Category: culture

  • L’audace du cinéma japonais des années 1960 à Aix

    L’audace du cinéma japonais des années 1960 à Aix

    Après avoir exploré l’œuvre du réalisateur suédois Bo Widerberg au cours du mois passé, l’Institut de l’image d’Aix poursuit son tour du monde et des époques du cinéma en partant à la découverte, à partir du jeudi 5 mars, du cinéma japonais des années 1960. Face à la submersion de l’esprit de la Nouvelle vague à cette période-là, « les cinéastes des majors vont profiter du vent de liberté qui se lève sur le pays pour se montrer vraiment audacieux », indique le programme de cette maison qui délocalise un cycle dédié d’œuvres remarquables à l’École supérieure d’art d’Aix.

    « Yakuza au féminin »

    « Ainsi, les films de Yasuzo Masumura vont avoir le goût du souffre », à l’instar de La femme de Seisaku (1965), ascension et chute de la maîtresse vénale d’un riche marchand, sous l’ombre de la guerre russo-japonaise, ou de La bête aveugle (1969), sur l’enlèvement d’un modèle par un sculpteur « pour la soumettre à l’empire des sens afin qu’elle devienne une statue idéale ». L’un de ses autres drames emblématiques, L’ange rouge, fera l’objet d’une discussion, samedi 21 mars, avec Pascal-Alex Vincent, spécialiste du 7e art de l’archipel nippon. « Le meilleur du cinéma japonais, c’est aussi celui des grands auteurs de studios », estime-t-on du côté de l’Institut de l’image d’Aix qui proposera certains films « à surprenante beauté formelle » de Kenji Misumi, sans compter des récits de yakuza « se conjuguant au féminin » comme Lady Yakuza: La pivoine rouge ainsi que Le jeu des fleurs.

  • Un week-end d’hommages à la culture japonaise

    Un week-end d’hommages à la culture japonaise

    Le festival qui met à l’honneur la pop-culture japonaise est de retour pour sa 16e édition marseillaise, au Parc Chanot. Sur les 40 000m2, répartis sur trois halls du parc des expositions, food-trucks, animations et boutiques auront tous un point commun : rendre hommage au Japon.

    Cette année, le festival a pour tête d’affiche le youtubeur Cyprien, présent samedi pour une séance de dédicace. Second événement de cette édition : une exposition dédiée à la série animée Goldorak, « premier dessin animé japonais arrivé en France, en 1978 », détaille Thomas Sirdey, co-fondateur de la Japan Expo. Dès l’entrée, une statue de deux mètres de haut du robot Goldorak, des produits de collection, et des décors photos accueillent les visiteurs.

    En continuant à avancer dans les allées, se succèdent « des exposants, des animations, des produits manga ou pop culture aussi bien que des dégustations ou de l’épicerie ». Thomas Sirdey insiste : « c’est précisément ça la Japan Expo, présenter un éventail le plus large possible, à la fois de pop culture mais aussi de toute la culture japonaise ».

    Un événement pour tous

    Avec une moyenne d’âge à 27 ans, Thomas Sirdey admire « un public multi-générationnel. Évidemment que ce n’est pas que pour les jeunes, sinon, on n’ouvrirait pas sur Goldorak ». Il y en a pour tout le monde dans le festival : nourriture asiatique, ateliers d’arts martiaux ou expositions. Le cofondateur de l’événement le souligne : « C’est ça qui est sympa, c’est que tout le monde trouve chaussure à son pied, on veut vraiment faire en sorte que quand vous venez sur le festival, soit vous êtes ultra-fan et vous accédez à un contenu très pointu, soit vous êtes juste curieux et vous allez forcément accrocher avec quelque chose, apprendre. »

    Arrivée il y a 16 ans à Marseille, la Japan expo ne veut pas faire un copier-coller de sa version parisienne. Thomas Sirdey, fier du partenariat initié avec le consulat japonais à Marseille, insiste : « On a toujours voulu être ancrés dans le tissu local en arrivant à Marseille, on travaille avec des boutiques, des associations locales au maximum. L’idée c’est que quand les gens viennent et découvrent quelque chose qui leur plaît, ils puissent y avoir accès près de chez eux. »

    Des places sont encore disponibles sur le site de la Japan Expo. Aucun billet vendu sur place.

