Category: culture

  • Au Cratère, à Alès, les Sea Girls cassent les codes du music-hall

    Au Cratère, à Alès, les Sea Girls cassent les codes du music-hall

    Découvrir ou redécouvrir la comédie musicale depuis les coulisses. Un pari audacieux qu’ont accepté de relever les Sea Girls, trois comédiennes qui font du Music-hall depuis vingt ans, avec leur spectacle « Dérapage ». Mis en scène par Pierre Guillois, à qui on doit le succès du cabaret de carton « Les Gros patinent bien » la saison dernière, le spectacle revendique une écriture contemporaine légère, grave, sociétale et intime. Les Sea Girls y abordent, en musique et avec humour, les prises de tête en tournée, la fatigue et les discriminations liées à l’âge que subissent les comédiennes autour de 50 ans. Les deux représentations auront lieu samedi 17 janvier à 21h et dimanche 18 à 17h au théâtre éphémère le Cratère à la Prairie (Champ de foire) à Alès.

    « Le spectateur se retrouve derrière le rideau de fond de scène, plongé dans l’univers à la fois drôle, tendre et sensible des Sea Girls, détaille Olivier Lataste, le directeur du Cratère. On assiste à une fusion entre la comédie musicale et le burlesque. » Un mélange des genres qui pourrait expliquer le retour du music-hall sur le devant de la scène ces dernières années.

    Starmania, La la land ou Wicked, autant d’œuvres au succès fulgurant qui ont su capter l’attention d’un public qui boudait le genre depuis plusieurs années. « Les spectateurs ont toujours été adeptes de théâtre, de danse et de concerts. Mixer les trois, c’est apporter la légèreté et le divertissement dont ils ont besoin, notamment en ce début d’année difficile », estime le directeur.

    Si la liberté employée dans la scénographie des comédies musicales d’aujourd’hui joue un rôle majeur dans leur succès retrouvé, selon Olivier Lataste, une modernisation du genre restait essentielle. « Ce qui me frappe surtout, ce sont les moyens techniques colossaux employés. Le spectateur vit un moment féerique. »

    Du côté des Sea Girls, pas d’entracte pyrotechnique ou d’effets spéciaux de synthèse, mais un axe narratif moderne et multigénérationnel. « Un public plus âgé va venir voir le spectacle pour le côté cabaret et burlesque. Mais un public plus jeune trouvera tout autant son compte avec un côté débridé et des prises de position qui tendent vers le féminisme », explique le directeur. « C’est un mélange des genres mais aussi un croisement des générations et des milieux sociaux. »

    Et grâce à l’expertise du metteur en scène Pierre Guillois, les surprises fusent, le côté décalé l’emporte et on retrouve une dérision dominante, comme dans son dernier spectacle.

    « Leur prospérité s’apparente à un cycle »

    Si on y réfléchit bien, depuis leur apparition au début du XXe siècle, les comédies musicales n’ont jamais quitté les planches ou le grand écran. En témoigne le succès du Roi lion au théâtre Mogador, renouvelé de nombreuses fois depuis 2007 et encore joué aujourd’hui. Pour Olivier Lataste, leur prospérité s’apparente à un cycle. « Peut-être que l’enthousiasme du public va redescendre, mais les music-halls reviendront toujours. La chanson n’a jamais cessé d’être populaire. Ça ne s’arrêtera pas aujourd’hui. »

    Billetterie sur lecratere.fr. Si complet, contactez le théâtre au 04.66.52.52.64. Des places peuvent se libérer. 30€ plein tarif, 19 € réduit.

  • [Entretien] Anaïs Carpita : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens »

    [Entretien] Anaïs Carpita : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens »

    La Marseillaise : Quels sentiments vous habitent avec cette ressortie du film restauré en 4K ?

