polar, alors qu’il faut plutôt parler de roman policier. Sous prétexte qu’ils connaissent le métier, les flics écrivent des romans. Mais ce sont des romans policiers et pas des polars, car ils n’abordent jamais la réalité sociale. Prenez le cas du Prix du Quai des Orfèvres. Chaque année, c’est un auteur qui a été policier qui l’obtient. Pourquoi ? Car ils jugent la forme et la véracité de l’enquête et non pas le fond. Nous, on écrit autre chose.