  • [Grand entretien] Suzanne : « On peut dénoncer en chansons et rassembler »

    [Grand entretien] Suzanne : « On peut dénoncer en chansons et rassembler »

    La Marseillaise : Vous vous produisez notamment avec votre nouvel Album, « Milenium », qui renoue avec des sonorités électro et de variété française. Pourquoi y être revenue ?

    Suzane : J’ai eu vraiment besoin de revenir à mon ADN principal qui est ce mélange de chansons françaises et d’électro. Je pense que c’est la musique qui me porte le mieux sur scène. J’ai eu envie de revenir à une énergie plus physique, plus dansante, plus électronique, tout en mêlant les mots, comme dans mon premier album. C’est un peu un retour aux bases, mais j’espère, en ayant évolué.

    C’est aussi un album dédié à la génération des millenials. Qu’est-ce que vous avez à leur dire ?

    Suzane : C’est un album qui s’adresse plus aux millenials parce que j’en suis une. Je suis née dans les années 90 donc on sent mes références. On est aussi une génération où on est dans un monde qu’on ne reconnaît pas trop, un monde qu’on ne nous a pas appris. Donc on peut avoir parfois quelques désillusions. C’est ce que je raconte un petit peu dans l’album. En essayant de donner de l’espoir pour la suite. L’album s’appelle d’ailleurs Millenium parce que la définition c’est une nouvelle ère commençant par un changement. Je pense qu’aujourd’hui, le changement est intergénérationnel. Il n’est pas que pour notre génération. Il est pour ceux qui arrivent, il est pour nos parents. C’est un changement qu’on attend un peu tous, je crois.

    Dans cet album, vous abordez également des thématiques intimes et politiques, comme votre lesbianisme, les violences sexuelles et sexistes, ou encore les stéréotypes de genre. Pourquoi c’est important de chanter sur ces sujets ?

    Suzane : Parce que je pense que les chansons, elles ne servent pas qu’à divertir. Je pense qu’on peut dénoncer en chansons. On peut rassembler aussi. En fait, c’est des sujets qui faisaient partie de ma vie de femme. Donc oui, il y a plus de politique dans cet album, plus d’engagement encore, parce que je l’ai toujours fait mais que là, j’ai senti une urgence encore plus forte. Il y a beaucoup de messages qui sont adressés aux femmes, mais je parle aussi d’écologie ; j’aborde les thématiques de notre monde actuel. Parce que c’est des choses qui peuvent m’angoisser cela avance lentement. Donc je trouve que c’est important de pouvoir les aborder en chansons.

    Pourquoi est-ce que c’était urgent ?

    Suzane : Aujourd’hui, on entend encore qu’il y a trop de féminisme. Moi, je pense qu’il y a plutôt trop de féminicides. Il y a un grand silence qui entoure les questions de violences sexistes et sexuelles. Mes chansons c’est un peu la réponse à ce silence, avec de la musique, des mots, une énergie et des émotions. Et j’ai l’impression que les gens qui écoutent ces chansons s’y reconnaissent. Ils sont dans l’urgence aussi d’entendre des chansons qui décrivent les choses qu’ils connaissent tous les jours, dans le quotidien.

    « Je t’accuse » est notamment une chanson qui dénonce les violences sexuelles et l’inefficacité de la Justice ?

    Suzane : Je pense que cette chanson est arrivée dans ma vie pendant une période compliquée, où beaucoup de choses me ramenaient à cette violence que j’avais subie. Et pour m’en libérer, j’ai eu l’impression qu’écrire une chanson, ça pouvait peut-être m’aider. Je ne pensais pas la sortir, cette chanson. C’était une chanson pour me réparer. Et puis, j’ai continué à voir à la télé, dans les médias, des récits assez glaçants de violences, que ce soit sur des femmes, des hommes, des enfants, des classements sans suite et rarement de condamnations… C’est ce qui m’a donné le courage de me dire « il faut que tu portes ce message. Il n’est pas que pour toi, ce message. Il est pour toutes celles qui ont subi, comme toi, des violences. » Ce n’était pas une chanson évidente à sortir, mais j’ai l’impression qu’elle a trouvé son public. C’est un peu un triste constat de se dire qu’on est aussi nombreux à comprendre les paroles de cette chanson. Normalement, elle ne devrait pas exister. Et en tout cas, dans notre monde actuel, en 2026 il y a encore trop de violences sexuelles, de féminicides, de viols. On n’est toujours pas en sécurité, des années après #MeToo. Donc je pense que cette chanson, elle prend toute sa place depuis qu’elle est sortie.