    Anaïs Carpita : Mon grand-père avait tourné des films, et notamment un, Le rendez-vous des quais, qui avait été censuré, perdu, disparu. Le film est ressorti une première fois en 1990. J’étais petite, mais cela m’avait beaucoup marqué car je l’avais vu au cinéma. Par la suite, j’ai découvert tous ses courts-métrages. Cela a bercé mon enfance et adolescence. Lors de la sortie de son deuxième long-métrage, Les sables mouvants, qu’il avait écrit a l’époque, mais n’est sorti qu’en 1996, j’étais adolescente. Pour Marche et rêve ! Les homards de l’utopie [2002], j’étais stagiaire assistante sur le tournage. J’avais 17 ans, je me préparais à la fac pour faire des études de cinéma. Je suis donc très émue. C’est beau d’avoir quelqu’un dans son entourage qui a essayé de vivre de son art : il a arrêté d’être instituteur pour se consacrer au cinéma. Savoir que c’est possible n’est pas étranger à ma vocation. Je garde toujours en tête ce que Ken Loach a dit, lors de la ressortie du Rendez-vous des quais en 1990 : « Paul Carpita ne rend jamais la caméra plus importante que les gens. »

    La ressortie du film en 4K et
    la restauration d’une partie de
    son œuvre redonne à Paul Carpita
    sa place en tant que cinéaste…

    A.C. : Oui, car il y a aussi des courts-métrages très beaux. Les gens vont les redécouvrir magnifiquement restaurés. Et l’idée, c’est de poursuivre ce mouvement grâce au CNC. Paul Carpita a tourné trois longs-métrages, mais aussi un quatrième, Rencontre à Varsovie. Il va être bientôt restauré. On souhaite pouvoir le sortir en salles, en faire une édition DVD avec ses œuvres presque complètes et que cela soit disponible en vidéo à la demande.

    Quel est le principal caractère révolutionnaire du film, selon vous ?

    A.C. : À la ressortie du Rendez-vous des quais en 1990, on a beaucoup parlé de « chaînon manquant » entre le néoréalisme italien, qui filmait la classe ouvrière dans la rue, avec la Nouvelle vague, qui était un cinéma un peu plus bourgeois. Mais le réalisateur Pascal Tessaud, qui a signé un livre d’entretiens avec Paul Carpita en 2009, dit quelque chose de très juste : les réalisateurs du néoréalisme italien étaient des gens plutôt bien nés qui filmaient des histoires tragiques. Mais, dans Le rendez-vous des quais, mine de rien, même si deux frères se retrouvent chacun d’un côté de la barricade, on sait qu’ils vont se retrouver. La dernière phrase de dialogue du film, c’est : « Nos amis nous attendent. » Malgré la dureté de leur vie, il y a beaucoup de joie, d’optimisme et de solidarité.

    Si la méconnaissance de sa filmographie s’explique par la censure de 1955, pensez-vous qu’elle est aussi causée par un mépris de classe ?

    A.C. : Elle est multifactorielle. Ça vient du fait qu’il ne vienne pas du sérail du cinéma, qu’il tourne sans autorisation, qu’il n’ait pas fait d’école, qu’il vienne du sud… Dans ses différents entretiens, Paul Carpita évoque le montage du film à Paris. Il avait senti quelque chose d’assez méprisant sur les faux raccords. Au début, ils voulaient même couper la scène d’anniversaire de la petite à qui on offre un poupon. À Paris, ils ont trouvé ça naïf et risible. Idem pour la réplique de l’héroïne qui dit « oh ma permanente » quand elle va à l’eau. Pourtant, on n’a pas à être au-dessus de ses personnages. Ça reste une époque et des répliques vraies.

  • Paul Carpita au rendez-vous de l’histoire

    Paul Carpita au rendez-vous de l’histoire

    « Une nouvelle page s’écrit », estiment, dans une émotion contenue, des membres de l’association Les camarades de Paul Carpita, en ce jeudi 8 janvier. Leur tour de force, celui de ressusciter en résolution d’image 4K un film exceptionnel, mais maudit, aurait pourtant mérité bien des effusions. L’objectif : montrer que Paul Carpita, cet instituteur, fils d’un docker et d’une poissonnière, entré par une effraction jubilatoire dans le monde du 7e art, « est un vrai cinéaste », affirme Claude Martino, une heure avant l’avant-première du Rendez-vous des quais, au cinéma La Baleine. « Sauf que ses films étaient en déshérence totale et improjetables », rappelle ce journaliste qui a noirci La Marseillaise de ses coups de plumes pendant 40 ans et fut l’ami de Carpita (1922-2009).

