Infiltration fasciste en manif à Montpellier : l’inaction troublante de la police

« Violences de l’extrême droite : mais que fait la police ? », questionne l’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM) dans l’invitation envoyée aux médias mi-octobre, suite à son dernier rapport. En cause : les étranges débordements en marge de la manifestation du 18 septembre, organisée à l’appel d’une large intersyndicale contre l’austérité budgétaire.

Pour mémoire, ce jour-là un groupe d’une vingtaine de militants d’extrême droite mêlés à des supporters de la Butte Paillade (informations révélées par Rapports de force) s’est immiscé dans le cortège, avant de venir intimider les lycéens de Joffre et de tabasser trois jeunes manifestants à la terrasse d’un bar des Beaux-Arts. Problème : selon le rapport que l’OLM vient de transmettre au coordinateur national des observatoires, et selon plusieurs vidéos que La Marseillaise a pu consulter, la police s’est avérée très conciliante à l’encontre des fauteurs de troubles.

Dans le document, l’organisation s’inquiète même très clairement « des échanges de proximité constatés entre les effectifs de la BAC et des membres de l’extrême droite impliqués ».

Suspicions de collusion

Peu après la fin de la manifestation, une partie de ces militants d’extrême droite s’est en effet retrouvée du côté de l’Esplanade, non loin des derniers manifestants. Il était alors près de 15h et c’est à ce moment-là que l’OLM « relève un aparté entre 8 policiers de la BAC qui ont retiré leur identifiant et brassard orange fluo, et 3 personnes entre le mémorial du génocide arménien et la passerelle piétonne desservant Joffre ». Le trio est composé de deux hommes en short et t-shirt blanc, et d’un homme arborant un foulard bleu et un drapeau français sur l’épaule. C’est précisément ce dernier élément qui a violemment pris à partie les observateurs de l’OLM, ainsi qu’un observateur citoyen dont le matériel a été jeté au sol. « Je suis pas un facho, c’est vous qui cassez les couilles ! », hurle l’homme dans la vidéo. « Vous êtes des trous du cul, je suis un travailleur. » Dans la foulée, on aperçoit le même homme pousser un manifestant au sol, avant de repartir… sans jamais être inquiété.

Comme le signale le rapport et comme en attestent les vidéos, la police assiste à la scène, mais ne réagit quasiment pas. « Il y a au moins quatre policiers de la BAC dans un rayon de 2 mètres autour de ces deux agressions, et une vingtaine de [représentants des forces de l’ordre] dans un périmètre de 10 ou 15 mètres autour. Aucun membre de la BAC ne l’interpelle, ne contrôle son identité, ni ne fait de remarque sur son masque (…) Malgré ces trois agressions les quatre individus sont tranquillement escortés plus loin par trois agents de la BAC et deux agents de la Police Nationale, tandis que les manifestants sont menacés d’être gazés et sommés de se disperser », relève le rapport. Quelques minutes plus tard, l’OLM reçoit les premières vidéos liées à l’agression des Beaux-Arts, et reconnaît les mêmes individus « responsables des agressions ».

Au lendemain des faits, le préfet de l’Hérault a assuré que les identités des militants d’extrême droite avaient été relevées. En vertu de l’article 40, le maire de Montpellier a également saisi le procureur de la République de Montpellier, qui affirme avoir ouvert une enquête. Mais depuis un mois, silence radio. « Les victimes sont terrorisées. Un mois après, elles ont encore le visage tuméfié », confie maître Sophie Mazas, présidente de la Ligue des droits de l’Homme de Montpellier et membre de l’OLM. « On le voit bien avec l’agression des Beaux-Arts : l’impunité face à la violence de l’extrême droite ne peut que renforcer la violence », poursuit l’avocate. Selon elle, la Ligue des Droits de l’homme est sur le point de saisir le procureur à son tour. Ces jours-ci, l’OLM prévoit également de solliciter la préfecture pour lui présenter le rapport, et travaille à une action concertée avec les élus locaux et les syndicats « pour arriver à interpeller la société civile ».

* Contacté, le procureur de Montpellier n’a pas répondu à notre demande.

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