    Êtes-vous confiante pour l’avenir ?

    Suzane : Un peu comme sur tout, c’est-à-dire les droits, que ce soit les droits pour les femmes ou les droits LGBT. Ce sont des droits qu’on a mis longtemps à avoir, à acquérir. C’est plus facile de perdre des droits que d’en gagner, je crois. Il ne faut pas se dire que tous nos droits sont acquis et que dans la durée, ce ne sera plus forcément le cas. Il faut continuer de défendre ces droits même quand on les a.

    Vous êtes originaire d’Avignon, quels liens entretenez-vous avec le sud ?

    Suzane : Le sud, c’est là où tous mes rêves sont nés, c’est là où j’ai été formée, là où j’ai appris la danse, là où j’ai chanté dans la rue à Saint-Rémy avant de prendre un billet pour aller à Paris. C’est important pour moi de rester liée à ces racines. Le fait de jouer à Marseille, c’est quelque chose d’important de pouvoir passer dans la région où j’ai grandi. J’avais déjà joué mon premier projet à Marseille et j’en garde un très bon souvenir. J’espère que cette deuxième fois sera aussi belle que la première.

  • « Marier l’art et la science : le musée pourrait poursuivre dans cette lignée »

    « Marier l’art et la science : le musée pourrait poursuivre dans cette lignée »

    La Marseillaise : Vous connaissez très bien le musée de Lodève, puisque vous y travaillez depuis près de 20 ans. Quel est votre parcours au sein de l’établissement ?

    Aurosi Moreno : Je suis arrivée en 2008, au départ pour un double poste réparti entre les visites guidées et la partie préparation des expositions, sur un volet plutôt logistique. J’ai rapidement basculé en totalité sur la partie préparation des expositions et à partir de 2010, ma participation dans les expositions a augmenté jusqu’à ce que je prenne en charge certaines expositions en co-commissariat ou en commissariat. Parallèlement, j’ai passé des concours, ce qui m’a permis de me positionner sur le poste de direction. Je pense qu’au-delà des compétences qui ont pu être reconnues sur le volet scientifique, ce qui a fait la différence est que j’avais non seulement une très bonne connaissance de ce musée, mais aussi l’envie de le faire bouger. Il y a encore plein de choses en devenir et à faire.

    Pouvez-vous nous présenter les collections du musée de Lodève ?

    A.M. : Nous possédons un très beau fonds Paul Dardé, artiste lodévois né en 1888 et décédé en 1963, qui a eu son heure de gloire autour des années 1920. C’est un sculpteur de renom dont les pièces sont rentrées dans les collections publiques. Vous pouvez par exemple voir à Orsay une très belle tête de Méduse, « L’éternelle douleur ». C’est un artiste passionnant qui a claqué la porte à la gloire parisienne pour retourner dans sa ville natale de Lodève, mu par une forte envie de décentraliser les arts, que les petites villes de province aient leur musée. Il a également réalisé de nombreux dessins et illustrations d’œuvres littéraires. Un parcours dédié nous plonge dans son univers, grâce à une collection riche d’à peu près 600 sculptures et pas loin de 6 000 dessins. Il y a ensuite les fonds scientifiques, avec les collections archéologiques qui comptent près 20 000 pièces, mises en valeur dans un parcours qui raconte la Préhistoire et en particulier le Néolithique. Enfin nous disposons également d’une très belle collection sciences de la terre, avec un parcours qui relate l’histoire de la Terre depuis l’explosion de la vie il y a 540 millions d’années. La collection est constituée de 300 roches et minéraux et de 1 600 fossiles issus des environs géologiques. Car la particularité de ce musée, c’est qu’on arrive à parler de 540 millions d’années rien qu’avec des collections prélevées sur le territoire ! C’est une petite prouesse… Ce musée m’enthousiasme encore au bout de 18 ans !