    Mais la ténacité des Camarades de Paul Carpita a eu raison de ces obstacles avec le Centre national du cinéma (CNC), qui a restauré numériquement son chef-d’œuvre, mais également certains de ses courts-métrages comme Marseille sans soleil, « peut-être le plus beau film jamais réalisé sur Marseille », affirme Bruno Jourdan, producteur et réalisateur, membre de l’association. Mais pour se rendre compte de leur tour de force, un flashback s’impose.

    Solidarité à toute épreuve

    « Le Rendez-vous des quais a été tourné dans un Marseille en proie à des tensions sociales. Après l’avoir présenté au cinéma Le Rex, nous décidons de montrer le film, le lendemain, aux dockers et à leurs familles. à ce moment, quelque chose d’extraordinaire et de dégoûtant se passe. Les camions de CRS investissent le quartier. La police fait irruption dans la salle de cinéma archi-comble et saisit les bobines du film dans la cabine de projection », se remémore Paul Carpita, en 1990, au moment de la ressortie d’un film qu’il croyait perdu.

    Ce drame non dénué d’humour, relatant le quotidien chiche, digne et solidaire d’un jeune couple d’ouvriers marseillais, sur fond de grande grève des dockers contre la guerre d’Indochine en 1949-1950, ressurgit à l’époque grâce à Jean Daniel, assistant de Carpita et ancien directeur de l’Alhambra. Il remet la main sur « deux copies saisies, encore sous scellés aux Archives de Bois d’Arcy ». Mais, à l’époque, « dans les articles de presse, tout le monde se raconte l’histoire de la censure, du film maudit », campe Claude Martino. Comme si sa légende tragique en avait occulté la qualité remarquable. Désormais, fini pareil silence, espère-t-il à propos de ce film tourné avec des comédiens non professionnels, « une caméra légère » et en extérieur. « Maintenant, on va parler des personnages, de la qualité des images, de ce qu’on n’avait pas pu véritablement sentir à l’époque. La malédiction était si puissante qu’on ne parlait que de ça », regrette à rebours cette bible sur pattes qui lui a consacré de nombreux écrits.

    Le rendez-vous des quais, ça fait l’effet d’une claque. Un taquet asséné façon Robert Fournier, docker étranglé par la raréfaction du travail sur le port de Marseille, à Jo, le « jaune », briseur de grève qui lui fait miroiter un appartement en échange de sa docilité avec le patronat, lorsqu’il découvre la manigance. Pour le grand capital, l’idée de tourner la tête du frère d’une figure syndicale CGT du port pour discréditer le mouvement était trop belle. L’une des scènes marquantes de ce film que Paul Carpita réalise entre 1950 et 1953, avec lignes de fuites et poésie lorgnant vers l’horizon ouvrier. Et des images d’un mouvement social et pacifiste qu’il capte alors dans la ville. Une histoire d’amour entre Robert et Marcelle, ouvrière dans une biscuiterie, face à leur entrée dans la vie maritale, freinés par le manque de moyens, alors que les dockers suivis par bien d’autres corporations, mènent une grève historique, les cercueils des appelés d’Indochine étant rapatriés à la pelle par bateaux. « En faisant ce film, je brûlais d’envie de témoigner de mon époque, de pousser un cri contre la guerre et de filmer les petites gens », a déclaré par le passé Paul Carpita.

    Un geste militant qui détonne dans le cinéma des années 1950, peu habitué à de tels héros. En 1989, le producteur Yves Rousset-Rouard qualifiera le film de « chaînon manquant » du cinéma français, rappelle Claude Martino. « Un film néoréaliste qui anticipe la Nouvelle vague ». « En tant que distributrice, confie malgré tout Cécile Farkas, dirigeante de la société Doriane films, un certain nombre de salles m’ont rétorqué que la réputation du film était illustre, mais que sa qualité était amateur. » Un mépris de classe dont les Camarades de Paul Carpita ont eu raison.

