[Lecture] Quand les objets deviennent porteurs de souvenirs

Si quelqu’un que nous aimons nous quitte pour toujours, un chapeau de jardin pendu à une patère, un lorgnon cassé au fond d’un tiroir, nous émeuvent davantage qu’un portrait… Ainsi parlait Daudet, en 1896, à la mort de son ami Edmond de Goncourt. Ces objets que Balzac et Flaubert utilisaient pour révéler la psychologie de leurs personnages. Ces objets en lesquels Marta Caraion voit les réceptacles de notre histoire anecdotique. Ces objets qui, pour François Vigouroux, sont une part de nous-mêmes dont nous avons du mal à nous séparer. Ces objets dont François Bon a écrit l’autobiographie. Ces objets qu’utilise à son tour Michele Ruol dans son roman Inventaire de ce qu’il reste après que la forêt a brûlé, divinement traduit de l’Italien par Paolo Bellomo, avec le concours de Cécile Raulet.

Mère, Père, Aîné, Cadet

Tels sont les personnages humains. Noms donnés par l’auteur pour leur désignation universelle, à savoir ce qui est commun à tous. Composé de quatre-vingt-dix-neuf chapitres, plus ou moins courts, le roman se lit comme on regarde une série de diapositives projetées sur l’écran des pages. Du cale-porte en verre au cabas de courses en toile cirée, en passant par le téléviseur à tube cathodique, l’arrosoir, le classeur à anneaux, la gourde Gio’ Style Safari, le pull à losanges, l’atlas routier, la muselière, vous éprouverez la joie, ou la violente douleur (Aîné et Cadet n’étant plus de ce monde), ressenties à la vue de ces objets inanimés qui, comme vous le dirait le peintre Eugène Delacroix, « nous parlent de ce qu’ils ont vu, et de ce qu’ils ont été ». Un nouveau talent littéraire qui s’impose à l’admiration.

Le Tripode, 21 euros

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