    Que souhaitez-vous impulser, sur quels axes comptez-vous travailler ?

    A.M. : Concernant Paul Dardé, je pense qu’il y a encore beaucoup de choses à faire autour de cet artiste. Ensuite, il y a ce volet scientifique, qui est passionnant. Il faut voir l’engouement qu’a suscité, tout récemment, la découverte du squelette de crocodile vieux de 180 millions d’années ! J’avais déjà à cœur de marier l’art et la science et je pense que le musée de Lodève pourrait tout à fait poursuivre dans cette lignée, c’est-à-dire avec de belles expositions beaux-arts mais aussi avec des thématiques un peu scientifiques, qui attirent un public plus large.

    Je souhaiterais également renforcer la dimension de proximité, car le musée de Lodève est un musée de territoire, je crois qu’il y a une carte à jouer à ce niveau-là. Pour ce qui est des grandes lignes à développer, elles sont actuellement en cours d’écriture dans le cadre du projet scientifique et culturel du musée, sorte de ligne éditoriale. Cela va nous occuper pendant tout 2026 et probablement une partie de 2027.

    Que réserve la prochaine exposition ?

    A.M. : Elle débutera le 18 avril et sera dédiée à l’art aborigène, à travers plus d’une centaine d’œuvres réalisées entre les années 1990 et 2000. Pourquoi l’art aborigène trouve sa place au musée de Lodève ? Car c’est l’occasion de questionner une autre culture et le rapport qu’a cette culture au territoire. Or comme je le disais, le musée de Lodève est un musée de territoire. Si nous, peuple occidental, avons une certaine possessivité par rapport à cette terre, on apprend que là non, c’est la terre qui nous possède. C’est une autre vision, qui se répand sur les œuvres.

  • Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    Fraise, le lieu où la création se nourrit des autres à Montpellier

    À l’origine, Philippe-André Dayan, ancien consultant en acquisition d’entreprises raconte ne plus se reconnaître dans un univers « où ça manquait de sens et de cœur ». Il tâtonne, crée un fonds de dotation, expérimente. Puis l’idée d’un lieu s’impose. L’hôtel est acheté en fonds propres en 2021. Le projet prend le nom de Fraise, Fonds pour le rayonnement artistique, l’intégration sociale et l’emploi. Le principe est de produire des œuvres tout en accompagnant jusqu’à 50 professionnels porteurs de projets culturels. Pour ce faire, des studios, une structuration juridique, des conseils artistiques, de la mise en réseau. « L’objectif, c’est de permettre aux artistes d’avancer vite, avec les bons outils. » La gouvernance est pensée comme un garde-fou avec commissions collégiales, audit externe, transparence statutaire. « On veut inscrire les projets dans une réalité commerciale sans que la logique marchande interfère dans le processus de création. Si on veut réussir, il faut trouver des terrains de collaboration. »

    La recherche comme terrain

    Au-delà de la production, Fraise revendique un ancrage intellectuel avec des universités telles que Yale ou encore l’Université Paul-Valéry, à travers le laboratoire Leyris. Vincenzo Susca, professeur de sociologie, accompagne le projet. « Il y a aujourd’hui un besoin aigu de laisser s’exprimer des désirs de création en dehors d’un cadre capitaliste basé sur la concurrence. » Il y voit l’émergence de tiers-lieux où « les individus cherchent des formes d’identification liées à l’art, à l’esthétique et à la communauté. »

    Le partenariat prévoit des bourses pour des doctorants travaillant dans les jeux vidéo, le cinéma entre autres. Certes Fraise n’a pas encore ouvert ses portes, mais le chantier est déjà habité de projets. Entre ces murs se dessine une tentative d’organiser la création sans l’industrialiser et collaborer plutôt que concurrencer. Reste à savoir si ce pari trouvera son rythme à l’ouverture au printemps et au-delà.

  • Une nouvelle lumière pour magnifier le Palais des Papes

    Une nouvelle lumière pour magnifier le Palais des Papes

    Fiat lux. Un nouvel éclairage du Palais des Papes et de sa place, avec tous les bâtiments autour tels que le Petit Palais et l’Hôtel de la Monnaie, a été inauguré ce vendredi 27 février à la tombée de la nuit.