    Les séances programmées pour l’instant dans la région

    Jeudi 15 janvier. Au cinéma Le Royal à Toulon, en présence de Claude Martino en soirée.

    Vendredi 16 janvier. Au Ciné89 de Berre-l’Etang, à 19h, en présence d’Anaïs Carpita.

    Samedi 17 janvier. Dans la salle « Paul Carpita » du cinéma Le Clap, à Bollène, à 17h30, en présence d’Anaïs Carpita.

    Dimanche 18 janvier. Au cinéma La Baleine, à Marseille, à 16h, en présence d’Anaïs Carpita. La projection d’autres courts et moyens-métrages de Paul Carpita est également prévue.

    Du 21 au 27 janvier. À l’affiche du cinéma Le Royal, à Toulon.

    Mercredi 4 février. Au cinéma Olbia de Hyères, en présence de Claude Martino. Avec la projection d’autres courts-métrages.

    Les 6 et 7 février. Dans la salle marseillaise du Vidéodrome2. Projection d’autres courts-métrages tels que Marseille sans soleil ou Graines dans le vent.

  • [Festival] Envolées poétiques des corps dans les Bouches-du-Rhône

    [Festival] Envolées poétiques des corps dans les Bouches-du-Rhône

    Depuis son centre névralgique marseillais, en passant par Port-Saint-Louis-du-Rhône jusqu’à Aix-en-Provence et Aubagne, la 6e édition de l’Entre 2 Biac fait résonner le cirque à partir du jeudi 15 janvier. 25 spectacles au menu pendant un mois, à commencer par le spectacle Catharsis, de la compagnie Les Complémentaires, qui « travaille autour de la relation à deux avec le cadre coréen [un porteur, accroché à un cadre et suspendu dans le vide, propulse son partenaire voltigeur, Ndlr] », campent Raquel Rache de Andrade et Guy Carrara, organisateurs de l’événement et directeur d’Archaos, compagnie symbole du renouveau du cirque contemporain dans les années 1990, devenu un Pôle national du cirque établi dans le quartier de la Cabucelle où se jouera ce spectacle. Conçu par la compagnie SCoM, Baoum ! lui emboîtera le pas. En direction de la jeunesse, une création émaillée de cirque et de beatbox explorant « le lien entre le mouvement du son et du corps ainsi que ses limites », situe Martin Gillet, du Forum de Berre, terre d’élection de cette forme.

    Échappées belles

    Parmi les autres temps forts de l’Entre 2 Biac, Fora, d’Alice Rende, qui sillonnera successivement la scène de la Gare Franche, à Marseille, du Théâtre de Pertuis, du Sémaphore de Port-de-Bouc, et de Fontblanche, à Vitrolles. Cette artiste détonante y repousse les lois de la physique, se débattant dans une boîte étroite en plexiglass pour s’en échapper, métaphore de la condition de la femme dont elle brise les carcans, comme le résume cette contorsionniste italo-brésilienne installée à Marseille. Du côté d’Aix, au Théâtre du Bois de l’Aune, Camille Boitel et Sève Bernard croiseront quant à eux cirque, danse et performance « pour montrer l’effort du corps poussé à l’extrême dans une poésie du chaos », évoque le directeur des lieux, Patrick Ranchain.

  • Immersion dans « Ma part de Nîmes » de Philippe Ibart

    Immersion dans « Ma part de Nîmes » de Philippe Ibart

    « Ma part de Nîmes”, c’est des visages de la ville dans son quotidien, au fil des ans et des saisons, dans ses lieux de rencontres ou de solitudes urbaines », présente Philippe Ibars dont le travail photographique sur la ville est présenté jusqu’au 24 janvier au Prolé.

