Entre Marseille et le Sénégal, le ballon rond comme trait d’union

Au bout de la rue Pastoret, près du cours Julien, dans le 6e arrondissement de Marseille, le restaurant Ziguinchor affiche fièrement les couleurs vertes, jaunes et rouges du Sénégal. À chaque match des Lions de la Teranga, l’établissement, spécialisé dans les plats traditionnels comme le thiéboudienne, le yassa et le mafé, devient un lieu de fête.

« On vibre pour notre pays », clame Richard, son propriétaire, impatient de voir la sélection sénégalaise fouler la pelouse du Vélodrome. « On aime le Sénégal et on aime l’OM, on va vivre un grand moment », ajoute-t-il, soulignant les liens historiques entre Marseille et la diaspora sénégalaise, particulièrement présente dans les quartiers de Noailles et Belsunce. « À l’époque, les Sénégalais venaient en Europe et passaient par Marseille parce qu’on venait en bateau. La plupart restaient à Marseille avant de monter à Paris », explique El-Hadji Diouf, l’un des plus célèbres footballeurs sénégalais. Double Ballon d’Or africain en 2001 et 2002, il avait conduit le Sénégal jusqu’en quarts de finale de la Coupe du monde 2002.

L’OM dans la peau

Désormais ambassadeur de la sélection auprès du président Bassirou Diomaye Faye, il accompagnera les Lions, dirigés depuis un mois par Patrick Vieira, pour leur match amical contre les Comores, dimanche à 15h, au stade Vélodrome. « C’est un stade à part, avec des supporters toujours derrière leur équipe », témoigne Pape Fall, ancien international sénégalais passé par l’Olympique de Marseille lors de la saison 1987-1988, par le biais de Michel Hidalgo et Bernard Tapie. « L’ambiance y est bouillonnante, c’est un stade où l’on a vraiment envie de jouer. Quand on a eu la chance d’y évoluer, ne serait-ce qu’une seule fois, on peut dire qu’on a joué dans un grand stade. Parce que le Vélodrome, c’est quelque chose. C’est un lieu mythique, porté par des supporters passionnés et fervents. Marseille est une véritable ville de football », poursuit le défenseur originaire de Diourbel, à environ 150 km à l’est de Dakar. Dans la cité phocéenne, Pape Fall était notamment conseillé par un certain Pape Diouf, journaliste à La Marseillaise avant de devenir agent de joueurs, puis président de l’OM entre 2005 et 2009.

« Pape c’était tout pour nous. C’était notre grand frère et surtout un grand homme », confie l’ex-entraîneur du Stade Malherbe de Caen. « Gagner à Marseille contre les Comores, c’est gagner pour Pape Diouf et pour le peuple marseillais qui aime l’équipe du Sénégal et qui l’a supportée lors de la dernière victoire en Coupe d’Afrique des Nations », complète El-Hadji Diouf, grand supporter de l’OM.

Ndiaye, héritier de Diouf

« Mon idole était Jules Bocandé, mais j’étais un grand fan d’Abédi Pelé et de l’OM. Quand ils perdaient, je ne mangeais pas et je pleurais », lance-t-il. « Si vous venez aujourd’hui au Sénégal, la génération actuelle supporte le Paris Saint-Germain, mais la génération d’avant, ceux qui connaissent le championnat de France et le football, sont des supporters de l’Olympique de Marseille. Je crois qu’aujourd’hui, il y a plus de Marseillais que de Parisiens. Et c’est pour ça qu’il y a une grande histoire d’amour entre Marseille et le Sénégal », note l’ambassadeur, conscient de la tradition sénégalaise à l’OM.

Les Marseillais auront d’ailleurs l’occasion de revoir sur la pelouse du Vélodrome d’anciens joueurs du club, à l’instar de Pape Gueye, Ismaïla Sarr et surtout Iliman Ndiaye, dont la technique et la vista rappellent El-Hadji Diouf. « Les supporters marseillais ne laissent pas assez de temps aux joueurs prometteurs. Iliman Ndiaye en est la preuve. Il n’a jamais douté de ses qualités et a connu un parcours remarquable », souligne-t-il. « Aujourd’hui, il a changé de dimension et peut prétendre au Ballon d’Or africain, voire mondial. Il en a les qualités », conclut le vieux Lion.

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