    Ou tout du moins la première moitié du projet, avec évidemment la devanture de la résidence pontificale. Et ce, avec une « mise en lumière à la fois sobre et innovante », grâce à un dispositif qui « joue sur les équilibres entre lumière et pénombre », assure la municipalité. Un projet dont le coût est estimé à 2,7 millions d’euros : 2,2 millions de la part de la Ville d’Avignon, mais aussi 420 000 euros de l’État et 100 000 euros de la fondation LVMH, qui avait fait un défilé dans le lieu l’an dernier.

    Dispositif spécial

    Un éclairage qui sera allumé à la tombée de la nuit jusqu’à environ une heure du matin, « mais cela peut changer selon la saisonnalité », précise Cécile Helle, maire (PS) d’Avignon. Elle se réjouit du « choix d’éclairer la place par sa périphérie avec une meilleure illumination aussi de la place. Car avant, on était vraiment dans la pénombre, ce qui pouvait donner une impression de peur », ajoute-t-elle. « Il y avait avant beaucoup de lumière parasite. Et on ne pouvait pas faire n’importe quoi en rapport avec le patrimoine mondial de l’Unesco », glisse la première édile.

    Ainsi, quatre mâts ont été installés avec des projecteurs spéciaux dits « projecteurs gobo » qui « suppriment les fuites de lumière en dessous et au-dessus et limitent la pollution lumineuse », précise Jean-Yves Soëtinck, concepteur lumière pour l’entreprise Acte Lumière, qui s’est chargée du projet. Une entreprise qui s’est occupée également de l’illumination de la cathédrale de Strasbourg et de celle de Lausanne. Des engins dont la longévité est comprise entre 50 000 et 100 000 heures de fonctionnement.

  • « Les Montpelliérains » : une déclaration d’amour en images

    « Les Montpelliérains » : une déclaration d’amour en images

    C’est un pan d’histoire contenu dans un regard. 330 images, 330 tirages pour un hommage. Celui d’un photoreporter qui a puisé, dans 34 ans d’archives, des pépites sensibles brossant, couleurs et noir et blanc, le portrait multiple d’une ville adoptée et aimée : Montpellier.

    « C’est un hommage aux gens qui sont venus en visite, qu’ils soient célèbres ou non, artistes, politiques, sportifs ou rien, comme dirait d’aucun », livre Jean-Michel Mart. C’est aussi « une lettre d’amour, si si, à cette ville devenue grande qu’est Montpellier, ses rues et leur lumière et surtout à ses habitants toujours plus nombreux et toujours plus divers, si divers qu’on ne se sent jamais rejeté par eux ». Au détour d’une image, certains se reconnaîtront peut-être, « jeunes, vieux, riches, pauvres, sur deux ou quatre pattes, solitaires ou en foule mais fiers d’être de cette ville faite de toutes les autres, qui les vaut toutes et dans laquelle j’ai été tout simplement heureux. »

    Après une expérience à L’Indépendant, à Perpignan, Jean-Michel Mart débute en 1991 une longue carrière de photographe de presse au sein du quotidien régional Midi Libre, où il exerce toujours. Plus de trois décennies à pratiquer ce métier de localier, son art de la proximité. Des gens. Un art qu’affectionne ce taiseux, et dont ses photos sont pleines. En équilibre entre l’intime et la pudeur, Jean-Michel Mart porte sur ce qui l’entoure un regard tendre et affûté, où affleure souvent l’humour. Il saisit un geste, une situation, une émotion, un hasard.

    Présentées en tandem dans des juxtapositions qui prêtent à sourire ou à réfléchir, ses photos offrent une autre lecture de l’ordinaire. Un pas de côté nécessaire. Poétique. Parfois mélancolique. Ou subversif. Son regard révèle les angles morts du quotidien. « Picasso disait : je ne peins pas ce que je vois, je peins ce que je pense. Je fais pareil avec la photo. Pour moi, il y a une écriture photographique », exprime-t-il.