    À travers la trentaine d’images exposées, le photographe professionnel nîmois, qui expose également sur les murs des couloirs et de la salle polyvalente du lycée CCI du Gard, propose une déambulation sensible dans la ville. Sans message revendiqué ni intention démonstrative, ses photos invitent à faire une pause, à regarder autrement les scènes du quotidien.

    Les visages de la ville

    Dans chaque scène, des personnes habitent l’image et la ville respire. Juste des humains dans la ville. Philippe Ibart n’a d’autre prétention que de regarder la vie telle qu’elle se déroule. « Il y a toujours un peu de poésie dans le banal, et s’il y a aussi une part de beauté, elle est, pour paraphraser Oscar Wilde, confondue dans les yeux de celui qui compose et de celui qui regarde l’image », livre-t-il.

    De la promenade Cervantes aux jardins de la fontaine en passant par le bâtiment de la CPAM, l’artiste nous transporte au gré de ses déambulations. Des lieux familiers, presque anodins, que l’on traverse souvent sans les voir. « C’est une banalité pour moi, j’ai vécu ici toute ma vie. Je connais cette voiture jaune, comme tous les gens de Nîmes. Mais voir la ville sur ces belles photos, ça fait plaisir », confie un habitué du café.

    L’exposition donne à voir Nîmes non comme un sujet à défendre ou à expliquer, mais comme un espace vécu, traversé, habité. Une ville regardée sans discours appuyé, où l’ordinaire devient matière à attention. Et peut-être, simplement, une invitation à lever les yeux sur ce qui est là.

    * 20 rue Jean-Reboul.

    Entrée libre.

  • Année record au Mucem : les visiteurs font leur bilan

    Année record au Mucem : les visiteurs font leur bilan

    En ce début de mois de janvier, l’ambiance au Mucem est très calme. Pourtant, le musée enregistre une année record avec 1,4 million de visiteurs en 2025, un nombre qui n’avait plus été atteint depuis 2016.

    « 2025 est une année record qui témoigne de l’attractivité grandissante de nos collections auprès de tous les publics et de leur résonance avec l’actualité », analyse Pierre-Olivier Costa, directeur du Mucem. « Nous n’avions pas eu l’occasion de revenir mais nous avions entendu dire qu’une guillotine était entrée au musée à l’occasion de la panthéonisation de Badinter, alors on voulait venir voir ça », confirme un couple de retraités marseillais, habitués du musée.

    9,1% de hausse

    de la fréquentation

    Toutes expositions confondues, une hausse de fréquentation de 9,1% a été enregistrée. Mais c’est l’exposition « Lire le ciel. Sous les étoiles en Méditerranée » qui a battu les records des expositions temporaires avec 180 000 visiteurs. Les publics sont divisés face à ces expositions. « C’est la première fois que nous venons et nous avons beaucoup apprécié la diversité de ce qui est proposé : on passe de vestiges palestiniens, à des guitares modernes, à des représentations de la Vierge », s’extasie un couple de montpelliérains. Une Marseillaise, elle, ne semble pas du même avis : « Cela fait plusieurs fois que je viens et franchement, c’est toujours pareil : les expos temporaires sont souvent top, mais par contre les permanentes…je trouve qu’elles n’ont aucun sens », explique Isabelle, habitante du sud de Marseille. Le musée a également su toucher les visiteurs étrangers : « Nous venons des États-Unis et nous avons trouvé l’architecture du musée magnifique avec sa vue sur la mer. Les explications en anglais à l’intérieur du musée nous ont aidé à mieux comprendre les expositions », détaille une famille américaine. Sur place, une classe de maternelle écoute une employée du musée. Rien d’étonnant puisque cette année, grâce aux projets et dispositifs mis en place, le Mucem a connu une « fréquentation scolaire exceptionnelle » avec plus de 53 500 élèves, soit une hausse de 19% par rapport à l’année précédente.

  • [Entretien] « Une mise en lumière des émotions des cheminots »

    [Entretien] « Une mise en lumière des émotions des cheminots »

    La Marseillaise : D’où vient ce film et pourquoi l’avoir fait ?