    Une ville arpentée durant 34 ans

    C’est son ami et ancien confrère Michel Marguier qui parle le mieux de cet « élégant sentimental et talentueux », « aussi discret que possible, mais tellement présent » dans un texte en exergue de l’exposition. Ensemble – « lui au Nikon, moi au calepin » – ils ont connu les grandes heures de ce métier de localier. 30 ans de terrain, 30 ans tous terrains à arpenter la ville, ses quartiers, ses rues, ses commerces, ses manifestations, ses lieux culturels, ses institutions… À sonder la vie des gens, « chez eux, mais sans salir leur intimité. Ou dans la rue agitée, voire furieuse, mais sans se laisser marcher sur les pieds. Au troquet du coin, à n’importe quelle heure, pour écouter et voir, sentir et laisser s’épancher. Dans le salon du consul de Grande-Bretagne, à parler whisky et entente cordiale sous le portrait de la reine. De nuit, à regarder dormir les TGV de l’hôtel terminus et y besogner, pour peu de sous, le personnel de nettoyage. Sous l’œil du Maréchal, dans le bureau tout en ordre moral d’un pathétique ancien pétainiste. Devant la tente igloo d’un SDF que le bruit de la rocade toute proche et indifférente n’empêche même plus de dormir… »

    Ce sont tous ces visages de Montpellier que racontent ces rencontres, ces événements, ces émotions, ces détails capturés dans un cadre professionnel ou non. Une exposition qui rend toute sa noblesse à la photographie de presse, « boulot qui, j’en ai peur, est en train de disparaître », souffle Jean-Michel Mart. Cette moisson d’une vie, longtemps mûrie, est aussi un hommage, en creux, « à tous ces gens avec lesquels j’ai travaillé, photographes et rédacteurs. C’est une époque où on vivait les uns sur les autres. On faisait les trois huit… Huit heures à bosser, huit heures à boire, huit heures à dormir ! J’ai connu la fin de ce genre de journalisme. »

    À vous, maintenant, de visiter ce regard, goûter ces instants. Et faire vivre « Les Montpelliérains ».

    * 1, place Paul-Bec. Entrée libre.

  • Nîmes : un premier guide des collections pour la romanité

    Nîmes : un premier guide des collections pour la romanité

    L’ouvrage, porté par le conservateur en chef Nicolas de Larquier et son équipe scientifique, est le fruit de plusieurs années de travail. « Il était temps », dit-il simplement. Au total, cinquante œuvres emblématiques sont analysées et mises en contexte.

    Le guide parcourt vingt-cinq siècles d’histoire, de l’époque préromaine jusqu’au Moyen Âge. On y trouve les pièces emblématiques et les chefs-d’œuvre attendus : sculptures, mosaïques remarquables mais aussi des objets plus inattendus. Un brasero portatif, par exemple, « une sorte de foyer mobile utilisé pour cuisiner », qui permet, selon le conservateur, « d’incarner la vie antique ». Ou de la céramique sigillée, de la verrerie entre autres.

    « Un ouvrage vivant »

    Présentées à Nîmes depuis 1823, ces collections ont plus de deux siècles d’histoire. Bien avant l’ouverture du musée actuel, la ville exposait déjà ses vestiges antiques. Le guide rappelle ainsi que l’intérêt pour l’Antiquité ne date pas d’hier et que le patrimoine nîmois s’est constitué dans la durée.

    Nicolas de Larquier assume volontiers que publier un guide, c’est figer. Mais en archéologie, les connaissances bougent en permanence. « On imagine souvent qu’un musée est immuable. C’est rarement le cas.  » Entre la fouille et la présentation au public, il peut s’écouler une dizaine d’années. Les notices évolueront, de nouvelles découvertes viendront compléter le récit. « C’est un ouvrage vivant, appelé à évoluer. »

  • Un requiem luthérien à l’Opéra de Marseille

    Un requiem luthérien à l’Opéra de Marseille

    Si différent de celui de Verdi, mais tout aussi incontournable, le Ein deutsches Requiem de Johannes Brahms est l’une des œuvres mémorables du prolifique compositeur allemand. Un requiem qu’il mit du temps à accoucher, amorcé en 1854 après la mort tragique de son ami Schuman, et achevé seulement en quatre an plus tard. Et « lorsqu’il a perdu sa mère, cette cantate funèbre lui est devenue encore plus nécessaire », indique le programme. Cette pièce majeure, qui connaît toujours un grand succès auprès du public, sera dirigée vendredi 27 février à l’Opéra de Marseille par son sensible et dynamique directeur musical, Michele Spotti. Avec un plateau réunissant le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, la soprano Camille Schnoor ainsi que le baryton Philippe-Nicolas Martin, ces deux derniers affichant un large répertoire.

    « Enfer où est ta victoire »

    Si l’on a pu dire de Brahms qu’il fut « un homme qui n’avait jamais été jeune », ce Requiem est basé sur des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament avec cette conception luthérienne d’une mort redoutée mais acceptée avec humilité et confiance. Du texte de la Bible, Brahms retenu l’aspect poétique et l’œuvre même est romantique dans la composition et l’expression. Le dernier des sept mouvements est une marche vers la paix, la vie qui dit : « Enfer où est ta victoire. » Comme le qualifiait Brahms, un « requiem avant tout humain ».

    Le 27 février à 20h à l’Opéra de Marseille. Entre 10 et 25 euros au 04.91.55.11.10 ou sur www.opera-odeon.marseille.fr

  • Globe-trotter marseillais et guitariste louisianais à Aix

    Globe-trotter marseillais et guitariste louisianais à Aix

    Secousses musicales en ligne de mire, ce week-end, dans la salle de concert du 6mic. Un tremblement de terre sonore dont les premiers ressentis coïncideront samedi 28 février, aux alentours de 20h30, avec les rythmes chaloupés de David Walters. Après sa Soul tropical qui racontait il y a deux ans « le voyage des rythmes africains qui traversent l’océan », voici que ce musicien globe-trotter, ancré à Marseille depuis une vingtaine d’années, revient avec Ti love. Inspiré par la devise du rappeur Oxmo Puccino, « perdre et gagner, sans s’éloigner de soi-même », un album qu’il arrime à la culture antillaise dans laquelle il a été bercé.

    Pas anodin à ce que cet opus ait germé dans le village martiniquais de sa grand-mère, matriarche qui a mis les oreilles de David Walters à l’étrier de la musique en lui apprenant comme première chanson Mèsi Bondyé de Frantz Casseus, compositeur haïtien porté par les musiques créoles comme classique. « L’âme tropicale, c’est l’âme de la Caraïbe : la genèse de ce que je suis, de ce que nous ont laissé nos ancêtres », expliquait à La Marseillaise, l’an passé, cet artiste qui livre cette fois 11 titres qui sonnent comme une ode au dépassement des frontières.

    Un phénix du blues

    De Ti love, en duo avec la chanteuse ivoiro-malienne Fatoumata Diawara jusqu’à Bon voyage, en passant par le délicieusement groovy Kite koulé kon klo, aux côtés du guitariste nigérian Keziah Jones, David Walters offre une traversée qui mêle sa culture d’origine à l’écume sonore du monde, funk, reggae et disco en bonnes places. Ce fracas musical ne s’arrêtera pas en si bon chemin au 6mic, Robert Finley prenant son relais mélodieux, le lendemain, samedi 1er mars.

    Un phénix du blues made in Louisiane qui n’est devenue une star du genre qu’à la soixantaine, remis sous les projecteurs par un collectif de passionnés du nom de Music maker relief foundation. Natif de la bourgade de Bernice, il intègre l’orchestre de l’armée américaine dans les années 1970, puis se fait radier de la Grande muette, exerçant surtout son art dans les rues, avant qu’un glaucome ne le rendre aveugle. S’il n’a sorti son premier album qu’il y a 10 ans, Robert Finley demeure l’un des musiciens les plus chevronnés du blues. Dans sa dernière galette, Hallelujah ! Don’t let the devil fool ya, il délaisse un poil ses riffs marécageux du Bayou pour renouer avec le gospel avec lequel il a fait ses gammes dans son enfance. Porté par sa ferveur, un album dans lequel il semble remercier le ciel d’être encore là malgré tous les obstacles qu’il a pu rencontrer au cours de sa vie. Et qui fait même dire à Dan Auerbach, son producteur attitré et moitié du groupe de rock The black keys, qu’il est « le plus grand chanteur de soul vivant ».