    Sébastien Gronnier : Ce film est la fin d’un processus débuté en 2021 en trois étapes. Le premier volet a été la sortie des trois BD Les Seigneurs du Rail, le second avec le livre #TousCheminots. Et enfin le film, pour mettre en lumière la manière dont les cheminots ont vécu l’arrivée de la concurrence dans la région, ce qu’elle a provoqué dans leur vie. Souvent ils sont vus comme un corps social particulier, indépendant ou corporatiste. Et nous voulions montrer qu’au contraire, ce sont des salariés comme les autres, des citoyens avec des vies personnelles. Avec ce film, on voulait donner corps au phénomène de concurrence, qui est un terme répété tant de fois que parfois on ne sait pas ce qu’il y a derrière. C’est quelque chose qui n’est pas palpable : on en entend parler mais tant qu’on ne l’a pas vécu, qu’on ne sait pas ce que ça amène, on ne se rend pas compte des réalités. Et avec le cheminot en tant qu’humain au cœur de ça. C’est une mise en lumière de vécus de citoyens sur leur condition de salariés dans une grande entreprise qui se fragmente. Il y a une forme de réhumanisation des cheminots et on l’a conçu comme une photographie historique de ce moment pour le corps social de la SNCF.

    Dans le livre, il y avait un rapport au réel et à l’émotion, est-ce que c’est ce qui ressort principalement dans l’adaptation ?

    S.G. : Au Casi, nous sommes des syndicalistes. Donc, les cheminots ne nous disent pas les mêmes choses que s’ils parlaient à quelqu’un d’autre de leur métier. Ils parlent en nous identifiant à une organisation syndicale dans une optique d’en faire une remontée à la direction. L’idée du livre, puis du film, était de mettre le cheminot dans une situation où il parle du même sujet mais autrement. On rentre dans l’intime, de comment ils ont ressenti les modifications dans l’entreprise. Pas de le mettre à nu mais qu’il parle à cœur ouvert. Et cela donne corps à notre parole de syndicaliste. Quand on alerte sur les conséquences de l’ouverture à la concurrence, en matière de risques psychosociaux, d’attachement à l’entreprise, de départ des cheminots… Tout cela prend forme avec les témoignages. On a, par exemple, un cheminot qui témoigne dans le film et qui explique avoir choisi de quitter la SNCF pour ne pas subir l’arrivée de la concurrence. Au final, ce n’est pas qu’une mise en lumière du livre.

    Comment s’est déroulé le tournage et le cheminement du projet ?

    S.G. : On n’a pas donné de cahier des charges au réalisateur, Balkan Tekelioglu. On lui a juste donné le livre, en lui demandant si c’était possible d’en faire un film. Après il y a eu des allers-retours entre lui et nous, des choix de témoignages. Et le tournage a été relativement rapide. Mais on voulait avoir son regard extérieur et sans l’influencer. Car justement, quand on fait travailler des personnes extérieures à la SNCF dans nos projets, on veut qu’ils gardent leur sensibilité. Et donc qu’ils gardent leur regard sur le corps social au sein de la SNCF. In fine, on ne gêne pas le processus créatif. Et lui-même avait un regard relativement neutre avant de lire le livre, puis a pris conscience de ce que pouvait provoquer cette ouverture à la concurrence. On ne souhaitait juste pas que les cheminots parlent seulement de risques psychosociaux ou de conditions de travail. Mais plutôt de comment ils ont perçu ce moment de l’histoire.

    Le format documentaire s’est imposé naturellement ?

    S.G. : Le format documentaire était une évidence. Si l’on commence à romancer, à en faire une fiction, ça implique un script, un scénario. Et donc avec l’idée de dénoncer volontairement des choses. Et là, ce n’était pas le but. L’idée c’était de dire : « voilà ce que pensent les cheminots, voilà ce qu’ils nous disent et voilà ce qu’ils vont dire à la caméra ». Et ça n’a donc rien à avoir avec une idéologie ou une organisation syndicale. Le tout, avec une diversité de profils justement. On ne voulait pas imposer le fait que cette ouverture est bien ou mal. C’est donc un documentaire sociologique, intemporel. Et c’est aussi une alerte : le processus qui est décrit dans le film va se reproduire à chaque fois qu’il y aura une ouverture à la concurrence, des appels d’offres. Le processus légal est le même, donc les cheminots d’autres régions vivront les mêmes choses d’année en année.

    Il n’y a pas besoin d’avoir lu le livre pour apprécier le film, ni d’être cheminot ?

    S.G. : C’est accessible au grand public, il a été réalisé par quelqu’un qui n’est pas cheminot d’ailleurs. Il faut juste venir avec un regard curieux et être prêt à déconstruire toutes les idées reçues qu’on peut avoir sur les cheminots. Pas besoin non plus d’habiter la région. On va le présenter dans des festivals et le diffuser au-delà de Paca. Du reste, l’autrice du livre a d’ailleurs été interviewée par le réalisateur dans le cadre du film. Les deux productions se recoupent et sont complémentaires. Et même si vous avez lu le livre, il y a un vrai intérêt à voir le film. Et ça marche aussi si vous ne l’avez pas lu.

    Les projections dans la région

    Le documentaire #TousCheminots va être projeté dans toute la région. Début à Marseille, le 16 janvier, au cinéma du Gyptis. Ensuite, une projection à Six-Fours le 28 janvier au Six n’étoiles. Deux jours plus tard dans le Vaucluse à Avignon, le 30 janvier, au théâtre de la Rotonde. Puis direction les Alpes-Maritimes avec une diffusion, à Nice, le 12 février, au théâtre de la Cité. Enfin, une autre diffusion est prévue le vendredi 13 février à 17h30, aux Rotatives de La Marseillaise (gratuit).

    Réservation possible pour les autres diffusions sur le site billetweb.fr

  • [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Philipon s’amuse, Guizot s’ennuie

    [Chefs-d’œuvre des musées de Marseille] Au Palais Longchamp, Philipon s’amuse, Guizot s’ennuie

    Au premier étage du musée des Beaux-Arts, une longue vitrine avec un étage médian les rassemble. On en dénombre 36. Conformément à la funeste idéologie de cette époque, ce sont des « Célébrités du Juste Milieu ». Pour la plupart, ces figures burlesques et quelquefois sinistres, ce sont des portraits-charges de parlementaires. À côté des bustes des députés, voici des ministres, des avocats et des magistrats.

    Ces bronzes de modeste taille – Philipon est à 16 centimètres de hauteur, Guizot culmine à 22 centimètres – ont été réalisés au XXe siècle à partir des terres crues polychromes imaginées par Honoré Daumier entre 1832 et 1835. Leurs noms ne s’inventent pas : souvent ridicules, ils sont dignes d’une liste dressée par Valère Novarina. Ils peuvent s’appeler Docteur Prunelle, Jean-Charles Persil, Chevalier de Valdrome ou bien Jean Vatout.

    Censure et répression, révolte et rébellion jamais éteintes chez des intraitables comme Daumier, ces années 1832-1835 sont les premières années de la monarchie de Louis-Philippe. Le jeune caricaturiste -né à Marseille en 1808, il publiait ses premiers dessins en 1829- fut lourdement sanctionné. Pour avoir dessiné un portrait du roi à la ressemblance d’une poire et d’un Gargantua, la justice l’avait condamné à six mois de prison.

    Aux origines de ce séjour chez Sainte-Pélagie on retrouve Charles Philipon, l’unique personnage point du tout féroce et calamiteux parmi ces 36 grotesques effigies. Au niveau inférieur de ces guignols, à gauche, c’est la quatrième apparition. Daumier éprouvait clairement ce qu’il devait à la complicité du directeur de Charivari : « Si Philipon n’avait pas été derrière moi, jamais je n’aurais rien fait ! » Il faut bien que quelquefois l’arroseur soit arrosé, Philipon a sa place parmi les trognes de ces « ventrigoulus », ces fantoches et ces bouffons.

    Farces et attrapes, Philipon tire les ficelles de ce capharnaüm. Il en avait fait la commande à Daumier qui pour autant ne l’épargne pas. On découvre sa bouche édentée, son nez retroussé plutôt moche, ses sourcils en accent circonflexe et sa masse de cheveux. Il se marre doucement. En revanche, premier en haut à gauche dans cette réunion, tête penchée, le ministre Guizot est un sommet d’ennui. Victor Hugo ne s’y trompait pas : ce brillant manœuvrier, ce faux jeton du libéralisme faisait l’effet d’« une femme honnête qui tiendrait un bordel ».

  • L’art brut, verso du monde ordinaire

    L’art brut, verso du monde ordinaire

    Composée de 60 œuvres originales, mêlant des supports et des médiums variés, cette exposition donne à voir des univers singuliers et sans filtre : ceux d’ouvriers, comédiens et techniciens des Esat Ateliers Kennedy et La Bulle Bleue, structures où des personnes en situation de handicap travaillent dans un cadre protégé. Depuis 2021, ces travailleurs participent aux ateliers créatifs animés par l’artiste Mathieu Renault dans le cadre du dispositif de l’Adpep 34 (Association départementale des pupilles de l’enseignement public de l’Hérault). « On ne cherche pas une orthodoxie des gestes », assure l’artiste. Les œuvres exposées donnent accès à des univers intérieurs bruts, qui ne cherchent pas à rentrer dans des cases sociales ou académiques. L’exposition bouscule ainsi la hiérarchie implicite entre art « légitime » et création populaire, questionnant les normes qui définissent ce qui mérite ou non d’être exposé, ou ce qui relève du « monde ordinaire », ou non…

    À voir jusqu’au 12 février, à l’espace Saint-Ravy.

    Entrée libre.

  • [Méditerranée] Kallisté : omagiu à Dominique Bucchini

    [Méditerranée] Kallisté : omagiu à Dominique Bucchini

    Tous les hommages rendus après ton départ l’ont dit, chacun avec ses mots : tu étais un homme de parole, de celles qu’on tient. Ferme sans être dur, convaincu sans jamais écraser. Une présence calme, solide, respectée bien au-delà des clivages.

    Tu aimais la Corse d’un amour exigeant. Tu savais que le littoral n’était pas un décor, mais un bien commun, fragile et convoité. Tu l’as défendu bien avant que cela devienne un sujet à la mode, avec constance et sans jamais céder aux intérêts privés. Tu n’as jamais fermé les yeux sur la violence ni transigé avec les dérives mafieuses, les intimidations ou les silences complices. Tu savais que le silence protège toujours les mauvais combats. Tu as payé ta droiture cher, mais tu n’as jamais cédé.

    Tu aimais la Corse, profondément, et tu aimais aussi la France, comme une promesse d’égalité, de justice sociale et de bien commun. Pour toi, ces fidélités se complétaient. Tu savais aussi que la langue corse fait partie de ce patrimoine vivant à protéger, transmettre et faire vivre, sans l’opposer, mais en la partageant. Tu prenais le temps d’écouter, d’expliquer, de transmettre. C’est pour cela que tu étais venu à plusieurs reprises participer aux débats de l’association Kallisté, pour échanger, confronter les idées, faire vivre le débat et le respect.

    Aujourd’hui, Dominique, ton absence se fait sentir. Mais les hommages unanimes disent aussi autre chose : tu laisses une trace durable, celle d’un homme droit, d’un repère, d’une exigence morale qui continue de nous guider. À Kallisté, nous continuerons à faire vivre les débats, à croiser les regards, à transmettre l’histoire, la culture et la langue, à défendre une Corse ouverte, juste et fidèle à elle-même. Nous le ferons avec cette exigence que tu incarnas : ne jamais céder à la facilité, ni au silence, ni à la résignation.

    Car ton engagement nous oblige. Il nous rappelle que faire association, c’est faire société. Que protéger une terre, c’est aussi protéger ce qui la rend vivante. Et que l’on peut aimer profondément sans jamais renoncer à la dignité.

    Per tè, Dominique.

    È per a corsica di dumane. Audrey Cermolacce